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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Samedi 22 octobre 2011 6 22 /10 /Oct /2011 11:48

      Merci à Michel Collon pour ce beau texte que j'aurais été incapable d'écrire moi-même... Il est un des rares à ne pas éprouver le besoin de se justifier en permanence en disant ce qu'il a à dire sur le lychage de Mouamar Kadhafi et des siens.

      Nous n'avons à nous justifier de rien car contrairement aux serfs de ce pays soumis nous sommes des hommes libres.

      Ceux qui ont abattu Mouamar Kadhafi son fils et les siens sont des primates aux réactions pseudo-animales et les BHL et compagnie ont exactement le même niveau de réfléxion. Un pays qui nomme

" philosophe " ce genre de tueur primaire par procuration est un pays déjà mort.

      Il y a à écrire sur le sujet. Je le ferai.

 

      Paix à toi Mouamar. Paix aux tiens.


Lybie, le sang du lion et le festin gaddafi

Bahar Kimyongür

Vendredi 21 octobre 2011

 

Pour les progressistes et révolutionnaires qui passent leur temps à se réjouir de la mort de Kadhafi, pour ceux qui n’approuvent pas son assassinat mais qui passent plus de temps à s’acharner sur ses erreurs, je les invite à lire ce texte du journaliste belge Michel Collon.

 

Espérons que l’anti‑impérialisme dont certains se revendiquent se fera par les actes et non par les mots.

 

Bonne lecture.

 

Syrte ou la Stalingrad du désert, aura résisté de tout son sang contre la barbarie céleste de l’OTAN et ses mercenaires indigènes. Au milieu de ruines fumantes de la ville martyre, un lion est mort. Un lion qui, de son vivant comme dans sa trépas, aura rendu sa fierté à sa patrie, à son peuple, à son continent et à tous les damnés de la terre.

Autour de son corps agonisant, tels des rats affamés, les barbares du CNT et de l’OTAN se sont disputés des lambeaux de sa noble chair.

“ C’est nous qui l’avons achevé ” clament les rats du Shape et de l’Elysée.

“ Non, c’est nous. ” rétorquent les rats indigènes.

Le corps lacéré de Kadhafi, c’est la Libye lacérée, donnée en pâtures à l’OTAN et au CNT.

La Libye de Kadhafi était un pays fier. Ses citoyens ne devaient pas quémander l’aumône à la porte des seigneurs européens.

La Libye de Kadhafi était un pays prospère. Elle était l’Eldorado de toute l’Afrique. Un pays de cocagne assurant le plein emploi. Syrte-en-ruines.jpg

 

 

 

Syrte en ruines

 

La Libye de Kadhafi était un pays paritaire. Les femmes étudiaient et réussissaient mieux que les hommes. Les femmes décidaient. Les femmes dirigeaient. Les femmes combattaient.

La Libye de Kadhafi était un pays généreux. Ecoles gratuites munies d’équipements les plus modernes. Hôpitaux gratuits ne manquant de rien. Cette Libye a entre autres, financé RASCOM 1, un satellite de télécommunications qui allait permettre à tous les Africains de téléphoner quasi gratuitement, eux qui payaient les tarifs téléphoniques les plus chers au monde. L’Europe avait été jusqu’à coloniser les réseaux de communication africains, forçant le continent à verser 500 millions de dollars par an pour le transit vocal des Africains sur ses satellites.

La Libye de Kadhafi était un pays solidaire. Dotée d’un ministère chargé de soutenir la révolution mondiale, cette Libye a accueilli à bras ouverts tous les résistants du monde, a financé d’innombrables mouvements de libération : Black Panthers, militants anti-Apartheid, résistants chiliens, salvadoriens, basques, irlandais, palestiniens, angolais. Habités par leurs fantasmes primaires, des journaleux européens ont rapporté que des snipers féminins des Forces armées révolutionnaires de Colombie ( FARC ) avaient été enrôlés par Kadhafi. Pure intox. En revanche, les guerriers du mouvement de libération du Sahara occidental, le Front polisario, protégeaient bel et bien Tripoli de la barbarie de l’OTAN/CNT.

La Libye de Kadhafi a fait l’expérience de la démocratie directe. Kadhafi n’avait qu’un rôle symbolique, celui du vieux sage à la fois redouté et rassurant. La population était encouragée à débattre et à choisir sa destinée à travers les Comités populaires. Pas besoin de parlement ni de partis.

Hélas, la Libye de Kadhafi n’est pas parvenue à faire vivre une démocratie durable. Les luttes personnelles ont pris le dessus sur les intérêts collectifs. Comme bien des révolutions, la Libye de Kadhafi a connu sa dégénérescence idéologique et son cortège de souffrances et d’injustices.

La Libye de Kadhafi n’est pas parvenue à instaurer la concorde entre clans et tribus de la Tripolitaine et de la Cyrénaïque.

La Libye de Kadhafi a cru que seule la force viendrait à bout des djihadistes endiablés d’Al Qaida, des opportunistes et des renégats pro-occidentaux.

La Libye de Kadhafi a tenté de briser son isolement international, pensant que les rats de l’Elysée, du 10 Downing Street, du Palais Chigi ou de la Maison Blanche viendraient manger dans sa main. Ces rats se sont en réalité sournoisement glissés dans la manche de sa tunique. Ils ont saisi l’occa

che allende

sion pour infiltrer son pays, le saboter, le ruiner et le pomper pour un siècle.

A présent, les rats d’Europe et les rats du CNT étanchent leur soif dans la crinière du lion.

 

Mais le lion s’est dérobé à leurs griffes pour rejoindre Lumumba et Sankara, les autres enfants martyres de l’Afrique héroïque.

 

Buvez, hordes de lâches, buvez ! Que son sang brûle vos entrailles comme le Zaqqoum !

 

Pleurez patriotes libyens pleurez ! Que vos larmes engloutissent vos bourreaux et leurs armées !

 

http://www.michelcollon.info/Libye-...

Publié dans : Colères noires
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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 11:25

      Paix à toi Mouamar et paix à tous les tiens. Paix à la population de Syrte assassinée aux enfants morts et à leurs rêves détruits.

