Le testament de Yurugu suite...
Hop ! ça y’est… l’anorak rouge par‑dessus le pull réglisse reste qu’à se jeter dans les escaliers avant que les vieux se ramènent avec la bande des deux cochonnets les frangins Richard et Louis... Riri et Loulou et tout le fourbi des commissions qui déborde explose le coffre de la R8 et qu’ils lui tombent sur le râble… Ça va pour le portage des paquets de bouteilles de flotte plus le coca des cochonnets et le cabas qui crève ses conserves par quatre ou six elle a plus l’intention… ah non alors qu’ils se débrouillent ! C’est leur tour à eux les p’tits… sont assez costauds les lardons avec leurs vingt piges additionnées pour charrier la tortore vu qu’ils engloutissent comme dix‑huit porcelets à l’engrais !
La galette sous le bras faut qu’elle se dépêche qu’elle les croise pas… boum et reboum ! deux marches à la fois… la galette c’est Blue Train un titre comac en plus comment ça te cause quand tu es en rade dans une banlieue à bouseux tous Gaulois tous chez soi c’est le big West à la portée pas même en rêve ils iront c’est sûr…
Et les collines de terre rouge que les pelleteuses ont montées de l’autre côté des plâtrières ils y caltent des fois à deux sur la mob que Markou il emprunte à son daron garée au fond du jardin à caillasses ripous sous le p’tit appentis avec la tondeuse et l’tuyau d’arrosage et les jouets d’leur enfance entassés moisis sales surtout une ferme aux bestioles en bois peint qu’il avait eue au Noël des Krémas quand il se tire il l’emporte… Et vas‑y que le Zouave l’allumé il aboie pas hein…
Blue Train c’est leur Collorado à eux au P’tit Noir mais la pochette elle est du bleu foncé des cloppes au‑dessus de la cité avant c’est leur ciel pas celui d’l’été du bleu indigo lazuli trop class !… Ce bleu du Trane avec son sax l’image elle est gris d’anthracite poussière pas black grise pareille que leur life… ce bleu c’est le blues d’ici leur rengaine à eux qui sont arrivés là au bout de l’histoire minable que leurs vieux ont laissé faire tu penses s’ils s’occupent… leur monde c’est à l’intérieur des boîtes de conserve du supermarché qu’il tient le reste c’est rien ça existe pas néant néant !…
Markou il a le temps de bourrer son keus un de l’armée qu’il a eu pour trois tunes aux puces d’la banlieue il les a tirées dans la boîte de pastilles pour la toux la jaune et blanche où sa daronne elle range la monnaie des commissions l’argent de poche c’est ça y’en a jamais eu d’autre alors…
‑ Et quoi qu’tu vas faire avec de l’argent d’poche ? il a bramé son daron un jour qu’il posait une réclame… Manquerait plus qu’ça qu’vous ayez des ronds tiens !
Les puces il y va en loucedé avec Fil qui crèche pas loin son vieux aussi il est esclave à Kréma c’est un du genre du sien pareil taillé qu’il est à la haine et aux coups de tatanes on dirait qu’ils sont jalminces que les jeunes en bavent pas autant qu’eux encore avec ça qu’ils ont fait la guerre et que c’est pas pour se faire enquiquiner par des chienlits comme eux ça non !…
Leur guerre et les détails de l’imposture que ça a été ils en ont bichonné un feuilleton couleur qu’ils resservent pendant que la famille se tortore les haricots bouillis avec de la sauce tomate saignante et la barbaque qu’est plus dure aux chicots que la pelure d’un éléphant d’Afrique… chaque repas faut s’le farcir quand c’est pas le silence de l’étrangleur de rats qu’est imposé et si tu l’ouvres Zouh ! Flaouch ! ils te virent ton assiette dans les cabingouinces !
‑ T’as pas entendu que j’ai dit d’la fermer hein ?… Tu l’ouvriras quand tu trimeras et que tu s’ras chez toi
espèce de voyou !… Et vlan ! l’assiette de choucroute conserve dans les gogues ! Et flouf ! le verre de flotte sur la touffe ! C’te tirade‑là
aussi elle lui a farci les esgourdes et son pote Fil c’est la même… des vieux comme les leurs y’en a à la pelle d’l’époque et du milieu pareils comme s’ils avaient été
fabriqués moulés jumeaux des séries des mauvaises quoi… Sa vieille elle en pipe pas une sauf pour gémir en
roulant ses calots effarés de l’un à l’autre :
‑ Papa ! j’ai ciré l’carrelage c’matin… Oh la la ! Oh la la !
