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Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Contes et récits de l'arbre aux histoires

Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 21:17

Le rire du nain finTaggeur-bleu-d-tail.jpg

Ensuite l’autobus il roulait pas il traînait déambulait sa carcasse sous les p’tits papillons de neige qui faisaient une fourrure d’ourse blanche à la banlieue black vu qu’il se farcissait le tour de toutes les cités du coin en crachotant au milieu des queues de voitures qui arrivent pas à ramener le monde chez soi… avant les Tanneurs qu’est la dernière au bout des quartiers encore un peu éclairés avec les gros réverbères orange qui te tuent les yeux et à cause des événements à partir de sept plombes des bus y en a plus c’est comme ça…

En descendant sur le parking de la tess’ ils se disaient en s’encourageant qu’il fallait pas se plaindre s’ils l’avaient raté ils se grattaient les cinq kilomètres à pinces ils étaient veinards et comme ils avaient magouillé une bonne histoire pendant le trajet qu’ils étaient chez leurs poteaux de La Source regarder le match de foot alors y avait pas à craindre… Encore une chance que les keufs ils soient pas là à matter dans leur camionnette toujours garée les week‑ends à l’entrée de la cité sinon ils étaient bons pour le contrôle et après tu n’sais pas c’qui peut s’passer… godillots.jpg

Il avait cessé de neiger et l’air était coupant bleu et les lumières clignotaient familières aux fenêtres ils ont remis les cagoules de laine black pour marcher jusqu’à leur block quand derrière eux y a eu comme un crissement et que le nain black sur sa trottinette les a dépassés pareil à un tourbillon de pétales de fleurs rouges explosant sur leurs terrains vagues au printemps.

- Eh ben ! il a dit Bakary en rigolant… c’est pas possible ce nain il nous lâche pas la grappe !…

‑ Tout cas… qu’il a répondu Seydou bien réaliste… le nain lui il les a résolus les problèmes des transports en commun…

- Peut-être il les a résolus mais il est arrivé en même temps qu’nous… alors à quoi ça sert ?… il a grogné Bakary alors que le nain avait quasi disparu…

- Mais non… il a dit Seydou… il a fait plusieurs tours… regarde… il s’est changé depuis tout à l’heure… il a sa tenue de soirée

Et en écarquillant les calots dans la nuit bleu-noir de macadam city Bakary a vu que c’était vrai… le nain il avait troqué son jogging rouge contre des habits de soie trop grands qui voletaient autour de lui ocres et écarlates élégants comme les ailes immenses des papillons d’Afrique…

‑ Sûr qu’t’as raison Seydou il a pouffé Bakary en lui attrapant le cou et en lui balançant des claques sur la tronche et ils sont rentrés dedans leur block à la course en se poursuivant jusqu’au 4ème et en criant comme des oufs dans les escaliers ça sentait la tambouille aux étages des épices et aussi la cannelle et la fleur d’oranger…

 Alors que le nain avait déjà quasi disparu un des plus vieux habitants de la cité un Russe qu’on appelle Raspoutine qui récupère les rats des laboratoires et qui les retape avant de les revendre aux jeun’s gothics qui radinent de tout le 9‑3 pour ça… le vieux il a crié en direction du nain : rattag.jpg

- Eh ! Diogène… tu es de sortie ?…

Et le rire du nain lui a répondu comme un éclat de verre écarlate sur la lueur blafarde des étoiles : Hi Hi Hi !…

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Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 20:14

Le rire du nain suite...

saint denis canal Jeunes plus fleurs petit

Pour retourner à la tess’ faut marcher et comme ça caille à donf c’est Bakary toujours un peu feignasse qu’a l’idée d’aller prendre le bus à l’arrêt de la gare qu’est pas loin… Le vent pas gêné lui et froid drôlement et ses munitions de billes d’acier il remet ça un bon coup dessous la capuche du jogging… Vrouh !… Vrouh !… Autour d’eux les guerriers au visage rude terre d’Afrique la cagoule rabattue sur les yeux d’ombre pour ne pas se prendre les flocons qui commencent à voleter et les femmes avec les petits attachés sur leurs reins larges comme des plateaux d’ébène et bien protégés au creux des tissus éléphants familiers ils se grouillent pendant qu’ils voient soudain pas croyable le nain en trottinette passer à grande allure juste un peu devant entouré d’une sorte de halo rouge ardent pareil à un gyrophare et s’enfuir dans la nuit pointillée de blanc…

