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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 19:59

Déjà qu'il neige sur la lune suite...La-famille-maternelle-avril-1923.jpg

 

Aujourd’hui ils ont décidé

Hier ils décidaient déjà

J’avais 47 ans et je descendais du métro sans armes sans coursiers vernis de pollen station Porte d’Orléans

Ma ligne d’horizon finit ici Hey Man ! je n’irai pas plus loin je ne ferai plus de nouvelles rencontres

Ce sont les mots qui tombaient de ma bouche comme des canines inutiles

Les perles du collier cassé de ma jeunesse un 24 septembre que je venais semer

Sur le trottoir tiré devant la porte obscure du terrier de la cave du tombeau de la pierre

Qui bouche l’entrée de l’urne et l’ombre blanche d’un coquillage du déluge a commencé

A dévorer le temps limaille du granit et sa plaie de nostalgie à rebrousse rage

Où ne s’enfonceront pas mes pas mais où scintillent au creux d’un soupirail carnivore

Depuis que mes oreilles saignent au bout d’un message téléphonique vampire sur sa proie

Deux photophores bleu turquoise les yeux perdus de mon ami sur la terre

Hier ils décidaient déjà

A la place de celui qui a connu les noces têtues des créateurs d’Algérie avec le soleil et la gloire salamandre

Sabre du feu planté et avalé debout face à la mer poètes natifs de Novembre sacre du sel

Et leur soif d’avant le temps de la grande séparation

Les vendeurs de cigarettes le regardent déposer dans chaque baraque du bidonville

De la Femme Sauvage à Alger en 1962 une feuille de cahier et des roses achetées au sable

Pour Fatima qui est femme de ménage et qui n’a pas porté de besace emplie d’épices

Sous son voile dans les rues de la Kasbah Fatima qui attend le retour de son fils du djebel

Et la caméra sautille se cogne aux recoins du gourbi gonflé d’absence au silence caillé

Et les places des marchés sont vrillées de troupeaux de mouches vibrantes

Que le preneur de sons capture émeraudes de pauvretéJean-yeux-2.jpg

Les clefs du royaume des oliviers carillonnent aux ceintures des femmes

Qui épongent le sang des boucheries et pressent le corps des kakis pour jeter le jus

De la mise à sac le scénario est écrit déjà hier et le soldat de Stalingrad traverse l’image

En courant il est en retard sur l’histoire et demain Miles Davis joue Kind of Blue à Paris

Mais il n’arrivera pas à l’heure

Hey Man ! Est‑ce que tu le sais que tu seras toujours en retard ?

Au Ravin Fatima joue sa vie devant les projecteurs pipés

Hier on a taxé les dés en bois de citronniers et les touristes ont lâché le décor

Mais personne ne s’en doute encore le grisou a donné un incendie lucide au Sud

Qui répand sa bave rose sur le néant nacré et les ténèbres miraculées au sucre violent des cannes

De Cuba à Bamako d’Oran à Dakar de Tipaza à Tamanrasset de Haouch el Kateb à la rue Elysée Reclus

Yahya le voyageur fulmine fume et chique le tabac jasmin du peuple algérien et son rêve qui crame

Lui fait aux doigts des tâches rousses et il note pour Fatima

Dessus les feuilles de papier à rouler les mots fragiles de la foule éparpillée des nénuphars

Qui remonte du fond de boue de l’oued rouge et déballe sa race d’oiseau Phoenix au djebel soleil

Pour Fatima qui est femme de ménage et qui supplie ceux qui savent lire d’arrêter les guerres

Mais la chair sucrée du poème n’a rien arrêté du tout et les Paroles de la Rose Paroles-de-la-rose.jpg

Ont l’air décadent de l’Audubon Ballroom de New York à Manhattan

Et le désespoir est devenu doux comme une grenade entre nos mains

Que nous ne lançons pas

Hey Yahya ! Quand tu te cachais entre les roseaux au bord de l’oued dans la plaine de la Mitidja

Est‑ce que tu savais qui tu étais ? Dis est‑ce que tu le savais ?

