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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Petites notes de lecture

Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /Fév /2008 11:58

                                              Mili Presman peintre...
undefined Tu disais que les thèmes de tes tableaux te venaient dans les livres ?

 

M P : Ça me vient aussi beaucoup dans mes rêves, et dans les livres aussi… Ce sont des déclics comme ça… Par exemple j’ai travaillé sur le thème de la marelle. C’est très beau la marelle parce que ça monte jusqu’au ciel, et à chaque numéro je racontais une histoire. J’avais peint un homme et une femme qui se suivaient, et c’était la fille qui jetait le caillou et le garçon qui la suivait. A la fin elle lui donne le caillou et elle s’en va. Et en faisant ensuite des recherches, j’ai lu que c’est la femme qui a la connaissance et que c’est elle qui la passe à l’homme dans le thème de la marelle. Puis j’ai fait des cauchemars d’escaliers et de couloirs, alors j’ai fait beaucoup de tableaux de ça. J’ai peint aussi un petit personnage tout seul dans un grand espace très clair. Ça répondait à un besoin, je ne pouvais pas peindre autre chose… Ça avait un rapport avec le fait de ne pas trop savoir où aller.

 

Tu ne peins qu’à l’intérieur des villes, il y a très peu de nature dans tes toiles ? Je pense aux sujets que peignait Frida Khalo peintre mexicaine que tu aimes et qui était très sensible à une certaine nature, toi pas tellement ?

 

M P : Moi je suis une femme des villes, je n’aime pas la campagne… En Egypte si… J’aime la chaleur, j’aime le sable, la poussière, et j’adore les palmiers. Et puis il y a le bord du Nil. Mais au bord du Nil il y a les histoires, c’est ça qui me plaît. On est sur la felouque, et quand tu avances doucement il y a toujours quelque chose qui se passe.

              Ma promenade silencieuse est une conversation ininterrompue,

et nous tous, hommes, maisons, pierres, affiches et ciels,

sommes une grande foule amicale,

nous coudoyant de mots dans le vaste cortège

du Destin

 

Fernando Pessoa   undefined  Nathalie bleu Mili Presman

Il faut aussi qu’on parle un peu de ce lieu où tu as ton atelier maintenant, la Forge de Belleville.

 

M P : La Forge était un squatt d’artistes qui a fini par être légalisé, et à ce moment-là la partie des ateliers qui est fermée était louée à des artistes, mais sous forme d’atelier tournant. Au début Je devait rester seulement trois mois, puis c’est passé à six mois, et à un an. Et maintenant l’atelier est permanent. Sauf que la marie du 20° a un autre projet sur ce lieu et notre situation est redevenue précaire. Ici c’est un véritable atelier où je me sens vraiment artiste. Et en plus on est 25 artistes donc il y a toujours du monde qui circule, et on s’entraide beaucoup au niveau technique, au niveau relationnel… Et ça te donne envie de travailler de voir les autres le faire. Moi j’ai toujours envie de partager et les deux lieux où j’ai un bon rapport avec ça, La Forge et L’écume du jour sont des endroits où j’ai pu rencontrer des gens formidables qui vont contre l’individualisme qu’il y a partout maintenant.

 

Est-ce que pour terminer tu as un projet ou une expo en cours dans les prochains mois ?

 

M P : Oui, justement, j’ai une expo prévue pour décembre prochain, dans la galerie Mediart, rue Quincampoix avec trois autres artistes. C’est du petit format et je suis très contente, ça va être l’occasion de raconter des nouvelles histoires. En tout cas le quartier est génial. Tu vois, encore la baraka !…

undefined                                            Libellules Mili Presman
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Mardi 12 février 2008 2 12 /02 /Fév /2008 23:13

 

Camille “ l’entoilée ”

21 avril-24 décembre 1999
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Une fem
me

Anne Delbée, Presses de la Renaissance, 1982

Extrait “ La chair et l’esprit ”

“ Ce livre est un pas de plus vers elle, là-bas enfermée qui appelle, une autre serrure que l’on ouvre. La voilà qui fait signe, qui sourit de ses deux belles mains terreuses,

la voici, celle qui enfantait des formes uniques, le sculpteur Femmelle,

le labyrinthe qui mène à elle, je le prends, quitte à me tromper de temps en temps.

