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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Journal d'une fille de banlieue

Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /2008 11:39

                           Petites chroniques
                       Ma chienne de banlieue…

Jeudi, 11 septembre 2008    Aujourd’hui ils ont massacré les arbres…

      Ouaouf ! ouaouf !… je voulais vous dire… comme vous savez écrire c’est rien c’est aboyer qu’il faut… alors cet été je n’ai fait qu’aboyer…
      Je voulais vous dire… vous dire qu’il y a eu l’été lourd épais sur l’épaule comme un sac de mauvais grains… il y a eu ce mois d’août terrible moi qui aime la chaleur et les glaïeuls… rouges les glaïeuls…
      Vous dire qu’il y a eu ce mois d’août et la mort qui rôdait et je ne le savais pas… mais la mort des poètes princes des hérissons qu’est-ce que ça fait ?
      Vous dire… Mahmoud est mort ça vous le savez et en ce début de septembre ça fait un an pour Ali… y’a rien que j’aime moins que les commémorations et voilà que je commémore les morts c’est un signe que les temps sont ceux des cordes de pendus et des gibets où se balancent nos pantins d’enfance… Pas de merguez partie cet été à côté de la boucherie musulmane les jeunes sont restés terrés chez eux ou bien ils ont fait des parties d’autre chose et on a pas été conviés au banquet probable…
      Sur la cité le vent n’a pas arrêté de souffler et le feu s’est allumé bien souvent… la nuit citadelle de vagues bleu ultramarin qui s’enroulent autour des blocks et éclatent en gerbes d’avions argentés au-dessus un par minute pas moins… la nuit des étés d’acier sur la cité je ne dors pas avant que ça soit Ramadan je ne dors pas…
      L’ami Louis au museau de jeune fennec du désert est un des habitants audacieux de cette tanière d’orages depuis dix piges et son quatrième étage avec sa bulle plexiglas au-dessus de l’escalier qui donne sur un toit terrasse où on ne va pas c’est bouclé creuse sa galerie au milieu du terreau d’étoiles… Louis dort bordé par les draps de sable qui le séparent des bruits en bas l’été la nuit dans les rues les parkings les escaliers de la cité personne n’a sommeil et cette année c’est un grand vacarme qui nous remplit les esgourdes…
      Mais Louis ne se réveille en sursaut que lorsqu’un effarant troupeau de hérissons à l’odeur de gas-oil entre par la fenêtre en glissant tellement léger qu’on entend rien sauf qu’ils grignotent au pied du lit un paquet de gaufrettes café tombées par terre déjà très entamé c’est la ruée la baston et leurs piquants luisants dans le clignement au phosphore des réverbères on ne le voit pas non plus vu qu’on est obsédés par l’odeur gluante du gas-oil… moites de sommeil on se croit sur un quai à l’embarquement des navires et on se frotte les yeux et le nez façon des loupiots qui émergent du black-out…
      C’est drôle… y a pas eu un été comme celui-là depuis quatre années que je zone du côté de notre cité… jamais je n’l’ai sentie aussi tendue l’atmosphère avec des nerfs prêts à appuyer sur la gâchette de la chasse aux lapins des villes et les gens qui ne la ramènent pas qui regardent en dessous et qui attendent…
      Quand on vit depuis longtemps dans la zone c’est des trucs qu’on sent cette sorte de câble invisible qui nous retient et s’il se rompt c’est toute la violence des milliers d’heures de semaines de mois d’années d’imposture avalée engloutie avec silence par-dessus depuis qu’on a été parqués dans les réserves pour “ personnes sauvages ” ces ghettos attribués aux “ Indiens” déjà comme ça qu’on nous appelait quand on vivait dans nos villages autogérés des sixties… qui va couler sur la ville son fleuve de boue rouge sang et qui va digérer ce qu’y aura sur son passage…
      Ouais… je voudrais vous dire… vous prévenir… que vous soyez au parfum avant que l’incendie le massif le grandiose artifice aux farandoles d’épis de fer bleu turquoise s’en prenne à tout ce qui dans les faubourgs peut cramer… Ouaouf ! ouaouf !… c’est une chienne de banlieue qui a pas pour habitude de hurler avec les loups qui vous l’assure… C’est un moment qu’on peut encore faire marche arrière… redonner un sens à la vie des gens le goût de l’avenir à ceux qui sont là depuis que leurs vieux ont débarqué du bateau à Marseille et qui ne voient pour les p’tits que la zermi ou la haine pure et coupante comme le rasoir sur la gorge…