 

Aujourd’hui ils ont décidé

Hier ils décidaient déjà

J’ai 50 ans je descends du métro à la station Edgar Quinet le jour de la St Jean offrande

Des feux de paille ce sont mes retrouvailles avec la lumière il fait tellement chaud

Au bord du grand champ de blé jaune et les fleurs de tournesol me grimpent entre les doigts

Sur le quai un homme assis vêtu d’un uniforme de l’armée rouge qui joue de la trompette

Entre ses pieds aux bottes de cuir déchirées un sac en plastique bourré de cannettes

De Chimay et de Kriek c’est le dernier rendez‑vous qu’on s’est fixé avant que le présent

Nous remette chacun à notre place le cimetière du Montparnasse ça n’est pas loin

En coupant à travers les prairies qu’on connaît comme notre poche lui et moi nous marchons

A la boussole c’est une vieille habitude qui permet d’égarer le chien du temps

Qui renifle les solstices aux aisselles citronnelle et les équinoxes aux crinières réglisse

Le soldat de l’armée rouge ne transpire pas nous fumons comme des lessiveuses de neige

Fondant dans le four des locomotives en prenant d’assaut l’allée 4 ses cratères de lune

Aussi gros que des terriers de loups aux corridors incroyables

Tout au bout Fatima silhouette accroupie impatientes ses lavandes et sa djellaba bleue

A balayé la terre la ghessa creuse son trou remplie de couscous sur les feuilles de bananier

A l’abri de la stèle dressée les azulejos que le jardinier de l’Alhambra de Grenade m’a donnés

Dessinent ton nom vols saugrenus Yahya martins pêcheurs orange et turquoise frôleurs

De bougainvillées violets noyés dans leurs miroirs Fatima allume les écorces des araucarias

Cavaliers corps d’arbres ton oncle a mené jusqu’au Jardin d’Essai à Alger Jean-et-l-auto-du-grand-pere-2.jpg

Leurs talons crevasses éloignent les passants leurs lucioles de camphre clignotant

Qui auraient l’intention de s’arrêter de ce côté‑ci du temps et d’assister à notre cérémonie

Du passage du feu à d’autres roses de sel les bâtons de pluie sont plantés

Ils avouent notre peau qui veut retourner à la chaleur d’un désespoir jaune

Et la tribu des salamandres cogne sa tête contre tam‑tam peau de chèvre le soleil la tend

On entend leurs coups petits et sourds qui lancent des pierres d’horizons de l’autre côté Magiciennes elles peuvent le forcer à descendre en marche à midi aussi

La tribu avance vient lance c’est Potick le chien de la ferme y a cinquante ans

Hey Man tu te souviens hein ? tu te souviens ? Potick museau bâillonné qui les boit météores    

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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 14:29

Sauf qui feuLiberté

Epinay, samedi, 5 février 2011

 

Et dire que je suis

condamnée à subir ça pendant des années comme un réverbère né à Tunis ou à Alexandrie

entouré d’escadrons de chauves‑souris friponnes qui rient

est condamné à se faire pisser dessus par des bossus qui rodent

une carte de police dessous leur chemise grise de sueur et un couteau de boucher généreux

planqué dans leur saroual tout taché de sang mais les places sont chères

ici comme là‑bas il y a un combat cruel entre les femelles guerrières qui défendent le territoire

contre les resquilleuses qui n’ont pas le petite pièce dorée entre les dents

pour en avoir une bonne au premier rang sous la lumière vert pâle

il faut casquer ou accepter de faire le pied de grue longtemps tic‑tac tic‑tac tic‑tac

avec des chaussures rouges à talons au pied du réverbère et ça n’est pas donné à tout le monde

de pouvoir supporter l’odeur des ouistitis en train de s’épouiller dessous les bras

en plein cagnard

Et dire que je suis

condamnée à monter les escaliers gris métallisés jusqu’à ce que j’aie des veines bleues

aussi grosses que les racines rousses des palétuviers qui lapent l’eau salée

tourner à droite pousser la porte de la loge enfiler le costume le même un peu trop grand

que celui de la fille du matin c’est un rôle de figurant

et maintenant allez ! pas la peine d’avoir peur plein feu sous les projecteurs

la lumière néon sur la faïence blanche neige et l’eau de javel jaillit

entre les pieds caoutchouc j’aime l’odeur des fontaines

du marché aux poissons d’Alexandrie la boue des bolongs met son sang sur le sol

prendre son tour de rôle à l’heure où les ouistitis font la sieste avec le jus des fruits