Elle est là-bas, elle attend, il n’y a plus un instant à perdre, ce visage là-bas qui crie dans la nuit, à moitié scellé,

Une Femme ”

  

Voici des bribes de ce que je voudrais leur dire…

J’ai été peintre. Je suis écrivaine.

Comment exprimer d’une manière claire ce qui domine et enveloppe toute ma vie qui est l’acte de créer ?

Camille… Cam… comment leur dire… toi qui a payé de 40 années d’asile pour savoir… “ … Je les ai reçus clopin-clopant, avec un vieux manteau râpé, un vieux chapeau de la Samaritaine qui me descendait jusqu’au nez. Enfin c’était moi. Ils se souviendront de leur vieille tante aliénée. Voilà comment j’apparaîtrai dans leurs souvenirs – dans le siècle à venir…”

Créer quand on est une femme. Rien absolument rien à voir avec ce que ça peut signifier pour un homme… Camille… “ … la Pierre dressée, comme le vieux mâle qui sent la mort s’avançant, ne la quitte pas des yeux. Elle est contre lui, son nez contre les naseaux de la Bête, elle s’appuie contre lui et le caresse lentement, patiemment, longuement… ”

La vie. Présente en nous à chaque jour de ce cycle… Dont ils ignorent tout. Biologiquement… vaginalement présente… On en sait quelque chose. Comment on pourrait l’oublier ? Camille… Cam… l’envie de crier moi aussi que parce que nous sommes autres nous créons avec ça !… la pensée du corps ça existe sacrément !… “ Elle se met à crier, l’envie de crier sans fin, d’expulser un désir incommensurable, l’envie d’être sans retenue, indécente… ”

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 “ A A côté d’elle, Camille regarde : les sculptures recouvertes

de linge mouillé… Elle revoit les cocons, le magnifique livre

que son oncle lui avait offert pour ses dix ans. Papillons multicolores

qui dissimulaient jusqu’à la naissance leurs rêves coloriés.

Ces grosses masses blanches, tourneboulées, toutes semblables…

Camille compare les sculptures à des poupées emmaillotées.

Elle rêve un instant aux destins multiples des hommes… ”

Anne Delbée, Une Femme 
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La joueuse de flûte 1904 Bronze Coll part. 

La vie c’est de l’ordre du féminin pour sûr… Créer à partir du corps ça nous appartient à nous seules… C’est un pouvoir fabuleux ça il semble au départ… Celui des grandes déesses archaïques de la terre nos mères cosmiques… Le pouvoir d’offrir la vie ou de la refuser gicle en nous comme une lumière qui fait signe. Qui fait sens. Incarner… Nourrir de chair… Pétrir à l’intérieur de mon ventre avec des doigts de sculptrice une boule de lune… Un être nuage… Un crissement vif de soie…

Boule de chair que je modèle en me pliant et en me déployant. C’est tout mon corps femme qui sculpte une petite forme dansante… Du bout de mes doigts de pied à l’extrémité de mes mains ouvertes j’imagine l’enfant-renard et pluie… L’enfant-poussière d’ambre qui me nage dedans et dont les nageoires écartent doucement les parois de mon ventre… Qui s’écoule de couleurs. Qui s’écoule de mots.

La motte de terre est devant moi. Mouillée… fendue comme la grenade qui me regarde quand j’entre un doigt timide dans sa plaie tout au fond pour connaître… Connaître la rondeur des grains qui crépitent. Le rouge printemps de sa chair. Grenade-moi… Je tête mon sexe dans sa gorge… Enfant pétri dans le mystère des chevelures et des algues… Pas un remous au cœur du jardin… Une déferlante de mousses… Je touche sa profondeur. Grenade libère-moi de moi qui n’ai d’image de moi que passante… Volage… Ouvre-moi à ma moiteur crépitante. Les pépins de grenade glissent entre mes ongles comme des grains de temps enfilés. Chacun de ses petits grains rouges est un nombril…