      Non jamais je ne serai du côté de ceux qui exécutent, qui lynchent, qui condamnent, qui se repaissent dans le sang versé par leurs commanditaires, qui regardent des images de la tuerie qu'on accomplit en leur nom avec leur fric et pour leur plaisir morbide.anouarfinal.jpg

      Comme Camus je m'élèverai toujours contre les crimes d'Etat que la populace imbécile savoure comme elle savourait les exécutions en place de grève et contre tous les crimes.

      Ce monde lâche et décadent n'est pas le mien, n'est pas le nôtre.

      Comme sur le cadavre de Che ils se sont repus de leur " victoire " sans sentir la mort qui déjà habite sous leur peau et couche dans leur lit. 

      Ils ne portent en eux que la mort comme leur grand frère Franco qui est mort de vieillesse après 40 ans de dictature en Espagne et leur chant de gloire résonne dans nos oreilles ce matin : " Viva la muerte ! "

      Une petite lumière a brillé toute la nuit dans mon atelier d'écriture pour dire que la vie est là et que nous continuerons à refuser d'être leurs laquais, leurs apôtres, leurs bourreaux.

      Jamais nous n'utiliserons leurs armes et jamais nous ne porterons leurs paroles car nous savons quel est le visage de la barbarie.

      Restons humains.

      Salut et fraternité.


Et Ceci, Ce N’est Pas De La Barbarie, Peut-Etre ?

Philippe SAGE

Vendredi 21 octobre 2011

 

             Lorsque la mort de Marie Dedieu fut confirmée, et considérant les faits ainsi que les circonstances, le ministre des Affaires Etrangères et Européennes, M. Juppé tint, mercredi 19 octobre, ces propos : “ C’est (…) un acte d’une barbarie, d’une violence, d’une brutalité, inqualifiables. Donc nous le condamnons avec la plus grande fermeté. ”

 

Et ça, c’est quoi ?

 

            N’est-ce pas, là itou, un acte barbare ? N’est-ce pas juste insupportable, inacceptable ? Mais qui le dit ? Qui s’en émeut ? Qui est venu dire que cela était “ inqualifiable ” ? Qui est venu condamner cet acte barbare “ avec la plus grande fermeté ” ?

Oh, pardon, il s’agit, non d’un otage, mais de Mouammar Kadhafi. Dont on ne sait plus quel qualificatif il convient de lui adjoindre : dictateur, fou, terroriste ( repenti ), mégalomane, brute sanguinaire, que sais-je encore. Mais que nous reçûmes, en grande pompe, en décembre 2007, à l’occasion, de surcroît, du 59ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Oh pardon, encore, nous sommes en guerre, or donc, tout est permis, n’est-ce pas ? Même cela. La barbarie.

Mais qui sommes-nous ? Et que sommes-nous venus faire en Libye ? Ne sommes-nous pas la civilisation, je veux dire les garants d’un monde civilisé ? N’avons-nous pas, de fait, à cet égard, des responsabilités à assumer, l’idée ( au moins, cela ) d’un monde à défendre, celui qui se réclame de justice, d’équité, de démocratie ?

Qu’est-ce que ce film, sinon l’exécution, pure et simple, d’un homme ? Une négation de ce que l’on nomme : monde civilisé. Avec, je le précise, la participation active de l’Otan. C’est cette force qui a tiré sur le convoi. Ensuite, de ce qui pouvait survenir, elle s’en est lavé les mains. C’est bien ça, n’est-ce pas ?

Et peu compte, là, à ce moment, qui était cet homme ; peu importe oui, ce qu’il a fait, ce qu’il commis.

A ce propos, dans les commentaires fort nombreux qui émaillèrent cette “ exécution ”, j’entendis, sur une chaîne d’informations en boucle, celui-ci :

“ Le procès d’Eichmann permit d’en apprendre beaucoup sur la Shoah ”.

Mais là qu’apprendrons-nous désormais ? Que nous reste-t-il ? Avons-nous pensé, une seule seconde, à toutes celles et tous ceux, qui ne souhaitaient qu’une chose : justice, ou un peu de vérité, quelques explications. Que nous reste-t-il, sinon cela, un acte barbare, insupportable ?

Et puis d’abord, qui sont-ils, ces gens que nous soutenons, qui tirent en l’air comme des crétins, dès qu’ils prennent possession d’un quartier ? Qui sont-ils ces gens qui lynchent, qui se comportent, c’est sur le film, ça crève les yeux, comme des barbares ? Qui les dénonce ? Qui les condamne ? Qui les réprouve ?

Alors ça n’aura pas suffi, n’est-ce pas, Saddam Hussein, pendu, images largement diffusées, le jour-même de l’Aïd. Comme une insulte. Oh oui, certes, là, au moins, auparavant, il y eut, paraît-il, procès. Je précise bien : “ paraît-il ”. Car, pour qui s’en souvient, ce fut une gigantesque parodie.

N’aura pas suffi, non plus, l’exécution d’Oussama Ben Laden et sa rocambolesque immersion.

Alors, ça continue, jamais nous n’arrêterons les conneries, les humiliations, les assassinats ?

Mais bon sang, quand on se prétend être les représentants du monde civilisé, on ne tolère pas cela. Mieux : on prévient, pour l’empêcher. Et ce, quel que soit l’homme. Qu’il fût Eichmann ou Gaddafi. Oui, quel que soit le bourreau qu’il fût, une salope intégrale même, on ne permet pas cela. En cas contraire, et ça l’est, autant dire, de suite, alors, que oui, nous sommes pour la peine de mort, nous les gens civilisés, représentants, paraît-il, d’un monde libre. Juste. Hérauts de la démocratie. Au minimum, au moins, on condamne. Sinon, ne nous prétendons plus “ civilisés ”.

Ah, nous ne sommes, au fond, que des barbares comme les autres. Des enfoirés. Drapés sous l’alibi de : démocratie.

  Image oiseau

Nous ne valons pas mieux que ces crétins armés jusqu’aux dents. Ces lyncheurs à la petite semaine. Ces résistants de la dernière heure. Assoiffés de sang, de vengeance. Combattant non pour la Liberté, mais au seul nom de la Loi du Talion. Des aveugles, des sourds, des barbares. Que nous armons. Pour commettre, à notre place, l’insupportable. Et signifier ensuite, par notre silence, cette non-condamnation de l’acte barbare : “ Ce n’est pas nous ”.