dans leurs nids qui coule ça fait mal

devant les portes les taxis s’arrêtent elles prennent le temps de fumer une clope en causant

des choses qu’on ignore elles parlent très vite tic‑tac tic‑tac tic‑tac elles sont en avance

sur la vie elles jettent au pied du réverbère le mégot rouge de leurs lèvres

les filles sont au rendez‑vous fixé par les serpillières sinon la pièce se transforme en drame

et le temps qui passe a le goût des larmes

Et dire que je suis

condamnée à les écouter monter et descendre sur leurs chaussures rouges à talons    

tic‑tac tic‑tac tic‑tac toutes celles qui arrivent ici un jour ou l’autre

ont des premiers rôles à jouer en bas sur la scène dans un chapiteau construit exprès

avec les planches d’arbres des forêts de fromagers et les gens qui tournent comme des ouistitis

en cage attendent que les gardiens ouvrent la porte avec de petites clefs dorées

et c’est la ruée

ici on est quatre sous le cagnard artificiel néon qui éclabousse nos iris jusqu’à huit heures

Nora de Tunis Myriam d’Alexandrie Fatou de Zinguichor Zoé de St Denis au bord du fleuve

on ne se connaît pas on a peur de se parler elles occupent la place on a des blouses neuves 

dans les seaux la mousse frissonne en bulles qui s’envolent ce sont nos arcs‑en‑ciel

après les représentations elles se précipitent et froncent le nez à cause de l’odeur

des ouistitis qui ne tirent pas la chasse et jouent entre leurs cuisses à allumer des feux

elles redessinent avec grâce au rouge à lèvres sur leur masque de cire figé factice

un rire qui déchire le brouillard bleuâtre des glaces et leurs yeux momies traversent nos corps

épars comme celui des chiens errants qui les reniflent quand elles sortent dans la nuit

poudrée pourpre fatales immortelles

à celles de l’équipe du matin elles réclament des grands chocolats et des brioches

on peut garder la monnaie dorée pourboire mais la clef est dans leur poche

alors on attend dehors dessous un réverbère silhouettes clouées sur des bouts de carton

où défilent nos noms en face des horaires

poupées plastiques identiques calibres des moules qui les ont fabriquées

nos mains sont au parfum de nos destinées

Et dire que je suis

condamnée à attendre qu’elles vieillissent et tombent comme les feuilles d’arbres des forêts

de fromagers qu’elles pourrissent se décomposent et fument l’humus frais des mangroves

dans l’odeur de pisse des ouistitis qui m’accompagnent après la fermeture et gravent

leurs frimousses grimaces dans le ruisseau joyeux des glaces pressant des fruits mûrs

pour de grands saladiers et déchirant les lambeaux de papier des affiches

des articles postiches des poèmes fond de teint des biographies qui mercurent

les puits de nos déserts où fulgurent les pierres de nos pures défaites

pour tapisser leurs nids en haut des réverbères avec les chauves‑souris friponnes

qui nous renvoient l’écho de leurs jeux de leurs fêtes de leurs amours gourmandes

et l’image des artistes ratés et bienveillants qui ne téléphonent jamais

qui laissent le temps gratter à la porte de son ongle rouge tic‑tac tic‑tac ti‑tac

Et dire que je suis

condamnée à attendre qu’elles crèvent les tribus de femelles maudites

qui élèvent des bandes de bossus armés de bombes de mort lacrymos une carte de police

dessous leur costard trois pièces avec le couteau de boucher qui dépèce sans pitié

les désirs immédiats des anges de service et que leur audace se pointe soudain

pour que plus jamais on entende le bruit incessant de leurs chaussures à talons

tic‑tac tic‑tac tic‑tac sur les lames métal de l’escalier du temps

que j’ose enfin ouvrir la porte du jardin aux mésanges protégées par l’escorte éclatante

des ouistitis et qu’elles me prêtent une plume couleur de lune bleue de préférence

afin que je n’écrive qu’un mot et qu’il ne dérange rien

du désordre tranquille et léger des choses ni de la fuite parfaite d’un parfum

nu somptueux et lent loin de la blessure qui encercle mes poignets d’esclave affranchie

tandis que mes pieds comme deux jeunes lièvres ravis courent et courent encore

et que ma course est mon flambeau qui éloigne à coup sûr du jardin aux mésanges

les guerrières femelles et leur danse de mort.Mésanges

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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 00:15

      Canaille  la-canaille1

     

      Il y a deux jours quelqu'un qui passait par ici comme vous y passez aussi vous autres en musardant m'a dit dans un commentaire son angoisse de voir ces peuples debouts et fiers de leur combat comme on les a toujours rêvés et de ne pas savoir quoi faire pour les soutenir...