J’enfonce mon doigt dans la motte de terre en ayant juste écarté le linge pour tracer la fente. Aujourd’hui je sais que je n’irai pas plus loin. Il m’a fallu deux mille ans ( ou bien plus qu’importe… ) pour inventer ce geste. Grenade… ma mère juteuse… tu sors soleil de mes ténèbres de soie. Petite… ronde et juste à la taille de ma main refermée sur tes écailles… Petite sœur grenade… tu m’armes de la volupté d’exploser mes silences en cristaux de cris. Je te dégoupille juste pour rire… Afin de ne pas oublier. Tout ça c’est tellement nouveau pour moi… Quel monde nous allons imaginer… nous femmes à partir de notre corps ? Ses courbes… ses creux… ses silences… ses ouragans… Comme c’est compliqué de tout reprendre avant… Avant le temps de la culpabilité retrouver l’herbe où les petits dieux païens dansaient et les déesses cosmiques s’asseyaient sur les pierres dressées pour nous enfanter…

              “ Ce soir aussi la maison est loin mais elle est soulagée.

Par moments, elle voudrait les fuir définitivement.

De là-haut, elle les verra petits, petits, plus petits encore :

petite place à côté de la petite maison collée à la petite église

qui domine petitement le carré du cimetière…

Petites tombes. La mort. ”

Anne Delbée, Une Femme
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La Valse 1895 Deuxième version Bronze Musée Rodin

Camille… Cam… Avec ton corps d’enfant tu es comme la grande déesse de pierre… tu es immense et tu vas donner naissance à un peuple de petites femmes d’onyx et de marbre qui nous entraînent dans leur ronde… Demain. Une fois que j’aurai mis un peu de distance avec la fente qui me fixe… j’éloignerai le paquet de chiffons qui tient la glaise captive… Demain… et je dessinerai le cercle du ventre et je planterai une graine de grenade dans son nombril. Camille…

Alors… je lui donnerai son nom. FEMME…

FEMME… à partir de là il faudra commencer… Sans point de repère sinon ce signe inscrit sur le ventre d’un fruit… Sur le ventre de la terre… Ce signe que j’ai voulu reconnaître comme mien. Comme nôtre. Signe-tatouage de notre ressemblance. De notre gémellité. De notre nouvelle outrecuidance.

“ Le Géyin de pierre se réveille monstrueusement. A ses pieds,

un avorton de petite fille le surveille. Ses deux yeux bien ouverts.

Elle a attendu patiemment. Le temps qu’il termine son lourd sommeil.

Maintenant elle peut l’attaquer.

Elle a les mains nues.

Seule. ”

Anne Delbée, Une Femme

 

Notre naissance femme a déjà été esquissée… acharnement bourré de passion… de beauté… de générosité et de lucidité par une femme qui y a entre autre laissé sa peau. Tout senti… tout dénudé… tout pensé et tout mis en actes et en formes… de notre rêve de miroir. Elle a conçu sa vie là-dedans comme un soleil-opale. Alors… nous n’avons pas d’excuses… Camille Claudel… Cam… “ …De rage, elle donne un grand coup dans la terre détrempée qui éclate en mille gouttelettes noires. Elle reprend sa marche, violente… ” Camille Claudel femme sculpteur à laquelle une société archaïque a fait payer le prix de son désir…

Camille… Cam… “ Les galoches s’enfoncent, lourdes dans la terre collante, humide… Un désir soudain de saisir à pleins doigts la boue… ” Ne pas céder… Ne pas rentrer dans le rang… C’est une question de dignité ! Après ce qu’ “ ils ” bourgeois… bourgeoises… bigotes… vieux schnocks au narcissisme bandé et défenseurs du “ bon ordre des choses ”… après ce qu’ils lui ont fait… comment ne pas comprendre que c’est à nous les rebelles… les contrebandières du sens unique… les filles clowns du grand cirque où les mâles attendus ont toujours le premier rôle… à nous toutes qu’ils l’ont fait.

J’ai grand besoin d’argent pour payer mon loyer d’octobre,

sans cela je vais encore être réveillée un de ces matins

par l’aimable Adonis Pruneaux, mon huissier ordinaire,

qui viendra me saisir avec sa délicatesse ordinaire.

Anne Delbée, Une femme undefined
Sakountala 1888 Bronze, fonte posthume Coll part.