 

Bien sûr que si, c’est nous. Bien sûr que si, nous sommes coupables. Bien sûr que si, nous sommes des barbares.

 

Et plus que jamais, le monde entier le sait.

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Jeudi 20 octobre 2011 4 20 /10 /Oct /2011 14:54

Les tables de sable suite... gaddafi.jpg

A Mouamar Kadhafi

Les bras tendus vers le ciel lisse et d’une couleur aussi parfaite que celle du lapis‑lazuli de Sar‑e‑sang dans la montagne oubliée du Badakhchan il était monté sur une des dunes qui se tordait tel un iguane magnifique et rose vif mêlé de sienne de l’Erg Ubari et il appelait appelait sans crainte des tueurs qui avaient dû se perdre à bord de leurs Pick‑up depuis l’aéroport de Sebha où ils avaient débarqué les rats !… Ils ne savaient dans quelle direction le chercher et leurs informateurs n’arrivaient pas le situer vu qu’il ne cessait de creuser la piste entre les campements que les Kel Tamashek montaient et démontaient et à chaque nouvelle halte ils l’attendaient précisément là où il allait passer… Du Wadi‑el‑Hayat à la Hamada ou à Murzuk où il avait contrôlé ses dernières informations concernant la situation des troupes à Syrte et à Al‑Jufrah il y avait des centaines de trajectoires possibles sur la tôle ondulée et depuis son passage dans l’Akakus qui lui avait permis de refaire le plein d’eau et de manger les dattes et la taguella qu’Alem lui avait déposées ce matin à côté du fusil mitrailleur et du paquet de grenades avec le lance grenades il les guettait… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… 

Il les guettait et il les narguait parce qu’il fallait qu’il en termine avec eux afin de rallier avant qu’il fasse vraiment aussi nuit que l’indigo des tagelmout le campement où les différents chefs des tribus des oasis le rejoindraient… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Oui d’abord il fallait qu’il en finisse avec ceux‑là des mercenaires formés dans les camps militaires spéciaux de l’Occident des mafieux authentiques des chasseurs d’hommes qui partaient comme des chevaliers en quête d’un nouveau Graal et dont la mission consistait à rapporter en échange d’une forte quantité d’or sur un plateau d’argent la tête des guerriers africains et de tous ceux qui menaient leurs peuples à la victoire ! Ils avaient expérimenté leurs commandos à l’allure changeante selon les territoires où ils partaient en croisades dans les pays d’Amérique du Sud là le terrain était dangereux et la forêt touffue dissimulait les combattants nés sur ces terres mais ici c’était autre chose… Ici c’était le désert peuplé d’hommes dont la mouvance appartenait à la nature même de leur chair et qui savaient repérer le moindre geste étrange à n’importe quel endroit de la piste… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… 

Quant aux autres les héritiers de l’Emir de la plus ancienne confrérie et ses proches qui ont toujours pactisé avec les troupes ennemies et qui ont rejoint les fous de Dieu pour installer dans le pays la terreur religieuse leur tour viendra ensuite… Ces chiens sont des traîtres qui n’ont jamais fait autre chose que de dévorer les mains de leurs frères !… Ils sont les adorateurs des idoles aux robes ensanglantées par les guerres qui leur offrent d’assouvir leur passion de tuer tuer encore !… Je ne dois pas perdre de temps car leurs ambitions sont les mêmes et le peuple va souffrir à nouveau mon peuple nomade qui s’est cru à l’abri dans ses demeures éphémères de verre et de métal… L’histoire nous a appris que les murailles font des éclats qui traversent nos chairs comme celle des mangues qui ont poussé aux portes des citadelles… Nous ne sommes pas des fruits mûrs qu’on arrachera de l’arbre encore une fois et qu’on jettera au fond des fosses comme les pâtres naïfs du premier exode… L’histoire nous a tout appris et nous devons nous plonger dans le livre et relire chaque page avec ferveur…

  ­‑ “ Fuyez la ville dure et futile… c’est une broyeuse pour écraser ses habitants et un cauchemar pour ses bâtisseurs… ” Je leur ai dit de ne pas imiter ces hommes agglutinés au pied des tours qui s’agenouillent pour prier leurs maîtres et font toutes sortes de simagrées aux adorateurs de nos sources noires… Ils ramperont… ils se traîneront à mes chevilles en suppliant que je remplisse leurs outres vides sans lesquelles leurs peuples les lyncheront car ils n’ont pas d’autres promesses à leur faire…  Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Je leur ai dit… nous qui sommes des hommes pauvres des bédouins du Sud des voyageurs de la grande Terra Afriquya nous avons au‑dedans de notre terre de quoi les tenir en laisse comme des chiens puants durant des siècles !… Je leur ai dit… les cités modernes semblables à celles de l’Occident vont être notre tombeau car nous allons devenir esclaves des choses qui n’enchantent pas nos rêves et qui sont les déchets de leur réalité… Notre peuple doit apprendre comme le fennec à tourner le dos au trou du terrier sinon il sera maltraité autant qu’il a été maltraité écrasé et asservi par Mehmed II Pacha et les persécuteurs de ses tribus…

Et après c’est le boucher italien le Rodolpho galonné le monstre qui avait pour objectif notre Fezzan et sa peau de sable rouge !… Nous ne devons pas oublier !… Ses paroles tous les enfants de Libye les apprennent par cœur dans leurs livres et leurs lèvres sont salées de larmes quand ils les récitent à haute voix tous ensemble… “ Si les Libyens ne se convainquent pas du bien-fondé de ce qui leur est proposé, alors les Italiens devront mener une lutte continuelle contre eux et pourront détruire tout le peuple libyen pour parvenir à la paix, la paix des cimetières... ”

La voix venait de très loin… 

‑ Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Je dois venger mon peuple !… La charogne et son troupeau de miliciens bâtards ont martyrisé les habitants de tout le village d’Al-Manshiyyah et ainsi de village en village ils ont assassiné plus de 7000 d’entre nous en trois jours et les autres ils les ont déportés comme des bêtes menées aux abattoirs…Il-a-combattu-jusqu-au-bout--detail-2.jpg

