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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Les Diables bleus

Vendredi 28 décembre 2007 5 28 /12 /Déc /2007 12:50

                        Aux gamins des cités de balieue

Un p'tit clin d'oeil d'une fin d'année qui a été assez rude et d'une autre qui se pointe et qu'on vous espère à tous lumineuse et tendre...

Quelques mots et des images rares qui parlent de l'enfance et du pays de l'origine car quel qu'il soit il demeure toujours le pays du coeur...

Voici un poème de Jean Pélégri écrit avant l'Indépendance de l'Algérie dans les années 55-56 et qui s'adresse à nous tous car pour ce qui est de la fraternité et de la solidarité on ne peut y arriver qu'ensemble...

                                               Photo de Djamel Farès 2000

Vous avez soif     

Et vous tuez le porteur d'eau

O mes frères de race

D'abord exploiteurs et vendangeurs d'injustice

Ensuite complices des bourreaux

Et ensuite bourreaux

O frères aveugles quand

Quand comprendrez-vous

Que c'est vous-mêmes que vous assassinez

Et vous mes autres frères comprenez

Vous qui êtes guéris de l'humiliation

Vous qui êtes sortis des ténèbres

Comprenez qu'il y a chez nous des causes

Et une dialectique

Qui nous mènent nécessairement à l'erreur

Qui nous mènent nécessairement

A des ténèbres pires que celles de l'humiliation

Les ténèbres de la peur de l'égarement

Les ténèbres du désespoir

Comprenez vous qui êtes guéris

Vous qui avez planté un drapeau dans le soleil

Comprenez que nous ne pouvons sortir seuls

De cette nuit.

                                 Jean et sa mère à la ferme El Kateb en 1926

Et avant de quitter 2007 sans regrets une petite pensée douce pour notre ami Ali l'épicier gentil de la cité de la Source à Epinay mort d'une façon injuste et folle que nous n'oublierons pas. Sa tendresse et sa bonté simple nous accompagnent.

 Ali et ses amis dans son épicerie de la cité de La Source à Epinay. Photo du film de Chantal Briet  Alimentation Générale

A l'année prochaine !

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /Nov /2007 23:41

Les Djenoun de la périféerie Lundi, 19 novembre 2007

           Ce samedi 17 novembre 2007 a été comme chacun des jours qui devaient compter pour nous autres les diables bleus de la banlieue une journée un peu magique un peu folle un peu incroyable… D’abord c’était les grèves des cheminots et autres conducteurs de nos géants animaux des brousses comme notre autobus le 154 notre éléphant favori qui traverse maintenant vous savez la savane rouquine de la Gare d’Enghein à notre cité d’Orgemont juste à côté de l’arrêt que tout le monde du coin il repère celui du Cygne d’Enghein le croisement avec les deux restaus turcs je vous ai déjà raconté et notre boulanger marocain très sympath… Nous bien sûr malgré que comme d’habitude très souvent dans nos banlieues aux iguanes croqueurs de bitume on prend nos pieds pour marcher vu que d’une raison d’une autre qu’on n’sait même pas les transports sont plutôt du genre clairsemés on est avec eux les conducteurs cheminots et tous les autres aussi qui n’veulent pas qu’on leur sucre les vagues droits qu’ils ont encore pour lesquels leurs vieux y a pas si loin se sont fait largement crever la panse…