Seydou cette fois il a eu le réflexe il a déclenché juste avant que le loustic il replonge au fond de l’obscur et il se marre d’avance en pensant à ce qui va sortir des cuves du labo de Marko !… Après avoir sautillé d’un pied l’autre au moins un quart d’heure parmi les gens qu’attendent emballés dedans leurs chiffons de couleur trop légers et les jeunes avec les cagoules de laine noire pareils et les joggings trop grands vu que le bus il arrive pas ils se décident encore à aller jusqu’à l’arrêt suivant qu’est toujours débordant et déjà y a plein de guerriers des brousses à l’arrêt qui guettent ça fait un moment on dirait…

Bakary il commence à flipper secos vu qu’il doit être pas loin de six plombes et si Noussata elle les voit pas rappliquer pour le dîner que c’est dimanche et qu’y a le daron qui se ramène c’est leur rituel à eux faut que toute la famille elle se retrouve autour de la marmite de poisson et de riz au safran et au curcuma alors elle va les attendre avec sa babouche à la main une exprès en cuir bien souple qu’elle garde pour les corriger et vu qu’elle est bâtie genre costaud et que c’est elle qui dirige dans le gourbi ils vont prendre sérieux devant les p’tits et c’est pas le daron qui dira quelque chose… saint-denis-canal-011.jpg

Dedans son boubou bleu indigo éternel qu’il a toujours refusé d’échanger contre un jean et un blouson normal et le keffieh palestinien qui lui enveloppe la tête et les épaules Toumani qui vient rendre visite à sa femme et à ses deux fils Bakary et Seydou trois fois par semaine avec le caddie plein des provisions qu’il achète pour eux au magasin low coast à côté des Tanneurs et à la fin du mois il apporte une partie de sa paie d’agent de nettoyage il se farcit les couloirs du métro y a vingt piges que ça dure c’est comme ça… Toumani il va jamais les défendre s’ils obéissent pas à Noussata c’est elle qu’a l’autorité vous comprenez ?…

Seydou il a garé le Canon sous son jogging et s’il fait le mec qu’en a rien à glander il voudrait bien qu’il radine le bus avec les flocons de neige tout autour qui leur tombent pareils à des papillons minuscules qu’ils n’chassent même plus de leurs paupières de leur nez de leurs lèvres qu’ils ont oubliés à force… Ouais c’est sûr qu’il aimerait bien !…

Vroum !… Broum !… Vroum !… un peu avant qu’il finisse par s’arrêter et qu’ils sautent dedans juste pour s’asseoir et pour avoir chaud et pour retirer les cagoules de laine noire qui leur grattent terrible dans le cou… juste avant ils ont cru voir tous les deux ahuris qui traversait plus vite qu’un météore de lave rouge au bord de la nuit totale absolue de la banlieue le nain black avec sa trottinette qui avait enfoncé la capuche de son jogging sur son crâne et qui les narguait en passant d’un petit rire… Hi Hi Hi !…

A suivre...

saint-denis-canal-017.jpg

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Samedi 18 septembre 2010 6 18 /09 /Sep /2010 22:22

Le rire du nain suite...

Saint-Denis-f-erie-petit.jpg

 

      ‑ Ça y est maintenant faut descendre… qu’il informe Bakary… c’est un peu plus bas sous l’pont… D’un coup ça vrombit comme pour un bombardement et ils hésitent chouïa à cause du va-et-vient d’un drôle de courant d’air bien humide et à glaçons qui leur met des cristaux de givre aux carreaux mais on est pas des trouillards nous autres dans la banlieue !

Là qu’ils arrivent qu’ils se glissent qu’ils se coulent l’endroit où ils descendent c’est facile à situer vous connaissez sûrement… Juste à côté d’la Gare de St-Denis sous le pont du chemin de fer y a la boue et les herbes ronces qui les retiennent et les orties mais ils n’reluquent que les couleurs sur les murs béton gris qui mordent la brume avec leurs grandes bouches rose vif et les bombes de peinture par terre qu’ils ramasseraient bien comme un totem d’ici sur Seine la banlieue… Pfuitt… Pfuitt… Vous entendez ? 

