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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Contes et récits de l'arbre aux histoires

Mardi 14 décembre 2010 2 14 /12 /Déc /2010 23:30

Le testament de Yurugu suite... Alice

 

Hop ! ça y’est… l’anorak rouge par‑dessus le pull réglisse reste qu’à se jeter dans les escaliers avant que les vieux se ramènent avec la bande des deux cochonnets les frangins Richard et Louis... Riri et Loulou et tout le fourbi des commissions qui déborde explose le coffre de la R8 et qu’ils lui tombent sur le râble… Ça va pour le portage des paquets de bouteilles de flotte plus le coca des cochonnets et le cabas qui crève ses conserves par quatre ou six elle a plus l’intention… ah non alors qu’ils se débrouillent ! C’est leur tour à eux les p’tits… sont assez costauds les lardons avec leurs vingt piges additionnées pour charrier la tortore vu qu’ils engloutissent comme dix‑huit porcelets à l’engrais !

La galette sous le bras faut qu’elle se dépêche qu’elle les croise pas… boum et reboum ! deux marches à la fois… la galette c’est Blue Train un titre comac en plus comment ça te cause quand tu es en rade dans une banlieue à bouseux tous Gaulois tous chez soi  c’est le big West à la portée pas même en rêve ils iront c’est sûr… 

Et les collines de terre rouge que les pelleteuses ont montées de l’autre côté des plâtrières ils y caltent des fois à deux sur la mob que Markou il emprunte à son daron garée au fond du jardin à caillasses ripous sous le p’tit appentis avec la tondeuse et l’tuyau d’arrosage et les jouets d’leur enfance entassés moisis sales surtout une ferme aux bestioles en bois peint qu’il avait eue au Noël des Krémas quand il se tire il l’emporte… Et vas‑y que le Zouave l’allumé il aboie pas hein…

Blue Train c’est leur Collorado à eux au P’tit Noir mais la pochette elle est du bleu foncé des cloppes au‑dessus de la cité avant c’est leur ciel pas celui d’l’été du bleu indigo lazuli trop class !… Ce bleu du Trane avec son sax l’image elle est gris d’anthracite poussière pas black grise pareille que leur life… ce bleu c’est le blues d’ici leur rengaine à eux qui sont arrivés là au bout de l’histoire minable que leurs vieux ont laissé faire tu penses s’ils s’occupent… leur monde c’est à l’intérieur des boîtes de conserve du supermarché qu’il tient le reste c’est rien ça existe pas néant néant !…

Markou il a le temps de bourrer son keus un de l’armée qu’il a eu pour trois tunes aux puces d’la banlieue il les a tirées dans la boîte de pastilles pour la toux la jaune et blanche où sa daronne elle range la monnaie des commissions l’argent de poche c’est ça y’en a jamais eu d’autre alors… 

‑ Et quoi qu’tu vas faire avec de l’argent d’poche ? il a bramé son daron un jour qu’il posait une réclame… Manquerait plus qu’ça qu’vous ayez des ronds tiens !

Les puces il y va en loucedé avec Fil qui crèche pas loin son vieux aussi il est esclave à Kréma c’est un du genre du sien pareil taillé qu’il est à la haine et aux coups de tatanes on dirait qu’ils sont jalminces que les jeunes en bavent pas autant qu’eux encore avec ça qu’ils ont fait la guerre et que c’est pas pour se faire enquiquiner par des chienlits comme eux ça non !… 

Leur guerre et les détails de l’imposture que ça a été ils en ont bichonné un feuilleton couleur qu’ils resservent  pendant que la famille se tortore les haricots bouillis avec de la sauce tomate saignante et la barbaque qu’est plus dure aux chicots que la pelure d’un éléphant d’Afrique… chaque repas faut s’le farcir quand c’est pas le silence de l’étrangleur de rats qu’est imposé et si tu l’ouvres Zouh ! Flaouch ! ils te virent ton assiette dans les cabingouinces !

‑ T’as pas entendu que j’ai dit d’la fermer hein ?… Tu l’ouvriras quand tu trimeras et que tu s’ras chez toi espèce de voyou !… Et vlan ! l’assiette de choucroute conserve dans les gogues ! Et flouf ! le verre de flotte sur la touffe ! C’te tirade‑là aussi elle lui a farci les esgourdes et son pote Fil c’est la même… des vieux comme les leurs y’en a à la pelle d’l’époque et du milieu pareils comme s’ils avaient été Rêverie fabriqués moulés jumeaux des séries des mauvaises quoi… Sa vieille elle en pipe pas une sauf pour gémir en roulant ses calots effarés de l’un à l’autre :

‑ Papa ! j’ai ciré l’carrelage c’matin… Oh la la ! Oh la la ! 

