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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Journal d'une fille de banlieue

Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /2008 23:22

Une enfance bohême d’écrivain ordinaire 3  

 Epinay, dimanche, 29 juin 2008

       Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l'monde peut faire… mais aboyer ça non !…
      Y’a que les chiens les vrais qui s’y risquent et encore… les autres ils cherchent même pas à imiter… Trop vulgaire pour leur pomme… trop popu… trop ouvrier avec son cahier quadrillé sa ligne d’horizon émeraude mal taillée son porte-plume à la plume de ferraille ébréchée et ses taches d’encre violette qu’on dirait des chiures de piafs… cette mémoire de la communale qui les débecte… pas de danger je n’crains rien… Ouaouf ! Ouaouf !…
      Le rendez-vous avec le garçon du bistrot de la gare Montparnasse dans une demi-heure… le parc qu’est alimenté au goutte-à-goutte des macchabées et des macchabées de l’imaginaire en plus qu’ont des plastrons fluos en dentelle coquillages et des bandeaux de velours cerise pas loin de la fontaine aux aubépines qui planque des loustics de moineaux au milieu de ses papillotes comme les vieilles femmes trop frisées qu’ont des parfums forts des parfums tue-mouches mais pas elle… Le rendez-vous… vous vous souvenez ?…
      Le rendez-vous c’est un banc qu’est toujours vide et j’ai même pas attendu longtemps avant qu’il me rapplique d’entre les pattes d’une sorte de pin bien tordu faut voir un rouquin écureuil la flammèche arrière taillée en pointe scotchée parure d’Iroquois incendiée au gel dur et qu’il stoppe aussitôt museau fin en passe-lacet avec sa perle de quinquet noir tournée vers le Nord…
      Le genre de bestiole pas farouche prête à la friandise qui me bondit dessus Hop ! Hop ! me bondit… je serais une noisette que j’y passerais ric-rac… me renifle… presque sa tête je la sens au bout d’mes doigts… que pourtant je dois l’avoir sur moi l’odeur la mauvaise celle des humains qui font peur… les monstres qu’ils sont prédateurs ah ! ouiche… que je leur en fouterai des torgnoles énormes… des gnons alors !…
      Je bouge pas… le rouquin il s’aventure mieux flammèche arrière aux vents son drapeau sa bannière rouge de nain magnifique cramoisi des pins qu’il est… Les alizés l’ébouriffent le décoiffent… sa mise en plis gel dur qu’en prend un coup… Flaouf ! la redressent la hissent au sommet de son corps… Je mate sa petite frimousse ouistiti coup d’œil rasoir ah ! ouiche… flèche filée du carquois d’Iroquois taillée dans du palissandre sang clair et vif… son museau fier pointé au bout d’la silhouette joyeuse… frissonne… frémit… fourre encore une fois son tarbouif minuscule au creux de ma paume… risque le tout… Pas possible c’est un héros c’rouquin-là…
      Hop ! Hop !… magistral il s’empare d’un coup de zef du Sud qui le propulse quasi d’une pichenette giclée de bombe aérosol qui l’arrange tourbillon jusqu’en haut du frêne d’à côté… le décoiffe encore… lui embrouille au passage sa panoplie aux épines des arbustes mais sa crinière de galopin des juteux à résine tient bon et il gigote étincelle complice des feux de pommes de pin avant disparition finale au fond d’son trou à gourmandises… Hop ! Hop !… Vlaouf !…