C’est vrai que le coin par ici il est trop bon pour l’aventure des chercheurs de trésors qu’ils sont des vrais baroudeurs avec les tags qui redessinent fortiches le décor de leur théâtre d’la banlieue et en face le camion cramé un J7 où les p’tits se sont faits une cabane et les êtres de l’eau au milieu ils leur sautent dessus… Croa !… Croa !… sortis de l’herbe en délire et de quelques détritus… bleus… roses… jaunes… ils vont pas résister… c’est leur monde à eux ! et si le vent les glace ça n’fait rien… alors Zouh !… Taggeur-bleu-d-tail.jpg

En haut dessus la nationale y a les sirènes des bagnoles de flics qui passent régulier et Bakari ça n’le rassure pas avec les événements c’est pas un temps à rigoler… Seydou il est parti dans la chasse il s’occupe pas et c’est Bakari à force de faire le guetteur qu’observe depuis un moment de l’autre côté d’la palissade en bois rafistolée au bout du mur à tags une sorte de mirador ferraille rouillé sculpture des fourmis d’l’industrie qui font d’nos banlieues des musées d’l’art métallique comme nulle part et contre le mirador art modern c’est un gourbi en bois et en bouts de verre avec une jolie cheminée qui dépasse pas dans le décor grave du lieu et une fumée ocre claire… Bakary se dit qu’à l’intérieur il doit faire bon…

Boum… Boum… Ra ta ta boum !… ça c’est un des lézards géants d’acier qui les vrille parc’que le pont du chemin de fer il est là y n’faut pas l’oublier… Et de l’usine désaffectée abandonnée larguée en rade y’a quelqu’un qui a fait sa maison… un squatt comme y en a tant dans la périféerie et qu’on n’les voit pas… mais là c’est retapé de manière vraiment trop top… des châssis avec des vitres qui font les gros yeux au canal… A l’intérieur Bakary qu’écarquille les calots il devine que c’est bourré d’étagères de bouquins et en fixant encore un peu derrière une des vitres on dirait un visage d’un vieux bonhomme avec une sorte de turban rouge brillant autour de la touffe et une barbe blanche qu’a l’allure de la mousse des arbres du fleuve qui les regarde… saint-denis-canal-ours-petit.jpg

‑ Eh Bakary ! tu glandes quoi là ? Tu surveilles ou tu surveilles pas ?

­‑ Eh Seydou ! vas‑y y a un type qui nous mâte dans la baraque en récup derrière les carreaux !… Vise un peu sa tronche qu’on dirait un sorcier !… C’est pas bon ça…

‑ Oualla Baka le gros nase que t’es alors !… il ricane Seydou qu’a fini avec les tags de la muraille d’l’entrepôt et il en profite pour flasher trois quatre fois direction du squatt pour les archives de Marko y s’ra joyce avec ça et peut‑être qu’il viendra glander voir qui c’est qu’a monté une piaule dedans l’usine… Un sorcier Baka !… Espèce de bouffon d’négro va !… T’as la trouille mon gars ou quoi ?…

Bakary il hausse les épaules il en a marre d’être là à s’les geler ça caille trop toutes les bestioles du fleuve sont planquées au fond des terriers de boue et de feuilles… de l’autre côté de la vitre la tête au turban rouge a disparu… Le froid les prend solide et il les givre malgré les cagoules de laine noire pour les oreilles et aussi loin qu’ils peuvent voir c’est le canal avec sa goulée de brume qui serre la gorge et les points d’exclamation rouges de ses écluses… La nuit elle commence à se ramener gentil et les frangins décident d’y aller malgré l’envoûtement du lieu qui les a alpagués et soudain on dirait quelqu’un qui sort de la mélasse noire sous le pont un angle mort qu’ils ont pas repéré ?…

Drôlement épatés Bakary et Seydou voient le nain tout noir sa trottinette à la main qui lui bienheureux ne les renifle pas… Aussitôt rejoint le chemin de hallage le nain saute sur sa trottinette et se taille direction de la gare et ils le perdent dans le noir peint partout…

  Le-nain.jpg   A suivre...

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Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 23:07

Le rire du nain suite...