‑ C’est comme ça ils nous piffrent pas on les gêne probable… qu’il raisonne Fil que ça impressionne pas et il a mis au point un tas d’moyens pour se tirer d’la baraque dès que le vieux prolo radine déjà mûr complet et qu’il va chercher rapide quelque chose ou quelqu’un à tortionner… Fil qu’est b ien vu par sa daronne qui marne au repassage des nippes de la bourgeoisie du coin en profite que son dab attaque la pauvre aux insultes sitôt qu’il la matte radiner avec ses ballots de linge sur la hanche qu’elle rapporte pour en faire encore le soir après l’dîner… Il lui taxe un ou deux biftons qu’elle pose toujours ric‑rac dessus le buffet sinon le vieux l’accuse de le voler en mettant son flous à gauche…

‑ Ah ! c’est à c’t’heure que t’arrives toi… Chez qui qu’t’as encore été écarter les cuisses hein ?… Tu crois que j’le sais pas par quel mariole qui t’fais sauter pendant que j’vais trimer ?… C’était parti il s’échauffait à donf et Fil sait qu’il démarre comme ça et ensuite s’il reste sur le secteur le vieux le rate pas alors il calte discret rejoindre les autres loustics du quartier au P’tit Noir avec la patronne une grosse femme aux cheveux décolorés qu’était venue des pays de l’Est on n’sait pas comment et qui sert les épaves du coin sans toujours demander l’artiche… 

Les gars qu’avaient tous des darons à misère que le turbin aux 3/8 a fait péter un câble depuis des piges qu’ils duraient au‑dessus des cuves de parfums chimiques pour blondir les tiffes ou à talquer les milliers de caoutchoucs des vitres de bagnoles et à trimballer les caisses de Ricard dessus les palettes géantes à l’intérieur des remorques au volant des fenwicks qui manquaient de les écrabouiller si y’en avait un qui sommeillait un peu ils traînent là à partir d’leurs 14 piges à sucer d’la bière avec le pognon des p’tits trafics de mômes ils se débrouillent d’toute façon y’a pas le choix… C’est pas méchant et ça les sort de la crasse qui colle aux godasses des familles durant des générations et que pour finir elles l’ont passé dessus leur peau comme un bleu de chauffe on n’pouvait pas lutter contre…

Ah ça y est ! Markou il l’a retrouvé le sac militaire enfoui entre les tas de fringues sales qui s’entassent dedans sa piaule vu que sa mère elle a laissé tomber et que son vieux il assure pas quand il marne à l’équipe de l’après‑midi alors ça lui donne une trêve jusqu’à c’qu’il reprenne son délire le dimanche s’il a roupillé et qu’il va pas avec Zouave du côté des bois où y reste encore un lot de lapins à traumatiser et que le gros clebs il les course devant ses yeux fascinés de tueur… Des musettes comac touLIBERTE-PRISE-AU-PIEGE.jpgs les frangins d’la banlieue ils en ont ils les taggent de citations anars avec les gros feutres blacks qu’ils fauchent facile au super marché en allant acheter les kils de jaja pour le daron et des mots d’ordre des guérilléros cubains et des Chiliens qui investissent la rue pour soutenir Allende… “ Hasta la victoria sempre ! ” “ Cuba libre ! ” “ El pueblo unido jama sera vincido ! ”

Ouais tu parles… jamais vaincu… Markou le peuple il y croit moyen quand il reluque son daron… mais sûr qu’ailleurs y’en a un de peuple un comme les gaziers du Potemkine et les chevaucheurs de la Maknovchkina d’Ukraine… faut calter c’est tout !…

A suivre...

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Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 23:36

      Comme chez vous... 

    

Il n'yDepart.jpg a pas longtemps que je vous ai raconté mes déboires avec les petits chemins glissants de Saint Malo du côté de l'écluse où on prend un plaisir fou l'ami Louis et mézigue à regarder les bateaux quitter le port et à se les peler l'hiver à la night quand ça dure et qu'y a un gros chalut qui arrive pas à entrer son ventre de Gargantua dans la rade... Ce jour-là c'était pas l'hiver et pourtant je me suis éclaté l'aile droite celle qui me sert à voler et depuis j'ai pas repris le large c'était risqué et pour la première fois de ma life d'oiseau sauvage j'ai eu peur...

      Mais avant notre départ de l'été au bord de cet océan toujours vert jade et onyx aussi qui nous riboule sur les arpions comme un poteau aux petits coups de langue familiers j'avais bien trimé sur un gros manus un que je trimballe depuis que j'ai commencé à me mouiller lCombat-des-rues.jpges paluches à l'encre indélébile des farfouilleurs d'histoires un ours énorme et aussi léger qu'une bordée de pétales de lune et qui me tenait drôlement au coeur vu que c'est le récit de la croisée des chemins où les zimmigris du Nord et de l'Ouest de notre territoire se sont percutés à ceux qui venaient de bien loin de l'Afrique pour tout vous dire...

      Bon cette affaire-là vous êtes au parfum vu que je vous en ai fait profiter souvent par petits bouts et j'en ai mis un coup au printemps de la correction et de la relecture au long cours que presque j'en mangeais pas moi qui suis un rien portée sur la gourmandise et que j'en dormais pas plus le tarbouif sur le paplar et sur l'écran des heures que ça durait avec le camarade soleil qui me faisait de l'oeil pas de question !   C'est que je m'étais encore fourré dans la touffe après tant de déconvenues que cet ours il pouvait pas rester là planté tel qu'un mat dans son port à ne pas naviguer et vu qu'un de ces maudits qui font tout pour que les gens comme vous autres ne puissent jamais venir à la rencontre des histoires dans des  

 

Combat de rue    Louis Fleury    Octobre 2010 

 

bouquins des vrais des avec du papier épais rugueux qui a l'odeur de l'encre fraîche m'avait demandé de lui prêter un peu l'animal j'ai foncé comme on fait quand on est encore un innocent rêveur...