‑  “ Il y a dans ce monde des fous qui sont forts. C'est la source de mon inquiétude sur le sort du monde. Sont-ils fous d'origine ou est-ce leur force qui est la cause de leur folie ? ”

‑ Asafuk ! Asafuk takus !… Le soleil ! Le soleil me chauffe jusqu’à la moelle palpitante de mon cœur !… Vous ne pouvez rien contre moi vous qui n’êtes que des renégats ! Vous allez vendre Amadal notre mère la terre et Aman l’eau sa jumelle toutes les deux reliées par le poignet et par la hanche… Vous les avez déjà vendues à ces commerçants de l’Occident contre une poignée de gloire aux yeux des assassins qui vous utilisent et vous jetteront comme de vieilles peaux de chèvres puantes mais vous n’aurez pas le temps de participer au festin… Je vais vous retirer le sel de la langue ! Vous ne tuerez ni la chair moelleuse de nos oasis que j’ai reliée au ventre de Syrte notre cité tournée vers la mer par la route de l’eau qui fera jaillir des milliers de palmiers du corps mâle du désert ni la force fécondante de nos puits qui ne sont connus que des chefs des tribus et des fennecs pâles… 

‑ Afudagh !… j’ai soif et ma soif est bonne… la poussière qui monte de la piste sera noire bientôt dans l’odeur du caoutchouc chauffé et vous continuerez tout droit jusqu’à la maison des tobols !…Vos jerricans sont pleins vous pouvez rouler durant des journées entières sur les routes goudronnées mais le sable va s’ouvrir et vous engloutir… Asafuk vous étourdira il vous percera les iris de ses copeaux cinglants il vous éblouira et vous rendra fous comme tous ceux qui ne sont venus ici que pour la honte et le déshonneur… Vous tournez déjà en rond pareils à des serpents qui écoutent la musique de la mort… Elle est tout près de vos âmes pourrissantes… venez… venez encore un peu et vous n’aurez jamais plus soif !… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… 

‑ Afudagh !… c’est la soif qui mène les hommes du sable au combat et vous ne connaissez rien de la soif vous qui tranchez la gorge des hommes noirs nos frères du Soudan du Mali du Tchad du Niger d'Ouganda d'Éthiopie du Rwanda… et leur sang qui coule sur les cheveux de vos femmes les rendra stériles pour toujours ! Afudagh !… ma soif est un faucon qui s’abattra sur vous du haut du minaret de la mosquée de Samara et vous serez  pareils aux autres là‑bas ces chiens !… Leurs dépouilles desséchées par le ghibli et dévorées par les hannetons qui ont dans leurs mâchoires toute l’amertume du monde se balanceront à la lueur des incendies de leurs idoles de papier tant que nous n’aurons pas reconquis la terre de nos aïeux et libéré nos crânes de leurs sifflements qui ont retiré à nos enfants leurs rêves nocturnes ! Ar toufat… à demain mes frères de sang égorgés par les poignards légionnaires de vieux mercenaires colonialistes qui ont envahi notre pays il y a cent ans déjà ! Ar toufat… 

‑ Un jour l’Empire de Libye s’étendait de l’Atlantique au Soudan il allait jusqu’à Thèbes il recouvrait tout le Maghreb et bien au‑delà mais nous savons que la terre d’Afrique appartient à tous ceux qui y vivent… Nous ne demandons rien d’autre que notre terre pour notre peuple qui retournera à la transhumance sur tout le pays sans limites… Bœufs ânes chèvres moutons… dromadaires chargés des plaques de sel de l’Azalaï à Taoudenni… d’émeraudes de diamants et d'or du Katanga et du Tibesti… de poudre et de fusils de peaux de léopards et de tigres blancs… de plumes d'autruches de cornes de rhinocéros de noix de kola… toutes nos richesses sont à nous !… Tout est aux peuples d’Afrika et à ses citadelles souveraines !… Ses déesses sublimes parées des bijoux et des ornements les plus beaux des fontaines qui coulent nuit et jour sur les mosaïques aux cent mille nuances de l’astre mâle et femelle… Alexandrie Tripoli Thèbes Marrakech Ouagadougou Asmara Ouargla Ghadamès Tombouctou Tamanrasset Oualata Conacry Gao Agadès Tlemcen Fès Touat Ghât Accra Syrte… Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… 

‑ Nek… nek fouda… moi j’ai soif… j’ai soif et vous allez boire le sang de ma soif !… Je vous vois… Je vous entends… Venez petits… venez… Negla… negla… allons‑y !

Il a renversé la gourde sur son visage et dans sa gorge brûlante et il s’est essuyé avec le keffieh rouge et blanc qu’il gardait sous sa ghalabia et il a hésité un instant à redescendre vers le Pick‑up quand quelque chose comme une brume rose a attiré son regard pas très loin là‑bas en direction du Sud… Il s’est arrêté dans le déséquilibre léger du mouvement esquissé et il a plissé les yeux comme font les fennecs en arrêt pour deviner leur proie au creux d’un replis des sables… Il n’y avait pas de doute c’était bien un tourbillon de poussière qui venait d’en bas du côté de Germa… de la piste de Germa… C’est par cette route qu’il les attendait et c’est par elle qu’ils venaient à la rencontre de leur mort… 

‑ Azenzêr ! Rayon de lumière toi fils de la lune et du soleil te voici !… Enfin va pouvoir commencer la vengeance de mon peuple et des enfants de Libye jetés aux vautours !… Les miens et les vôtres ce sont les mêmes… Ils sont venus dévorer la chair de nos enfants !… Azenzêr… ouvre‑Chameauxmoi les yeux… Je suis Amezwar le guide de l’homme africain vers la libération et la grandeur !…

Il est retourné jusqu’au Pick‑up et ses pas assuraient sur la pente mouvante de la dune une descente rapide et légère malgré le temps qui avait passé sur lui comme ceux des vieux Touaregs… A bord du véhicule la radio de campagne bourdonnait c’était Alem qui le prévenait du passage des mercenaires ainsi qu’ils avaient convenu… le piège tendu à Al‑Jufrah avait mené les hommes jusqu’ici et désormais ils étaient sur le territoire des fils de la lune et du soleil et le trou par où ils étaient entré était plus étroit que le chat d’une aiguille… 