A suivre...

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Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 12:46

                                         Entretien avec Mili suite...
undefined Et l’Egypte, quelle place occupe-t-elle dans ta vie ?

 

Mili Presman : Ça c’est une belle histoire d’amour et d’amitié. Et on a construit beaucoup de choses ensemble avec mon ami. Lui il a un bateau et moi je l’ai peint… Il est très sociable aussi, on aime bien faire des choses avec les gens tous les deux. J’ai vécu à Louxor pendant un an et à ce moment-là j’ai peint là-bas. Mais maintenant quand j’y vais je fais des photos et puis je reviens et je peins ici. On s’est séparés par amour aussi. Moi je ne pouvais pas avoir d’enfants, et pour lui les enfants c’est essentiel. Et lui il sentait que ma peinture n’allait pas évoluer si je restais là… Donc il s’est marié et il a eu des enfants. Et comme en Egypte la polygamie existe, moi je suis la première et sa femme la deuxième. Et ça se passe très bien, on est tous en famille…

 

Et lorsque tu y vas ça ne pose pas de problèmes ?

 

M P :  Au début, j’ai hésité. Je lui ai dit : « Ce n’est pas dans ma culture » et il m’a répondu quelque chose de vrai qui m’a fait beaucoup rire : « Mais tu n’as pas de culture… » Et c’est bien parce que grâce au fait que je ne peux pas dire : ça c’est mon pays, ça c’est ma religion, je m’adapte partout. Moi quand on s’est rencontrés je n’étais pas trop au courant du problème entre l’Egypte et Israël et de la guerre du Sinaï. Alors quand il m’a demandé de quelle religion j’étais, j’ai répondu juive sans hésiter. Et ça a été une catastrophe ! Il m’a regardée et il m’a dit : « Je hais les Juifs… » Et il est parti. Ensuite c’est grâce à notre relation qu’il a complètement changé d’avis. Aujourd’hui il ne peut plus dire ça. Et ça a complètement bouleversé sa vie.

 

Et comment pourrais-tu parler de ton rapport à l’exil au milieu de toutes ces relations et de toutes ces histoires qui te relient avec des gens et des paysages si différents et pourtant si proches ?

 

M P : Quand tu t’en vas de quelque part tu n’es jamais plus chez toi nulle part. Au début je vivais ça comme un fardeau mais maintenant je le sens comme une richesse. En fait tu es toujours étrangère pour quelqu’un à cause de ton physique, de ta langue, ou ce que tu veux… Moi en Argentine on me traitait de Gringa parce que j’ai les yeux bleus et la peau claire. Et je me sens presque plus chez moi ici qu’en Argentine. Tu veux appartenir à quelque chose, et puis… Au début ça a été douloureux parce que je voulais être une vraie Argentine. Et ça n’est pas par hasard que j’ai toujours été avec des hommes de tradition très forte. Mohamed est un vrai Egyptien de l’époque des Pharaons. Et je suis fière d’appartenir à sa famille parce qu’ils ont une dignité familiale. A part ça ils n’ont rien, pas d’argent, pas de possessions, mais ils ont un nom de famille. Ils ont des traditions et ils te racontent des histoires sur la vie quotidienne… comment on fait si… comment on fait ça… Moi j’ai besoin de cette base-là.

 

 

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L’exil c’est la solitude aussi non ?

 

M P : Oui… c’est la solitude mais aujourd’hui je ne me sens pas seule, j’ai mes amis. On a créé une vraie chaîne d’amitiés très fortes, une vraie famille. Leur amour est là dans les bons et les mauvais moments. Mon problème d’avoir de gens que j’aime dans des lieux lointains est que j’aimerais bien que tout le monde soit là à la fois. Et il y a toujours quelqu’un qui manque…

 

Lorsqu’on s’est rencontrées pour la première fois lors de ton expo à L’écume du jour à Beauvais, tu m’as dit que tu aimais beaucoup la poésie et que tu avais un rapport important avec l’écriture ?