      Après il y a eu la gamelle la patte éclatée et ce que vous savez et cet ours je n'en avais pas de nouvelles ça fait bien six mois et puis samedi en ouvrant le courrier j'ai trouvé une photo de ma bestiole avec dessus le tampon qu'on met vous savez celui que tous les écrivains connaissent enfin les écrivains comme mézigue qui ont pas de pignon et rien que des rues hein ? Voilà mon ours il était tamponné " refusé " et ça m'a bien embêtée pour lui parc'que des ours comme lui y en a pas beaucoup et il était tellement ravi de se lancer du côté où on aime écouter les histoires...

      Bon que je lui ai dit faut pas t'en faire on va bien le trouver le moyen que t'ailles faire ton numéro sur les places dans les rues dans les cours et d'abord sur le blog de nos Cahiers c'est clair qu'ils vont pas demander mieux de la zyeuter d'un bout à l'autre l'aventure ! Je n'sais pas si jLapin-a-la-casserole.jpge l'ai persuadé... il avait l'air triste et grognon pas dans son assiette quoi ! De mon côté je vais un peu voir comment je peux vous le refiler le gros bouquin sous quelle forme que je vous estourbisse pas au départ he in ? Un feuilleton... quelques pages par ci par là... Je me tâte si vous avez des idées des fois...

      Et puis comme l'ami Louis ne tiendra plus son blog des images trop belles qu'il continue à mitonner dans son coin alors vous en aurez aussi de ce côté et tout ça mélangé on espère que ça sera une cuisine diabolique d'enfer et plus bleue que jamais pour qu'on se retrouve tous autour du gros chaudron où mijotent les confitures délicieuses des histoires et les portraits joliment barbouillés des créatures magiques de notre périféerie...

      Alors si ça vous dit hein ? Surtout vous gênez pas poussez la porte par ces temps de froidure il y aura toujours une petite lampe allumée pour vous chauffer les mains le coeur les ailes et les rêves !


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Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 18:46

Le Testament de Yurugu récit-conte suite...

CLAIRDELUNE.jpg

 

Le pull avec les manches qui font mitaines ça ira parfait pour pas se geler trop et garder la classe et au portemanteaux de l’armoire collective de l’entrée y a le bonnet tibétain aux dix pompons tricoté pareil dessous l’écharpe point mousse intégral le serpent mou et large comme on veut étirable à donf celle‑là c’est cézigue qui l’a bricolée en fauchant les tas des restes de pelotes et les aiguilles les grosses elle a assez regardé sa daronne… Le résultat il est ce qu’elle a voulu un truc qui n’ressemble à rien sauf que les autres ses poteaux qu’elle retrouve au bistrot du plateau du côté des pavs de riches ou chez les glaiseux de l’atelier à céramique y a pas longtemps ils se filent rancard toute la bande des anciens d’la cité et ceux des p’tites maisons des préfas placo intégral leurs vieux des prolos ils ont pu faire construire… les autres ils voudraient lui chouraver à l’occasion d’ailleurs le tricot à c’t’époque quand t’es une gauloise de la banlieue c’est la honte !…

Elle ne sait pas pourquoi Margot ce soir à cause des flocons qui cotonnent sérieux elle serait restée à l’aise au gourbi d’la famille qui est partie les quatre en mission sacrée celle du vendredi le rituel après l’turbin remplis la R8 au hangar supermarché ils l’ont monté tout en poutrelles d’acier et en tôles métal en même temps que la cité gribouiller le projet qu’elle a d’une mosaïque énorme un puzzle de morceaux qui s’détortillent des couleurs et des allures en délire total avec des motifs géométriques comme on en voit sur les images de Florence de l’Andalousie ou des pays arabes d’autant que le téléphone il a pas donné l’alerte pour la raison que chez ses vieux y en a pas… C’est subit que ça lui a pris l’idée que Markou un gars des préfas qui crèche pas loin de sa pote Maricha il devait l’attendre probable si y’avait encore du grabuge chez lui fallait qu’elle se bouge Hop !… 

Maricha elle aussi elle fait partie de la bande des anciens d’la cité ses parents ils ont viré petits bourges et Markou il se farcit une galère lourde avec son daron souvent il lui en cause quand ils passent la soirée à regarder enfourner les palettes monstres de carreaux chez les potiers y a pas d’autre endroit dans le ghetto d’la zone de c’côté‑ci pour ne pas fouiner dehors en bordure des espaces pas encore construits qui s’étirent se débinent s’écartèlent au‑delà des usines à placoplâtre… Ça jaillit en taupinières fabuleuses montagnes terrils orange et ocre rouge traversés de chemins taillés aux troupeaux de bulldozers conduits la semaine par des ouvriers blacks les intérimaires des chantiers les bois d’ébène recyclés banlieues des Babels années 70 c’est là que la came elle circule au creux des paumes nues des gamins abandonnés par un peuple d’ouvriers qui a largué le fil de son histoire et Hop !…

Après Nina Simone qu’il faut retourner planquer dans l’armoire milieu des tee-shirts qu’elle a réussi à extorquer à sa daronne c’est le bonhomme du marché qui lui vend ses jupes dessous du genou en tergal de la qualité et jamais des couleurs vives… oh ! pas des mauves rose fuchsia turquoise à paillettes et à gros motifs de fleurs imprimées les tee-shirts des trop longs qui t’arrivent aux genoux avec le décolleté et les épaules on les voit mais y a aussi les foulards indiens qu’on mélange avec les colliers de petites perles de verre multicolores et les bouts de laine non rien de tout ça pour cézigue et le pantalon pattes d’ef l’a fallu négocier dix plombes pour l’obtenir alors… derrière la pile des tee‑shirts elle a entassé le plus loin les jupes plissées de la primaire des écossaises et des bleu marine la honte ! elle arrive juste à choper la galette de John Coltrane qu’elle a taxée à Markou son poteau y a pas une semaine… John-Coltrane.jpg