      J’ai beau me hisser sur le banc debout que j’escalade quasi que c’est un escabeau aux planches écaillées vertes grinçantes dessous tout contre le frêne son château de la ripaille je le vois plus… Même si je me transforme acrobate subit que je tirebouchonne mon corps pas habile qu’aimerait mieux rester caillou tranquille vautré poussière creux d’l’allée avec les piafs qui dandinent du ventre au fond de la soupe des gravillons je le perds comme le soleil quand il va se pieuter sa truffe rousse dans le ciel qu’est pareil à un verre d’absinthe… Et le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il radine alors qu’il me voit dans l’arbre ce qu’il va comprendre…
      Ouaouf ! Ouaouf !… pointe des pieds sur les planches écaillées vertes moulues du banc j’insiste acharne en grognant mes ongles s’agrippent griffent féroce l’écorce qui couine et l’odeur sucre doux de l’aubépine qui me lèche la trogne… faut voir… c’est de la grande frénésie… C’est un combat que je mène de ma naissance à maintenant dès que je peux qu’y a moyen… Ouaouf ! Ouaouf !… Un combat de fuite éperdue parmi les terriers les galeries les trous les profondeurs qui en terminent pas s’entortillent se labyrinthent…
      Et Hop ! les planques au sommet des arbres géants cathédrales baobabs… les repères à des hauteurs qu’ont pas cours au niveau des humains bipèdes catastrophes… des lieux pas maginables du tout… Et Hop ! hors d’atteinte de leur haine remontée comme un réveil à la place du palpitant et pas un poil de chair tendre sur leur carcasse totem forcené des pires malédictions…Les humains ils m’ont toujours fait une peur plus terrible que la mousse des extincteurs des musées et les statues des monuments aux morts fusil pointé…
      Mais le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il se pointe ce que ça va lui faire de me voir pendue là-haut genre ouistiti je me rends bien compte… et puis flûte c’est lui qui m’a inspirée pour l’endroit ses vertiges et ses enchantements… l’idée du parc… la fontaine aux aubépines avec l’odeur qui tourneboule l’imagination… les moineaux et le banc où y a jamais une âme qui traîne… il a rien vu le garçon du bistrot et le rouquin galopeur alors !… C’est lui… c’est lui qui m’a enfarinée la réalité que je vais pas rester au sol moi… probable… j’ai des rêves à aller ramasser dans les hauteurs des destins qui flottent nagent dans la marre des nuages…
      Ouaouf ! Ouaouf ! ces efforts que je fais d’enserrer l’arbre où qu’est empaquetée la maison du p’tit rouquin… attraper la première branche à ma portée et Hop ! Hop ! disparaître et paumer ma trace celle du duffle-coat bleu-marine que j’avais à 3 piges quand j’ai commencé à escalader raide les marronniers de l’école maternelle des bonne-sœurs d’Auber …
      A l’époque je pouvais même pas voir où il se taillait le tronc des p’tits rouquins… sous les édredons de feuilles des couchages ouistitis y’avait un refuge pour ma trouille pour mes aboiements pour mon envie de rien réussir de rien comprendre de n’pas avoir de récompenses… médailles… rosettes… toute leur confiture sucrée des petites filles modèles qui te barbouille à l’intérieur et te colle la nausée de ta vie à fond… Mais voilà aujourd’hui j’en ai pas fini… il me le faut ce territoire parmi les feuilles pour lécher les plaies de ma solitude de ma lâcheté de mon impuissance…
      Je mate la première branche envoie un bras c’est possible presque j’ai sous mes doigts les feuilles qui rassurent de fraîcheur ma peau les branches qui craquent si j’arrive ça fera un bon camouflage… J’ai toujours grimpé facile la souplesse d’une guenon et mes paumes qui s’enfoncent dans l’épaisseur de l’écorce humide et chaude qui tâtent la chair vive de l’arbre en dessous… ça palpite ça gémit ça ne me fera pas de mal aucun danger c’est pas humain…
      Tout c’qu’est pas humain est pas à craindre je sais… j’ai encore le duffle-coat bleu‑marine chez moi au fond d’un placard qui témoigne de cet apprentissage-là…
      