 

M P : J’aime beaucoup la poésie, mais je n’en écris pas. Je crois que ma peinture raconte des histoires, et les livres m’ont apporté des idées de peintures. J’aimerais bien travailler avec un écrivain pour mettre mon travail avec un texte qui l’accompagne. J’adore Christian Bobin par exemple, je me sens bien dans cet univers un peu comme le mien. Moi ce qui me plaît ce sont les sonorités des mots, même si je ne comprends pas tout. C’est musical, et moi j’aime le Jazz, et j’aime les phrases comme j’aime le Jazz. Les titres de mes toiles c’est mon ami Santiago Funes qui les a trouvés. Et la fille qui est en rouge dans cette toile, c’est  Nathalie Ouakratis qui m’a  aussi écrit beaucoup des petits textes qui accompagnent les photos.

 

Et Pessoa ?

 

M P : Quand je reviens du travail et que je pense à mes tableaux, je regarde aussi les gens qui marchent et je les vois comme Pessoa. Il y a des phrases de lui qui pourraient être de moi. Toutes ces sensations qu’il a dans la ville, je les ressens aussi. Il avait un côté très triste et très dur, mais c’est la beauté de ses mots que j’aime. Et ça me touche les écrivains qui ont le même regard que j’aurais pour faire un tableau.

 

                                                      Vous n’êtes aujourd’hui,

vous n’êtes moi que parce que je vous vois,

et je vous aime,

voyageur penché sur le bastingage,

comme un navire en mer croise un autre navire,

laissant sur son passage des regrets inconnus

 

Fernando Pessoa

 

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A suivre...
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Jeudi 31 janvier 2008 4 31 /01 /Jan /2008 23:41

                          Lettre à Leïla Sebbar suite...
undefined  Dans presque tous tes livres dans Marguerite qui m’a touchée particulièrement tu parles des femmes des petites filles noires ou arabes des petites bonnes des servantes des nourrices des masseuses du hammam et aussi des jeunes filles des banlieues… quel que soit leur pays leur paysage la destinée des filles des femmes toujours elle est liée à leur corps à l’image qu’elles ont et qu’elles montrent ou qu’elles cachent de leur corps… la fascination exotique éeotique qu’elles exercent sur le regard des hommes d’ailleurs et l’attirance ou la haine du corps des autres femmes…

Sept filles le livre commence avec l’histoire de Mériéma “ la fille de la maison close ” “ …j’ai deviné la beauté et d’abord les yeux, d’un bleu violet comme les iris du jardin… ” L’Arabie des femmes c’est l’histoire des Mille et une nuits les harem les peintures de Dinet les jardins les maisons qu’on voit dans le film Le collier perdu de la colombe  de Nacer Khemir et aussi dans Les silences du palais de Moufida Tadtli… Toi tu redessines l’atmosphère de l’Algérie des peintres orientalistes ce qu’on sait de la période ottomane qui nourrit nos rêves d’Orient… “ Je ne décrirai pas le jardin, il est somptueux… ” “ Mes jeunes nègres en tunique et pantalon bouffant, soir ottomane vert pistache et jaune safran, turban rouge sang… ” les couleurs chaudes lumineuses des tissus les parfums doux et épicés des fleurs “ … jasmin, rose, fleur d’oranger, géranium… ” les raffinements de la volupté et du plaisir de l’amour mêlés aux mots des poèmes et aux rires des femmes, tous les rites de séduction de l’Orient fastueux mais aussi l’esclavage l’enfermement et les interdits liés encore toujours au corps des femmes…

La première histoire celle de Mériéma au corps sauvage qui rêve d’“ Isabelle-Si Mahmoud ”, qui se sauve de la maison pour rejoindre peut-être l’officier français son corps pris en photo exhibé dans les vitrines d’une ville d’Algérie c’est celle des filles rebelles qui refusent la destinée des femmes derrière les murs de la maison…

Les maisons arabes… combien elles ont fait courir notre imagination d’occidentaux… on en imagine de toutes sortes… des plus riches demeures où les fontaines ruissellent au milieu des mosaïques dans les cours intérieures pleines de bougainvillées de jasmins d’orangers et de citronniers aux simples maisons kabyles dont les murs chaulés sont décorés par les mains des femmes de motifs peints avec des terres ocres et vertes, celles des quartiers populaires de Marrakech de Djerba de la kasbah d’Alger et leurs terrasses si blanches accrochées aux ciels qui virent à l’indigo à force de lumière ou bien les habitations en argile rouge des ksour entourées de palmiers… ces maisons dont on ne sait plus si on doit en parler comme d’un lieu de refuge de douceur et de protection ou comme de subtiles prisons…