              Vous n’le croirez pas sans doute mais on a une spécialité maison chez les djenoun de la périféerie qu’on est qui est bien plus extraordinaire que tout c’est qu’à chaque fois qu’on se mêle d’organiser une soirée lecture au Café de Saint-Sulpice par exemple ou de participer à un Salon comme celui de la Revue ou de créer une petite fête pour parler de nos Cahiers des Diables bleus on se paie du même coup un événement imprévu… Soit y a un coup fourré des vigiles de la Gare du Nord empêchant les copains d’la banlieue de nous rejoindre… soit on se paie un match de ci ou de ça du côté du stade de Saint-Denis et les trains ils sont tellement débordants qu’on n’peut pas y entrer… Mais on a aussi l’exclusivité des grèves jolies couvertes de varechs émeraude et jade et d’empreintes de pas des gens qu’on aime et si ça nous perturbe un peu tant pis… Donc là on a pas été fort étonnés qu’une fois que la bise soit venue on ait choisi juste la semaine où nos poteaux les cheminots de la Gare du Nord et autres doivent se battre pour pas vieillir sous les ponts c’était couru d’avance !              A la librairie Résistances ils avaient eu la gentillesse de nous inviter pour qu’on installe jeudi 15 au soir l’expo des illustrations de notre ami Louis qui est le dessinateur de nos Cahiers et Olivia la responsable qui avait carrément craqué face des images de l’ami Louis n’était pas au courant de nos facéties diaboliques avec les événements sociaux de ce monde mais vu que ça fait deux après-midi lectures qu’on entreprend chez eux et que c’est pareil ils vont commencer à se douter… Donc grâce à Jacques notre photographe attitré et chauffeur aussi très souvent on s’est coltiné jeudi déjà les deux heures de bouchons avenue de Saint-Ouen et le reste depuis Nation comme tout le monde ou presque avec pas mal de rigolade et on a drôlement ensuite fait fissa pour notre accrochage vu que la cinquantaine d’images A3 et A4 encadrées carton blanc le plus simple comme Louis voulait il fallait pas traîner pour les disposer au mieux parce que le soir même y avait une intervention de Maurice Lemoine le directeur du Monde Diplomatique donc y avait pas à musarder escargots ça non…

    Faut que je vous dise pendant que j’y suis de mon récit que notre soirée après cet accrochage où on a transpiré drôle Jacques le photographe des Cahiers et moi à écouter Maurice Lemoine nous causer du Vénézuela et de la révolution bolivarienne d’Hugo Chavez c’était pas rien… Passionnant d’un bout à l’autre de ses deux heures de présentation d’une histoire que déjà nous autres on porte en nous comme un « devenir révolutionnaire » ainsi qu’il disait Deleuze de Mai 68 mais pour le coup on espère bien que celui-là il a un vrai avenir devant lui alors ! C’est vrai que les latinos et les Américanos du Sud nous font sacrément rêver nous autres coincés qu’on est dans une histoire par ici qui ne nous concerne pas et qui nous donne plus souvent envie de dégueuler… Donc les Indiens du Chiapas les Zapateros les paysans sans terres et les révolutionnaires bolivariens on est de tout cœur avec eux pour sûr… Et c’était de très bons augures que notre premier soir d’expo démarre avec Chavez le Vénézuela Maurice Lemoine et le Monde Diplo…               Une fois achevé l’accrochage je dois dire qu’on était assez fiers de notre boulot vu que c’était notre première fois dans un espace aussi extra que celui de la librairie Résistances qui est fabuleux pour ceux qui aiment les étendues de bouquins dans un lieu ouvert et solidaire et les illustrations de l’ami Louis à l’intérieur de la salle de conférence chaulée blanc ça avait une allure magnifique qu’on y croyait pas… Ceux qui ont eu le courage et la gentillesse de se taper bouchons et galères et le reste samedi pour venir nous voir on les remercie trop d’ailleurs ils ont constaté comme nous autres que les images de Louis elles ont à la fois la simplicité féerique des dessins d’enfants et la malice enchanteuse des couleurs qu’on rêve au milieu de notre béton gris mistigris… L’ami Louis comme tous les mômes de la banlieue qui ont grandi dans son gros ventre d’ogresse et pas trop eu l’occasion de montrer ce qu’ils gribouillent et barbouillent à des gens du tout Paris il s’imaginait mal faire une expo avec ses images et voilà qu’il a eu la surprise grâce à Geneviève Roch qui est une amie de nos Cahiers peintre et écrivaine et qui a soutenu l’idée et le projet d’Olivia qu’on a ensuite réalisé en un mois et demi… reproductions encadrements affichettes collées par Jacques dans les boutiques autour pub etc…

