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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Banlieues

Mardi 4 septembre 2007 2 04 /09 /2007 16:12

                                             A Ali

      C'est fou ce que les informations données à la radio n'importe laquelle sont humaines quand elles vous balancent une nouvelle qui vous cloue et vous assassine sur place en parlant d'un être qui vous touche comme d'un "fait divers"...

      FIP ce matin : "... un épicier d'Epinay-sur-Seine a été tué ce matin à coups de couteau dans une cité par un SDF... L'homme a été  identifié et capturé.... L'épicier était connu et apprécié des gens de la cité et des alentours... Il avait été le personnage principal d'un documentaire tourné l'hiver dernier dans cette cité de banlieue..."

      Voilà ce qui vous tombe dessus comme une grosse pierre lâchée infâme par le destin qui a choisi cette année 2007 pour nous casser la vie à fond et qui vous écrase sans la moindre compassion... Une pierre quoi... ça n'compatit pas ça assome ça broie ça écrabouille...

      Pas de prénom évidemment et pas de nom cet être qui vient de mourir n'est qu'un "épicier"... Pas de nom la cité non plus et pas de nom le film tourné l'hiver dernier tu parles !... La banlieue c'est innommé ou innommable comme on sait... Mais avec de tels détails ce que je voudrais à tout prix qui ne soit pas la réalité quelle chance minuscule j'ai ?...

      Ali non ! c'est pas possible !... Y a une toute petite chance quand même puisqu'ils z'ont pas dit que c'était Ali ... et pas parlé de la cité de La Source que désormais tout Epinay jalouse un peu à cause de son  Alimentation Générale justement et du film qui a fait connaître des autres gens des autres banlieues cet être rare et bon un peu poète un peu musicien un peu épicier à ses heures qu'est Ali... ils l'ont pas dit alors c'est pas vrai !...

     Ali  en  train de servir le café le matin à Djamaa et à tous les gens qui passent par l'épicerie... les amis...

      Je saute sur le téléphone en me disant que l'ami Louis qui travaille à la mairie annexe d'Epinay et qui connaît toute la ville et les gens comme sa poche sera au courant obligé... Lui il me dira... que c'est pas vrai !... On est allé voir le fil ensemble l'année dernière déjà... dans l'hiver 2006 à l'Espace Saint-Michel... Ailleurs ils ne l'ont pas passé... La banlieue hein ! vous savez... On était fiers ! On était heureux ! Ali est un être magique qui existe mais on dirait un ange des cités... Quelqu'un  qui croit encore à la fraternité humaine et à la générosité toute simple... mais si rare... Et qui vous fait y croire... Un mec pas croyable quoi et que même les jeunes sont épatés !...

      De toute façon c'est pas possible vu qu'Ali il fait du bien à tout l'monde dans la cité... qui pourrait lui vouloir du mal ?...  C'est un raisonnement d'enfant je sais... c'est sans compter avec la saleté de sermi qui s'est installée sur notre dos sur notre ventre depuis des mois depuis des jours !... La sermi et l'injustice sociale qui mettent de pauvres types dans la rue et les rendent complètement oufs de désespoir et de plus rien à perdre... plus rien quoi... C'est compter sans la saleté de destin crasse qui nous poisse d'un bout du monde à l'autre quand on a pas choisi le camp des gagneurs et qu'on préfère être épicier dans une cité de banlieue du 9-3 que dans  une petite ville rupine de n'importe où ...

  

      Le téléphone j'aime pas ça... y a toujours de l'angoisse quand je décroche... L'ami Louis il va me rassurer c'est sûr !... Sa voix je la connais depuis qu'on s'aime on se sent au moindre truc qui fait peine...  C'est pas le genre expansif et bourré de paroles comme moi Louis... il est silencieux et secret comme ces gamins des banlieues qui savent que les mots ça n'sert à rien... Sa voix tout de suite je sais que c'est pire... que c'est bien la pierre qui nous est tombée dessus et qui nous écrase encore un peu plus que les autres jours dans la cité...