Liberté

C’est un samedi de décembre juste après que les incendies se soient éteints mais pas pour longtemps par un de ces jours où le froid il te gèle le museau même dessous de la cagoule de laine black qui leur fait l’allure strange des corsaires de la banlieue qu’ils sont… 

C’est un samedi de décembre que Bakary et Seydou tous les deux ils se quittent pas ils ont 15 et 16 piges mais c’est comme des jumeaux leurs crânes rasés avec les traînées plus claires du rasoir exprès dans le cou et les joggings blancs que Noussata elle lave et elle relave qu’ils soient propres au moins… c’te couleur cette idée !… c’est un samedi que tous les deux ils ont pris la tangente direction St Denis le canal du côté de la Gare vous savez ?…

Des Tanneurs les blocks où ils crèchent on les appelle comme ça à cause des tanneries qu’y avait là avant c’est tout pourri d’eau… jusqu’au fleuve à St Denis c’est pas à côté mais quand t’habites dans les banlieues les kilomètres à griffes ça t’impressionne pas… Bakary et Seydou ils cavalent avec la brume qui fait un foulard d’humide autour du cou dessous la capuche et une petite fumée chaude qui monte de leur corps joyeux… Sur le chemin malgré la cagoule qui les fait aveugles Bakary il remarque une sorte de nain sapé d’un jogging black qui les double sur une trottinette à grincements… Craou ! Craou !… et une farandole de poussière on dirait un fantôme de la night…

C’matin ils sont partis pour le projet qu’ils ont depuis deux mois parc’que la banlieue trop tu t’ennuies quand t’es jeun’ d’aller photographier les tags qu’ils ont repérés un endroit assez glauque au bord du canal où les peintures elles ont mis de la couleur d’enfer de la rebelle et y’a des personnages aussi pareils que dans les jeux vidéos que les blaireaux qu’ont d’la thune ils se paient c’est la classe ! Au centre aéré où ils vont les p’tits les autres marmots de Noussata qui sont pas les mômes de leur vieux mais ils sont tous frangins dans les familles d’Afrique c’est comme ça… y a un éduc qu’est un pro d’la photo et vu que Seydou il se tape la récupération d’la marmaille à six heures avec les commissions Marko qu’est un des rares Gaulois qui peut se balader avec son coucou dans les rues de la tess’ sans Une seule vie détailpasser pour un espion des keufs il lui file des cours gratos et souvent il l’emmène flasher ses poteaux s’ils sont al…

C’est lui Marko qu’a prêté l’matosse pour le coup des tags il s’est pas moqué !… C’est un p’tit Canon un argentique qu’a un piqué du tonnerre alors Seydou il a la frime comac vous pensez !… La fresque à tags elle est pas visible de la route l’a fallu enquêter grave pour la dégoter à ras d’la flotte mais Bakary c’est un spécialiste des berges par ici… Il s’intéresse sérieux aux bestioles qui squattent les trous de boue en dessous des roseaux y a des ragondins gros comme des greffes et même y s’peut qu’un couple de castors zone dans le coin… 

Bakary il a mis la paluche sur les peintures sauvages des vraies pas des barbouilles de récup comme y a de l’autre côté vers Pantin et puis ici c’est sur leur territoire c’est bonnard… L’endroit il donne pas loin du camp retranché derrière d’énormes palissades de ferrailles couleur gris mistigris au moins d’épaisseur un pouce de la main elles ont et encore plus haut du fil barbelé barbare où flottent des drapeaux sacs poubelles en plastique bleu… le camp où se vautrent chienlit les unes sur les autres les caravanes des gitans avec au milieu les baraques en tôle qui tournent de l’œil sous le viaduc qui vibre pareil une bombe explosant juste à côté quand foncent féroces les trains d’banlieue en fracassant tout le bazar… Boum ! Boum ! Ratatata boum !

Zig-zag rouge terre et sang et bleu d’acier qu’on voit pas lancée tel un fabuleux iguane bolide la machine qui t’harcèle l’intérieur des oreilles profond te hurle t’houspille toutes les trois minutes environ que si tu n’sais pas c’est à un lâché de bombes juste là sur toi que tu vas croire… Vrang ! Boum ! VrL'aveniroum ! L’enfer il t’arrive dessus te secoue t’agite te fait très frémissant et te rejette mou comme une anguille contre l’eau verte pas ragoûtante presque noire quand c’est l’hiver et qu’y a pas de lumière du canal qui en a pris l’habitude et qui s’en fout.