Hop ! Hop ! encore un peu que j’accroche que je me hisse c’est possible tout est possible… Je sens la sève qui se mêle à mon sang les entailles à la hauteur de mes poignets c’est ça… la greffe… la greffe qui a pris depuis mon enfance chez les bonnes sœurs à la maternelle d’Auber…
      J’ai ma moitié d’arbre qui me protège qui me sauve des femelles des ogresses humaines et de leur traque à mort… leur désir scotché sous leurs aisselles leurs moignons rognés y’a longtemps… elles ont jamais su voler… leur désir de me tirer mes pouvoirs de me relier aux rêves des pierres des forêts à l’âme des choses… libellules frissons verts des marres d’infini… mes étincelles plein les poches…
      Ce pacte de l’enchantement que j’ai passé… ma moitié d’arbre qui plonge sa main en plein ciel pour aller chercher la lune et la refiler à Caligula si je veux… La lune sur le dos des tortues marines elle se balade ouais ! Entre Caligula et moi y a plein de serments qui traînent mais celui fait à la lune alors… Déjà j’ai plus la même forme que les ogresses le même regard la même peau… Ouaouf ! Ouaouf !
      Le gardien du parc va bien se ramener il est leur complice elles le paient mais je ne les crains pas sous ma pelure d’arbre ils peuvent rien contre moi… J’ai toutes les métamorphoses à portée de mes paluches celle du rouquin aussi si je veux c’est possible… Hop ! Hop !
      Ouais le gardien du parc il peut se pointer je l’attends… tous ceux qui ont un petit pouvoir… un trousseau de clefs… une porte à claquemurer… des grilles pour enfermer l’eau des fontaines pour enfermer la lune et ses traîneaux de chiens aux yeux bleus pour enfermer les oiseaux libres sous les boucliers du vent… pour enfermer la neige dans des édredons de coquelicots…
      Tous ceux qui tiennent la minuscule et glandouilleuse certitude d’avoir leur part de figurants dans l’affaire sont à l’affût… je dois faire attention… ne jamais laisser entrevoir le duffle-coat bleu-marine et le page pas sage qui m’accompagne partout depuis l’époque où j’étais pas encore habitée par ma moitié d’arbre…
      Mais le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” ce qu’il fait depuis que je l’attends sur le banc aux planches vertes moulues avec l’odeur des aubépines sucrées et la ronde des moineaux qui squattent la fontaine… y’a personne dans le parc à cette heure on va m’enfermer là-dedans c’est couru… j’aurai l’air de quoi je n’peux pas dormir ici moi… y a des êtres qui font le paillasson à m’attendre du côté d’la banlieue il le sait pas comment il saurait… deux ou trois pages pas plus qu’il avait dit… deux ou trois pages vous vous souvenez ?…
      Elle a sauté du TGV Paris-Montpellier Hop ! Hop !… Ouaouf ! Ouaouf !… elle a rien écouté du tout ce début de leur réunion elle le connaît par cœur indigeste irrespirable l’étouffoir… un sac de ciment éclaté… la tête enfoncée dedans… tous les mois c’est une répétition qui n’finit pas elle y a droit… le sommeil sous la couette rouge achetée à Emmaüs comme les vieux gros édredons… le sommeil qu’elles lui braquent des tas d’heures qui feraient des dunes vivantes depuis les années qu’elle trime à leur revue fossile…
      Elles les ogresses grasses et leurs moignons méchants qui lui refilent juste assez de tunes pas qu’elle arrête de taper leurs chiures de mouches aux relents vanille ménopause ces odeurs vous croiriez pas… leurs mots gadgets plastifiés en tas énormes au soleil sur leurs plages de papier privées… à l’ombre des grands palmiers… leurs mots bronzing et crème écran total vous pouvez vous pommader avec pas de risque… ressentirez rien… rien du tout…