      Ali ! Un être qui donnait de l'espoir aux gens chaque jour avec son sourire et sa gentillesse... Et bien plus que ça... Dans un monde où plus personne n'aide personne et où l'existence c'est la galère pour ceux qui ont pas grand chose il était l'exemple du contraire absolu... C'est des gens comme lui qui peuvent dire aux jeunes des cités que le respect et la solidarité dans la zone ça existe et qu'on peut s'en sortir tous ensemble et vivre là nous autres ! Parce qu'on l'a choisi et pas parce qu'on est au rebut Non et Non !

      L'ami Louis est au courant bien sûr... Il me dit les choses... que celui qui a fait ça est un pauvre type malade... qu'on le connaît dans la cité et qu'on ne le croyait pas dangereux... que c'est un drame triste comme on en vit tant nous autres... que ce soir y aura une marche silencieuse à Epinay... Louis il est malheureux bien sûr mais il n'a pas la colère comme moi... il a raison...

      Ce film Alimentation Générale on a fait un article dessus dans notre blog avec ce titre-là dans la rubrique Banlieues à la date du 28/11/2006, si vous voulez le lire et revoir ces images dont toutes celles de cet article-ci sont tirées aussi, c'est un film magique de Chantal Briet qui connaissait très bien Ali.

      Moi rien qu'en vous recopiant les photos je suis malade... La vie parfois c'est rudement dégueulasse !

Alors adieu Ali... grâce à toi la vie dans la cité était plus douce... nous on continue parce qu'il faut bien... et on te fait un clin d'oeil d'amitié tendre parmi les étoiles...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /2007 15:29

Petites notes des cueilleurs de lune

A Ali

l’épicier magique de la cité de La Source

Epinay, Samedi, 28 juillet 2007       Quand j’ai commencé à écrire ces petites notes cet été Ali l’épicier magique le donneur de joie de la cité de La Source était bien vivant et ces gribouillis n’étaient pas destinés à être publiés… C’était des mots qui me venaient dans la vadrouille de l’été qui fait de nous dans les banlieues des abandonnés à la bonté solaire rien que ça… Et quand ça vient je n’refuse pas et je range les papiers noirs-blancs dans les cartons des oubliettes à histoires… Une nuit on ira voir peut-être peut-être pas… Et j’les oublie et c’est bien…

Et puis y a eu l’écrasement par la pierre énorme qui broie tout de la bêtise misérable et du désastre… la pierre sans pitié qu’on rencontre trop sur les p’tits chemins buissonniers de nos quartiers partout dans le monde… la pierre d’épouvante normale qui s’installe dans les maisons bidons où il y a de la sermi et de l’infâme au dîner chaque jour et où pourtant la bonté fait résistance…

Et puis y a eu la mort d’Ali et son regard de tendre bienvenue au monde des fous du malheur et de la vie vraie que je n’peux pas retirer de moi comme une traîne d’étincelles rouges qui durent… qui durent… Et ça fait mal trop mal ! Alors quoi faire ?… Quoi dire et à qui ?… A vous autres qui comprenez bien sûr vu qu’Ali vous le connaissiez et vous l’aimiez… Il était ce qui brille en chacun de nous qui vivons dans les cités d’banlieue le matin quand il fait froid quand il fait hard quand il fait de la peine et de la rage !…

Ecrire parce que c’est tout c’que je sais faire pour qu’il demeure présent dans notre maison bidons Ali sa petite lampe joyeuse allumée toujours… tout le jour toute la nuit toujours qu’il ne nous largue pas lui aussi à nos utopies dégoupillées… Ecrire et lui dédier mon prochain bouquin “ A Ali l’épicier magique de la cité de La Source qu’il garde bien l’âme farouche et tendre de nos banlieues… ” ça lui fera une belle jambe !…

Ecrire parce qu’on est trop tristes et que ça pèse sur le cœur sur le ventre sur la peau comme cette saleté d’énorme pierre d’âge et de mort qui habite dans nos maisons bidons et qu’il faut qu’on sorte de là qu’on vire qu’on balance de chacune des favela de chacun des quartier ghetto du monde… et qu’on retrouve enfin notre bonté humaine notre force et notre résistance…

 