C’est à c’t’endroit qu’ils planquent les gitans pareils à d’autres avant dans les baraques en tôle du bidonville… mais eux ils créchaient parmi les gens des blocks qui poussaient partout champignons… à leurs pieds on pourrait dire et la zone au printemps était picorée de coquelicots rouge savane et sang et de fleurs de lin qui cherchaient à manger turquoise le soleil. Les gitans eux ils ont rien de tout ça juste les carcasses métal à vendre à côté d’eux qui s’empilent et grignotent le petit jour coincé au-dessus sous le gros dos du pont du chemin de fer… Vroum ! Broum ! Vroum !… Les gitans ici ils ont pas d’lumière ils ont pas d’soleil ce qu’ils ont c’est rien qu’un bout d’enfer…

C’est l’hiver pour les gitans et Bakary et Seydou se réchauffent les doigts d’une petite fumée qui souffle dessus… Pfuitt… Pfuitt… 

A suivre...

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Mercredi 8 septembre 2010 3 08 /09 /Sep /2010 21:41

Le rire du naindjins-petit.jpg

 ‑ Bakary ! Seydou !… Ah là là !… où qu’ils sont mais où qu’ils sont encore…Y’en a qui causent… y’en a qui causent mais y’n’savent rien… Quand c’est qu’y viennent mettre leurs pieds par ici hein ?… Quand c’est ?… qu’elle gronde Noussata pour elle toute seule debout tout haut parc’que les deux aînés ils sont encore partis en vadrouille et qu’on n’sait pas comment ça va finir… s’ils font pas des choses mauvaises… et où c’est qu’y sont allé traîner dans c’te banlieue… Ouais ceux qui causent y n’savent rien !…

Noussata c’est une personne généreuse enroulée à l’intérieur d’un grand boubou vert du dedans des arbres d’Afrique quand il en reste du vert c’est du profond d’émeraude quasi noir et dessus des grands dessins de fleurs ocres avec encore qui s’enroule autour d’elle une très vaste écharpe qui brille des éclats d’ombre des nuits rousses du Sud mais pleines de paillettes. Pour finir enserrant ses cheveux crépus de neige obscure un foulard aux nœuds acrobates et de tons tout pareils d’émeraude et de savane rouge rouge…

Noussata elle vient tous les quart d’heure ouvrir la porte de l’appartement au 4ème où ils vivent avec les six gamins dans la cité des Tanneurs dressée sur le paillasson comme un arbre vivant elle fait le guet… Les deux grands elle peut pas les tenir en place Noussata même si c’est jamais de la vie une femme qui se laisse mener ah non !… Des hommes elle en a vu d’autres qu’étaient des brutes solides bien plantées dans leur graisse leurs muscles leurs os qui craquent au moment de foncer comme le buffle blanc avant le sacrifice alors elle saisissait le grand couteau de cuisine celui pour le poulet ils se tenaient tranquilles… Non… ceux qui causent des jeunes comme ils causent ils savent pas… 

Pourquoi ils vont rester à la maison c’est pas comme ça qu’on apprend la vie… Les p’tits dans le pays de Noussata à peine ils marchent ils sont dehors dans la poussière du sable… Ah oui alors !… qu’elle hoche la tête et ses yeux ils cherchent au fond du trou noir de l’escalier…

‑ Ici y a rien à faire pour les garçons… qu’elle marmonne Noussata en tendant l’oreille si la porte du hall en bas elle va pas claquer des fois… Faut qu’ils aillent là‑bas dans le pays dans le village de la famille qu’ils apprennent ce qu’un garçon il doit savoir des traditions et aussi qu’ils aient un métier un vrai… un métier avec les mains !… Noussata elle a prononcé la fin de la phrase tout haut et elle a écarté ses bras larges les paumes avec les traces creusées des p’tits ruisseaux de la mousson devant elle… 

‑ Oui… c’est ça… au village là‑bas ils vont faire la culture du riz et du manioc la terre elle est riche elle est bonne… construire les cases s’occuper des troupeaux… La petite ville n’est pas loin ils seront pas coupés du monde mais ici la grande cité c’est mauvais oui c’est mauvais !… Ils n’savent pas… ils n’savent rien…

Et elle a levé ses mains aussi vastes que des feuilles de palme et elle a pris à témoins la lumière crème qui tombe de la bulle en plexiglas qui fait le toit du block et qui l’arrose de ses coulées d’hiver… En bas du block de Noussata et de sa famille où ils se sont installés y a vingt piges de ça derrière la vitre du bistrot arabe assis à une des tables qui lui arrive au ras du tarbouif y’a un nain black qui fume la chicha… Son jogging aussi sombre que sa peau et la capuche qu’il enlève pas on dirait un personnage d’un jeu vidéo US si vous voyez ?…garconaunoir-petit.jpg A suivre...

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