      Ouaouf ! ouaouf !
      C’était une nuit d’août turbulente… une nuit de pleine lune d’août et y avait eu comme d’habitude en face du bistrot turc qui s’est ouvert des gars qui buvaient le thé causaient haut jouaient aux cartes sur des tables improvisées cartons et un peu plus loin le groupe des Blacks tout pareil avec la zic à fond portières des autos ouvertes… On s’était endormis sans doute malgré l’ambiance stridente des voix qui montaient jusqu’à notre embarcation amarrée là derrière ses fenêtres grandes ouvertes aux voilures qui claquaient ses haubans qui carillonnaient un désir salé écrabouillés par la chaleur la peau couverte de rosée…
      J’n’ai pas souvenir d’avoir sombré et pourtant… c’est l’odeur de gas-oil et le troupeau des hérissons lacté qui m’a fait bondir assise comme Louis tous les deux renfrognés ahuris étonnés… c’était une odeur épaisse grasse qui grattait la gorge une qu’on avait pas coutume de renifler dans la cité la nuit les odeurs ça n’manque pas… Les poubelles le cramé les clopes la bouffe sucrée salée épicée les chats les chiens les rats la pluie et des tas d’autres bien pires encore !
      Louis qui ne s’inquiète jamais pas la peine ici c’est le cirque toute l’année et nous on en fait partie alors… il est quand même allé voir à la fenêtre mais en bas c’était tranquille calme presque… à la porte aussi des fois que ça soit dans l’escalier mais non… Ce qu’ils faisaient encore les frangins ? Ce qu’ils nous préparaient comme surprise amusement nouveau qui les sortirait juste le temps d’un délire d’été de cette marmite où ils mijotaient eux qui avaient été un jour les fils du soleil… Siphonnaient la réserve de la chaudière en vue d’une recette de cocktails molotov inédite ? Ou bien c’était pour mélanger à la bière et se faire une détonation intérieure du tonnerre et cracher des pépites météores incandescents ?…
      Les avions passaient très bas comme pour un bombardement et les murailles de nos blocks tressaillaient toutes les minutes pas moins… il était quatre heures du mat le silence en bas ça nous faisait bizarre pareil que celui de l’océan à Saint-Malo la veille de la marée des hautes eaux qui se fracassaient contre les brise lames dans un vacarme d’armures froissées et d’étincelles mouillées… eh bien la veille l’océan il ressemblait à un immense géant lac vert onyx qu’on l’avais jamais vu de la sorte poussif et immobile… nous là c’était bien comme ça…
      Le troupeau de hérissons il a dû se décider à se tirer en remportant l’odeur avec lui vu que d’un coup elle a disparu presque et qu’on s’est rendormis blottis l’un contre l’autre au milieu des draps salés de lune jusqu’à ce qu’une explosion tout près sur le parking un boum ! très honnête de puissance nous sorte brutal de nos rêves déjà prêts à appareiller pour Aden au moins…
      Que je vous décrive ce que c’est comme genre de boum ! à vous qui ne vivez pas dans une cité de banlieue et qui avez pas l’habitude de tous les bruits des géantes forteresses acier béton et plastique mélangé… vous qui dormez des nuits entières dans le silence ouateux d’une presque mort et qui ignorez tout du plaisir piquant des troupeaux de hérissons… Ce boum-là c’est pas comme un pétard de 14 juillet même pas un gros ou les pétarades des fêtes foraines et des feux d’artifices… non… c’est une sorte de forte explosion de l’intérieur façon d’un volcan qui d’un coup envoie la purée plein ciel de sa lave orangée…
      Ouais c’est ça… on dirait que c’est les intestins de la terre qui lui remontent dans la gorge et broum ! vroum ! ce feu qui couve en dedans qui macère au centre d’un four énorme à céramique quand on ouvre les bouteilles de gaz à donf et qu’on lance le grand feu… le ronflement des brûleurs et la chaleur qui se dilate vermeille et bleuâtre sur les bords… et soudain ça devient rouge cerise vous savez ? Bon… vous allez dire que j’exagère… y’a rien à voir entre une bagnole qui crame et une cuisson de poteries… alors c’est que vous avez jamais entendu un pot pas assez sec ou qui a un défaut “ une bulle d’air ” ça s’appelle qui pète en plein milieu de la fournaise et qui entraîne avec lui c’qui a autour… broum ! vroum ! badaboum !…
      Dans notre caverne des Cévennes y a… trente piges de ça quand on faisait la cuisson de nos céramiques on attendait en bouquinant somnolait à moitié à cause de la chaleur et c’était pas toujours au même moment que ça explosait… boum ! Alors on écoutait on retenait notre souffle si y en avait qu’une ça allait encore mais deux ou trois ça voulait dire une partie de notre travail d’un mois ou deux qui volait en éclats et dans ces temps de notre pauvreté ordinaire c’était un petit drame vous comprenez ?
      Ouaouf ! ouaouf ! Boum et boum !…    
      On a entendu la petite fille black de l’autre côté de la cloison aussi fine que c’est possible se mettre à pleurer les crépitements légers comme un feu de chaume qui court une autre explosion et le ronflement habituel du camion des pompiers qui manoeuvrait en marche arrière le sifflement de la pompe cri cri cri… et le chuintement de l’eau flaouf flaouf… pendant que l’odeur familière celle-là et rassurante de caoutchouc brûlé qui accompagnait les ordres brefs et les paroles comme un chant nocturne nous renvoyaient sans crainte à nos rêves interrompus…
      Ouais… je voulais vous dire… cette nuit-là c’est celle où Mahmoud s’est tiré de ce monde et j’ai rêvé de Beyrouth au mois d’août 1982 sous les bombes de l’aviation israélienne c’est drôle…    

      Je voulais vous dire… Je sais… voilà plus de trois mois que j’n’ai pas écrit un seul mot dans notre Petite Chronique des cités de banlieue… pas écrit un de mes reportages sur le vif une petite histoire comme il nous en arrive tous les jours et qui font la vie de nos cités et qui feront à force partie du témoignage de notre imaginaire collectif.
      Ouaouf ! ouaouf ! vous savez si vous lisez de temps en temps les radotages de l’écrivaine ordinaire et ses récits au clair de lune que je me suis promis d’aboyer parce que le reste ça n’vaut pas la peine… Eh bien même aboyer ces mois qui viennent de s’écouler je n’ai pas pu… c’était trop c’était tout c’était rien…
      Pas qu’il ne se passe pas des choses dans notre cité d’Orgemont à Epinay oh si ! il s’en passe et cet été n’a pas été de toute légèreté et depuis un an c’est tellement hard la vie pour nous tous qu’y aurait à dire… Mais justement comment moi qui ai choisi de ne pas vous faire entrer dans du drame au quotidien ce qui est le rôle de la presse à papier cul… ouais comment je pourrais vous faire rêver avec des choses… des choses qui font mal souvent et qui sont la cause qu’on en oublie un peu de s’enchanter des ciels bleus pas croyables de la banlieue les nuits où l’été nous fait signe avec son grand cheich indigo et ses petites lumières lucioles des réverbères tout au long du chemin de la rue de Marseille où les chauve-souris se chamaillent dans le généreux banquet aux moucherons ?
      Il faudrait que je vous parle de Cyrano le greffier gris rayures d’authentique gouttière le fils de la petite star sauvageonne à la figure d’une de ces bestioles de la brousse jamais apprivoisée qui crèchent chez le vieux bonhomme du rez-de-chaussée vous savez ?… Le vieux la dernière fois que je l’ai vu sortir sur les marches du block avec ses pantoufles des charentaises pur jus extras et qu’il avait du mal à arquer je me suis dit qu’il rajeunissait pas lerche et qu’est-ce qu’il allait devenir Cyrano le gros paresseux qui guignait de l’œil les pigeons flemmards à deux mètres de son nez retroussé en train de taxer les graines de gazon débiles que les mecs des jardins si on ose dire de Plaine Commune avaient semé pour eux tout juste ?
      Ouais Cyrano il était en sursis et la petite féline chasseuse elle et pourfendeuse des rats des poubelles des heures à l’affût et Hop ! d’un coup de mâchoire sec elle les happait disparaissait direction les sous-sols la queue rose et frétillant encore entre ses pattes fines au poil gris doux comme les nuages du soir juste avant que la lune elle se pointe…
      Ouais… je voulais vous dire…
      Ouaouf ! ouaouf ! mais ce matin c’était trop je n’ai pas pu me taire comme je fais depuis trois mois par lâcheté sans doute face au monde qui devient un fracas bouillonnant où les baladins comme moi perdent les notes de leur rengaine et ne dégainent plus que pour eux‑mêmes sur des bouts de papier qu’on laisse traîner aux tables des cafés dans les wagons des trains de banlieue en bas des escaliers n’importe où… ailleurs… là où ils ne seront lus probables que par les chiens…
      Ouais ce matin ils ont entrepris le massacrage des arbres de la cité nos grands maîtres de la forêt notre toison solaire et nacrée d’ocre rouquin et ses bataillons d’oiseaux voyous farfelus effarés chassés de leur repaire une horreur ! Les grands arbres vous les connaissez bien vous qui lisez les p’tites chroniques Ouaouf ! ouaouf ! en pleine orgie de mots qui font la culbute et dansent sur leurs pattes de clebs des rues et des faubourgs et rebondissent Hop ! Hop !
      Les grands arbres de la forêt qui nous protègent de la folie du désert bitume et parkings blues du béton gris tombe des murailles des blocks ils sont tout notre royaume de bouffons maudits aux bonnets carillonnant leurs grelots et leurs plaintes de coton rouge à vif nous qui vivons là merdre alors !… Nos grands arbres en ce début d’automne notre parure d’or liquide et voyageur saupoudrée parmi leurs costumes de pourpre de jaune paille et ocre… nos gardiens farouches et incendieurs d’aubes absurdes qui se lèvent au milieu des containers plastique vert débordants d’ordures lancinantes…
      Voilà ! c’est tout ce qu’ils ont trouvé à faire pour nous rendre la vie ici un peu plus pourrie un peu plus dure encore dans cet endroit qui est notre ghetto et où on a juste assez d’oxygène de rêves pour pas crever tout à fait… cet endroit qu’on n’appelle pas autrement que la zone et où on a encore le bonheur d’imaginer qu’on crèche dans des arbres à notre quatrième au milieu des piafs… cet endroit qui fait malgré tout malgré eux partie d’une ville où Lacépède et Jean-Jacques Rousseau ont fait venir des espèces d’arbres rares et exotiques style du Jardin d’Essai à Alger comme une vaste forêt aux portes de la citadelle…
      Ouais voilà… à 9 plombes du mat à peine ils sont arrivés avec leurs engins de chantier leurs écrabouilleuses broyeuses cracheuses de sciure de feuilles déchiquetées de branches en rondelles… Et ils ont ratiboisé le saule pleureur et sa volage crinière verte juste avant l’automne et ses flammèches jaune lui ont laissé que le tronc… De ce carnage-là qui n’fera pas causer dan s les gazettes la moitié de ce qu’on lit au sujet d’une auto qui brûle dans une cité moi j’ai pas voulu voir la suite parce que ça me mettait trop la haine partout dans mon corps et de la douleur aussi plein !…
      Alors je suis partie je me suis tirée vu que quand on vit au milieu des dingues qui préfèrent des tas de ferrailles puants et pestilents à des arbres y a rien d’autre à faire que de foutre le camp pour rester encore un peu intact… Ce qu’il en reste des platanes des tilleuls des frênes des acacias des sapins… je sais pas je saurai demain sera bien temps… Mais ce que je voulais vous dire c’est que si un jour je ne retourne pas dans notre chienne de cité c’est qu’ils auront fini leur sale boulot et qu’ils auront massacré dévasté tué définitif tous les arbres…
      Ouais voilà… c’est ce que je voulais vous dire… en gros…
      Ouaouf ! ouaouf !



