Déjà qu'il neige sur la lune suite...
Aujourd’hui ils ont décidé
Hier ils décidaient déjà
J’avais 47 ans et je descendais du métro sans armes sans coursiers vernis de pollen station Porte d’Orléans
Ma ligne d’horizon finit ici Hey Man ! je n’irai pas plus loin je ne ferai plus de nouvelles rencontres
Ce sont les mots qui tombaient de ma bouche comme des canines inutiles
Les perles du collier cassé de ma jeunesse un 24 septembre que je venais semer
Sur le trottoir tiré devant la porte obscure du terrier de la cave du tombeau de la pierre
Qui bouche l’entrée de l’urne et l’ombre blanche d’un coquillage du déluge a commencé
A dévorer le temps limaille du granit et sa plaie de nostalgie à rebrousse rage
Où ne s’enfonceront pas mes pas mais où scintillent au creux d’un soupirail carnivore
Depuis que mes oreilles saignent au bout d’un message téléphonique vampire sur sa proie
Deux photophores bleu turquoise les yeux perdus de mon ami sur la terre
Hier ils décidaient déjà
A la place de celui qui a connu les noces têtues des créateurs d’Algérie avec le soleil et la gloire salamandre
Sabre du feu planté et avalé debout face à la mer poètes natifs de Novembre sacre du sel
Et leur soif d’avant le temps de la grande séparation
Les vendeurs de cigarettes le regardent déposer dans chaque baraque du bidonville
De la Femme Sauvage à Alger en 1962 une feuille de cahier et des roses achetées au sable
Pour Fatima qui est femme de ménage et qui n’a pas porté de besace emplie d’épices
Sous son voile dans les rues de la Kasbah Fatima qui attend le retour de son fils du djebel
Et la caméra sautille se cogne aux recoins du gourbi gonflé d’absence au silence caillé
Et les places des marchés sont vrillées de troupeaux de mouches vibrantes
Que le preneur de sons capture émeraudes de pauvreté
Les clefs du royaume des oliviers carillonnent aux ceintures des femmes
Qui épongent le sang des boucheries et pressent le corps des kakis pour jeter le jus
De la mise à sac le scénario est écrit déjà hier et le soldat de Stalingrad traverse l’image
En courant il est en retard sur l’histoire et demain Miles Davis joue Kind of Blue à Paris
Mais il n’arrivera pas à l’heure
Hey Man ! Est‑ce que tu le sais que tu seras toujours en retard ?
Au Ravin Fatima joue sa vie devant les projecteurs pipés
Hier on a taxé les dés en bois de citronniers et les touristes ont lâché le décor
Mais personne ne s’en doute encore le grisou a donné un incendie lucide au Sud
Qui répand sa bave rose sur le néant nacré et les ténèbres miraculées au sucre violent des cannes
De Cuba à Bamako d’Oran à Dakar de Tipaza à Tamanrasset de Haouch el Kateb à la rue Elysée Reclus
Yahya le voyageur fulmine fume et chique le tabac jasmin du peuple algérien et son rêve qui crame
Lui fait aux doigts des tâches rousses et il note pour Fatima
Dessus les feuilles de papier à rouler les mots fragiles de la foule éparpillée des nénuphars
Qui remonte du fond de boue de l’oued rouge et déballe sa race d’oiseau Phoenix au djebel soleil
Pour Fatima qui est femme de ménage et qui supplie ceux qui savent lire d’arrêter les guerres
Mais la chair sucrée du poème n’a rien arrêté du tout et les Paroles de la Rose
Ont l’air décadent de l’Audubon Ballroom de New York à Manhattan
Et le désespoir est devenu doux comme une grenade entre nos mains
Que nous ne lançons pas
Hey Yahya ! Quand tu te cachais entre les roseaux au bord de l’oued dans la plaine de la Mitidja
Est‑ce que tu savais qui tu étais ? Dis est‑ce que tu le savais ?
Aujourd’hui ils ont décidé
Hier ils décidaient déjà
J’ai 50 ans je descends du métro à la station Edgar Quinet le jour de la St Jean offrande
Des feux de paille ce sont mes retrouvailles avec la lumière il fait tellement chaud
Au bord du grand champ de blé jaune et les fleurs de tournesol me grimpent entre les doigts
Sur le quai un homme assis vêtu d’un uniforme de l’armée rouge qui joue de la trompette
Entre ses pieds aux bottes de cuir déchirées un sac en plastique bourré de cannettes
De Chimay et de Kriek c’est le dernier rendez‑vous qu’on s’est fixé avant que le présent
Nous remette chacun à notre place le cimetière du Montparnasse ça n’est pas loin
En coupant à travers les prairies qu’on connaît comme notre poche lui et moi nous marchons
A la boussole c’est une vieille habitude qui permet d’égarer le chien du temps
Qui renifle les solstices aux aisselles citronnelle et les équinoxes aux crinières réglisse
Le soldat de l’armée rouge ne transpire pas nous fumons comme des lessiveuses de neige
Fondant dans le four des locomotives en prenant d’assaut l’allée 4 ses cratères de lune
Aussi gros que des terriers de loups aux corridors incroyables
Tout au bout Fatima silhouette accroupie impatientes ses lavandes et sa djellaba bleue
A balayé la terre la ghessa creuse son trou remplie de couscous sur les feuilles de bananier
A l’abri de la stèle dressée les azulejos que le jardinier de l’Alhambra de Grenade m’a donnés
Dessinent ton nom vols saugrenus Yahya martins pêcheurs orange et turquoise frôleurs
De bougainvillées violets noyés dans leurs miroirs Fatima allume les écorces des araucarias
Cavaliers corps d’arbres ton oncle a mené jusqu’au Jardin d’Essai à Alger
Leurs talons crevasses éloignent les passants leurs lucioles de camphre clignotant
Qui auraient l’intention de s’arrêter de ce côté‑ci du temps et d’assister à notre cérémonie
Du passage du feu à d’autres roses de sel les bâtons de pluie sont plantés
Ils avouent notre peau qui veut retourner à la chaleur d’un désespoir jaune
Et la tribu des salamandres cogne sa tête contre tam‑tam peau de chèvre le soleil la tend
On entend leurs coups petits et sourds qui lancent des pierres d’horizons de l’autre côté Magiciennes elles peuvent le forcer à descendre en marche à midi aussi
La tribu avance vient lance c’est Potick le chien de la ferme y a cinquante ans
Hey Man tu te souviens hein ? tu te souviens ? Potick museau bâillonné qui les boit météores










Commentaires