       C’est vraiment une jolie aventure collective que cette soirée de vernissage qu’on a associée à la lecture de quelques extraits de notre dernier conte métisse des banlieues qui vient juste de sortir Neige sur le printemps des orangers de Biskra et du précédent qu’on avait publié en 2006 Sinbad le taggeur d’oiseaux dits par Laurent Bieber Geneviève Roch et Marie Virolle notre copine de la revue Algérie Littérature Action qui se trouvait à Paris montée depuis son Moulin de Vallauris pour l’occasion ! Le projet qui court vu que de projets on est jamais à court nous autres après ça c’est un montage reportage vidéo avec les images que Jacques le photographe a faites de cette entreprise et d’autres soirées lectures de nos Cahiers et aussi s’il veut bien quelques vues secrètes des potions magiques qu’utilise l’ami Louis pour réaliser ses images mirages…              Donc un grand merci à toutes celles et ceux qui sont venus nous écouter et visiter l’expo des images de Louis… L’expo dure au moins jusqu’au 30 novembre et peut-être un peu plus vu le succès qu’elle a déjà on songe à des prolongations et ces illustrations que vous ne trouverez pas ailleurs sont en vente au prix de 30 euros les formats A3 et 20 euros les formats A4 alors vraiment si vous avez envie d’offrir un chouette cadeau à quelqu’un que vous aimez, venez faire un tour à la librairie Résistances , en plus ils sont vraiment formidables !

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
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Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /Nov /2007 12:36

           Expo et lecture du samedi 17 novembre 2007

                    à partir de 17 heures 30

Les Djenoun de la périféerie

    Librairie Résistances

       4 Impasse Compoint à l'angle de la rue Guy Môquet

Un espace d'expressions multiples et de créations marginales et singulières

( Voir le lien sur la page d'accueil du blog de nos Cahiers des Diables bleus) On vous attend samedi pour fêter avec nous l'expo des illustrations de Louis Fleury que vous pouvez voir et découvrir sur notre blog depuis deux ans.

Il est prévu une lecture d'extraits de nos contes métisses de la périféerie  illustrés :

Sinbad le taggeur d'oiseaux publié en 2006

Neige sur le printemps des orangers de Biskra qui sera là pour vous à cette occasion   Les extraits de nos contes seront lus par :

Laurent Bieber

Djalila Dechache

Geneviève Roch

Et nous serons tous présents ainsi que la responsable de la librairie Résistances Olivia Zemor qu'on remercie bien de son accueil.

A samedi !

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
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Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /Oct /2007 13:45

                                                      Salon des Revues

Jeudi, 18 octobre 2007   Des bouquins en rade sur la grève…

 

            Non !… surtout y n’faudrait pas que vous croyez en lisant ce qui suit que j’ai une dent contre ceux et celles qui avec le courage de l’énergie que moi j’n’ai pas par ces temps ont retrouvé le goût des pavés et de la plage aujourd’hui en marchant contre le pire des Etats qu’on se soit coltinés depuis des lustres… Avec eux je le suis à fond et encore plus demain où on a une tonne de bouquins et nos Cahiers des Diables bleus à se trimballer comme on peut entre métro en grève et nos pieds probable qu’on va prendre une fois de plus !