A suivre...   
 

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Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /2008 23:34

                   Ma parole c'est Beyrouth ici !...

“ Comme j’ai aimé cet endroit, menacé de disparition, depuis le tout premier instant ! Que t’offrir ? Des plantes et des roses. J’en avais fait quelque chose qui ressemblait à un nid. Je voulais qu’il soit comme un des textes de la revue, des lettres brunes imprimées sur le papier jaune des pages et dominant la mer. Je le voulais comme un bouquetier bien posé sur le dos d’un cheval fougueux. Je le voulais poème.”
Mahmoud Darwich Une mémoire pour l’oubli
Le Temps : Beyrouth Le lieu : Un jour d’août 1982
Traduit de l’arabe ( Palestine ) par Yves Gonzalez Quijano et Farouk Mardam-Bey
Ed. Actes Sud, 1994

Le temps : août 2008
Le lieu :
La cité d’Orgemont à l’extrême ouest d’Epinay-sur-Seine département du 9-3

      - Ma parole c’est Beyrouth ici !…
      Combien de fois je l’ai entendue cette phrase balancée dans notre direction comme une giclée de boulons au lance-pierres et qui restait suspendue un peu au-dessus mêlée à la liqueur bleue intense de l’horizon d’été à l’extrême bout des tours de la cité…
      La cité… celle de notre enfance ou n’importe quelle autre parmi ces Babels de la périphérie qui nous ont fait grandir avec la multitude des êtres venus des pays lointains comme des Rois Mages pour s’arrêter ici et modifier par leur présence insolite et puis familière la trajectoire de notre destinée de jeunes Indiens privés de notre histoire au cœur des réserves géantes de la banlieue…
      Comme des Rois Mages ils étaient arrivés les mains pleines eux des présents de leur histoire de leurs combats pour continuer à vivre sur une terre qui peu à peu ne les nourrissait plus et dont ils étaient déjà dépossédés avant de l’avoir quittée et perdue tout à fait…
      La cité… celle de notre enfance ou n’importe quelle autre dans la périphérie des années 50 elle les avait vus se détacher sur l’horizon indigo des nuits d’été leurs silhouettes devenant de plus en plus immenses à mesure qu’elles se dépouillaient de leur passé si proche et qu’elles entraient à nos côtés dans le présent d’un monde dont ni eux ni nous ne voulions…
      Leurs silhouettes de travailleurs immigrés devant nos yeux de gamins de la zone enfants d’ouvriers pour qui la réalité quotidienne était sacrément loin d’un conte de fée elles avaient pris l’allure et l’apparence de personnages imaginaires… Ils nous apparaissaient sur leurs montures aussi étranges que leurs vêtements longs et amples à capuches et leurs babouches de couleurs vives chameaux et chevaux qui leur donnaient la grandeur des tribus guerrières victorieuses et superbes…
      Plus ils s’appauvrissaient et s’éloignaient de ce qui faisait d’eux des hommes fiers et libres plus ils se transformaient aux portes des citadelles grises de la banlieue plus nous les voyons se dresser comme des géants sur le décor sans beauté de notre quotidien partagé.
      A chaque fois que la violence des étés dans les cités de banlieue me rattrape signe de notre impuissance à accomplir nos existences comme nous l’avons rêvé me reviennent ces mois d’août au Liban et dans les camps de réfugiés palestiniens quand les noces de sang des hommes avec la mort se confondent aux noces du soleil et de la lumière… Beyrouth… Le Liban… La Palestine… ces mots qui évoquent du lointain de l’inconnu vraiment pour moi comme pour la plupart des mômes de la banlieue d’ici sur Seine j’imagine dans les années 60 où nous avons à peine commencé à découvrir les rues de nos quartiers et leurs bidonvilles bourrés d’immigrés et de travailleurs pauvres ils nous parlaient de nous sans que nous le sachions avec la même proximité et la même musique rauque et douloureuse que ceux de Guerre d’Algérie… FLN… Sétif… dont personne d’ailleurs dans nos familles ne disait rien…
      Aux immigrés qui arrivaient d’Algérie juste après l’Indépendance et que nous avions appris à reconnaître à l’intuition parce qu’ils étaient aussi blessés que nous sous leur burnous de silence et qu’on entendait appeler “ les fellagas ” se joignaient comme leur ombre inséparable déjà de la trace qu’on regardait se dessiner devant nos pieds d’autres silhouettes qui étaient celles d’enfants de nos âges armés de cailloux et de jeunes combattants dont le keffieh au damier noir et blanc était le premier drapeau sans patrie…on les nommait “ feddayin ”… 