 

Photo de Francis Wolff sur le site Rock'n Livres 1957

 

Celle‑là fallait qu’elle l’aie obligé vu que c’est à cause de Trane ce blaze on lui a refilé dans les bars et les clubs de Manhattan où il balance son sax ténor c’était les années 50 à l’Aubudon Ballroom là qu’il va rencontrer Miles Davis et sa trompette qui comburait des brasiers d’or les deux ils avaient la peau black plaquée soleil… c’t’à cause de Trane qu’ils sont sortis ensemble au début et y avait pas de chance que ça se fasse parc’que Margot elle a jamais eu envie d’un mec jusqu’ici c’est bien assez compliqué la famille hein ? Markou c’est un fasciné du Jazz hard bop et comme à l’atelier il se pointe juste assez que les profs le lâchent il zone entre les deux trois librairies des quartiers qu’ont un coin avec des bouquins de musique soul depuis que la fête de l’an 01 est passée par ici les gaziers ont l’habitude de le voir débarquer en trombe sur la mob orange qui pétarade son pot d’échapement scié ras il la pousse contre la vitrine elle reste des heures si y a un junkie qui se radine des fois il se trouve bien quelqu’un pour prévenir :

‑ Eh ! la mob orange là attention ! y’a du monde qui s’intéresse…

Markou toujours il est accroupi au pied du même rayon ou assis en tailleurs un tas de bouquins écroulé qui recouvre sa parka kaki ses cheveux longs à reflets rouquins pour se marrer ses poteaux l’appellent l’écureuil aussi à cause de sa démarche sautillante comme un qu’est bourré lui cachent à moitié les paluches vernies au cambouis des pièces qu’il ne lave pas envoie un coup d’œil dans le vague direction de la porte pour repérer le type qui a causé le geste qu’il fait en remettant les bouquins en vrac lui file l’allure d’un greffier qu’on a dérangé de sa digestion… Avant de récupérer la mob qu’il démarre en courant et il saute en marche dès que ça pétarade crachouille la bougie elle a pas d’âge il jette un salut en se cognant dans la pile de revues magazines qui bouche le passage vers la caisse un coup coltrane-blue-train-cover.jpg sur deux y’a la colline de paplars qui s’effondre et les gus autour le traitent s’il le fait pas exprès ou quoi !

‑ Oh Markou ! c’est pas possible dégage de là t’es trop relou ! Eh vas‑y bouge mon gars bouge quoi !

Une fois dehors du bazar en titubant la parka ouverte malgré le froid qui dévore sur son pull bleu marine usé il attrape la mob et Zouh ! la griffe moite du brouillard lui creuse jusqu’a u ventre et Markou miaule en lâchant une main pour la chauffer sous le pull :

‑ Zut la night elle s’ramène tôt maint’nant et pas d’lumière sur l’engin faut se grouiller de la caser dans l’appentis pas qu’le vieux s’aperçoive !

L’essence il la siphonne dans la tire de son daron et avec l’huile de  la tondeuse à gazon ça fonctionne nickel tant que le paternel rapplique pas avant l’horaire qu’il envoie chaque soir au dîner à sa mère qui demande redemande et re redemande c’est l’automate perroquet de la m aison :

‑ A quelle heure qu’tu rentres demain Papa ? T’es du matin hein c’est ça hein Papa ?…

‑ Tu m’saoules mais tu m’saoules alors ! Si tu l’sais pourquoi qu’tu l’demandes !… 

Ouh la la ! elle se répète tout haut Malène en tirant du portemanteaux de l’entrée l’anorak rouge qu’elle quitte pas c’est sa daronne qui lui pique pour le nettoyage souvent elle pionce avec habillée comme ça le matin ça va plus vite… Sûr que des vieux pareils t’as qu’une envie c’est d’les dessouder… heureusement les siens ils sont plutôt à la ramasse zombifiés complet mais pas méchants !… Chez ses poteaux les lardons d’ouvriers y’a qu’l’embarras des brutasses et même elle connaît une fille Martine mais son p’tit nom c’est Titine qui taxe des amphétamines dans la pharmacie de sa vieille avec la bière c’est du volcan comme mélange paraît elle est gouine elle vient au P’tit Noir et elle ramène sa copine Sonia une jeune de la cité ses parents sont des Polaks et sa p’tite sœur Zaza les soirs où leur paternel rentre barrique il leur envoie des coquards en visant les mirettes et le tarbouif avec c’qui lui tombe sous la paluche… Après elles peuvent plus sortir deux trois jours elles sont tatouées et au collège les profs posent des questions alors elles traînent en bas des blocks en attendant l’retour du daron qui n’passe les clefs à personne ça craint !

Quand c’est trop chaud chez elles et que le vieux commence à tabasser la mère et à vouloir l’estropier avec un tesson de jajSoyons-solidaires-petit.jpga les voisins qui sont au parfum c’est la bringue régulier ils appellent les poulagas qui maîtrisent le lascar et l’emmènent dessaouler dans la basse‑cour par chez eux pendant que la daronne pousse des hurlements crise de nerfs et la cuisine qui va avec alors Titine et Zaza se pointent chez les potiers c’est toujours ouvert et vu qu’ils enfournent toute la nuit leurs kilomètres de carrelage artisanal pour une grosse boîte qui leur com mande des couleurs pas trouvables des bleus d’Afghanistan des rouges de Perse et du Sahara des ors de Damas et de Birmanie enfin c’est les blazes qu’on leur file ils laissent rentrer les mômes des quartiers et ceux qui rappliquent du côté bourge de la ville pareil… chez eux c’est la zone différente mais si on regarde c’est pas mieux…

 

 

A  suivre...