Le premier texte de ce livre, l’histoire de Mériéma se passe à Alger et ton écriture prend elle aussi des parfums des couleurs des sonorités de l’Arabie comme je l’ai ressenti dans Les femmes au bain Le rythme des phrases est plus lent, je dirais langoureux… des phrases longues qu’on lit avec le rythme des poèmes des mélopées accompagnées au mandole… tu mêles le récit à la poésie :

“ Sa salive, je l’ai goûtée,

C’est le sucre des raisins secs,

Ou le miel des abeilles… ”
undefined Leïla Sebbar Jean Pélégri et moi à la Maison des Ecrivains Janvier 2001

Il y a une jouissance des mots, un plaisir sensuel gourmant des mots comme des fruits sucrés… “ Le brasero parfumé au gingembre, à la cannelle, au bois de santal ou à la myrrhe… ” “ Pas de sucreries dans les chambres, des sorbets légers lorsqu’il fait chaud, violette, orange, rose, abricot… ” “ Des yeux verts, le vert moiré du scarabée, une chevelure fauve bouclée jusqu’à la cuisse…”

Et puis à travers chacun des récits où le corps des filles des femmes s’écrit se dessine prend sa course s’image se photographie on arrive à la dernière histoire du livre celle de Nadia “ La fille en prison ” dans la ville de l’autre côté Paris Nadia est une fille des cités… le lien tissé avec ses couleurs ocres jaunes et ivoire comme sur les vieux métiers à tisser entre les femmes des maisons d’Orient et les filles des cités de banlieue… Nadia est en prison elle a volé un peu pas grand-chose ça n’est rien on va la racheter… “ dès qu’elle sort, ils quittent la cité, un cousin est passé, il l’attend, il lui pardonne, elle fera un beau mariage… ”

De la maison close d’Alger de la prison de Paris Mériéma et Nadia s’évadent s’échappent s’envolent en rêve d’abord et puis pour de bon on le croit on le sait dès les premiers mots de l’histoire comme dans Les femmes au bain la Bien-aimée est séquestrée dans la cellule d’une confrérie au désert et l’Etranger de sang enfermé dans sa cellule emprisonné coupable d’un amour fou comme celui de Majnoun Leïla ils s’évaderont ils se rejoindront c’est écrit dans l’histoire… c’est écrit dans les livres…

undefined A suivre...
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Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 23:46

                                        Entretien avec Mili Presmann peintre 
                                                               Suite...
undefined Mili à son atelier de La Forge de Belleville

MP : Et puis j’ai dessiné la valise ouverte avec ces personnages qui sont en l’air, et pour moi ça parlait des souvenirs, de tout ce qu’on emmène dans une valise, les lettres surtout… Mes valises, celles que tu vois là dans l’atelier ce sont des valises anciennes, et avec mes origines juives, ça signifie aussi des choses… Moi j’ai adoré mes grands-parents qui étaient des gens extraordinaires qui m’ont toujours aidée, et ils me racontaient leur enfance en Russie, et ça aussi ça fait partie de mon histoire de valise et de souvenirs.

 

Peut-être que grâce à cela tu te sens un peu chez toi partout, un sentiment qui dépasse celui de l’exil ?

 