     Sur ma table de travail aujourd’hui à Paris au creux de mon repère terrier provisoire de renarde des sables je ne sais comment c’est encore possible… le texte de Genet “ Quatre heures à Chatila ” jamais loin de ma main gauche quand j’écris… jamais loin Genet et son écriture de sang séché un damier de taches noires sur fond de mur blanc… même quand je suis à Epinay dans la cité où je partage mon temps avec celui passé au creux de mon repère parisien… Mais à Epinay c’est le livre de Mahmoud Darwich Une Mémoire pour l’oubli qui s’est installé forcé à la première place celle qu’a occupée Beyrouth pour Darwich le poète de Palestine pendant des années…
      Beyrouth… août 1982… Mahmoud Darwich a trouvé refuge comme de nombreux Palestiniens entre les murailles d’argile d’une ville qui accueille et refuse ces passants sur une terre privée de demeure et il se trouve pris sous le feu des chars israéliens en train d’envahir la ville poussant ce peuple sur les rebords d’un nouvel exil parmi les exils passés qui refleurissent rosiers de l’errance dont la dernière des fleurs est encore la première… “ Chronique amoureuse d’une ville… ” Une Mémoire pour l’oubli me fait à chacun des mots où je butte… me fait rencontrer le récit que je ne voulais pas écrire de notre Odyssée d’enfants jetés d’un monde vers un autre… un monde perdu pour eux désormais… perdu pour tous… et qu’ils se sont mis à aimer trop fort…
      Cette histoire je la connais… je pourrais la raconter… c’est facile sans doute et j’ai même encore des notes qui traînent pat ci par là des bouts de carnets comme des jardins en friche pour toujours des mots égarés le long des drailles en haut du plateau du Bougès en pleine Cévennes galopée de chèvres folles quand passée au-dessus du chemin forestier qu’empruntent les bagnoles de la gendarmerie pour surveiller notre hameau à la jumelle c’est moi qui les regarde et qui note… note en rigolant…
      Ouais je pourrais l’écrire comme j’écris celle de ma machine à écrire Calamity Jane et mes petites chroniques de la banlieue… je pourrais… il suffirait de… m’y mettre quoi et y a pas de raison… d’ailleurs j’ai déjà commencé… quelques fragments très maladroits d’une écriture qui s’étire poème lézard sous son soleil d’y a… trente piges ou presque un soleil aussi morfale ses petites canines blanches de chat sauvage sur notre peau de mômes de la zone déjà frottée aux chaleurs de fers rougis à forge des travaux saisonniers… Un soleil de Beyrouth ou de Tipaza… un soleil cannibale avec pour réflecteur les murs de schiste blacks aussi incendiés que les parois laiteuses de chaux des terrasses d’Alger…
      Ouais je pourrais l’écrire… mais à chaque envie qui me vient de saupoudrer cette mémoire sucrée sur mon papier lune… à chaque fois l’envie repart aussi vite au creux de mon terrier de renarde et gratte et s’enfouit et se terre… Et les mots qui me viennent ce sont toujours les mêmes… L’écrire pour quoi… l’écrire pour qui ?…
      Cette histoire je la connais… je pourrais la raconter… il suffirait de troquer la face d’ogresse de la mort contre quelques mots… Des mots d’argile d’eau et de sang face à la défroque pouilleuse du silence qui m’est venu de cette journée terrible quand je marchais dans les empreintes d’un nouveau et très ancien désert… Je savais sa progression inévitable malgré notre obstination d’enfants à creuser des rigoles pour des ruisseaux prodigues…
      A planter des roseaux cachettes vertes des essaims d’oiseaux turbulents et à retenir de nos mains le sable qui poursuit son avance sur nos corps et sur nos chants devenus stériles…
      Cette histoire je la connais… ce qu’on a vécu alors cette histoire de notre jeunesse ouistitis au creux des arbres qui ne vieillissent pas je pourrais la raconter… Il suffirait de quelques gouttes de salive volées à la rosée des vergers gamins et ancêtres habitants de cette terre parmi les sourcils broussailleux des collines aux flancs râpés de souffles sans héritage qui assèchent les lèvres et la langue sous la poussière du gris de cette journée qu’on ne sait pas nommer…
      Il suffirait des gouttes de salive de l’encrier du ciel de la banlieue… Il suffirait des quelques pierres et des quelques poignées de terre apportées dans les poches de leurs vêtements de cérémonie par les femmes et les hommes du village d’Al Barweh au poète de Palestine afin qu’elle lui serve d’oreiller pour que je rejoigne le nombre des passants au bord de ce territoire qui n’a pas de nom… passants nourris de l’ivresse de l’avenir… hôtes fugaces nostalgiques de la bonté du blé et de l’olive…
      Cette histoire je la connais… je pourrais la raconter… Oh ! pas celle du poète qui ne c esse sur le chemin de la ville tant désirée qui ne se nommerait plus Beyrouth… Beyrouth île et refuge de toutes les fuites amante de tous les dangers… de chercher le giron de sa mère et d’y mourir en portant la langue inventée comme un drap sur sa peau nue… Non pas celle de la Palestine dont le poète a troqué le silence pouilleux qui la recouvrait contre les fleurs d’amandiers secouant ses parfums au-delà d’elle remplissant nos greniers des fruits de son absence…
      Ni du village d’Al Barweh parmi des milliers de villages engloutis sous le linceul des voyelles et des consonnes de l’autre langue et sous les murailles de ses forteresses…
      Oh ! pas l’histoire du poète visitant ses demeures de lune dans les nuits de l’exil… 
A suivre... 

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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /2008 23:50

             Ma chienne de banlieue...
               Epinay, Mercredi, 1er septembre 2008   El aid mabrouk !                

       Ouaouf ! ouaouf ! un vrai temps de chien qu’il fait depuis le mois de juin et même avant ! sauf ce mois de septembre tellement chouette qu’il a été c’est quelque chose… Eh ouais… tout le mois du Ramadan il a fait une douceur et une lumière soleil et tout qu’on avait pas vu depuis… depuis je n’sais plus quand… bon faut rien en déduire évidemment… Ouaouf ! ouaouf !
      Aujourd’hui c’est l’Aïd… Ouais je sais c’est pas une exclusivité de la cité où on crèche nous autres tous touillés pareils qu’à l’intérieur d’la meilleure des chorbas… c’est l’Aïd sur toute la terre partout où y a des Muslims c’est l’Aïd la fête la teuf la grande la vraie après les trente jours et surtout les nights de ce mois de Ramdam comme on dit qui nous a bien surexcités et auquel on participe évident Gaulois ou pas pris dans l’atmosphère de la rue… des parkings des trottoirs des p’tites boutiques et des gens… mieux que ça comme frénésie tu peux pas…
      Des mois de Ramadan j’en ai vécu plein et de toutes sortes depuis que j’fréquente assidu mes poteaux arabes et africains musulmans alors vous voyez que ça fait une paie et sûr que j’en ai des souvenirs extras pas ordinaires comme on en vit qu’à ces moments-là… Des soirs du côté de Belleville avec mes frangins d’Algérie on se retrouvait dans un p’tit restau “ comme au bled ” qu’ils disaient… moi le bled je n’connais pas mais c’est tout comme ça vous l’savez… le boui-boui il a des murs faïencés blanc bleu indigo et turquoise et vert d’océan… je n’sais pas pourquoi ça me fait penser à l’Andalousie… Un bout de mémoire qui se goure probable… Ouaouf ! ouaouf !
      Ça sentait bon la chorba en train de cuire tout de suite quand on entre les feuilles de menthe fraîches les poivrons grillés le café un peu amer… On entrait et le patron un Algérien qui avait la peau sombre des hommes du désert très grand un keffieh autour du cou nous apportait tout de suite des dates dans une soucoupe et du lait…
      Ensuite on partageait la chorba légumes et viande un bol à ras bord avec du pain pour tremper et si tu en reveux pas de soucis y’en a plein la marmite tu as qu’à demander… Les frangins algériens mettaient un cuillère énorme d’harissa dedans et la soupe prenait une couleur ocre rouge qui me faisait songer à l’argile des ksour cuite par le soleil et aux bouquins de Malika Mokeddem…
      Pour finir le repas on prenait toujours des bakhlawas des gâteaux fourrés à l’amande et au miel parc’que ce sont les meilleurs de tous y paraît… Moi les gâteaux arabes de toute façon si je commence à en goûter je m’arrête plus… dates amandes miel sésame c’est trop ce que j’aime ça… la douceur des mets sucrés et parfumés aux essences de fruits pistache cannelle et de fleurs d’orangers des contes des Mille et une nuits et les saveurs délicates et épicées de l’Orient c’est mon bonheur !… Mais c’est vrai que les bakhlawas du Ramadan avec le thé à la menthe meilleur tu n’peux pas !
 