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Mardi 2 novembre 2010 2 02 /11 /Nov /2010 20:44

Le testament de Yurugu suite... Nina-Simone.jpg

 

La voix qui crame tout sur son passage de Nina Simone la grande prêtresse black de la Soul est en train de chanter Backlash Blues c’était son show live in Paris en 68 à fond sur le tourne‑disque Teppaz quand ses parents sont de sortie faire leur virée aux commissions elle passe en boucle les deux trois disques de Jazz qu’elle a pu récupérer d’occase au disquaire qui s’est installé dans la partie friquée de la ville avec les pièces qu’elle a taxées au porte‑monnaie de la cuisine Hop là !… Ce Teppaz c’est un coucou antique à lampe une sorte de miracle chez des blaireaux comme ses vieux qui supportent que Tino Rossi et Sœur Sourire que son paternel a acheté à un vieux bonhomme qui retape ces électrophones et les vend pas cher sur la brocante toujours du côté des bourges où ils sont allé se balader tous ensemble la famille un été sans vacances y en a eu plein… 

Margot rigole en se rappelant le vieux qui avait passé une plombe à décrire à son daron le son extraordinaire que ça donnait pour les galettes de Jazz pendant que le paternel mesurait combien il allait pouvoir rabioter sur le prix que le bonhomme avait annoncé et que sa mère calculait que c’était bien pratique la petite valise pour ranger le bazar dans le placard de l’entrée quand on en aura assez… S’il s’en tape alors son paternel de la zicmu et des Negros qui lui blues à mort les esgourdes de leur râpeuse frénétique la bouche scotchée sur leur soleil saxo comme Sidney ou des Charlie Mc Coy et Brownie Mc Gee fonçant à toute la vitesse des boggies de l’Ouest américain sur leurs harmonicas qui lui filent l’envie l’irrésistible de se casser là‑bas loin encore plus loin !…

De tout l’héritage de cette année 68 où elle avait juste 12 piges qu’avait été un grand renversement magnifique du monde troupeau où ils s’étaient tous trouvés à cavaler en rangs sans rien comprendre ce qu’elle a gardé qu’est un bonheur total c’est la découverte de cette musique démente à gogo cette folie qui leur est arrivée dessus depuis la New Orléans à eux les mômes paumés des banlieues crades… Et dire que j’aurais dû passer à côté complet c’était programmé régulier avec mes vieux elle se répète Malrgot à chaque fois que la voix de Nina Simone sa déesse son totem pour toute sa vie lui fait remonter le long de la colonne jusqu’aux endosses des frissons comme si elle léchait un bout de banquise au citron du créponné elle lui souffle en s’étouffant de rire sa copine Zoulikha ! Si y’avait pas eu cette révolution qui a d’un coup fourré d’images de mots sens dessus dessous et de rythmes neufs leur quotidien aussi sinistre que le pain noir des mineurs à l’époque ils avaient que ça à se mettre dans le caisson et les profs qui ont arrêté d’être juste des éleveurs de bétail pour leur envoyer des tuyaux extras ils auraient continué comme leurs vieux à tirer la même charrue avec les mêmes œillères sur un p’tit bout de terre étroit jusqu’à l’extinction du soleil et voilà !

La prof qui leur a apporté ric‑rac et jeté au milieu au lieu des fiches de cours avec les trombines de Clemenceau ou de Thiers et Nicolas II un Teppaz comme le sien et une pile de 33 tours de Jazz et de Blues qui les a tous laissés muets ahuris bêtes pour une fois qu’on leur filait autre chose à eux les momignards tout vaseux que des valoches pleines de connaissances absolues à se caser au‑dedans d’la touffe et pas question de se rebiffer hein ? que ça leur survenait pas à l’idée dans leur situation de gamins élevés à la tristesse gris gouttière des blocks à la peine du peuple d’ouvriers qui a planqué son foulard rouge pour le siècle… c’est la prof d’histoire géo d’ordinaire une petite femme pas remarquable ni rien qui faisait son jo louise Michel b normal dans le bahut avant personne se causait c’était bien cloisonné les profs leur savoir leur autorité d’ce côté‑ci et les moutards leur ignorance leur soumission et leur ennui d’ce côté‑là… La prof d’histoire alors elle s’appelle plus M’dame son prénom c’est Françoise elle est maoïste elle propose qu’on mette les tables en rond et qu’on vire l’estrade le tableau la hiérarchie les leçons qui font roupiller et qu’on écoute pour commencer Nina Simone et Ray Charles c’qui empêche pas de causer de la Révolution Russe et de la Commune au contraire !