      C’est ça rien… leurs mots rien elle se tape depuis… depuis quand… depuis quoi… Na na na… elle chantonne à l’intérieur de ses joues… rester en l’air… se donner du courage libellule… Le petit pain chaud parfumé croustillant il est loin… elle l’a englouti tout à l’heure pas eu le temps d’aller s’envoyer un grand bol de café crème au bistrot “ Chez Clément ” ils ont l’habitude qu’elle déboule… Pouvez pas croire sa gourmandise à se faire plaisir… les oublier…
      Hop ! Hop !… le premier TGV… 5H23 Gare de Lyon endormie elle se cogne aux tables… elle rêve d’un grand café-crème et de petits pains… heureusement y’a les quatre là au fond du sac… elle farfouille discret… ils sont où ?
      Autour elles s’agitent les sorcières à leur Saba se sont pas levées éjectées zébulon du lit et ses voyages enchantés à 4 plombes du mat même pas le temps d’une douche les gouttes sur sa peau comme la rosée sur les roses sinon le dur elle le rate et alors ça en ferait un pataquès si elle arrivait à la bourre à leur réunion d’état-major femelle…
      Que toute la terre doit s’arrêter pas moufter ce jour-là et leur offrir les médailles des combats gagnés d’avance emballés la veille dans des cartons à bananes leur gloire rancie vieillie pourrie énorme… qu’elle rate le dur et elle aura droit à la guillotine de leur regard triomphant un coup sec Vlim ! Vlam !… sur le bout de ses doigts… un cauchemar… elle le fait souvent… cette image qui la poursuit… qu’on lui coupe les doigts !… Elles sont trois… elles lui coupent les doigts et elles les mangent… Ouaouf ! Ouaouf !
      Ce qu’elles sont en train de comploter… qu’elle écoute un peu… qu’elle sache ce qui l’attend… l’odeur de lait sucré qui monte du papier dans le sac où les petits pains attendent… encore une image flash d’Oncle Ho sur le paillasson sa langue rose entre ses canines de chat sauvage et ses deux billes fluos qui crèvent la night du palier quand la minuterie le zappe brutal…
      Ouaouf ! Ouaouf ! D’un bond elle sort de sous l’édredon rouge celui de chez Emmaüs vous vous souvenez ?
      - Ça non alors !… je n’taperai pas vos histoires de pères !… Rien de rien… Non et non !… Vos histoires de pères j’veux pas me les farcir…
      La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser dans le cendrier qui mégotte à mort la protège du regard guillotine des sorcières et de la haine une lame luisante qu’elles lui jettent derrière leurs binocles qui se débinent elles en ont toutes et des gros yeux de mouches accusatrices vrombissantes… Vroum ! Broum ! Vroum !… Tout le temps que ça dure leurs paroles complaisantes leur confortable humilité leur cruauté molle de maquerelles redoutables… ces réunions deux trois heures c’est dingue !…
      Tout le temps Hop ! Hop ! elle visionne Oncle Ho rappliquant avec un flingue qu’il lui propose gentil… sa baveuse entre ses canines très satisfait… elle refuse encore une fois elle ne les déteste pas assez… en fait elle s’en fout ou au moins elle essaie… Ouaouf ! Ouaouf !
A suivre...

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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /2008 23:53

Une enfance bohême d'écrivain ordinaire 4

        Oncle Ho c’est un greffier qu’elle a ramassé un jour qu’elle se méfiait pas comme on récolte une maladie exotique dans l’hiver d’une ville du Nord en bas des escaliers du block où les rats ont des espaces de jeu souterrains délimités à coups de dentiers et les chats en bandes guerrières les guettent pour leur niquer la queue vu qu’ils sont aussi balèzes qu’eux… Il lui a filé le train sans l’ouvrir et il a visité reniflé toute sa piaule qui avait l’air cauchemar du vestiaire d’une équipe de foot…

Ses fringues crasses par terre mélangées à ses cuissardes rouges et aux baskets et les piles de feuillets corrigés sur une chaise de paille qui pendouillaient à côté d’un ex pot de fleurs sans fleurs taillé dans une moitié de calebasse tatoué de formes géométriques blanches et noires quasi plein de mégots et qui puait le tabac refroidi la sueur pamplemousse l’eau de toilette Orange Verte les petites culottes et les fumantes sales… une horreur d’infamie qui la gênait pas mais quand même…

Pour finir le greffier avec deux quinquets au beurre noir nature qui lui donnaient le look corsaire aveugle au milieu de sa pelure de rouquin malfrat le pif taggé de piercings roses et les esgourdes médaillées de cicatrices à l’arrache avait trop la tronche d’un Viet après Dien Bien Phu et elle l’avait nommé tout de suite Oncle Ho pendant qu’il sautait à l’intérieur de la moitié de calebasse et qu’il la matait distrait aller et venir les iris en fente horizon le cul dans les mégots… Ouaouf ! Ouaouf !

La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser la protège des regards qu’elles lui balancent comme si elle avait jeté d’un coup abattu au milieu de la table un tas d’mots vulgaires et orduriers des cochonneries pas possibles et elle a l’impression que leur tarbouif s’allonge dans sa direction comme la langue des tamanoirs d’Afrique et qu’elles vont la gober la mâcher la croquer crue… Cric-crac ! et l’embarbouiller de leur bave qui pue Ha !…

Tout le temps que ça dure ces réunions… on entend même les murs qu’elles ont repeint en blanc craquer d’ennui… que vous me croyez pas je me doute c’est difficile… faut s’y coller à cette réalité-là faut la vivre… gluante en dedans… c’est pas donné Ah ouiche !…