      Le thé à la menthe dans notre boui-boui d’avant c’est gratuit autant de petits verres décorés tout l’monde connaît qu’on peut en boire et ensuite y a encore des dates si on veut… Un de mes frangins d’Algérie le photographe Djamel Farès m’avait rendue plus heureuse que la reine de Palmyre quand il m’a dit un jour qu’on faisait un entretien chez moi et que je lui avais préparé un thé à la menthe traditionnel dans la petite théière bleue du désert que mon thé était excellent ! Moi qui ai jamais mis les pieds en Algérie la fierté que j’avais Ouallah !
          Ouais… de ces soirées-là j’avais une sacrée nostalgie les nights de ce mois de Ramdam dans notre cité d’Epinay… faut dire qu’on est bien placés nous autres avec notre quatrième étage juste face au bistrot truc et à la boucherie musulmane et que même si on n’voulait pas participer les tables dehors en bas avec les gâteaux le coca et les jus de fruits le thé et plein d’autres bonnes choses… et tout l’monde assis autour sur les chaises plastique ou les banc béton en train d’attendre que le soleil se tire de l’autre côté ça incite pas à rester enfermé chez soi…
          Les nights de Ramadan ici on les vit à donf comme les autres on n’dort pas forcé y a la zic dehors et les gens qui causent qui rient qui mangent qui boivent… c’est la détente enfin qu’ils ont guettée la journée entière et ça dure jusqu’à ce que le jour il se pointe ou quasi c’est comme ça… Avec les p’tits qui courent se poursuivent en criant le bonheur total pour eux qui d’habitude sont claquemurés à l’intérieur des apparts minuscules… ils jouent se bousculent se chamaillent et y’a personne qui les envoie coucher… c’est Ramdam…
         Dans la cité tout l’monde se met à ce rythme nocturne et cette année plus que les autres la fête se répand de tous les côtés parc’que c’est encore un peu l’été et que nous autres on est beaucoup dehors sur black bitume pour prendre l’air et puis les choses elles sont devenues trop dures ces mois passés… C’est la grosse zermi qu’a rappliqué avec ses rangers et qu’a écrasé les moins chanceux parmi tous les moins friqués qu’on est déjà d’ordinaire sur son passage… Alors là on oublie et on se retrouve ensemble comme s’y’avait toujours la fraternité des années ouvrières de la banlieue c’est bon !… Ouaouf ! ouaouf !
          Donc pendant un mois c’est la cité entière qui ne ferme pas l’œil avant 4 heures du mat et pourtant elle est grande la cité !… Faut un quart d’heure pour la traverser d’un bout l’autre c’est dire… Des fois c’est un peu hard vu que le matin faut se lever pour aller trimer et c’est juste le moment où on roupille terrible dehors pas un bruit les commerçants ils ouvrent tard c’est le rythme du Ramadan c’est comme ça… Et le soleil rouge par la fenêtre énorme il monte dans le ciel tout seul il fait ce qu’il veut…

         Aujourd’hui personne n’a eu besoin de me dire que c’était l’Aïd quand je suis arrivée au bord de la rue de Marseille débarquant comme tous les mercredis de mon repaire parisien ou personne ne soupçonne au quotidien que c’est le mois de Ramadan sauf d’avoir entendu l’info à la téloche… Le première personne que j’ai croisée c’était une jeune femme qui descendait d’une voiture vêtue d’une longue robe mauve avec ceinture à la taille et petit décolleté mode escarpins blacks et ses cheveux crêpés et sa peau couleur café elle avait une sacrée classe ! Elle portait avec mille précautions un plat recouvert d’un torchon en tissu brillant doré … pas besoin qu’on me dise c’était des gâteaux !
          Et quelques pas derrière elle sur le trottoir un homme avec un kamis blanc brodé très beau et le keffieh à peine noué autour de la tête qui volait autour de lui comme un drapeau palestinien courait avec son fils aussi vêtu de blanc et de neuf pour attraper le bus chacun avec un énorme sac de matloh les pains de semoule algériens pendant qu’une famille entière transbahutait le couscoussier plein et les plats de terre cuite avec la semoule recouverts de papier alu qui scintillait… Cadeaux nourriture qu’on partage en abondance compte tenu des moyens modestes vêtements neufs qu’on achète pour l’Aïd et pas des trucs de marque pour sûr !… Ouais… notre cité quand elle fait la fête elle a son allure des grands jours que personne peut rivaliser avec !
         Dans l’escalier de notre block au deuxième j’ai rencontré notre voisin turc qui sortait avec sa gamine habillée avec une robe rose mi longue et des bracelets de poignets qui carillonnaient et elle aussi elle portait précieusement un énorme géant plateau de gâteaux… on s’est salué et j’ai eu le temps de renifler le parfum de la fleur d’oranger qui se mêlait avec les odeurs d’épices à tous les étages et de cuisine qui se préparait… Enfin avant d’arr iver à notre quatrième une dame black avec deux loupiots qui marchaient tout juste… on se connaît pas mais on se sourit parce qu’aujourd’hui y a l’atmosphère conviviale magique partout…
         Mais le plus petit c’est pas un sourire qu’il avait c’est carrément un rire qui éclatait dans sa frimousse quand il m’a regardée et il s’est retourné et il s’est mis à taper dans ses mains en criant : “ Bonjour ! Bonjour ! ” et il m’a balancé sa joie d’enfance légère en plein cœur et c’était aussi extra qu’un immense envol de papillons au milieu des escaliers gris béton…
          Et toute la soirée j’ai songé au bonheur possible si c’était chaque jour comme ça la vie et je me suis dit que vraiment c’est ici dans notre cité parmi les gens que j’ai envie d’être longtemps toujours… Là c’est mon royaume et là je suis chez moi… Bonne fête à toutes et à tous ! El aid mabrouk !               