 

Malgré qu’il soit cinq heures du soir d’hiver et que dehors la night envoie son boubou black elle s’est décidée d’un coup comme ça et voilà c’est bon… Hop !… Les flocons qui s’alignent serrés gros crèmes des touffes de coton arrachées et balancées à la tronche des poussahs blafards des plantations par les esclaves noirs et leurs poignets de bois d’ébène et le zeph qui promet qu’on va pâtir grave de la froidure dans le cou ça lui fait chaque fois un corridor de glaçons menthe alors elle passe un des pulls de son vieux celui qu’est vraiment trop grand le réglisse il le cherchera pas il le met plus sa daronne a réparé les poignets et le col avec de la laine rouge de la récup épaisse moelleuse c’est trop la classe ! C’est toujours elle qui les tricote avec de la vraie laine qu’elle va choisir longtemps dans une boutique de mercerie tenue d’l’époque des dinosaures déjà par une mémé à la perruque filasse qu’attirerait les piafs et aux bas à varices marron chocolat l’horreur jusqu’à ses genoux une réelle une antique à mourir que son paternel il démarche régulier avec son bazar de représentant des fermetures éclair des cotons à broder à tapisser des fils à coudre des pelotes de laine et du perlé à canevas et vu qu’ils sont aussi causants l’un que l’autre ils s’entendent bien…

Sa daronne elle a du goût pour les couleurs des laines à tricot faut reconnaître là qu’elle loge tout le créatif qu’elle peut… elle a récupéré les magazines ringards des chaumières aux pages jaunes moisies de la grand‑­mère qu’était une tricoteuse piqueuse de son métier et elle a bricolé les modèles moches à sa sauce perso avant qu’les jeunes comme Margot ils craquent pour les bonnets et les vestes des Indiens du Pérou de la Cordillère par là ils s’en barbouillent des rouges et des orangés entre les jaunes des citronniers et les vert turquoise avec le point mousse qui fait les manches longues au bout pareil que les pattes d’ef des pantalons et trop longues elles arrivent dessus les paluches faut voir… Margot elle a été la première à avoir des pulls comac la frime !

Dehors en bas des immeubles trois ou quatre pas plus et pas très hauts c’est d’la résidence y paraît où ils ont décidé de les bahuter ses vieux Margot qu’est l’aînée et ses 16 piges mais son corps il refuse il a pas bougé de l’enfance pas grandi aux entournures les hanches les nibards tout c’qui refile l’allure et la frime d’une minette des quartiers et les blèmes aussi elle est tranquille elle peut continuer à mettre les tee‑shirts avec les décolletés qui descendent au bidon pas d’lézard et les deux p’tits les jumeaux avec 10 piges si on additionne ça fait 20 des tortionnaires des p’tits mâles ils rivalisent dans la baston et les mauvais coups de l’espionnage et de la balance à la daronne qui les favorise forcé… dehors ça sue mouillé sur le bitume aussi gras vernis de l’huile d’arc‑en‑ciel tombé crasse au fond des flaques et des liquides louches renversés ruisseaux poisseux les mêmes qu’à la cité d’où ils ont calté quand le paternel a pondu qu’ils étaient passés du côté des bourges…

Des bourges de la zone elle se répète Margot avec le rire qui lui monte quand elle visionne que son vieux il a plus voulu des pulls tricotés par sa daronne toute une collec qu’il a des pièces uniques avec des fermetures éclair aux manches qu’il a choisies lui‑même de son stock la meilleure qualité qu’on matte les poignets de la chemise dessous blancs impeccables pas un des richards des pavillons aux alentours qui peut en exhiber des aussi class au moment de leur départ de la cité… La cité c’est là où Malène elle a ses frangines des filles de la deuxième génération des Africaines et des Algériennes et d’abord sa copine Zoulikha avec sa mère qui trime comme sa daronne à torcher les p’tits moutards des bacs à sable et où les deux garçons ont commencé à fréquenter des lascars dans leur genre sur les parkings après l’école…

foules-qui-manquent-petit.jpgToute une famille arrivée du Mali de la ville de Mopti au bord du fleuve Niger ils sont sept garçons et le père en plus de la pêche avec les filets géants plein vol qui ressemblent à des essaims de papillons blancs ivoire et crèmes comme il raconte Oussa le plus grand et de tailler des pinasses aux deux cornes pareilles que celles des buffles à l’intérieur des troncs des fromagers il pratique cent métiers et s’il est venu ici c’est à cause d’un cousin qui a un garage où les carcasses d’autos elles s’entassent depuis que chaque famille de la cité a décidé d’avoir son cageot pour les balades du dimanche alors il lui a proposé de faire le mécanicien… Ça paie bien et les gamins ils vont à l’école apprendre à lire et à écrire ils seront pas analphabètes comme leurs vieux qui ont du mal avec les paplars de l’administration mais Malène elle se dit qi’ils n’sauront pas réparer les mailles des filets déchirés avec les nœuds exprès dans la ficelle rugueuse des kilomètres le long des berges du fleuve souvent quand elle écoute Oussa raconter sur les marches des escaliers du block béton pendant que les autres shootent les canettes vides et se traitent il a la nostalgie il attend l’été pour retourner dans la paillote du grand‑père un vieux pêcheur du peuple Bozo sur l’île du lac Debo…             

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Jeudi 14 octobre 2010 4 14 /10 /Oct /2010 19:09

Le testament de Yurugu récit-contefennec-petit.jpg

Paris, jeudi, 14 octobre 2010

 

Il y a longtemps que j’ai rencontré Yurugu pour la première fois mais je ne le savais pas… C’était à l’époque où on créchait juste à côté du bois de Montfermeil enfin celui que les gens appelle la forêt de Clichy vu que ces deux villes elles sont comme imbriquées l’une dans l’autre et qu’elles ont toutes les deux leurs quartiers riches qui n’fréquentent pas la zone où habitent les gus comme nous autres…