M P : C’est vrai qu’à Louxor où je vis avec des Musulmans, je me sens comme chez moi. On a la même façon de manger et de faire plein de choses quotidiennes, peut-être parce qu’on est des Orientaux ? Moi je suis originaire d’une famille d’intellectuels où les études étaient très importantes, et mon ami lui ne sait pas lire ni écrire. Et pourtant nous avons énormément de choses en commun. L’essentiel, je crois c’est le spirituel. Dieu, le mien, c’est comme un compagnon pour moi. Et le sens de ma vie c’est ma peinture et le côté social, les liens humains avec les gens. Dès que je m’éloigne de ça, ça ne va pas. Je crois qu’on m’a donné un don et que je dois le partager en faisant ressentir aux gens ce qui est aussi présent dans leur vie à eux. Ce qui les touche quand ils regardent mes toiles crée des liens entre eux et moi. Ici il y a des personnes qui reviennent chaque année lorsqu’il y a les portes ouvertes voir mes tableaux. Ma peinture c’est une façon de communiquer et de donner. Et puis je me dis que j’ai un contrat avec Dieu, s’il me permet de vendre beaucoup de tableaux, alors je peux aider des amis en Egypte ou ailleurs à réaliser des projets de leur côté, et ça fait une chaîne. Ça crée une sorte de solidarité…

 

Et comment es-tu passée de la céramique à la peinture lorsque tu es arrivée à Paris ?

 

M P : J’ai fait à Paris l’école des Arts Appliqués en céramique, mais quand j’ai eu fini je n’avais pas d’argent pour m’installer. Et tous mes amis qui faisaient de la céramique se sont installés à la campagne. Je suis donc rentrée à la Fac en arts plastiques et j’ai rencontré un professeur, James Durand, qui travaillait la photocopie. Ça s’appelait Copy Art, et c’est là où j’ai appris la photocopie. Tu sais que mon travail c’est à partir de photos, ensuite je déforme l’image avec la photocopieuse, et puis je peins. Et je trouve que le travail que je fais aujourd’hui est un ensemble de tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. La composition de l’espace dans mes peintures rappelle mes quatre ans d’architecture, la matière c’est le temps que j’ai passé à travailler la terre, et les gens que tu vois dans mes tableaux sont ceux que j’ai rencontrés et qui acceptent de poser pour moi.

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Tu prends les gens en photo ?

 

M P : Je les prends en photo. Il y a une partie des gens qui posent comme je leur demande et une partie des gens que je prends dans la rue dans Paris. Le personnage à la serviette là-haut, c’est un homme d’affaires à la Défense. Et ensuite je fais mes mélanges. Mais avant je déformais beaucoup plus les images, parce que je n’aime pas trop la réalité… Maintenant je ne les déforme plus mais je mets les personnages dans des situations qui ne sont pas réelles. C’est la notion d’espace qui est un peu perdue. J’aime aussi beaucoup le cinéma et je crois que ma façon de voir les choses est assez cinématographique.

 

Donc après tes études à la Fac tu as réussi à avoir un atelier de peintre ?

 

M P : Non, j’ai toujours travaillé chez moi. Et je ne suis dans cet atelier que depuis trois ans, mais ça a beaucoup changé les choses pour ma peinture. J’ai toujours vécu dans un studio ou un deux pièces et une des deux pièces me servait d’atelier. Pour payer mes études et jusqu’à aujourd’hui je travaille dans la vente à mi-temps. J’ai fait plein de choses au départ, des tas de petits boulots… J’ai distribué des prospectus, et j’ai même planté des tulipes au métro Jasmin… J’ai fait le ménage, enfin, tout quoi. Mais à l’époque c’était facile de trouver des petits jobs à Paris. Après avoir été jeune fille au père, j’ai donné des cours de céramique à la maison des enfants de Louveciennes. Et puis on s’arrangeait, on allait s’habiller aux puces, ça n’était pas cher.

Ce lieu ici je l’ai obtenu aussi par la chance, c’est Annie Barel la personne avec qui je partage l’atelier qui me la proposé Je ne l’ai pas cherché vraiment. Il faut que j’aie une envie profonde de quelque chose et ça marche !

 

En fait, tu as la baraka ?

 

M P : Oui, c’est la baraka… Et puis la peinture ça sauve parce que tu peux dire les choses. Nous les artistes on est sensibles à ce qui se passe à l’extérieur… les problèmes dans la rue, les clochards, les soucis qu’ont mes amis… Tu veux résoudre les problèmes de tout le monde et tu prends ça sur toi. C’est beaucoup trop lourd ! Mais de pouvoir le sortir quand tu peins ça t’aide beaucoup. Le poids s’en va. undefined Avec Milli dans son atelier en 2002 Les photos sont de Jacques Du Mont
A suivre...

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