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Mardi 18 novembre 2008 2 18 /11 /2008 23:18

La petite ouistiti suite...
     Ce texte prend la suite de celui publié le 8 septembre 2008    
          La première des choses que je savais depuis que j’avais mis les pieds dans le pensionnat stalag Notre-Dame des impostures y avait de ça deux années et que j’avais vite fait été mise au parfum de l’atmosphère société policière qui règne dans les endroits où la liberté c’est même pas un souvenir une odeur rien du tout… la première des choses… y fallait pas qu’on m’entende approcher de la porte du bureau de la sœur supérieure… celle qu’on appelait l’0eil vous vous souvenez ? Et dans ces cas-là c’est la p’tite ouistiti qui se mettait en campagne… ça n’traînait pas elle avait des ailes aux pattes pour ce genre de comédie…

Dedans y avait les trois lascars… les caricatures qui s’étaient engouffrés pointe des panars… Hop ! Hop ! comme s’ils étaient capables de légèreté ces trois-là la casquette qui reluisait sa crasse en filaments juste au-dessus du crâne où des touffes de cheveux rares épais qu’on aurait dit du crin sans la couleur particulière de celui des bourrins derrière les oreilles s’hérissaient et l’odeur remarquable qui n’les lâchait jamais… au bistrot à la messe au bal du 14 juillet on les repérait de loin… ils reniflaient ils empoignaient… ils puaient vraiment que ça donnait mal au ventre terrible…

C’était pas des senteurs animales qu’ils embarquaient partout à leur suite… celles grasses des mamelles chaudes du crottin mouillé de la paille et du poil… et la buée des naseaux… des ramassis d’étables et de porcheries ça nous impressionnait pas au stalag des Anges vendus on remuglait abominable aussi tout pareil de notre animalité à nous autres… celle des filles au corps caché honteux… du sang en croûtes des rigoles le long des cuisses jusqu’aux chaussettes derrière les genoux… j’ai vu ça je vous raconte… douze ans qu’on avait c’était pas le Moyen Age… Et le bleu sucré doux des photophores nous planquait à notre épouvante…

Non… leur puanteur aux trois péqueneaux les rois mages de la malédiction les annonciateurs d’une mauvaise affaire qui nous arrivait du côté du village comme d’ordinaire… c’était autre chose… et ils étaient passés courbés comme des porteurs de cadavres sous le poids croquignole de leur mission par la grande porte du devant face à l’œil complaisant de la sœur gardienne que rien étonnait… C’était une sorte de sueur de mort une mauvaise haleine glacée et rance de celle qu’on trouve entre les chicots pourris des macchabées avant qu’on les mettre dans le trou du ventre de la terre et qu’elle les mange… Une croupissance d’êtres qu’avaient pas eu l’occasion de la fraîcheur… ça non alors on en était sûrs…

Ils ramonaient du dedans c’était tout le couloir qu’en avait vu d’autres vous pensez à l’intérieur du stalag si y en avait des ordures et pas du peu… qui les vomissait les schnocks… raouf ! raouf ! ses planches qui s’en gondolaient me rebalançaient en plein museau leurs relents d’agonie… leur faisanderie leurs lambeaux… Et même si j’en crevais de dégoût et que j’attrapais la maladie des femelles corbacs qui nous gardaient entre les murailles du stalag pensionnat fallait que j’y aille… que je voie les choses pour me virer un bon coup de ma niaiserie de mon ensauvagement au creux des maisons des arbres où j’avais enfoui mes premières tanières… mes demeures animales.

          A force j’avais fini par la rejoindre la porte qui me séparait d’eux… celle qui me tenait à l’extérieur de ce monde-là depuis mon expérience de petite ouistiti… depuis toujours… D’abord je collais mon oreille tout contre son bois qui avait un parfum drôle de vanille et de cire comme une douceur que je m’attendais pas et à cause du silence qui se fracassait autour à l’heure où les autres agglomérés en grumeaux les bonnes-sœurs et les filles étaient occupés à bâfrer c’était facile d’entendre ce qui se disait se chuchotait se complotait de l’autre côté… 

En somme y avait que deux voix… pas d’embrouille possible… on s’y repérait comme en plein jour entre celle aiguë aboyant de la mère supérieure et le chœur des trois figurants mâles improvisant ses répliques en sautillant d’une syllabe l’autre… Toute façon même sans avoir la compréhension des mots qu’ils crachaient comme le tabac d’une mauvaise chique c’était pas difficile de deviner ce qu’ils étaient venus faire là les trois rois mages qui arrivaient à l’heure du repas de midi un samedi les bouffons… sûrement ils nous apportaient le dessert vous pensez pas ?…

Pour savoir ce qui se tramait entre les acolytes qui étaient des créatures malfaisantes et qui possédaient l’avantage du pouvoir sur nous les prisonnées du Stalag Notre-Dame des entourloupes j’étais décidée à l’extrême des audaces et ça me bouillonnait dans les veines d’excitation et de panique à la fois… c’était de l’aventure extra qui me tombait entre mes aile s repliées sous la blouse bleue et j’allais pas louper ça… J’ai collé mon œil contre le trou en m’accroupissant c’était pas la position facile à tenir et je les ai vus… l’Oeil avait été chercher dans sa collection de souvenirs une photo de classe où on pose style les oignons dans la caisse avant la plantation et elle l’avait au bout de sa main tendue devant les trois qui mataient … qui mataient…

Ils se sont reculés pour voir mieux et ils ont hoché la tête de connivence les trois en même temps avec le mouvement des automates des bazars quand on les remonte tous et qu’ils agitent leur crâne de ferraille creux haut bas… haut bas… droite gauche… gauche droite… Hop ! Hop ! Ils étaient d’accord… y’avait pas de doute tous les trois ils s’échangeaient les regards approbateurs ils se consultaient… pourtant y avait comme une hésitation qui les poignait ou bien c’était les conditions du marché qui allaient plus… Je n’savais pas ce qu’ils allaient décider et ça me faisait tordre de bonne rigolade comme ça n’m’était pas arrivé depuis que j’étais au fond de cette galère à ramer à me taire et à radoter des oui ma mère… merci ma mère… mielleux et sournois la honte… 

Fallait pas qu’ils bambochent comme ça toute l’après-midi les blaireaux là devant que moi je commençais à me sentir ankylosée de tous les bords et que j’n’avais pas l’intention de rester le museau écrasé au bois de la porte jusqu’à ce que les filles qui ne sortaient pas rappliquent et que mon secret soit plus qu’une vieille affaire éventée alors !… la petite ouistiti qui gigotait depuis un moment elle en avait sa claque de cette planque qui en terminait pas elle grognait et faisait grincer ses dents que ça m’énervait trop… Enfin y en a un qui a pris la décision c’était forcé… ils a pointé du doigt direction de la photo que la bonne-sœur fixait avec son œil de Cyclope monstrueux et j’ai vu la coupure à vif de ses lèvres s’étirer dans un rictus de plaisir qui m’a fait des frissons sur toute la peau du dos et derrière la nuque aussi… Ah ! ils étaient aussi crasseux les uns que les autres ma parole tous les quatre… 

La sœur a saisi le stylo rouge qui lui servait à piéger les fautes dans nos colles et à nous en recoller dix pages et elle a entouré d’un cercle ce que l’autre guignol désignait de son index qui ne tremblait pas… elle a fait trois petits ronds sur la page et le type a dit d’une voix basse que j’ai eu de la peine à distinguer : 

‑ Oui c’est ça… c’est ça… j’les reconnais… z’étaient tout’ les trois…

Et les deux autres ont encore hoché de la tête comme les automates du bazar et lui aussi… ils étaient bien d’accord…