Maintenant autour des grands arbres que les cités elles se frottaient tout contre ils ont mis des grilles comme partout mais quand on était des loustics hauts comme trois pommes y avait bien de la liberté par ces recoins‑là… On y a tous été traîner nos godasses nous autres les moutards dedans cette verdure où nos vieux nous embarquaient pour prendre l’air vu qu’on était tout à fait tirebouchonnés de fumées poisseuses et de poussiers gras qui s’embusquaient au fond de nos tuyaux les dimanches à ennui et d’autres fois des tas Ah ouiche ! Et pis après on en a fait  nos terrains de combats et d’impostures mais c’était parce qu’on avait grandi…

A peine on tenait sur nos guiboles qu’on commençait à fourrer notre tarbouif entre les troncs des vieux chênes et des sapins pour renifler les bonnes odeurs de la cambrousse qu’on n’connaîtrait jamais et pour ramasser tout ce qu’y avait qui ressemblait vague à des champignons ou à des châtaignes et si on flairait la trace d’un hérisson ou d’un rouquin d’écureuil c’était la fête à mourir à qui le choperait le premier… Mais tout nous filait entre les pattes parce qu’on était rien que des mômes de la banlieue et qu’on n’se débrouillait que sur les trottoirs de black bitume et voilà !…

Le jour où c’est arrivé je devais avoir huit piges comac et vu qu’on n’se marrait pas dans les balades en famille mézigue je prenais la tangente sitôt que mon vieux il avait garé sa charrette milieu des autres sans attendre les consignes qui nous saoulaient de précautions…Et Zouh ! direction les géants que j’avais apprivoisés un ou deux des pas faciles avec leurs troncs pareils aux seigneurs baobabs d’Afrique et que j’escaladais comme une petite ouistiti… Les autres ils pouvaient toujours me traquer je rappliquais à l’occasion et Zouh ! ils me reperdaient de vue y’avait pas d’lézard…

Le jour où c’est arrivé c’était la période grave où la nuit elle se pointe de bonne heure et comme ça caillait déjà pépère les vieux avaient battu le rappel qu’on retourne au carrosse vite fait et mézigue je fermais la marche pour ce que ça m’enchantait de rentrer au gourbi alors !… D’un coup j’ai entendu dedans les fourrés qu’étaient déjà tout sombres pas loin du chemin des petits couinements et des grattement milieu des feuilles qu’on avait empilées là en un gros tas et ça m’a bien intéressée d’aller y voir… J’ai lâché la tribu et d’un bond je me suis enfoncée à l’intérieur de la cabane vivante qui gigotait comme si quelqu’un y avait creusé son gourbi c’était chaud moelleux et parfumé on aurait dit qu’on avait changé de décor et que l’odeur de la pisse des clebs et des poubelles avaient tracé de l’autre côté direction des quartiers riches ! Le tas de feuilles craquantes il était si tellement énorme que j’ai eu un peu de mal à traverser et quand j’ai passé la touffe de l’autre côté je me suis trouvée pile devant l’entrée d’une sorte de terrier où y avait un p’tit animal qui me reluquait planté là et tout tendu vers sa fuite…

C’était pas difficile de le reconnaître c’était un renard du genre de ceux qu’on voit sur les images du désert d’Afrique mais sauf que son poil était blanc comme la lune qu’était en train de sortir des branches hautes des arbres et y avait juste le bout de son museau et ses quinquets qu’on aurait dit dessinés avec du charbon… C’était bien lui le renard pâle vous imaginez ma surprise qu’il soit là sur mon chemin comme s’il m’attendait c’était la chance enfin un compagnon à ma hauteur dans ce monde où on était traités aussi gentil que les rats des ordures… On s’est bien dévisagés comac pendant au moins une longue minute et c’est là que j’ai eu la certitude que je venais de dénicher au creux de cette forêt qui ne m’avait jamais paru aussi familière un double un jumeau un frère… zone-petit.jpg

Et c’est à cet endroit‑là que Markou dix piges plus tard pour échapper à l’atmosphère redoutable du préfa Phoenix où ses vieux deux prolos venus du Nord et marnant aux 3/8 avaient décidé de s’installer du côté des quartiers riches venait balader le gros Zouave un authentique chasseur de lapins qui terminait sa life Poussah repu et résigné à monter la garde sur une baraque qui n’avait plus rien d’ouvrière et c’est à cet endroit‑là qu’on s’est rencontrés et qu’on a fait le serment comme font les mômes de la banlieue d’être pour toujours des camarades…        

 

Epinay, jeudi, 24 décembre 2009

 

Il a maté encore un peu dehors Markou sa paluche droite sur la vitre… Il a senti le froid à travers le pansement s’il comburait dur le salaud ! 