 

“ Mais comment peut-on réussir sa vie dans un monde raté ? ”

Cette petite phrase qui m’a sauté dessus je l’ai extraite d’un texte de Michel Polac intitulé “ La mort aux trousses ” tiré du Charlie-Hebdo du 25 juillet 2007…

Cette petite phrase qui peut encore donner à penser pendant que la lune au-dessus de la table où j’écris est tout à fait ronde et claire comme un gros sou d’or pâle et qu’elle éclaire les deux hautes tours de la cité pareilles à des sculptures modernes sous le halo d’un projecteur me fait songer à l’angoisse qui me prend de plus en plus souvent de ne pas avoir “ réussi ma vie ”…

Tiens… c’est bien un truc de poète ça comme réflexion ! Les ouvriers eux… les laborieux qui en ont plein les pognes ils ne se posent pas ce genre de question pour sûr… Ah bon… tu crois ?…

A quoi peut bien être utile quelqu’un qui écrit des mots aussi insouciants que la fumée qui s’étire au-dessus des corps allongés des fumeurs d’opium qui ont la lune pour écritoire… quelqu’un qui écrit dans le métro au milieu des gens qui vont marner à l’intérieur d’un carnet gribouillis… à la table d’un bistrot et pas Le Sélect ni La Closerie des lilas aujourd’hui vous comprenez ?… non un bistrot comme ça de la rue d’ici ou d’ailleurs avec des habitués du p’tit rouge au comptoir et du p’tit noir tout l’temps vite fait sur le zinc et vas- y !…

Ouais… à quoi ça sert d’avoir envie d’inventer un chemin de clair de lune jusqu’à l’âme des gens et de donner l’alarme à ceux qui dorment déjà dans le petit val mouillé de lumière juste avant leur mort ?

A quoi bon les réveiller si on a pas la sagesse des magiciens qui dissimulent une lune de papier sous leur manteau et des épiciers qui se lèvent tôt le matin dans les cités de banlieue avec le café tout prêt pour la bienvenue ? Ou si comme Hélicon à Caligula on est pas capable de promettre à la foule des gens venus de la rue avec des mensonges au parfum de miel qu’on va aller lui chercher la lune ?

J’ai cru longtemps en suivant le modèle des vieux ouvriers qu’il suffisait de se mettre à l’ouvrage pour qu’elle soit belle et qu’elle ait un sens et du coup qu’elle donne du sens à ma vie…

Les compagnons que j’ai eu la chance de rencontrer étaient des êtres généreux et vrais pour qui la belle ouvrage demeurait une manière de s’accomplir que j’imagine semblable à celle du peintre Vincent dans son obstination créatrice et sa quête de la liberté sur le chemin qui l’a mené de la traversée du Borinage où il fréquentait mineurs et paysans jusqu’à la Maison jaune d’Arles…

Sortir de l’insensé où la nuit de mon enfance de banlieue n’avait aucun croissant de lune d’or ni aucune petite lampe pour l’éclairer et au moyen de l’écriture et de mon envie de raconter des histoires ce qui exige un labeur de joaillier des mots tout en légèreté devenir un modeste allumeur de réverbères voilà qui me semblait un destin fabuleux…

Mais nous voici à nouveau sur ne scène travestis du costume de l’insensé. Chacun des rôles que nous acceptons de jouer nous emprisonne un peu plus dans le regard des autres et dans le halo éblouissant des projecteurs et nous sépare de nous-mêmes derrière le fard blanc de notre indifférence…

Les mouvements grotesques des bouffons qui ont envahi notre territoire d’utopies n’ont plus rien à voir avec l’authentique et magistrale pantomime du formidable bouffon Fançouille de Baudelaire dont l’art était d’une telle perfection de l’âme et des sens qu’il en oubliait la mort… Tout comme les ouvriers avaient au fond noir des galeries ou au centre rouge des fournaises d’acier l’intuition d’une force incroyable et vitale… ils étaient loin au-delà de leur destinée humaine !