‑ Amenay… Amenay… Seigneur… mon cavalier… grognait la voix d’Alem dans le récepteur qui crépitait… Amenay… ils sont passés… y a un quart d’heure… ils ont quitté la route… ils remontent vers Ubari… Quatre voitures… des fusils mitrailleurs dans deux voitures seulement… celles de tête… pas d’autres armes… Deux hommes par voiture… Amemay mon cavalier… tu es sûr… tu ne veux pas que j’envoie Madidu il contournera l’équipage… il sera à tes côtés avant qu’ils arrivent…

‑ Azed Alem ! C’est bon Alem… J’ai de quoi faire sauter une caravane de cinquante Pick‑up ici et je leur ferai vomir nos enfants massacrés moi et moi seul… Et puis je redescendrai au campement… Les charognards finiront le travail… Porte le message aux hommes Alem… Je serai bientôt de retour…

‑ Ayo Amenay… Oui mon cavalier… prends soin de toi… 

Avec la lenteur du pas du chameau il est remonté à son poste d’observation pour s’assurer que le chemin était celui‑là et la brume de sable qui s’était rapprochée dévoilait quatre reflets miroitant les éclaboussures sanguine du soir l’un derrière l’autre semblables à des masques égarés pour une danse de la nuit… Il a souri en enroulant le keffieh autour de son visage par‑dessus le cheich indigo… ça ne serait pas long maintenant…

A une centaine de mètres de la grande dune un repli de l’erg lui permettait de Il-a-combattu-jusqu-au-bout-1.jpggarer le Pick‑up de façon à pouvoir viser avec précision sans être visible de ceux qui en contrebas seraient surpris en plein élan à flanc découvert pour gravir la dénivellation dont ils ignoraient qu’elle était de ce côté‑là infranchissable avec un véhicule seuls les chameaux passaient par la voie du Sud‑Ouest… Ah ! Ah ! Ah  ! Ah ! Ah !… Les informateurs avaient fait un travail de vrais guerriers !… Negla !… Allons‑y !… Il a installé le fusil mitrailleur et posé les lance‑grenades armés à côté de lui et protégé de la froideur qui commençait à bleuir le haut de l’erg par la ghalabia brune la plus épaisse il s’est allongé et il a attendu.

 

 

 

 

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Mardi 18 octobre 2011 2 18 /10 /Oct /2011 15:21

Le temps des peuples retrouvés suite... fanon2

 

Nous qui étions traités de néo‑ruraux et d’Indiens par les paysans alliés aux petits commerçants et artisans locaux de ces provinces du Sud de la France qui nous voyant débarquer avec notre enthousiasme et nos convictions se moquaient bien de nos discours tiers‑mondistes et de notre quête d’une culture populaire dont ils étaient eux aussi les dépositaires, Indigènes jadis camisards les armes camouflées au fond des tunnels… nous luttions contre un colonialisme qui allait recouvrir le monde. Celui de l’asservissement inhumain à la production d’objets de plus en plus rapide, de plus en plus frénétique et insensée, et à leur consommation jusqu’à ce que le corps lui‑même et l’esprit soient devenus les proies absurdes de cet enchaînement. Si Fanon peut écrire en 1961 que “ la temporalité doit cesser d’être celle de l’instant ou de la prochaine récolte pour devenir celle du monde… ”, les néos ont très vite appris que les luttes partagées contre les militaires sur le plateau du Larzac étaient déjà derrière eux. Le temps nous avait pris de vitesse dans sa marche lancinante et secrète, et les moissons fraternelles n’auraient pas lieu.

Notre ignorance des multiples réalités africaines était totale et notamment du rôle fondamental joué par les tribus, comme l’assassinat organisé par l’ancien colonisateur belge de Patrice Lumumba à Elisabethville au Katanga, exécuté par Moïse Tshombé et ses acolytes sous commandement d’un officier belge aurait pu nous le faire comprendre. Tout ce que nous connaissions de l’Afrique avant d’avoir découvert les premiers documentaires de Jean Rouch, c’était la puissance brute et éclatante du jazz et du blues afro‑américains qui anéantissait le vide programmé et alimenté par les organisateurs des Expositions coloniales avec villages nègres et zoos humains effaçant les cultures et les civilisations africaines, de façon aussi efficace qu’ils avaient balayé les cultures paysannes et ouvrières populaires du vieil Occident. “ Dans ses muscles, le colonisé est toujours en attente ” écrit Fanon. Cette attente nous la partagions et malgré le nettoyage que le corps de l’Afrique et des Africains n’avait cessé de subir depuis leur mise sous tutelle, nous imaginions que la culture orale traditionnelle rayonnant comme un brasier vif dans la mémoire des peuples du Sud associée à l’engagement dans l’action, allait leur permettre toujours selon les mots de Fanon, d’écarter soudain la posture de “ spectateurs écrasés d’inessentialité ” pour passer à celle d’“ acteurs privilégiés, saisis de façon quasi grandiose par le faisceau de l’Histoire.  

 

“ Il ne saurait y avoir de cultures rigoureusement identiques. Imaginer qu’on fera de la culture noire, c’est oublier singulièrement que les nègres sont en train de disparaître, ceux qui les ont créés étant en train d’assister à la dissolution de leur suprématie économique et culturelle. Il n’y aura pas de culture noire parce qu’aucun homme politique ne s’imagine avoir vocation de donner naissance à des Républiques noires. Le problème est de savoir la place que ces hommes ont l’intention de réserver à leur peuple, le type de relations sociales qu’ils décident d’instaurer, la conception qu’ils se font de l’avenir de l’humanité. C’est cela qui compte. Tout le reste est littérature et mystification. 