           Aujourd’hui ça n’était rien pour moi j’ai attendu même pas une demi-heure au bord de la N14 à Epinay face de nos studios Eclair que Jack qui est le photographe de nos Cahiers qui s’était déjà levé à l’aube pour emmener une amie turbiner passe me ramasser pour retourner dans mon gourbi n°2 sur le Cours de Vincennes où je traîne encore un peu en attendant que l’OPHLM aie la bonté de m’refiler un p’tit coin d’paradis à Epinay dans la cité de mon ami Louis si c’est possible…

           Pour tous les autres qui eux ont pas de chauffeur cool qui se détourne de son job et fait le taxi des brousses c’était sacrément plus hard de les voir à l’arrêt des bus alors que de bus y n’y’en avait pas un je sais je m’suis réveillée très tôt et j’ai écouté… d’habitude on les entend dans la cité passer repasser vroum ! broum ! vroum !… mais là rien du tout… Bon moi j’me suis dit enfin ils se réveillent ça va être le bazar pas trop tôt qu’on vire ces bouffons veugras de là ! Bien sûr qu’j’ai pensé aussi à ceux et à celles les femmes avec tous les p’tits autour d’elles et le sac des commissions très lourd sur la hanche qui se radinent à l’arrêt du bus et qui attendent on n’sait pas quoi alors que de bus oualou rien ! Mais c’est à force d’avoir l’habitude d’attendre dans la banlieue on n’sait même plus c’qu’on attend…

          Donc la journée commençait bien avec un camarade soleil rouge comme il se doit un jour pareil et c’était la teuf parc’qu’un jour de volé aux patrons c’est trop bon ! Et puis mon jour extra il a un peu chaviré quand mon amie Marie que vous connaissez depuis que je vous en cause qui fait les Salons des Revues avec moi depuis qu’on se connaît y a dix piges et plus me téléphone que pour cause de grève y a pas d’avions pas plus que de trains et que oups ! elle n’peut donc pas venir demain pour ce fameux Salon et voilà…

           Bon… mais ça n’fait rien elle me dit Marie… y faut qu’elle soit forte et belle cette grève et nous avec nos bouquins en rade tant pis… c’est pas veugra comme disent les jeunes de la cité c’est vrai… Marie elle est formidable elle transforme tout en positif et en bonheur même si c’est le contraire elle est extra ! Et pourtant là le moral elle n’la pas terrible vu que dans une semaine elle se farcit des examens plutôt louches dans un machin privé qui t’analyses pour voir si t’as pas un truc qui cloche dans ta carcasse c’est pas la joie… Donc le Salon et nos moments de délire à trois avec Jack le photographe c’était pour se resserrer fort les boulons et se partager la bonne amitié qui nous fait chaud aux tripes depuis des années…

          Alors maintenant vous savez tout ou presque… ce week-end c’est le Salon des Revues à l’espace Rambuteau à Paris sur Seine dans le 4ème et pour les horaires et le reste vous avez juste à regarder le prospectus ou à aller sur leur site si ça vous botte… Et ce que vous savez aussi c’est que Marie et sa revue Algérie Littérature/ Action y sera pas pour l’unique fois depuis des siècles ce qui est vraiment pas juste et que c’est moi qui m’y colle drôlement pas ravie malgré la présence de Jack le photographe ça va sentir le grand vide alors s’iou plaît venez nous voir même vendredi soir on y est et nous on n’se mêle pas à la mêlée des autres qui se ruent sur les p’tits fours et les verres de rouge mais on vous attend avec des ships et du jus d’orange pour mater un peu nos Cahiers des Diables bleus si ça vous dit…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /Sep /2007 01:18

Un nouvel extrait de notre dernier Cahier des Diables bleus intitulé Le regard des autres qui vient de paraître

 