‑ Vous êtes sûrs qu’y en avait pas d’autres avec elles ? Elle a demandé l’Oeil du ton qui leur permettait pas de mentir et pas d’oublier non plus… Elle voulait pas louper une proie la sale croqueuse de charognes… elle les tenait c’était visible… Je n’savais pas comment mais elle les tenait…

‑ Non ma mère… il a répondu celui à l’index sérieux comme s’il comptait ses sous… y’avait qu’ces trois-là…

Elle les a regardé les trois rois mages l’un après l’autre et puis elle a ouvert le tiroir de son bureau pour balancer la photo dedans et d’un signe de la main elle leur a dit que c’était bon… ils pouvaient s’en aller…

La petite ouistiti et moi on a déplié les ailes sous la blouse bleue qui nous grattaient grave et on s’est ruées sur les escaliers en frôlant le plancher ciré et reciré du couloir et on s’est enfilé par la porte de la cour entrebâillée direction la petite forêt et ses arbres ocre jaune vermillon safran et rouquins en attendant la suite…

Quand même… que je me disais une fois perchée dans le refuge des branches qui avaient pris l’habitude de mes chevauchées inattendues et familières… quand même je voudrais bien savoir comment elle les tient… ouais… je voudrais bien… 
A suivre...
 
 

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Jeudi 4 décembre 2008 4 04 /12 /2008 22:48

Tout au bout…
Jeudi, 4 décembre 2008 

      D’habitude j’aime pas du tout parler de moi vous savez… et même quand j’écris “ je ” c’est toujours quelqu’un qui passe un peu comme dans un de mes poèmes : “ Le sage pas sage est passé par ici… ” C’est un je‑nous enfin sans jeu de mots un je pluriel et que celle qui raconte utilise pour être là en chair et à poil sur la peau du papier pas plus… ouaouf ! ouaouf !… Mais je n’vois pas pourquoi je vous dis ça vu que depuis que vous lisez nos petites bafouilles des Cahiers vous êtes au courant…

Pourtant y’a un bout de temps depuis que je rejoins dans la galère les camarades que je n’connais pas et même si je les retrouve depuis trois piges sur les bancs ou plutôt les chaises dures de l’ANPE très moche et glauque passable on n’se cause jamais sauf pour des renseignements pratiques… c’est comme ça l’être humain qu’il est il paraît… moi je n’sais pas j’observe je matte et je mets ça sur des p’tits paplars ouaf !… donc y a un bout d’temps que je songe à vous faire profiter de ça aussi pas d’raison !

Pas d’raison même si j’ai pas plus envie que les autres de mettre dans notre blog des Cahiers le pire du quotidien qu’on est pas mal à se farcir des gens de mon âge quoi… 52 balais y en a plein qui ont choisi un chemin de traverse et qui n’se doutaient pas que le monde qu’ils voulaient changer de toutes leurs forces à 15 ans il allait devenir ça… et que là-dedans ils seraient comme la p’tite souris du placard… ( voir le blog de Quichotinne ) contraints soit à changer leur joli costume gris pailleté cendres du poêle en un tout neuf fluo jaune vert bien repérable des vigiles du travail obligatoire… soit de crever de faim et du reste…

Bien sûr qu’y a des années de ça quand on était ados et ensuite la liberté de faire de notre vie qu’est unique quelque chose qui corresponde à la vision qu’on a de soi dans ce monde c’était déjà pas donné à chacun de la même façon mais nous autres petits enfants et arrières petits enfants d’ouvriers paysans comme vous savez que je vous en ai déjà causé un peu on a des ancêtres qui se sont battus pour pas qu’on les mette en esclavage et pour défendre l’idéal qu’était déjà le leur de la solidarité et du partage alors on a des raisons très solides de continuer ce chemin-là… Et plus encore que nos décisions politiques de ne pas brader notre quotidien à n’importe qui et à n’importe quoi faut dire que quand on avait 20 piges on pouvait encore vivre libres et inventer sa route… mettre en chantier ses projets les plus fous et partir à l’aventure et puis rebondir vers d’autres destinées dans ce paysage-ci…

Sûr qu’on en a fait des choses nous autres c omme me le reprochait le gazier de l’ANPE hier en matant l’air un peu dégoutté mon CV que j’avais rédigé en tirant la langue appliquée comme à l’école… c’est vrai ma vie elle est pas ordinaire… “ Oh là la ! qu’il a dit en retournant la feuille dans tous les sens… c’est trop fourni ça… ” Ben ouais quoi… c’est pas tout l’monde qui reste dans son p’tit coin de pavillon à faire le même job à sortir son chien et à somnoler sa vie…
      Alors après hein ! faut pas venir te plaindre si tu en es là où tu en es… Mais au fait j’en suis où moi ? Il le sait le monsieur qui arrête pas de pianoter sur son clavier en grommelant des “ putain… c’est où ce truc… merde… je trouve pas… ” Drôlement pas éduqué le mec pour un fonctionnaire que je me pense en dedans… si c’était un p’tit des cités qui causait comme ça on lui dirait qu’il est grossier… mal élevé… Bof… pas d’importance… ici on est entre gens qui ont tout foiré non ?

Moi en fait je ne leur ai rien demandé et je me plains pas de ma vie qu’est pleine de petites loupiotes généreuses et de rencontres extras sauf que si on pouvait encore comme avant nous autres les créateurs vivre de notre imagination de nos inventions et de nos p’tits jobs facétieux tranquilles… ça serait bien et on aurait pas besoin de leurs aides pourries qu’ils nous comptent à l’haricot prêt et qu’ils nous monnaient de cent mille heures de RV perdues à rien dire pour rien glander avec du rien vivre au bout… de rien… Tout ceux qui ont à peu près la cinquantaine et plus se rappellent comment on passait de petits boulots en petits boulots nous qui n’étions pas “ entrés dans la carrière ” et souvent pas des plus drôles mais on avait vingt berges et de la vitale énergie plein les pognes !
         Et comment pendant au moins d’autres vingt berges qui ont suivi ont a vécu de notre utopie de créateurs et “ d’artistes sans art ” comme le dit l’ami Louis… Ce qui n’nous a pas empêchés de bosser dans les centres culturels et autres maisons de la culture avec des gens en cours d’alphabétisation avec des jeunes en échec scolaire avec des femmes immigrées qui venaient écouter nos lectures et nous offraient en échange des gâteaux qu’elles avaient fabriqués pour nous…

Ouais… c’était une époque heureuse et y faut bien comprendre que quand tu vis là‑dedans des années la vie intense et magique qui devrait être celle de tout l’monde tu n’peux pas et tu n’veux surtout pas te recycler vendeuse de machines à laver par téléphone ou démarcheuse à domicile pour des assurances pourries pas question ! non de non alors ouaouf ! ouaouf !… Faut que j’vous raconte aussi que comme je n’suis pas née de la pluie sur les coquelicots ce qu’est dommage je me suis doutée y’a quelques années que la société qui était en train de se profiler nous ferait pas de cadeaux à nous autres les créateurs d’inutile comme le dit si justement et joliment Werner Herzog un des cinéastes réalisateurs le plus follement extra que je connaisse…