Ça s’arrangeait pas là‑bas aux rebords de la crèche à Zouave elle volait blanc… Ça tombait dru et à deux plombes de là où il serait cézigue faut voir…

Rien à glander ! Il va pas mollir non ! S’il avait eu des tendances à faire le mariole à tenter de s’incruster dedans la cambuse son dab le soir il l’aurait rafraîchi mignon à coups de gentillesses et il l’aurait traité comme il fait depuis que Markou le fréquente le cafard jusqu’à c’qu’il ait décidé que ça va c’est bon d’accord ?… 

Cette semaine il est de l’équipe de l’après‑midi aux Kréma‑Hollywood l’usine des Yankee la ripou d’leur enfance 70 avec ses murailles gris béton style Les lumières de la ville à Charlot… Des acidulés mous aux fruits collants comac qui niquent les ratiches et des chewing-gums chlorophylle ou fraise tout chimique Miam !… s’ils en ont mastiqué alors ! Le vieux il en rapportait des paquets plein sa musette et ils se bourraient lui et Zouave le clébard roux‑blanc un authentique cavaleur à lapins recyclé clebs de garde du pav préfa planté ridicule au milieu des villas des rupins d’la banlieue dans sa partie chic qu’il s’en arrachait les crocs de plaisir et qu’il en collait partout de sa bave dessus les fauteuils scail marron l’horreur… Des bombecs fraise citron menthe chocolat le vieux les lui enfournait des poignées et à lui pareil Hop là ! C’était mieux que le casse dalle caoutchouc sauciflard beurre de la pause dehors appuyé contre le mur des chiottes il s’enfonçait du vide dedans la touffe et ça faisait trente piges alors Zouave et lui l’un contre l’autre vautrés sur le divan à reluquer la téloche mâchouillaient à mort et pas qu’on les dérange hein ?

Du Fort de Pré St Gervais où elle faisait comme un grand mécano dans les ronces pas loin qui avaient grimpé sur les restes des fortifs et les herbes moches mais pour cavaler quand t’es mioche c’est l’aubaine l’usine qui dégageait fort sa brume de sucre écoeurante les avait tatoués du numéro qu’on a tous dessous la peau les fils d’ouvriers… c’est là qu’ils avaient dû s’traîner prendre le bon air lui et sa frangine tous les dimanches recta obligé à croire qu’il pouvait pas se libérer de son esclavage le daron… ouais depuis le Fort jusqu’ici par le bus plus le changement y’en a pour pas loin d’une plombe…

Il sera pas à la turne avant onze heures et d’ici là Markou lui il aura calté… pourra appeler les keufs demain il sera loin… Et pis avec ce temps les keufs ils préfèrent les plumes d’leurs édredons ! Il a même bien profité que sa daronne pionçait elle était de l’équipe du matin et elle récupérait ses heures au page avant que l’autre fou il radine… Pour Markou c’est l’horaire le plus bat comme elle est désintégrée à donf au retour elle s’occupe pas qu’il devrait s’trouver au collège y’avait atelier mécanique et usinage les aprèms… Le collège c’est une autre sorte de préfa tout boulonné sur des tiges métal ils l’ont vu construire avec ses poteaux juste à côté du centre commercial contre le carrefour où la nationale elle déverse ses troupeaux de pots d’échappements qui les enfumracailleaquarelle-petit.jpgent gentil… Ce collège‑là c’est rien que pour eux les fils des manœuvres des OS des OP1 OP2 et tout l’reste de la banlieue qu’ils l’ont mis à portée qu’ils apprennent la chaudronnerie le fraisage le tournage et tout c’qui va faire d’eux les mêmes bourrins bourrés à longueur de saisons que leurs vieux c’est bon !

Son daron il l’a inscrit là tout de suite sitôt qu’il est sorti d’la primaire avec les commentaires des instits ça promettait qu’il était bon à rien sauf aux rêveries et y avait qu’en rédaction qu’il assurait grave et c’est pas ça qui va nous ramener des sous à la maison qu’il s’imagine pas qu’il va rester à se balader au soleil comme les mômes de rupins et qu’il compte  sur lui son vieux pour lui apprendre la réalité d’l’existence que c’est pas de la poésie hein !… Depuis qu’il est p’tit il est branché direct Markou su r les vibrations à l’électrique du paternel qui a deux façons de lui causer c’est soit les torgnoles et les crises de hurlements menaces que tu vas pas y couper cette fois à ta branlée quand sa daronne la frangine et cézigue ils le dérangent de sa digestion bombecs téloche soit les interdictions ric‑rac de c’qui le botte comac juste pour lui empoisonner sa life… 

Markou il a pigé qu’il fait comme la plupart d’ses poteaux les fils de prolos du secteur ceux qu’ont décidé d’arriver à bouffonner les richards du coin et surtout en se mêlant de rien aux comités de l’usine il sert de souffre‑douleur porc‑épic il moufte pas et les piquants il les a tous bien dressés il se défend et le vieux l’asticote pas trop malgré le rapport de force qu’est pas forcé en sa faveur… 

Deux mois qu’il y a pas mis les pieds au bahut des gueux depuis que le prof d’atelier la brutasse sac à vin rouge à picrate d'amer et Ricard touillés raides qui lui remontent les neurones de lézard mongol qu’il a les p’tits ils l’ont surnommé Rockett son vrai blaze c’est Monsieur Lartiffe… depuis que Rockett a maté les doigts écrabouillés d’un môme de 12 piges la première année d’at rat-et-soleil-petits-cahiers.jpg elier qui s’était fait choper la manche par le tour avec ses chasses de militaire à la retraite méchants en haussant les épaules… Y en a même parmi les plus grands ceux qu’ont juré qu’ils allaient lui faire chialer sa mère qui disent qu’il avait rigolé…

‑ Devait arriver… tous des bons à rien… il a grogné devant le p’tit qui pleurait la mort son sang de moutard lui faisait dessus sa blouse des signes d’une langue de la zermi inconnue pour lui terminé l’atelier et l’avenir du meilleur ouvrier fraiseur il allait direct à la casse… et les plus vieux ceux d’la classe à Markou ont juré au troquet à côté Le p’tit noir qu’ils lui feraient la peau à cette ordure ça allait pas traîner !

 

A suivre...

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