      Ce qu'il y a je crois c'est que nous faisons tous partie de ce peuple obscur ce grand peuple du monde quêteur de lumière... vous savez la petite combure de Bukowski qui lui a réchauffé les mains dans la nuit de l'hiver quand il avait demandé à 18 piges un toit où pieuter et un peu de chaleur humaine à deux pauvres  et vieux nases qui l'on viré dehors dans une cabane glacée avec juste une minuscule petite loupiote et presque plus de pétrole...

      J'ai lu tout Buko je pense et ce passage-là c'est une des choses les plus magiques de la littérature... Non je ne crois pas qu'on puisse faire quelque chose pour les peuples qui expérimentent la sensation fabuleuse de vaincre sa peur pour aller au-devant d'un devenir révolutionnaire et qui entrent avec conscience dans leur réalité en chassant toutes les images négatives d'eux-mêmes qu'ils ont sur le dos comme un énorme caillou... Sysiphe ça vous dit quelque chose ?

      Ce que je ressens en les regardant et en les accompagnant chaque nouveau jour de leur libération qui est aussi la nôtre c'est que ce sont eux qui viennent à notre rescousse et que quoi qu'il advienne désormais la petite lumière de notre avenir humain est à nouveau allumée quelque part au fond de cette nuit où nous avons si longtemps tourné comme des ânes attachés à la même meule sans nous voir et sans avoir à broyer rien d'autre que les éclats de verre coupant de notre désespoir...

      Ce "peuple chien "comme l'écrivait la peintre poète Frida Kahlo il peut d'un geste de la main comme celui d'un joueur de dés renverser la donne que les petits maîtres croyaient éternelle et ça c'est foutrement jubilatoire ! " C'est la canaille et bien j'en suis ! " vous connaissez cette chanson de la Commune... Oui j'en suis et comment !

     

“ Le peuple chien ”clown-manif-mars-copie-petit-1.jpg

Dimanche, 18 juillet 2004

 

Moi aussi j’appartiens au peuple chien

Tel Sénac Soleil encavé Vincent

Qui avait Sien dans le peau et Céline

Qui soignait gratis il s’en moquait bien

Rimbaud au Harrar que les aboiements

Ont rendu boiteux les chiens ce sont eux

Avec des dents aiguës pour le combat

Nous sautent dessus nous mordent l’échine

 

Moi aussi j’appartiens au peuple chien

Chien pelé chien galeux ou chien errant

Chien des rues museau au vent chien joyeux

La meute de ceux qui sur nous aboient

Ne soupçonne pas l’exaltation pure

De vivre comme des rois miséreux

Comme des gueux dans des palais d’azur

 

Moi aussi j’appartiens au peuple chien

J’aime tout d’eux leurs hontes et leurs peurs

Leurs blessures leurs grandeurs d’Arlequins

Leurs fureurs leurs cris leurs destins folies

Même morts nous trottons parmi les fleurs

Solitaires et nus à l’aventure

 

Moi aussi j’appartiens au peuple chien

Lucide leur révolte qui déchire

Le temps les désigne tendres totemsmain-petit-copie.jpg

Au manifeste infâme des poseurs

D’anathèmes armées d’un vieil empire

 

Moi aussi j’appartiens au peuple chien

Il vit comme il veut moqueur et croqueur

D’idoles il invente et il s’envole

Un monde qu’il modèle de ses mains

 

Moi aussi j’appartiens au peuple chien

Un rêve qu'il modèle de ses mains

Qu’il offre comme une bulle au soleil

En faisant la courte échelle au matin

Sous mes doigts renaît le sang des groseilles

Devenu noir mon encre mon chagrin

Qui ne sèchera pas le sang du peuple chien.