      Donc après avoir publié mon premier p’tit bouquin Par la queue des diables en 1997 me suis décidée à tenter de faire la part des choses et de m’organiser un peu pour n’pas périr d’ici les lendemains que je
n'voyais pas chantant.
      Et le sort m’a filé un p’tit coup d’main sympath en me faisant rencontrer une femme et puis d’autres à Montpellier pendant la présentation de ce petit livre et j’ai cru niaisement que j’avais une ou des amies avec qui mon vieux rêve de mettre en route une édition de femmes en Méditerranée et une revue ça allait le faire… J’vous passe les fourmilières de détails que sinon vous n’lirez pas c’est qu’y en a eu des histoires depuis… On a fomenté cette édition et la revue aussi à deux d’abord puis trois filles drôlement complémentaires au départ c’était le panard !…

Ça se passait en 1999 et j’ai mis dans cette entreprise le peu de fric que j’avais qui était l’argent de la bourse d’écriture que j’avais reçu du CNL pour écrire mon bouquin Jean Pélégri l’Algérien Le scribe du caillou qui est paru début 2000 aux Ed. Marsa chez ma copine Marie Virolle… Cette petite maison d’édition associative avait un double but qui était de publier des femmes qui ne pouvaient pas le faire vu le côté un peu hors norme de leurs écritures et de me filer un salaire par le biais d’abord des contrats aidés durant quatre ans et puis d’une embauche définitive à mi-temps au départ… On avait décidé discuté palabré sur le sujet des heures et Hop ! c’était bon… enfin que je croyais… A l’époque je faisais extraordinairement confiance aux femmes…

Là-dedans j’avais officiellement un poste de secrétaire mais en réalité j’étais la responsable de rédaction de la revue… la lectrice des manuscrits et je me tapais le boulot de réécriture coton alors ça !… y’a des gens qu’écrivent avec leurs pieds et en plus il se croient… me tapais les corrections les salons les lectures les ventes et le reste avec les copines… chacune avait sa part du job et moi encore plus bête que ma grosse chienne de Bonie ( ceux qui ont lu l’histoire de la machine à écrire qui s’appelait Calamity Jane connaissent Bonie… ) j’ai jamais fait de papiers pour être sûre que je ne me tapais pas des centaines d’heures de boulot et la responsabilité maous vu que les autres elles captaient pas… le nombre de fois que j’ai dû gueuler qu’elles laissaient passer des trucs nuls… donc pas de paplars et du boulot à mort pour 600 euros par mois jusqu’à 800 le dernier mois avant qu’elles me virent…

Pas la peine d’ergoter là-dessus je vous raconterai ailleurs toute l’affaire vu qu’entre femelles on se fait le pire maintenant je le sais et je travaille avec des mecs c’est plus simple… Le coup dur pour moi c’est que je me suis retrouvée dehors de l’édition que j’avais créée en août 2005 ( le 31 c’était bien tombé c’est le jour de mon anniversaire… ) et si vous comptez bien vu que j’en ai 52 aujourd’hui ça m’en faisait juste 49 ! Si j’avais tenu encore une pige je pouvais avoir ce contrat aidé jusqu’à la retraite ouaouf ! ouaouf … le mot qui me fait rire ! à cause d’une loi sur le boulot des 50 balais et plus qu’est passée à c’t’époque… Et zouh ! moi je me retrouve dehors avec peau de balle et mes quinquets vert pomme pour pleurer… les amies c’est chouette !

      J’vous raconte pas ça pour que vous pleuriez sur mon sort car aujourd’hui j’en rigolerais plutôt avec le recul mais parc’que je sais qu’y a plein de gens à qui c’est arrivé et qui ont pas l’occasion de l’écrire ni de le dire… Alors comme disait notre poteau Antonin… Antonin Artaud évident… je l’écris pour les autres…

Me v’là dehors de l’affaire sans une tune et vrai si y’avait pas eu ma copine Marie Virolle qui me file des piges à faire de temps en temps et qui publie mes bouquins… et si y’avait pas eu mon ami Louis pour qu’on réalise nos Cahiers des Diables bleus je serais où moi à c’t’heure ?… C’est entendu pour les gens qu’ont de l’expérience que toutes les personnes qui m’écrivaient que je publie leurs bouquins et que je les aide et que et que… m’ont plus donné signe de vie une fois dehors… et que celles qu’ont pu ont sauté sur la place mais ça… c’est la vie chez les ripous non ?…

Bon… que je vous remette les pieds sur la terre en vous finissant mon récit avec l’ANPE pour son premier épisode parc’que m’est avis que vous en aurez d’autres… Donc chômage… alors chômage sur un CEC de 600 euros vous voyez un peu ?… et puis après plus chômage et pas trouvé travail dans écritures ni corrections ni lectures ni rien… alors alloc spé de solidarité… ouais vous savez bien c’est là qu’on a droit à 450 euros par mois à rien faire… le pied hein !

“ Vous pouvez pas rester à rien faire… ” qu’il m’a dit le monsieur de l’ANPE hier celui que ça fait le cinquième que je vois où on me renvoie Hop ! Hop !… rien faire… ah ouais c’est vrai j’oubliais que publier des articles dans des revues un ou deux par mois… 11 bouquins en 10 piges… tenir une revue et un blog à bout de bras depuis trois ans… faire des piges au black ici et là… participer à tous les salons possibles… écrire des entretiens avec des créateurs algériens… c’est rien faire OK… Mais c’est vrai que quand j’avais proposé à  la dame qui me coachait avant ce guignol-là drôlement fière de ma trouvaille de monter des ateliers d’écriture avec d’autres je trouverai je m’débrouillerai… elle m’a répondu “ Mais c’est complètement minimaliste ça… ” 

Drôles ces gens qui ont un job tranquille planqués dans une ANPE surchauffée et qui se permettent de mépriser le travail des autres vous trouvez pas ?… “ Même si vous devez accepter un travail pas valorisant il faut bien vivre… ” qu’il m’a dit d’un ton paternel le monsieur de l’ANPE… hier encore en me refilant à un sixième gugusse que je dois voir dans une semaine pour décider après palabres et enquêtes ce que ça sera le “ métier pas valorisant… ” je redoute le pire comme vous vous en doutez…

Bon… j’me vois bien pousser les feuilles mortes avec les autre s que je regarde chaque jour en bas sur les trottoirs de macadam black de la cité… y sont de plus en plus nombreux alors entre fous on va bien se marrer probable… Sinon y a les poubelles aussi à vider avec la dame algérienne elle est toute seule elle pour ce job répugnant… je pourrais lui filer la main… on serait entre payses et on pourrait causer de l’Algérie… des poubelles de l’Algérie qui sont pas plus crades que celles d’ici… ça me changerait pas… Et puis autour des poubelles y a des rats et moi j’aime bien les rats… c’est des papivores comme moi les rats… y’en a plein dans mes livres je pourrais les étudier de près… les rats… ouaouf ! ouaouf !…

Alors pour paraphraser un peu Céline mais à ma taille de p’tite ouistiti… ouais alors si des fois vous aviez dans vos relations des gens qui cherchent quelqu’un pour de la saisie de textes des piges des corrections… des fois hein ? même ça serait au black ça me gêne pas… vous m’aideriez… parc’qu’y faut bien vivre… et puis moi je continue à vous écrire des histoires… c’est d’accord ? Ouaouf ! Ouaouf !
A suivre...             

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