‑ C’est comme ça ils nous piffrent pas on les gêne probable… qu’il raisonne Fil que ça impressionne pas et il a mis au point un tas d’moyens pour se tirer d’la baraque dès que le vieux prolo radine déjà mûr complet et qu’il va chercher rapide quelque chose ou quelqu’un à tortionner… Fil qu’est b ien vu par sa daronne qui marne au repassage des nippes de la bourgeoisie du coin en profite que son dab attaque la pauvre aux insultes sitôt qu’il la matte radiner avec ses ballots de linge sur la hanche qu’elle rapporte pour en faire encore le soir après l’dîner… Il lui taxe un ou deux biftons qu’elle pose toujours ric‑rac dessus le buffet sinon le vieux l’accuse de le voler en mettant son flous à gauche…
‑ Ah ! c’est à c’t’heure que t’arrives toi… Chez qui qu’t’as encore été écarter les cuisses hein ?… Tu crois que j’le sais pas par quel mariole qui t’fais sauter pendant que j’vais trimer ?… C’était parti il s’échauffait à donf et Fil sait qu’il démarre comme ça et ensuite s’il reste sur le secteur le vieux le rate pas alors il calte discret rejoindre les autres loustics du quartier au P’tit Noir avec la patronne une grosse femme aux cheveux décolorés qu’était venue des pays de l’Est on n’sait pas comment et qui sert les épaves du coin sans toujours demander l’artiche…
Les gars qu’avaient tous des darons à misère que le turbin aux 3/8 a fait péter un câble depuis des piges qu’ils duraient au‑dessus des cuves de parfums chimiques pour blondir les tiffes ou à talquer les milliers de caoutchoucs des vitres de bagnoles et à trimballer les caisses de Ricard dessus les palettes géantes à l’intérieur des remorques au volant des fenwicks qui manquaient de les écrabouiller si y’en avait un qui sommeillait un peu ils traînent là à partir d’leurs 14 piges à sucer d’la bière avec le pognon des p’tits trafics de mômes ils se débrouillent d’toute façon y’a pas le choix… C’est pas méchant et ça les sort de la crasse qui colle aux godasses des familles durant des générations et que pour finir elles l’ont passé dessus leur peau comme un bleu de chauffe on n’pouvait pas lutter contre…
Ah ça y est ! Markou il l’a retrouvé le sac militaire enfoui entre les tas de fringues sales qui s’entassent dedans sa
piaule vu que sa mère elle a laissé tomber et que son vieux il assure pas quand il marne à l’équipe de l’après‑midi alors ça lui donne une trêve jusqu’à c’qu’il reprenne son délire le dimanche
s’il a roupillé et qu’il va pas avec Zouave du côté des bois où y reste encore un lot de lapins à traumatiser et que le gros clebs il les course devant ses yeux fascinés de tueur… Des
musettes comac tou
s les frangins d’la banlieue ils en ont ils les
taggent de citations anars avec les gros feutres blacks qu’ils fauchent facile au super marché en allant acheter les kils de jaja pour le daron et des mots d’ordre des guérilléros cubains et des
Chiliens qui investissent la rue pour soutenir Allende… “ Hasta la victoria sempre ! ” “ Cuba libre ! ” “ El pueblo unido jama sera
vincido ! ”
Ouais tu parles… jamais vaincu… Markou le peuple il y croit moyen quand il reluque son daron… mais sûr qu’ailleurs y’en a un de peuple un comme les gaziers du Potemkine et les chevaucheurs de la Maknovchkina d’Ukraine… faut calter c’est tout !…
A suivre...




Toute une famille arrivée du Mali de la ville de Mopti au bord du fleuve Niger ils sont sept garçons et le père en plus de la pêche avec
les filets géants plein vol qui ressemblent à des essaims de papillons blancs ivoire et crèmes comme il raconte Oussa le plus grand et de tailler des pinasses aux deux cornes pareilles que celles
des buffles à l’intérieur des troncs des fromagers il pratique cent métiers et s’il est venu ici c’est à cause d’un cousin qui a un garage où les carcasses d’autos elles s’entassent depuis que
chaque famille de la cité a décidé d’avoir son cageot pour les balades du dimanche alors il lui a proposé de faire le mécanicien… Ça paie bien et les gamins ils vont à l’école apprendre à
lire et à écrire ils seront pas analphabètes comme leurs vieux qui ont du mal avec les paplars de l’administration mais Malène elle se dit qi’ils n’sauront pas réparer les mailles des filets
déchirés avec les nœuds exprès dans la ficelle rugueuse des kilomètres le long des berges du fleuve souvent quand elle écoute Oussa raconter sur les marches des escaliers du block béton pendant
que les autres shootent les canettes vides et se traitent il a la nostalgie il attend l’été pour retourner dans la paillote du grand‑père un vieux pêcheur du peuple Bozo sur l’île du lac Debo…


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