Et pendant ce temps les caravanes se sont arrêtées au puits planqué sous un cairn couché que le sable a à moitié recouvert et le TGV de 10H18 vient de partir de la Gare Montparnasse direction l’océan et ses pierres de sel que les grenouilles bleues assiègent… et au fond du sac à dos l’odeur sucrée des petits pains sur ses lèvres… si seulement elle pouvait ouvrir le sac et leur manger les petits pains un par un sous le nez… les narguer… à l’intérieur elle en rigole…

        Leurs trois regards sur elle… bourré de mépris chacun autant qu’un pétard du 14 juillet de sa poudre… Elle savait bien à qui elle avait affaire… elle les connaissait depuis plus de dix ans qu’elle était embauchée dans leur assoc de femmes qui avait toutes les allures vue de l’extérieur d’un initiative solidaire féminine et ce que ça en mettait plein la vue comme tartuferie aux naïfs et aux innocents de sa façon alors je peux vous en raconter…

Elle en a plein sa besace des forfaitures et saloperies qu’elles lui ont faites et pas qu’à elle avec leur figure enfarinée de femelles généreuses qu’y fallait faire le tour pour voir Hop ! Hop ! bien voir ce qu’était planqué derrière comme coups bas… Vlim !Vloum ! De ces comportements de contremaîtres des usines d’autos quand vous avez les paluches prises par les pièces de tôle nue coupante qui vous écorchent vous taillent par tous les bouts elles se ramènent en caquetant volailles prêtes à vous picorer et vas-y ! Vlim ! Vloum ! Un coup de bec dans les mollets dans les cuisses dans les reins… Vlim ! Vloum !…

Leur méchanceté… on n’peut pas dire… une assoc de femmes qu’ont jamais sorti la tête de la masse des oies en batterie et qu’attendent que ça pour se faire voir des badauds venus au spectacle de la mise à mort des volailles les plus faibles faut imaginer ce que c’est comme saignage à la gorge crevage des iris roulant leurs billes folles de rage et arrachage de plumes à faire un tas géant propice aux édredons rouges… c’est un spectacle à n’pas louper pour sûr…

Elle aussi elle y avait cru… elle qui dormait lézarde sur les bancs plein soleil ses poèmes gribouillés d’oreillers… elle évitait de se mêler… sa méfiance pourtant elle aurait dû lui brancher des gyrophares d’avertissement… ce qu’elle avait été mollusque dans cette affaire… c’est Antonin qui se marrerait bien s’il la reluquait à attendre pour sûr les petits pains dans le sac…

Elles la payaient à la pige comme ça qu’on appelle dans le métier quand vous avez pas de salaire fixe et que vous trimez deux fois en somme… une fois normal et une fois vous faites le job des autres qui sont pas capables et qui récupèrent la monnaie qui tombe à la vente de la chose bouclée bichonnée que vous y avez passé vos nuits les quinquets à moitié crevés à force pareils que ceux au beurre noir nature d’Oncle Ho…

Non… elle s’était pas méfiée… pas plus pour ses trouvailles mirages… ses libellules… les mots de ses poèmes mangroves… ses idées météores noires qu’elle rêvait tout haut… ses pistes d’invention ses voix lactées… tout ça elle l’avait retrou vé ci et là dans les pages de leur revue où elle avait son nom juste comme correctrice ouais tout juste…

Mais les trains eux pendant ce temps ils arrêtent pas de partir de la Gare Montparnasse avec des cormorans noirs à casquette qui les conduisent et Oncle Ho la langue coincée entre les canines les fixe passionné le cul dans les mégots de la calebasse coupée en deux…

 

Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…

C’est vrai elle a dit : “ me les farcir… ” elle oublie toujours que les mots faut les prendre avec des pincettes vu qu’elles sont toutes les trois rédactrices en chef… qu’elles écrivent avec une des plumes taxée au croupion des oies sacrifiées les pattes trifouillant leur tas de fumier tout en haut au-dessus… au-dessus de l’imperturbable parfum de la merde commune…