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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 01:33

L’âme des gueuxBuveurs de monde

Jeudi, 30 mars 2006

 

L’âme des gueux s’égare quelque part

Dans un lieu dont vous ignorez tout

Au fond d’une aveugle soupente étroite

Constamment étoilée de miroirs

 

L’âme des gueux est bien plus vaste

Qu’une pièce d’or dans une boîte

Aux images où le soleil joue

A mettre des masques d’étincelles

 

L’âme des gueux ne dort jamais au creux

Des tiroirs qu’un recéleur d’allumettes

Capture et leur présent fabuleux

N’appartient ni aux rois ni à leurs fastes

 

L’âme des gueux comme la lune éclaire

Des ampoules de verre où ruisselle

La chevelure des étés en feu

Filament d’argent autour de leur tête

 

L’âme des gueux dans les pages d’un livre

Boit l’encre des gravures en hiver

Sa cape noire ensorcelle les chats

Autour des braseros en ribambelles

 

L’âme des gueux les connaît ils sont frères

Légère elle rêve avec eux s’enivre

De lumière rose quelle fête !

Et s’endort au large de leurs prunelles

 

L’âme des gueux navigue dans le noir

Claire-obscure au coin des rues clignote

Des gyrophares police elle joue

Flammèche se réverbérant d’espoirs

 

L’âme des gueux recueille des billes

Que soleil habille tels des pachas

De fins tissus d’or et de soies bleues

Qui brillent comme voiles en mer

 

L’âme des gueux emporte dans sa hotte

Les joyaux nourris par la misère

Semant aux vents vagabonds du printemps

Des champs reluisants de pâquerettes

 

L’âme des gueux se costume et se pare

De paillettes comètes matinales

Elle quête le regard un peu flou

Des enfants errants sur le tableau noir

 

L’âme des gueux possède des demeuresMoisonneur-solitaire.jpg

D’argile fraîche des ruches rousses

Où s’étend lascive la paresse

A ne pas vieillir elle use le temps

 

L’âme des gueux a des jardins trop rares

Percés de groseilles et de mésanges

Qui vont au charbon tailler des étoiles

Quand sous le givre des aurores poussent

 

L’âme des gueux se moque du froid

Qui tisse son fil entre leurs épaules

Elle n’est jamais à l’étroit au cœur

De la planète ronde d’une orange

 

L’âme des gueux se paie la tête

De tous les fabricants de cercueils

Personne ne sait où sa jeunesse

A caché sa pèlerine pâle

 

L’âme des gueux habite un songe

Seul et profond comme un coquillage

Que fleurs d’océan lèchent et frôlent

Dont l’œil doux du phare effleure le seuil

 

L’âme des gueux s’égare quelque part

Dans un lieu dont vous ignorez tout

Et les doigts forgent un idéal

Une fontaine à leur soif une gloire

Bonne comme un gros pain où on mord

Diamant au feu devenu nuage

Où l’âme des gueux se régale sans remords.

L’âme des gueux

Jeudi, 30 mars 2006

 

L’âme des gueux s’égare quelque part

Dans un lieu dont vous ignorez tout

Au fond d’une aveugle soupente étroite

Constamment étoilée de miroirs

 

L’âme des gueux est bien plus vaste

Qu’une pièce d’or dans une boîte

Aux images où le soleil joue

A mettre des masques d’étincelles

 

L’âme des gueux ne dort jamais au creux

Des tiroirs qu’un recéleur d’allumettes

Capture et leur présent fabuleux

N’appartient ni aux rois ni à leurs fastes

 

L’âme des gueux comme la lune éclaire

Des ampoules de verre où ruisselle

La chevelure des étés en feu

Filament d’argent autour de leur tête

 

L’âme des gueux dans les pages d’un livre

Boit l’encre des gravures en hiver

Sa cape noire ensorcelle les chats

Autour des braseros en ribambelles

 

L’âme des gueux les connaît ils sont frères

Légère elle rêve avec eux s’enivre

De lumière rose quelle fête !