Leïla Sebbar

Julien à Shérazade, Paris 10 juillet 2007

Shérazade,

A Lyon, Rue de Constantine, non loin du Musée des Beaux Arts ( un ancien couvent de Bénédictines qui recueillaient les enfants abandonnés et les orphelins, le petit Rayan abandonné dans un Quick par sa mère marocaine en cette année 2007 sera confié à une famille d’accueil ) où j’ai vu celle que je connais sur papier, elle était là, belle et alanguie, La femme au perroquet de Delacroix, on ira ensemble, collection permanente elle est présente pour l’éternité. Le perroquet est vert. Le cadre doré trop lourd pour un tableau si petit. Une odalisque encore, comme celle du Douanier Rousseau dans Jungles à Paris un tableau que je découvre, le Rêve ( 1910 ), une femme nue allongée sur un canapé Louis-Philippe rouge-grenas, dans une jungle avec bêtes sauvages comme si Rousseau se moquait des odalisques qui ont hanté la peinture orientaliste, tous les petits et les grands jusqu’à Picasso, ont mis sur toile l’odalisque comme figure du désir…

J’aurais aimé aller avec toi au Musée de la vie romantique. Tu vas dire “ encore des musées et quand tu me parles de personnes vivantes, elles sont maltraitées ”… Tu as raison. Si je relis ma lettre c’est vrai, sauf le métro, mais là aussi les voyageurs sont figés dans un temps d’attente, comme s’ils attendaient de vivre, et je les vois à peine, je peux imaginer et j’imagine. Donc, laisse-moi te parler de ce musée, une maison de maître aux volets verts, un jardin que Berthe Morisot aurait pu peindre. Des bancs, des chaises et des tables vert-sapin, on peut bavarder et grignoter une tarte. Ce jour de l’été 2006, c’était Pierre Loti “ Fantômes d’Orient ”. Je sais, Pierre Loti, l’exotisme… Isabelle ma favorite l’admirait. N’oublie pas que tu es allée dans sa maison à Rochefort, deux fois, n’oublie pas que c’est Aziyadé qui a marqué notre rencontre à Beaubourg ( ce que tu as connu du Centre n’existera plus à ton retour ), si tu lis un jour Le roman d’un enfant et d’autres que tu ne veux pas lire, tu reviendras sur tes préjugés.

Je sais que tu n’aurais pas regardé tous ces objets-fétiches qui m’attendrissent mais tu n’aurais pas échappé au regard de la belle Nord-Africaine de Jean-François Portaels ( 1818‑1895 ). Elle ne regarde ni le peintre ni le passant. Elle est arrêtée à sa rêverie. Sur son foulard moiré bleu et vert, une pivoine, au bord du foulard noué au-dessus de l’oreille, un voile de laine à larges bandes soyeuses blanches. Des bijoux raffinés. Elle t’aurait plu. Chez un épicier marocain, à Paris, derrière la caisse, elle était là, épinglée. J’ai demandé à la vendeuse grosse et affable où elle avait vu cette femme “ c’est une cliente qui me l’a donnée, elle m’a dit ‘ ça va vous plaire ’, c’est vrai elle est belle, juste à côté de ma caisse, je la regarde souvent ”.

Dans la rue, un homme en habit vert, Propreté de Paris. Il pousse lentement son roule‑sac auquel il a accroché une couronne de fleurs artificielles, un clown en tissu, un singe en peluche… Il les collecte pour ses enfants ? Plus loin, vers l’entrée du métro, sous le viaduc, une femme que je vois souvent. Elle est jeune, pas d’ours serré dans son bras droit, je la croise, dans un sac de sport ( elle est toujours en survêtement ) l’ours est couché, contre lui des peluches plus petites, je n’ai pas eu le temps de les identifier, habillées comme l’ours. (…)

Viens à Paris. Je reste à Paris pour toi. Se voir tous les jours, se parler, s’embrasser, se disputer un peu, marcher dans la ville la seule ville, divaguer…

A la radio, j’entends Abd-el-Malik, musulman, père congolais né en France, la préférence de l’été, et aussi Grand Corps Malade. Des héritiers d’Higelin, Areski-Fontaine, Gainsbourg, Jonas, Etienne Daho… Amel Bent, Chimène Badi, Juliette, comme toi des Arabes de France. Tu aurais chanté ? Tu chantes et je ne le sais pas.

Pour toujours,

Julien 

  

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Les Diables bleus
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