Dans les années 70 qui sont celles de notre jeunesse rebelle nous croyions vraiment que nous allions imaginer un monde solidaire et neuf et nous n’avions pas assez de couleurs d’images et de mots pour en tracer l’esquisse sur les papiers chiffons vendus très cher que nous allions voler dans un des magasins pour artistes par des nuits de pleine lune…

Aujourd’hui tout ce qu’il nous reste de nos utopies que nous n’osons même plus offrir aux jeunes des quartiers après que la banlieue rouge et noire ait été désertée par l’âme des vieux ouvriers et des maires bâtisseurs de cités-jardins comme Henri Sellier dont les combats fraternels étaient ceux des hommes justes contre la misère du monde ce sont nos dessins et nos histoires sur les papiers chiffons que le lait clair de la lune comme un gros sou d’or pâle noie pendant que l’orpailleur de rêves tamise le rivière de notre mémoire…

Mais… vous allez me dire… quel rapport tout ça avec notre ami Ali l’épicier magique de la cité de La Source qui nous a laissé nous dépatouiller avec ce monde pas drôle à la fin de l’été ?… Eh bien Ali il l’avait lui la réponse à la question du départ… Ouais… Ali il l’a réussie sa vie dans un monde raté… il nous a redonné de l’espoir en l’homme… ce mot qui ne veut plus rien dire… et ça n’est pas rien !…

Quant à moi faute d’avoir réussi ma vie peut-être que je finirai avec mes p’tites histoires par savoir faire entrer un peu de la lueur lunaire entre les fibres du papier chiffons pour la rendre aux gens des rues qui ne la voient jamais vu qu’ils dorment de fatigue avant qu’elle se lève trop tard et que quand ils se lèvent trop tôt pour aller marner son corps a rejoint les iris d’or des chats qui rêvent encore à d’extraordinaires métamorphoses…

     

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Mardi 11 septembre 2007 2 11 /09 /2007 21:02

                                      Petites chroniques

 

Mardi, 11 septembre 2007  Le grand voyage d’Ali       D’habitude ces petites chroniques racontent l’histoire de la cité d’Orgemont à Epinay et de nous autres qui y vivons comme nous pouvons… Mais cette fois-ci vous ne m’en voudrez pas s’il s’agit d’une autre cité d’Epinay, la cité de La Source, le drame qui nous touche tous oblige… Bon, pas question de raconter l’histoire d’une cité où on n’vit pas ça serait du chiqué comme on en lit partout ! Mais depuis la semaine dernière vous savez tous que notre ami Ali le personnage principal et fabuleux du film de Chantal Briet Alimentation Générale s’est fait planter dans son épicerie comme l’a dit une dame qui habite La Source…

      Depuis ce jour pas croyable et maudit du mardi 4 septembre y a pile une semaine on essaie de survivre vaille que vaille à notre peine et à cette imposture épouvantable du destin et on se débrouille en y croyant pas vraiment… enfin comme ci comme ça… Mais ce matin on a dû arrêter de se la raconter vu qu’c’était le grand voyage pour Ali qui l’attendait vers l’Algérie où il est né et où il va rejoindre la grande lumière solaire du Sud…

      Ce matin ils étaient très nombreux les Spinassiens et tous ceux venus d’ailleurs pour faire encore un signe à Ali avant son grand voyage et c’est là qu’on a vu qu’un être généreux qui aime les gens n’est jamais seul… Drôle d’endroit que je me suis dit cette chambre funéraire des Batignolles juste sous le périph entre Clichy et Saint-Ouen adossée au cimetière qui a le même nom et qui serait plutôt un lieu de douceur au début de l’automne comme ça avec ses platanes très hauts à peine ocre au-dessus de nous. Ouais… drôle d’endroit tout petit face à la foule qui n’arrêtait pas d’arriver et de descendre des cars des voitures et aussi ceux comme moi qui étaient partis tôt avec leurs pieds pour avoir le temps…