Les damnés de la terre “ Sur la culture nationale 

 

Ceux parmi nous qui ont refusé étant enfants des classes moyennes de se préparer à jouer un rôle qui les mettrait du côté des dominants sont alors volontairement passés du côté des fils et des filles de ce Lumpenprolétariat à la française en choisissant les petits boulots des sociétés d’Intérim, les travaux agricoles saisonniers voire l’apprentissage d’un métier manuel tel que maçons tailleurs de pierres, charpentiers couvreurs, mécaniciens auto, imprimeurs… Nous avions l’intuition que changer le monde dont nous avions hérité ne pouvait pas se faire à travers le brassage des idées ou des grands élans intellectuels comme ceux que le printemps de 68 venait de faire jaillir à notre portée. Il fallait commencer par se réapproprier un temps arrêté au début de l’ère industrielle de la fin du 19ème siècle et s’investir d’un rôle que les ouvriers paysans de cette époque n’avaient pu jouer à cause de la misère pressante qui les cernait constamment et de la séparation dans laquelle ils étaient tenus vis‑à‑vis des autres classes sociales. Qui s’est jamais soucié parmi les élites pensantes d’alors de donner à ces gens pour beaucoup analphabètes la connaissance nécessaire afin de mener un combat libérateur sauf les Communards de 1871 et quelques êtres rares comme Louise Michel ? “ Les gens doivent savoir où ils vont et pourquoi ils y vont. L’homme politique ne doit pas ignorer que l’avenir restera bouché tant que la conscience du peuple sera rudimentaire, primaire, opaque. ” ne cesse de répéter Fanon dans Les damnés de la terre.

Car ce problème du temps et de l’histoire c’est bien là qu’il se pose, à ce carrefour des pistes en provenance d’un passé méconnu pour les peuples, quelles que soient les différences entre les Indigènes des pays de l’Afrique colonisée et nous autres enfants nés dans les banlieues prolétaires des années 60, fils et filles d’autres Indigènes expatriés de leurs campagnes afin de devenir main d’œuvre ouvrière à la merci des nouveaux seigneurs de l’industrie. Ce que Fanon appelle dans son article d’El Moudjahid N°37 de février 1959, “ Un temps historique falsifié ”, s’applique parfaitement à celui qu’ont eu à vivre et à porter sur leurs épaules d’anciens paysans dont le travail avait à la fois un sens fort celui de donner à manger, un rythme celui des saisons, un temps relié au temps cosmique et universel que connaissent ceux qui ont un jour labouré la terre derrière la croupe puissante d’un cheval, et une légende populaire racontée dans les veillées et les fêtes rituelles. Ces serfs des usines automobiles, des chantiers et des entrepôts alimentaires installés sur les chaînes où ils devaient produire à l’intérieur d’un temps fracturé, décomposé en 3/8 ou 2/8 des quantités considérables d’objets dans l’absurdité et la négation de toute destinée. Pour-Fanon-2.jpg

Il s’agissait pour la maîtrise de les persuader que ce néant quotidien était un progrès qu’ils devaient à la civilisation industrielle et que ce qu’il y avait eu “ avant ” n’était qu’obscurantisme et barbarie… “ Misère du peuple, oppression nationale et inhibition de la culture sont une seule et même chose. ” écrit Fanon en 1961 précisant au moment de la victoire des Indépendances ce qu’il affirmait avant dans l’article N°37 d’El Moudjahid “ Vers la libération de l’Afrique ” publié en février 1959 : “ le colonialiste, par un mécanisme de pensée somme toute assez banal, en arrive à ne plus pouvoir imaginer un temps se faisant sans lui… Fanon avait déjà compris et théorisé que cet “ avant ” des peuples colonisés rejoignait un autre “ avant ” celui des peuples objectivés… chosifiés… Celui des paysans sans terres des ouvriers sans outil de travail qui déjà séparés et coupés d’eux‑mêmes et des autres par la perte de vue de leur idéal commun ont oublié aussi la culture populaire qui les enracine dans un temps partagé…

Dans le chapitre des Damnés de la terre intitulé “ Sur la culture nationale ” Fanon cite intégralement un poème lyrique qui a l’allure d’une épopée accompagnée d’instruments africains tels la cora qui est d’origine mandingue, outil de travail préféré des griots africains avec sa calebasse reliée à un manche par de très nombreuses cordes en fil de pêche, et le balafon grand xylophone composé de lames de bois résonnant dans des calebasses, ainsi que de guitares. Ce récit écrit par le poète guinéen Keita Fodeba ancien directeur des Ballets Africains, Fanon le commente ainsi : “ Il ne suffit pas de rejoindre le peuple dans le passé où il n’est plus mais dans ce mouvement basculé qu’il vient d’ébaucher et à partir duquel subitement tout va être mis en question. C’est dans ce lieu de déséquilibre occulte où se tient le peuple qu’il faut que nous nous portions car, n’en doutons point, c’est là que se givre son âme et que s’illuminent sa perception et sa respiration.  A la lecture de ce récit scandé et cadencé j’ai songé aussitôt à notre temps d’aujourd’hui, nous qui sommes retournés vivre à l’intérieur des cité périphériques de notre enfance et qui partageons le temps impatient et tendu à bloc comme l’élastique de nos lance‑pierres des jeunes fils et filles des ex‑colonisés. Ces exilés de la prodigieuse épopée africaine que les griots ne racontent pas, veilleurs d’un monde qui s’invente à mesure que les peuples apprennent à relier ensemble les périodes où ils ont décidé d’être responsables de leur destinée.

 

“ AUBE AFRICAINE

En effet, c’était l’aube. Les premiers rayons de soleil frôlant à peine la surface de la mer doraient ses petites vagues moutonnantes. Au souffle de la brise, les palmiers, comme écoeurés par ce combat matinal, inclinaient doucement leurs troncs vers l’océan. Les corbeaux, en bandes bruyantes, venaient annoncer aux environs, par leur croassement, la tragédie qui ensanglantait l’aube de Tiaroye… Et, dans l’azur incendié, juste au‑dessus du cadavre de Naman, un gigantesque vautour planait lourdement. Il semblait lui dire : ‘ Naman ! Tu n’as pas dansé cette danse qui porte mon nom. D’autres la danseront ”.