Et s’endort au large de leurs prunelles

 

L’âme des gueux navigue dans le noir

Claire-obscure au coin des rues clignote

Des gyrophares police elle joue

Flammèche se réverbérant d’espoirs

 

L’âme des gueux recueille des billes

Que soleil habille tels des pachas

De fins tissus d’or et de soies bleues

Qui brillent comme voiles en mer

 

L’âme des gueux emporte dans sa hotte

Les joyaux nourris par la misère

Semant aux vents vagabonds du printemps

Des champs reluisants de pâquerettes

 

L’âme des gueux se costume et se pare

De paillettes comètes matinales

Elle quête le regard un peu flou

Des enfants errants sur le tableau noir

 

L’âme des gueux possède des demeures

D’argile fraîche des ruches rousses

Où s’étend lascive la paresse

A ne pas vieillir elle use le temps

 

L’âme des gueux a des jardins trop rares

Percés de groseilles et de mésanges

Qui vont au charbon tailler des étoiles

Quand sous le givre des aurores poussent

 

L’âme des gueux se moque du froidRatkail.jpg

Qui tisse son fil entre leurs épaules

Elle n’est jamais à l’étroit au cœur

De la planète ronde d’une orange

 

L’âme des gueux se paie la tête

De tous les fabricants de cercueils

Personne ne sait où sa jeunesse

A caché sa pèlerine pâle

 

L’âme des gueux habite un songe

Seul et profond comme un coquillage

Que fleurs d’océan lèchent et frôlent

Dont l’œil doux du phare effleure le seuil

 

L’âme des gueux s’égare quelque part

Dans un lieu dont vous ignorez tout

Et les doigts forgent un idéal

Une fontaine à leur soif une gloire

Bonne comme un gros pain où on mord

Diamant au feu devenu nuage

Où l’âme des gueux se régale sans remords.

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Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 21:53

La citadelle d’AzraëlFOULES3-copie-1.jpg

Epinay, samedi, 1er janvier 2011

 

Et nous voici

Nous les fils lumineux nés de la lunaison nouvelle resurgie après l’assassinat des peuples des chevaux des tribus dromadaires aux chevilles nues du sable petites bottines des chèvres rousses et des ânes gris des paysans besogneux des mangroves et des champs de betteraves du Nord des cueilleurs de laitier blanc des ramasseurs d’olives des trieuses de joyaux charbonniers

Nous voici

Nous les fils sédentaires déposés au pied des grues d’or liquide nous les fils légitimes portant les masques rituels de la renaissance au milieu des méduses de la mélancolie qui brument le matin d’esclaves nous les fils héritiers du talisman de peau rouge reconnus par les maîtres des forges dresseurs des charpentes d’acier et prêts à souder aux araignées les toiles des tourelles c’est l’heure où les guetteurs attendent les vitraux indigo taillés à même la croupe du ciel

Nous les arpenteurs d’une destinée souveraine promise à ceux qui n’ont pas cessé de remplir les greniers et les berlines de tournesols nourriciers et qui sont arrivés trois jours après le partage du monde confiants mais on ne leur a rien donné à eux qui tenaient le regain de la première coupe dans le tumulte de leurs mains brûlées de paysans au corps loué d’ouvriers au corps vendu

Et nous voici

Nous la deuxième génération les miraculés des volcans cracheurs de feu fixe de caillots d’atomes de troupeaux suicidés à l’agent orange poussières musardant en aurores boréales nous les miraculés de la conquête des saharas par les chemins de charbons ardents qui ont plastiqué le sommeil des cairns et recouvert les frontières de poings d’enfants métallisés

Nous voici nous qui devions neiger sur les frontières et rendre les cavales échevelées des oursins inoffensives aux fours à pains leurs craquements de croûte devant les outres bruissantes et leurs ventres gonflés nous les chauffeurs des camions‑remorques qui viendront déverser la bonne nourriture à l’entrée des décharges où les marmites de peaux de poissons bouent et la queue des cent mille lézards écaillés d’humains tendant l’écuelle

Nous les fils sauvés des ramoneurs de poêles qui comburent à la cadence humaine et des nettoyeurs de la vitrine azur à coups d’eau de javel assoiffant les veines et constellant la voie lactée des bronchioles de perles de rosée acide