      Jamais j’ai eu autant l’impression que ce matin de ressentir dans les tripes et dans le cœur tout chamboulé c’que c’est qu’une cité de banlieue avec ce qu’elle a de vraiment formidable et que j’aime trop ! On aurait dit que les gens ils étaient venus de partout et qu’ils trouvaient ça évident d’être là ensemble et qu’ils étaient plus différents… J’ai repéré d’abord un groupe de grands Blacks d’Afrique en boubous et à l’écart beaucoup de gens d’origine d’Afrique Noire qui étaient venus ensemble ou seuls des jeunes femmes très belles habillées à l’Européenne ou pas plusieurs garçons avec les dread locks…

 Les Maghrébins eux ils étaient tellement nombreux qu’on n’pouvait pas dire qui du Maroc de Tunisie ou d’Algérie des femmes d’abord plein et une vieille djida avec la gandoura bleue qui s’appuyait sur une canne et qui semblait perdue au milieu d’tout ce silence si lourd… Certaines comme celles de mon enfance à Aubervilliers avec le petit foulard de couleur transparent et les tatouages bleus et derrière les hommes qui se connaissent tous et se saluent les plus vieux avec le costume impeccable et la cravate eux aussi je les reconnais… ils ont le même air grave et résigné qu’à chaque fois qu’on leur a fait du mal… un air doux et bon… des vieux kabyles peut-être ?…

Bien sûr j’pourrai pas les dire tous j’en oublierai et ils ne m’en voudront pas… On était tellement plein d’émotion et de désarroi… Des Français d’ici y en avait aussi pour sûr des amis d’Ali de la cité et des voisins des autres cités comme la nôtre je les ai reconnus mais eux ne me connaissent pas… pas tellement… Des gens simples habillés comme pour aller au turbin et qui ont pris leur matinée parce que c’était obligé sinon ils auraient pas pu continuer à vivre après comme il faut… Ouais… les gens qu’habitent dans une cité de banlieue on se reconnaît facile… on n’fait pas dans le chic dans le branché pas les moyens !… Enfin on a notre style hein faut pas croire mais pas un style de matuvus du tout !

Et puis y avait des personnes venues de Paris ou de banlieues plus rupines mais ils étaient tellement noyés dans le peuple des gens des banlieues comme la nôtre qu’en fait on les voyait presque pas et puis eux aussi ils étaient ensemble avec nous… Parc’que l’amitié et la bonté humaine ça relie les gens entre eux très fort et ça il l’a réussi Ali avant de partir c’était plein d’amour à craquer là-dedans ça en faisait vibrer les troncs des grands arbres de contentement… Y avait même un ou deux Juifs pratiquants eux qui pourtant ne s’mêlent pas d’ordinaire aux autres… Et ça faisait drôle de les voir aller et venir à côté d’un garçon qui portait un Jean brodé multicolore et une casquette avec la veste treillis et le visage du Che dessus… Mais eux aussi ils étaient ensemble…

La seule chose qui pesait vraiment trop sur nous c’était le silence… ouais… le silence c’est pas bon quand on est malheureux ensemble ça écrase… On aurait dû chanter sûr qu’il aurait aimé ça Ali lui qui chantant drôlement bien comme on voit dans le film… On aurait dû chanter mais on a pas osé… dommage !… Quand je suis sortie dehors j’ai vu des jeunes avec le sweet et la capuche qui attendaient et qui étaient là de l’autre côté de la rue parc’que dedans c’est trop… eux aussi ils étaient ensemble avec nous…

En reprenant le métro moi j’avais dans la tête les cérémonies de deuil en Algérie que mes amis Algériens m’ont tant raconté avec les chants les histoires qu’on se dit les verres de thé à la menthe qui circulent les p’tits qui jouent et même les rires et les cris pour faire sortir les djenoun du désespoir et de la peine…

Bon voyage Ali vers le paysage solaire de ton enfance et de tes rêves… Tu ne nous quitte pas ta présence rayonne dans nos cœurs obligé !