Les damnés de la terre “ Sur la culture nationale  

 

Ce poème qui est l’histoire de Naman le paysan, et le sens que Fanon lui donne retentissent d’une manière particulièrement intense en ce printemps des peuples africains, car ce à quoi la jeunesse tunisienne et la jeunesse égyptienne s’affrontent ce sont les murailles encore solides et tenaces des forteresses que nous avons commencées à abattre en essayant de mettre en route ce rapprochement entre les fils d’ouvriers des villes que nous étions et le monde paysan des années 70, qui réapprenait sur le Plateau du Larzac l’efficacité des anciennes jacqueries. Et la création des premiers syndicats paysans qui vient d’avoir lieu en Egypte est un espoir tout neuf de voir enfin cette prophétie se réaliser… Ces jeunesses pauvres qui ont mené un combat de toute grandeur ont à chercher des modèles pour donner un sens à leur lutte en deçà et au‑delà de l’histoire récente qui les a coupées à la fois des combats menés par ceux qui ont conquis leur liberté avant que l’Afrique ne soit partagée en fragments d’empire pour remplir les écuelles de l’Occident, et à la fois de ceux qui sur d’autres territoires et dans d’autres situations ont pris conscience comme l’écrit Fanon dans Les damnés de la terre que ce “ qui se propose de changer l’ordre du monde, est, on le voit, un programme de désordre absolu. ” 

Ce temps de jouissance du présent exalté de solidarités nouvelles que nous offrent les peuples d’un printemps venu en hiver nous arrive 130 ans après la grande révolte de la Commune de Paris, et il est pour nous qui n’avons cessé d’attendre que renaisse un temps des peuples retrouvés, un moment en marge de l’absurdité quotidienne et de la peur de se retrouver à la rue demain. Cette flagrante incursion au cœur du réel qui est peut‑être sans devenir éveille l’écho de l’expérience révolutionnaire menée par Thomas Sankara au Burkina Faso jusqu’à son assassinat en 1987, porteuse d’une énergie populaire poétique et rebelle où nous avons été témoins et scribes engagés dans le récit de l’épopée en train de s’accomplir sans attendre qu’elle s’inscrive dans la durée.

Aujourd’hui les jeunes combattants tunisiens et égyptiens ont à affronter les projets de redécoupage du continent africain par les ex‑colonisateurs qui ont mis en marche leur machine de guerre physique et psychologique de laquelle il n’y a à attendre que du temps mort et à laquelle répond dé Thomas Sankara-43579 jà un “ tam‑tam poétique ” éclaboussé par tous les soleils du Sahara. Loin au‑delà du silence des intellectuels occidentaux nous qui ne sommes que des écrivains publics passeurs de témoin d’une parole populair e  nous transcrivons au jour le jour l’épopée fabuleuse de la jeunesse du monde.

 

“ Osons inventer l’avenir ” Thomas Sankara

“ Le présent n’est plus fermé sur lui‑même mais écartelé. ” Frantz Fanon

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Vendredi 14 octobre 2011 5 14 /10 /Oct /2011 19:16

      Je vous ai déjà fait participer avant les vacances à mes esquisses de textes sur Frantz Fanon que m'avait demandé Chritiane Chaulet Achour pour un numéro de la revue Algérie Littérature Action qui est un spécial Fanon... Il est paru il y a quelques jours et je pense que vous aimerez pouvoir lire en deux fois la version intégrale du texte achevé... Donc voici la première partie et que ça ne vous empêche pas d'acheter le numéro de la revue car comme vous le voyez y a du joli monde !

 

Le temps des peuples retrouvésRevue-Fanon.jpg


“ Le bruit rapide et tranquillisant des cités libérées qui rompent leurs amarres et s’avancent grandiloquentes mais nullement grandioses, ces anciens militants aujourd’hui admis définitivement à tous leurs examens qui s’asseyent et… se souviennent, mais le soleil est encore très haut dans le ciel et si l’on écoute l’oreille collée au sol rouge, on entend très distinctement des bruits de chaînes rouillées, des ‘ han ’ de détresse et les épaules vous en tombent tant est toujours présente la chair meurtrie dans ce midi assommant.

L’Afrique de tous les jours, oh ! pas celle des poètes, pas celle qui endort, mais celle qui empêche de dormir, car le peuple est impatient de faire, de jouer, de dire. Le peuple qui dit : je veux me construire en tant que peuple, je veux bâtir, aimer, respecter, créer. Ce peuple qui pleure quand vous dites : je viens d’un pays où les femmes sont sans enfants et les enfants sans mère et qui chante : l’Algérie, pays frère, pays qui appelle, pays qui espère.

C’est bien l’Afrique, cette Afrique‑là qu’il nous fallait lâcher dans le sillon continental, dans la direction continentale. Cette Afrique‑là qu’il fallait orienter, mobiliser, lancer à l’offensive. Cette Afrique à venir. ”

 “ Unité africaine ” in Pour la révolution africaine Ecrits politiques  Frantz Fanon

Librairie François Maspéro, Paris, 1964, 1969.

 

Ce temps de la révolte des peuples d’Afrique que Frantz Fanon l’écrivain antillais militant de l’Indépendance algérienne vit et dont il imagine le futur avec l’intuition des passeurs de paroles ces griots conteurs poètes quand il rédige ses articles à Tunis dans l’équipe des animateurs d’El Moudjahid dont ce sont les premiers numéros en 1957 et qui renvoie à nos quinquets ravis sa lumineuse évidence quasi soixante ans après, nous n’avons pas cessé de l’attendre… Il faut dire que de l’Afrique nous les arrières petits‑enfants des paysans ouvriers des années 1870 qui naissons au moment où vient de commencer la guerre d’Algérie et où à lieu la Conférence des non‑alignés de Bandung en 1955, nous ne savons rien ou si peu… Nous mômes des faubourgs et de la banlieue naissante qui grandissons au milieu des populations immigrées maghrébines et africaines à la période des Indépendances, nous ignorons aussi bien l’assassinat de Patrice Lumumba en 1961 au Katanga que la tenue du Premier Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs à Paris en 1956…

Ce temps de la révolte des peuples d’Afrique qui est aussi celui où le mouvement des droits civiques des Noirs grandit aux Etats-Unis envoie à l’histoire occidentale deux signaux qui au moment où j’écris soixante années plus tard et où un nouveau printemps africain s’esquisse au milieu du silence des intellectuels et des créateurs, nous donne s’il en est besoin la mesure de ce que Fanon appelait “ cette Afrique à venir ”. A la reconquête de leur dignité d’hommes, de leurs territoires et de leur liberté, ceux qui ont été tenus si longtemps aliénés sous le joug de l’empire colonial allient celle de leur identité culturelle qui allume son premier brasier poétique lors de ce Congrès à la Sorbonne. Qu’on imagine rassemblés là au cœur de cette tanière du savoir et des lumières : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Hampaté Bâ,  Frantz Fanon, Edouard Glissant, René Depestre, Cheikh Anta Diop, Jacques Rabemanjara, Aminata Traoré entre autres… Ils y étaient tous celles et ceux dont personne ne parle aux enfants des milieux populaires, ni à la maison ni dans les écoles de la République.

