Jeudi 3 janvier 2008
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Mili est une amie peintre rencontrée aux ateliers collectifs de La Forge de Belleville, originaire d'Argentine elle tente de faire de la solidarité avec d'autres créateurs une façon de vivre et ses peintures sont vraiment trop chouettes, ainsi que son histoire !
Entretien avec
Mili Presman
Peintre
2005
Photo Jacques Du Mont
Mili Presman est née en Argentine où elle fait des études d’architecture. Aux Etats-Unis elle reçoit le prix « Blue Ribbon » de l’Ecole Régionale des Arts Plastiques du Connecticut. En France depuis 27 ans, elle obtient le diplôme des Arts Appliqués Duperré et une licence en arts plastiques à Paris VIII.
Peux-tu nous dire pour commencer quelles sont tes origines et quel a été ton parcours pour arriver ici dans cet atelier qui se trouve parmi d’autres ateliers d’artistes à la Forge de Belleville ?
Mili Presman : Je suis originaire d’Argentine. L’Argentine est un pays où les gens ont beaucoup d’origines étrangères. Mes grands-parents sont d’Europe de l’Est, Russes, Polonais, Roumains… Moi je suis de la deuxième génération, d’origine à la fois juive et d’Europe de l’Est. Et comme ma famille n’est pas pratiquante, je me suis parfois sentie un peu sans véritable identité. Mais je me suis rendue compte que c’est le cas de beaucoup de Juifs argentins. On est un peu nomades. Je suis née à Cordoba qui est la seconde ville du pays.
Et comment t’es venu ce goût pour la peinture ?
MP : Ça m’est venu très petite. En Argentine il y a école seulement le matin ou l’après-midi. Et mes parents qui sont d’origine européenne ont fait comme on le fait ici, ils nous ont envoyé apprendre l’anglais, la danse et
la peinture. J ’ai commencé à peindre j’avais 4 ou 5 ans. Je faisais de la copie de tableaux anciens j’avais 6 ans… Et puis je n’ai jamais arrêté. J’ai fait aussi de la céramique très jeune, mais tout cela était considéré comme un hobby. Mon père était médecin et il estimait qu’il fallait faire des études sérieuses. Alors j’ai étudié l’architecture pendant trois ans, mais je n’aimais pas ça ! Je voulais être peintre. J’ai travaillé dans un atelier de céramique et j’ai arrêté
la Fac. Mes parents qui n’étaient pas d’accord avec mon choix ne m’ont plus jamais aidée financièrement mais j’avais fabriqué des jeux d’échec en terre et en les vendant je me suis payé mon voyage pour l’Europe.
Tu as travaillé longtemps la céramique ?
M P : Oui, ça me plaisait et c’est pour ça qu’il y a de la matière dans mes toiles. Mais là-bas c’est très mal vu car c’était les Indiens qui faisaient de la céramique… A l’époque il n’y avait pas de céramique artistique ni d’école d’art où apprendre, c’était de la céramique utilitaire. Et ma famille ne l’admettait pas. En plus, c’était l’époque des militaires, et je ne voulais pas rester dans mon pays. J’avais vingt ans, je ne m’entendais pas avec mes parents, avec une amie on a ramassé un peu d’argent, on a pris le bateau et on est parties…
Vous êtes parties comme ça, à l’aventure toutes les deux ?
M P : Oui… et je n’avais aucune idée de ce qu’était l’Europe. On est parties en bateau. La traversée pour l’Espagne durait dix-sept jours, dix-sept jours où tous les rêves étaient permis. En Argentine c’était une période vraiment dure. Moi je ne supportais plus. Il y avait des persécutions, des camps de concentration, des amis qui mouraient et on faisait comme si rien ne se passait. Chez moi on n’en parlait pas. Beaucoup de jeunes entre 17 et 20 ans s’engageaient contre les militaires et prenaient les armes. Moi j’avais peur de prendre les armes. Mais je ne voulais pas accepter ce qui se passait et ne rien faire. Et puis mon père ne me parlait plus, alors on est parties… On n’avait rien, mais on était inconscientes. Moi j’ai beaucoup de chance dans la vie et à chaque fois que j’ai entrepris quelque chose comme ça, ça a bien tourné.
Donc tu es arrivée en Espagne et comment t’es-tu débrouillée ?
M P : D’abord je voulais faire de
la céramique. J ’avais mon oncle qui est un acteur argentin exilé politique à Madrid, et juste à côté de l’endroit où il habitait se trouvait un atelier de céramique. Et dès le lendemain de mon arrivée, j’ai pu me mettre à travailler la céramique grâce à ces gens qui le connaissaient et qui sont devenus mes meilleurs amis. Je suis restée un an là-bas mais mon rêve c’était de venir à Paris pour faire les Beaux-Arts. Et puis à Madrid c’étaient les années 70 juste après Franco, et on faisait la fête tout le temps. Moi je voulais faire des études… et là je sentais que je n’avançais pas.
Et pourquoi ce choix de Paris, alors que tu ne parlais pas le français, c’était un obstacle non ?
M P : Déjà pour nous en Argentine la France c’est le pays de l’art. C’était un rêve… J’avais une adresse à Paris d’une jeune fille qui était venue chez moi dans le cadre des échanges internationaux, et c’est elle qui m’a trouvé un travail comme fille au père. Ça a été l’année la plus dure de ma vie car je suis très bavarde et je ne parlais pas un mot de français ! J’avais 22 ans et j’ai parlé le français au bout de trois mois. J’étais obligée d’apprendre puisque je ne pouvais pas parler une autre langue ! Ça s’est passé à chaque fois comme ça lorsque j’ai dû apprendre une langue. Maintenant que je me rends en Egypte régulièrement car mon ami est égyptien, je parle arabe assez bien pour me débrouiller. Je me suis trouvée à un moment toute seule avec les femmes au village durant deux mois, et je t’assure que j’ai appris très vite pour pouvoir parler.
Donc pour en revenir aux voyages et à l’exil qui marquent certaines de tes toiles puisqu’on y retrouve ces personnages en errance avec une valise, tu as toujours eu envie de partir, de connaître d’autres espaces ?
M P : J’ai vécu déjà aux Etats-Unis durant un an dans le cadre de ces échanges internationaux lorsque j’avais seize ans. Et j’ai appris l’anglais. Je crois que l’idée de voyager a commencé là. Mais l’histoire de la valise que tu as vue et qui est sur les peintures, ça n’est pas uniquement une histoire de voyage. Moi je me retrouve avec ma famille en Argentine, mon ami en Egypte, et ma vie ici en France. Je me suis trouvée à un certain moment ne sachant plus quel chemin je voulais prendre, où aller, où vivre pour finir… Je suis toujours tiraillée. Et la valise a pris beaucoup de signification en faisant les tableaux. Les choses sont sorties sans que je m’en rende compte et elles ont eu un sens. Certaines personnes m’ont acheté les tableaux où il y a la valise pour leur fille de vingt ans car c’est le moment du départ dans
la vie. A un moment ou à un autre de ta vie tu as un problème de valise. Une séparation… un départ…
A suivre...
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