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Mercredi 10 octobre 2007 3 10 /10 /2007 11:54

                                     La belle étrangère

Les arbres de la cité d’Orgemont qu’est dressée ébouriffée hérissée pareille la queue d’l’écureuil à l’Ouest radical d’la bourgade d’Epinay une de celles du 9-3 vous connaissez ? ils sont des veilleurs familiers et camarades de galères des gens et d’la bonne aventure… Et les gens eux ils préfèrent faire leur trou dans c’coin où y a encore des choses à partager avec le nombre qu’ils sont comme une géante ruche d’abeilles jaunes et orange et avec les arbres les piafs et les chemins creux qui s’moquent des réverbères plantés là rien que pour les empêcher de dormir…   

La cité qu’est un royaume à eux en entier comme toutes les cités où vivent les gens depuis qu’y a eu l’urgence de n’plus s’nicher à l’intérieur du fond des taudis du genre de ceux d’Aubervilliers après qu’la grande boucherie les ait tout explosés les gourbis d’l’ouvrier sans les verres de couleur aux fenêtres pour voir dehors moins glauque sans même les verres du tout c’est pareil qu’c’était l’atmosphère des bidonvilles quand les p’tits venaient taper tam tam tatatatam sur l’dos des bidons pour faire la teuf et qu’ils jouaient sautaient pieds nus dans les caniveaux d’écoulement… c’est pareil…

Mais y a plus les bidonvilles d’la misère au cœur d’la banlieue relookée rouge corail d’Afrique suite au rouge sang des ouvriers et travailleurs fiers des quartiers ni leurs tôles à trous passoires où la flotte dégringolait flip flop ! dans les casseroles et ça accompagnait mieux qu’le piano des vieux cinoches au début les raconteurs d’histoires… Y a plus les bidonvilles où les zimmigrés chantaient le soir le mandole entre les jambes et qu’ils les écoutaient avant d’repartir à la course direction les blocks béton gris allumés là-bas les premiers en plein chantier d’poutrelles d’acier et de grues et qu’ils grimpaient écureuils aussi dix mètres vingt les paumes criblées d’échardes de ferraille et qu’ils sautaient vite fait au milieu des sacs ciment entassés ça faisait une poussière terrible sur leur peau mais leurs vieux avaient pas l’temps d’s’occuper… Non… y a plus d’bidonvilles pourtant il leur reste le goût qu’ils ont pour la tchatche et de raconter les histoires…    Elle vient juste de sauter dans l’autobus d’Afrique… le 154 vous savez ?…  

Sauter c’est bien le mot vu qu’elle court à chaque fois pour ne pas le louper et que le dernier bond la précipite à l’intérieur face au chauffeur black dans sa cage de verre sans oiseaux. Ce chauffeur-là c’est celui qui a les dread locks très longues avec au bout des petites perles de verre de couleur jaune et qui l’attend toujours.

Il attend tout le monde d’ailleurs le chauffeur black… les grands-mères qui boitillent sur leurs souliers un peu tordus et leurs genoux arthrose mais quand même elles se dépêchent pour n’pas déranger trop… Les mères de famille blacks avec les grands boubous aux motifs mirages sur des tissus qui carambolent rouge feu ou jaune citron et orange et dedans on se prend les pieds quand on marche vite plus vite encore un petit sur le dos kangourou bien sage qui se balance et la poussette qu’on tasse comme ci comme ça… qu’elle entre au milieu des jambes des gens gentils ils se poussent… plus un ou deux autres petits aussi qui savent déjà et courent… courent… P’tits enfants kangourous dans la brousse de la banlieue qui sauvage nous met la peau en rage.

Il attend tout le monde le chauffeur black qui a des dread locks avec les perles de verre de couleur jaune au bout et ça n’fait pas longtemps qu’il se tape le parcours du bus qui craque couine gémit parce qu’il est très jeune et qu’il a pas l’habitude encore d’la bétaillère des banlieues où on se serre bien tous un peu plus à chaque arrêt comme si on avait peur de se perdre.