Non nous n’entendrons pas prononcer alors les mots de “ francophonie ” ni de “ négritude ”, pas plus qu’on ne nous fera étudier Matinale de mon peuple les poèmes de Jean Sénac inspirés de la révolution algérienne, ou Cahier du retour au pays natal d’Aimé Césaire. Quant à Fanon c’est son engagement sans nuances, et la conscience historique de l’homme aliéné qu’il ne va cesser de fouiller et d’écrire dans le combat de l’Indépendance algérienne comme exemple de la lutte acharnée et incandescente du corps à arracher à son esclavage autant que de l’esprit, qui sont toute son originalité de créateur d’une culture de combat. Et sa lucidité face à “ la grande erreur blanche ” et au “ grand mirage noir ” aurait été une nourriture de réalité et de présent pour cette action où nous nous précipitions alors adolescents des années 75 et à laquelle en rupture de familles, de clans, de sociétés et d’héritages, nous avons voulu donner notre force, l’élan de notre jeunesse et notre passion pour ceux que Fanon allait nommer Les damnés de la terre. La situation qui était la nôtre, enfants d’ouvriers et de petits employés à qui aucune transmission de la lutte des classes du temps pas si lointain encore de la banlieue rouge n’avait été léguée, nous laissait le choix entre la résignation dont nos parents portaient le masque à misère et la révolte. Nous avons empoigné la révolte à pleines mains et nous sommes partis à la reconquête de nos racines paysannes et de la culture orale ainsi que des talents d’artisans de ceux qui ne savaient pas écrire.

En 1958 Fanon participe à la première conférence des Etats Africains Indépendants qui se tient à Accra la capitale du Ghana sous l’égide de Kwamé N’krumah qui affirme : “ Il est essentiel que nous soyons nourris de notre culture et de notre histoire si nous voulons créer cette personnalité africaine qui doit être la base intellectuelle de notre avenir panafricain. ” A ce moment‑là la marche de l’Afrique vers le temps des Indépendance vient de commencer et Fanon est en plein dans l’illusion partagée par tous ceux qui croient comme nous y avons cru aussi à ces futurs “ Etats-Unis d’Afrique ”. C’est ce dont il témoigne dans El Moudjahid N°34 en décembre 1958 : “ Ce qui a frappé l’observateur à Accra, c’est l’existence au niveau le plus spontané d’une solidarité organique, biologique même. Mais au‑dessus de cette sorte de communion affective, il y avait bel et bien le souci d’affirmer une identité d’objectifs et aussi la volonté d’utiliser tous les moyens existants pour expulser le colonialisme du continent africain. Fanon-portrait.jpg

Avec ces deux phrases tout est dit des rêves sur lesquels vont prendre appui une ou deux générations de rebelles issus aussi bien des milieux ouvriers que bourgeois, nourris aux utopies généreuses, pacifistes et antimilitaristes, tiers-mondistes et anti‑colonialistes, prêts à s’impliquer physiquement et dans une perspective à long terme pour transformer l’élan du printemps 68 en une lutte commune qui prendra pour point de mire ce devenir panafricain et panarabe si proche et si désirable. Notre temps d’alors à bord des villages communautaires où nous freinions de toutes nos forces devant la société virtuelle qui arrivait… notre temps insoumis nous ramenait bien plus loin en arrière à l’origine des nôtres paysans ouvriers, hors de toute référence au prolétariat des villes déjà décadent des années 60 que nous avions fui tant sa capacité autodestructrice nous remplissait de sa violence. Nous qui n’avons jamais été des intellectuels par refus, et par goût de l’aventure paysanne et de la création manuelle, ce moment précis de notre révolte faisait de nous qui n’avions toujours pas lu Fanon les metteurs en œuvre de cette technique du combat qu’il envoie avec la précision et la détente du lanceur de javelot vers les intellectuels colonisés, et qui consiste à “ musculairement collaborer ”.

Quand Fanon écrit en parlant de l’Algérie dans Les damnés de la terre et en faisant allusion à “ cette recherche passionnée d’une culture nationale en deçà de l’ère coloniale ” : “ Allons plus loin, peut‑être que ces passions et que cette rage sont entretenues ou du moins orientées par le secret espoir de découvrir au‑delà de cette misère actuelle, de ce mépris pour soi‑même, de cette démission et de ce reniement, une ère très belle et très resplendissante qui nous réhabilite, à la fois vis‑à‑vis de nous‑mêmes et vis‑à‑vis des autres. ”, il ne peut que nous toucher. Et quand  je dis nous, je veux parler pour tous ceux qui, enfants des classes sociales les plus défavorisées et les plus abandonnées déjà broyées par les cadences ouvrières et par l’abêtissement ou sans doute l’abrutissement, ont participé à notre exode en direction des campagnes dont nos parents étaient tous originaires. Eux aussi faisaient partie de ces Damnés de la terre et ils ont cru contre toute évidence programmée depuis des siècles de servage combattu par les leurs, que le temps était venu enfin, un temps réel et non plus un temps fantasmé mis entre parenthèses du temps historique et laborieux ( ce temps volé de vie par chaque journée de travail abrutissant et répété, ce temps fracassé ce temps en miettes )… Un temps d’imagination popRevue-Fanon-2.jpgulaire devenue action et création quotidiennes dans ce creuset des foules qui savent à nouveau s’organiser en communes et qui devrait être le nôtre… Un temps qu’on aurait pu appeler au moment où Fanon écrivait sur ce futur de l’Afrique le temps des peuples retrouvés.

A suivre...

Publié dans : Ecritures d'Algérie
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