Nous voici

Nous la deuxième génération écartée des ancêtres flamboyants des griots conteurs et musiciens accroupis sur leurs pieds pour la cérémonie avec leurs paroles fétiches colibris en train d’écrire l’histoire dans les saisons haletantes désaltérées par les frondes en bois de citronniers qui ont rendu à la maison sa porte insoumise et battante

Nous voici à l’écoeurement gavés par les metteurs en scène de la chute et de la perte du royaume d’agaves d’un passé de lance‑flammes et d’un présent de nains vendeurs de peaux d’éléphants sacrés tentant en vain de se lever et de retrouver la trace du sillon dessous les petits souliers du sable

 

Et nous voici signesousledesert2POURLEBLOG2.jpg

Nous les fils lumineux nés d’une lunaison nouvelle après que le fleuve ait livré sa cargaison figures blanchies à la craie de noyés et leurs poignets liés bracelets d’épines et leurs tuniques écarlates que les exécuteurs ont déchirées pour en avoir chacun sa part trophées garrottant l’orange à sa source

Depuis que nous sommes nés nous avons été blessés par les lances de la culpabilité mais les serres du faucon qui ont tatoué la fleur de jasmin à la cuisse des petites servantes en garrot de braise autour de l’artère fémorale refusent que le poison des générations asséchées du sable et de la fonte remonte au cœur frileux des contrebasses  

Nous le peuple des chouettes effraies préoccupé par le silence du bois des arbres où on cloue des gens qui n’ont jamais aimé la guerre trafiquants de plumes bariolées scalps rougissant au fond des tranchées contre un paquet de petit gris pour écrire à la jeune prêtresse aux seins frais pendant que les vieilles dames remplissent les vases­‑obus de marguerites

Nous voici  

Nous les fils sans héritage grandis à la hauteur des trous à pigeons armés de sarbacanes visionnaires et de billes de plomb farcies de vocabulaire colonisé coupé la gorge des colibris renvoyé par marteau­‑piqueur à l’envers de l’expéditeur avec carte d’identité dessous son sceau goudron violacé oh ! ignorance des boues ocres du fleuve Niger qui teintent les bogolan de ceux qui arrivent oh ! notre langue râpée râpeuse achetée par les marchands de guimauve piailleurs

Nous la deuxième génération qui n’a jamais repris la route transhumante nous n’imaginons pas la soif coupante des pierres capricieuses de Schemnitz saupoudrant la gorge étroite des mineurs de grenats de turquoises et d’opales et leurs ongles figés épinglés d’onyx ni la lueur radieuse des soleils magnétiques qui flotte sur la peau pailletée des hommes troglodytes de Brozna et les tranches de yellow kake mordues par les dents porcelaines des momies   

Nous les écuyers tranchants danseurs de corde d’une société d’imposture bitume bouillant livide une minute à l’aube loin des montures aux crinières laineuses nouées aux griffes des métiers à tisser toujours prêts à prendre part aux tournois et aux joutes joyeuses démesurées d’Alizés brouteurs de frangipaniers qui soufflent les fumées des brûleurs d’ordures contre nos rires

Nous voici

Nous les fils des faucheurs des moissons lunaires qui ont labouré des kilomètres de prairies crépuscules avec un soc de charrue en bois d’olivier après l’hivernage et la tonte des brebis comètes qui vacillent dans le café noir le matin avant le départ des trainsenigme2.jpg bondés d’oracles maudits mais rien n’a poussé et la lune embaume l’eau des bains publics de mousse vert pomme

Nous les fils de ceux qui ont refusé les guerres et de ceux qui les ont faites nous étions destinés à la bonté des lèvres bavardes des fontaines et à l’insouciance des porteurs d’eau aux bols d’argent de vins sucrés laveurs des rigoles sanglantes nous étions prêts pour l’abondance des rites de la pluie et ses fétiches lourds de grains nous étions prêts pour ses chants tracés à l’encre violette des matins au creux des draps de l’oubli

 

 Nous voici nous les fiancés d’une jeune prêtresse aux seins frais comme des kakis notre petite compagne ses pieds poissons jouant au gré des ruisseaux vifs sa chair innocente qui ne connaît ni la mort ni la peur nous voici ravis à la promesse lunaire de l’abandon et de la quête bien‑aimée

Nous voici devenus les fils d’Azraël

A suivre...

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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