Il a pas l’habitude alors il attend en se moquant du temps qu’on doit lui compter serré sur son carnet mais lui il aime mieux les gens et leur sourire quand ils sautent à l’intérieur et qu’ils le regardent. Le chauffeur black pareil à un guerrier sage il a déposé les armes pour traverser le fleuve. Vous comprenez ?…

 

En même temps qu’elle revoit la tête masquée noir blanc du chat du type du rez-de-chaussée hors du carton comme si c’était un totem peint d’Africa… elle se dit que c’est bien un guerrier tranquille le chauffeur black…

Le chauffeur black il porte le masque de bois encore arrondi d’enfance et pourtant si tu conduis la bétaillère d’Afrique de la banlieue il faut pas avoir peur… la chaussée par ici c’est plus troué que les pistes de la brousse qui traversent en bondissant d’un terrier de tamanoir à l’autre des passages de fleuves asséchés aux écailles de poussière ocre rouge avant de foncer sur des termitières géantes qui servent de carrefour…

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Vendredi 12 octobre 2007 5 12 /10 /2007 18:18

                                 

Vendredi, 12 octobre 2007  Diabolic naissance…

      Un p’tit bouquin qu’on a écrit quand il vous arrive entre les mains c’est toujours un instant féerique qu’on n’peut pas décrire… Celui-ci qui m’est tombé dessus y a une semaine presque et qui a suivi le même parcours audacieux et solitaire que le précédent Café-crème sorti des presses de l’imprimerie Jouve par l’intermédiaire du site www.imprimermonlivre.com il y a un an et demi est un cadeau extra qui m’arrive pour mes dix années d’écriture… Dix ans c’est rien du tout dans ce qui est un vrai métier comme celui des compagnons de la belle ouvrage et que nous autres les mômes d’ouvriers des banlieues on n’a pas oublié du tout… Dix ans d’écriture de ci de là et de galères que tous ceux et celles qui luttent pour faire lire leurs gribouillages scribouillages connaissent trop !

      Y a dix ans c’était Par la queue des diables qui avait squatté ma tête au point qu’il m’empêchait de dormir en boule tranquille dans mon pieux bourré à fond d’hérissons de fennecs et de loutres qu’il mangeait dans mon assiette du p’tit dej mes tartines confiture et qu’il engloutissait mon bol café noir… enfin j’n’avais plus d’espace à moi dans mon gourbi déjà si minuscule et surtout pas la douche ou faute d’éléphant comme Brigitte Fontaine je trouvais qui m’attendaient chaque jour les zimmigrés du bidonville d’Aubervilliers et tous ceux parmi les gens formidables qui ont rempli mon enfance d’ailleurs et de « ici on vit tous ensemble » déjà !

      Donc y a dix piges de ça un truc aussi improbable que l’écriture me sautait dessus et me virait du monde des peintres où je me croyais chez moi Hop ! Hop ! et voilà… Aujourd’hui que je stationne à temps partiel mais quand même très souvent sur le parking d’une cité de banlieue et que je crèche un peu beaucoup passionnément entre ses murs familiers ce dernier p’tit bouquin qui raconte avec la désinvolture du désespoir mué en pirouettes au nez des haineux guignols l’histoire des mômes des banlieues qui préfèrent la rue c’est l’envie de leur dire que nous autres les gamins d’la zone on a des rêves fabuleux planqués au creux de nos terrains vagues et que ça c’est un trésor !

      Ce p’tit livre qui s’appelle Où vont les feux follets de la rue ? vous en avez lu déjà quelques extraits sur notre blog des Diables bleus vous savez l’histoire de Marion et du chien Sentinelle sous la verrière de la Gare du Nord… Si vous avez envie d’en savoir plus vous pouvez aller faire un tour sur le site d’Imprimer mon livre et vous le retrouverez aussi au Salon des Revues dont on vous reparlera bientôt car c’est dans une semaine… ouf c’est loin !            Gare du Nord vous connaissez ?