Faire attention ! Elles ont chacune leur prétention d’écriture et de projecteur clignotant Far West sur leur décolleté de dames respectables et encore craquantes enfin si on peut dire… mais c’est pas ça du tout qu’elles montrent ah non !… ce qu’elles montrent exhibent déshabillent mettent complètement à poil c’est leur moi dans toute son humilité et toute sa vertu resplendissante… leur moi oh oui !… leur moi mouillé d’ambitions secrètement mijotées et auréolées de couronnes de marguerites qu’elles effeuillent avec simplicité… je m’aime… on m’aime… vous m’aimez… ils m’aiment…

Et elle alors avec ses odeurs de petits pains au fond du sac… ce qu’elle a mérité… son fric qu’elles lui comptent ric-rac au bout de la table leur museau renfrogné et une sorte de dégoût pour son insouciant manque d’ambition… Elles ont chacune leur œuvre unique dans la poche ventrale sauf la secrétaire qui a des yeux de bulldog mais même la secrétaire elle a pris l’habitude qu’elle ne soit pas plus qu’un volatile migrateur qui débarque du TGV de 5H23 arrivé à la Gare de Montpellier à 9H30 et qui rembarque dans celui de la night y’a intérêt vu qu’Oncle Ho fait le pied de grue de paillasson et que passé une heure du mat il s’en retourne bouffer la queue des rats… Hop ! Hop !…

 Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…




A suivre...

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Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /2008 23:31

      Journal de Palestine suite...

Enfant au camp de Khan Younis à Gaza en 1993
Photo Marc Fourny


Extraits de ce Journal de Palestine composé de lettres que nous nous sommes écrites mon ami Marc et moi en 1993

Quelque part de ce côté-ci de la Méditerranée dans des espaces encore en marge des grands ghettos nous étions en pleine correspondance avec un double projet fou en tête… Un voyage en Palestine d’où devait naître un livre mêlant photos graphismes à l’encre et textes à partir du journal de bord de cette rencontre. Et ce quelques mois avant que ne prenne figure en Palestine un rêve à préserver à tout prix… L’illusion qu’un autre monde était possible à naître.

Lettre de Marc, Juillet 1993 suite…


C’est simple de poser seulement la question : qui a tort, qui a raison ? Ça évite surtout de se demander en quoi on fait partie du “ qui ”. Mais c’est souvent difficile à définir et puis dans des conflits de longue durée on oublie souvent l’origine des choses. Par exemple : est-ce que ce sont vraiment les Juifs qui ont décidé un jour que devait à tout prix exister un Etat où regrouper tous les Juifs et rien que des Juifs ? ou bien est-ce que ça ne peut pas servir d’autres intérêts ?

Et aussi qui en prend plein la gueule et qui est le plus fort et outrepasse les limites ( lesquelles ? ) de la “ légitime défense ” ? Qu’est-ce qu’il y a de légitime dans la barbarie qui réduit l’autre à “ moins qu’un chien ” pour reprendre les termes utilisés en Algérie ? Ne pas oublier que l’oppresseur d’aujourd’hui est l’oppressé de demain ( et vice-versa comme c’est le cas d’Israël ).
C’est banal de le dire mais il faut quand même poser les choses clairement ( toujours à cause de cette fichue culpabilité qui “ nous ” rendrait plus immobiles que des cailloux… ), le comportement du gouvernement et de l’armée d’Israël est inacceptable en ce qui concerne “ la question palestinienne ” et de plus met en péril la paix future.
Le problème des colons ? ( Je veux dire celui qui se pose aujourd’hui au sujet de ceux qu’on nomme “ colons ” à Gaza et en Cisjordanie ). D’abord ce sont des hommes. Mais ils ont trop d’intérêts, qui ne tiennent pas compte de l’Homme justement dans l’histoire pour ne pas vouloir la destruction des Palestiniens sans comprendre qu’ils le paieront un jour de la leur et par eux-mêmes. ( … )
Donc, qu’est-ce que je vais foutre là-bas, je vais essayer de te répondre. Il y a des gens qui souffrent et il me semble essentiel que cela se sache… Il y a des gens que l’on réduit à l’ombre d’eux-mêmes et il est important que cela se sache pour : que peut-être les endormis d’ici se réveillent et qu’au lieu de se bercer dans leurs rêves devenus confortables de coupables qui expient, ils agissent pour qu’on ne soit pas tous ( et depuis Sabra et Chatila ont sait ce que ça veut dire tous… ) en train de revomir toutes les chèvres innocentes qu’on a laissé engloutir…