        Hop ! Hop ! Les pieds sur les rails bleus givrés ils glissent légers et aussi ils manquent d’la faire tomber Marion avec ces godasses de quand elle créchait chez ses vieux c’est pas gagné d’se faufiler à travers les poussières de sable qui chutent des réverbères sur les entrepôts…

        Hop ! Hop ! Marion plus ça va plus elle fréquente ces coins-là autour d’la Gare du Nord et d’plus en plus loin direction d’la banlieue elle trouve des endroits où les autres ont déjà écrit leur nom…

        L’avantage des gares le long du ballast ou des lieux d’ce genre c’est qu’une fois qu’tu as quitté l’espace où les gens ordinaires ils attendent fourmis autour du fanal orange et les vigiles blacks et les chiens l’museau ficelé et les rats assis sur leur derrière c’est qu’y a pas lerche de passants pour t’déranger et qu’y a d’la lumière…

         Les entrepôts des gares la nuit y sont plus lumineux blafards qu’la neige carbonique qui t’mousse dans les mirettes en paillettes d’argent…

         On l’croirait pas mais c’est vrai et Marion avec le chien Sentinelle ça l’arrange bien vu qu’pour l’instant elle a pas d’quoi s’payer la lampe qui éclaire projecteur et qui pèse dans la musette qu’les autres taggeurs y s’débrouillent en l’ayant à plusieurs… Non… elle peut pas Marion et pas plus les bombes de toutes les couleurs…

         Hop ! Hop ! Ouais… pour l’instant les bombes qu’elle a planquées au fond d’la musette militaire Marion c’est seulement du rouge du noir et du blanc…

        - Tu commences avec ça et t’apprends à faire les formes d’abord… et quand tu sauras corretc j’tâcherai de t’en avoir d’autres des couleurs…

           Ça c’est Banou un jeune black qui lui avait parlé vite fait une nuit où ça commençait à geler l’bout des doigts… Elle l’avait pas entendu v’nir sautant bondissant volant sur ses baskets diaboliques pendant qu’elle dessinait son nom à la craie par-dessus l’tag d’un autre qu’avait fait là l’outremer et l’émeraude d’Océan profond profond avec tout au bout l’troupeau d’éléphants blancs qu’attendaient l’aube…

         Elle l’avait pas entendu Marion parc’qu’elle avait pas l’habitude des oreilles toujours ouvertes coquillages pour s’prévenir de l’arrivée des trains de nuit bien avant et Sentinelle non plus qui vagabondait farouche à l’aventure…

        Non… elle l’avait pas entendu Marion… Hop ! Hop !

        - Eh ! fais attention cousine… si t’entends pas un mec qui t’approche derrière m’étonne que tu r’pères l’Amsterdam avant qui t’ait raplatie…

        Ça l’avait fait sursauter Marion c’te voix presque dans son cou et en s’retournant elle a vu qu’du noir c’qui était encore plus incroyable… Banou c’était une grande silhouette black avec la cagoule du sweet et l’foulard on aurait dit qu’c’était aussi sa peau…

        - Pas d’risque qu’y m’voient dans la nuit les vigiles si jamais y z’avaient l’courage… il a dit à Marion quand il lui a passé les bombes… j’suis plus noir qu’leur âme de cirage…

          Et en reluquant la signature que Marion elle avait tracée par-dessus l’outremer océan il a écarquillé le blanc d’ses yeux qui pétillaient allumaient toutes les allumettes brûlées d’l’obscurité… Il a fouillé à l’intérieur d’son sac à dos et il lui a donné juste de quoi mettre la main au monde étrange des taggeurs… Alors  il a ajouté en sifflant un p’tit coup joyeux :

        - Eh la cousine !… c’est trop l’pseudo qu’t’as là… neij carbonik… j’vais t’le piquer moi ça m’ira terrible !…

         Et son rire c’était un rire d’enfance et de joie claire…

        D’abord il lui a refilé rien qu’les deux bombes… une de black et une de blanc à Marion qui savait pas comment faire avec ça dans les mains… Et puis il a sorti une bombe de rouge aérosol d’la couleur d’la savane écarlate autour des éléphants blancs dans la nuit d’la banlieue…

        - Tiens cousine !… le rouge c’est l’sang des taggeurs ! Et fais gaffe à l’Amsterdam hein ! Y va pas tarder…

        Et comme le chien Sentinelle était v’nu voir si y’avait pas un croûton d’sandwich jambon beurre dans l’sac à dos il a ajouté en riant avant d’filer sans bruit sur ses baskets pas croyables :

        - Eh ! l’chien toi t’es un super bon gardien alors !  

         Hop ! Hop ! Neij carbonik !… Neij carbonic !… ”  

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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