Bidons
Camp de Khan Younis
Gaza 1993
Marc Fourny















Pour que peut-être demain “ nous ” ne fassions pas la même chose sous une autre forme. Pour qu’on comprenne que l’intégrisme n’est pas seulement musulman mais aussi juif. ( et chrétien tiens ! ) Et que l’intégrisme naît de la dictature avant de la créer. Enfin, qu’un Musulman, un Juif ou un communiste qui souffre est avant tout un Homme qui souffre, et que nous nous devons de lui porter assistance.
Pour faire passer ne serait-ce que 10% de tout ça il faut du talent, de l’intuition et du cœur. En ai-je ? Je ne sais pas. Je sais que je veux être utile, sans dogmatisme et en étant conscient de ce que c’est un Homme.
Ce n’est qu’une parcelle de ce que je pense, mais j’espère que tu me comprends mieux…
Je n’ai pas confiance dans L’HOMME. Même si c’est super un être vivant… Mais j’espère en lui. ( Je sais que nous ne sommes pas d’accord… ) Je me mets dans le lot. Je vais là-bas pour porter au regard des autres l’image d’un peuple à qui on refuse la paix, et la dignité. ( … )
Pour savoir si des extraits de ce texte ( L’Indien Rouge ) qui est super iront avec mes photos et parmi tes dessins, je ne peux pas répondre. Encore une fois j’ai besoin ( plus que toi car les artistes sont dans l’expérimentation par l’intuition sans cesse… ), de concret, de partir, de toucher du doigt, de voir et de recevoir. J’essaie de noter des idées, mais je dois avouer que je suis un peu préoccupé par le côté mise en place du matériel. Ex : comment protéger mes films et ne pas me les faire piquer par Tsahal ( c’est arrivé à plus d’un photographe )… Comment entrer en contact avec les gens, ( il semble que les Israéliens aient tenté de les infiltrer souvent ), et trouver l eur confiance. Et puis si ça continue, je sais que je vais avoir un peu la trouille ! ( … )

Alors tu vois, que d’inconnu…
Mais tu peux croire en mon honnêteté. Ciao ma petite camarade. Marc






Une rue du camp de Khan Younis
Gaza 1993
Marc Fourny


A suivre...

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Vendredi 22 août 2008 5 22 /08 /2008 23:14

Une enfance bohême d’écrivain ordinaire 5
Epinay, Vendredi, 18 juillet 2008 

 “ SIMPLEMENT LES BAS DE GAMME EN ONT MARRE QU’ON LES FASSE TROP CHIER. ”
Journal d’un vieux dégueulasse C.Bukowski, Ed.Grasset 2007

        Parole de lézard… si vous aviez passé votre enfance dans les gares vous auriez du bruit d’ouragan plein vos esgourdes et du vent fou musardant des quatre rebords du monde sous les semelles de vos baskets… raouf ! raouf !…
        Au bord des jardins ouvriers le long de la ligne Paris-Creil du réseau Nord Antonin et moi on s’en est payé des balades dans le vacarme des locos vapeur qu’arrivaient en hululant se croisaient nous saluaient comme des déesses des enfers du rail qu’elles étaient… tri ! tri ! tri !…
        Moi j’n’aurais pas pu rester comme tout l’monde à lorgner que les carottes soient cuites et j’avais déjà un poil baroudé à six piges ce qui me filait de l’avance et l’audace de fouiner dehors… Bistrots terrains vagues c’est pas des espaces pour les filles alors j’étais sacrément fière de raconter dans la cour de la communale où les autres qu’appliquaient déjà la pratique du poulailler des oies captives sans savoir et qu’elles se mettaient à cinq de front pour se moquer de mon allure ouistiti et de mes jupes plissées bleu-marine sur mes chaussettes blanches que grand-père Antonin était conducteur de locomotives dans le grand entrepôt aux murs et aux ferrailles on dirait la nef d’une cathédrale fabuleuse recouvert de lambeaux de suie anthracite de la Gare du Nord… Raouf ! raouf !…
        Pas besoin d’entrer dans tous ces détails de grondements et d’autres bruits d’odeurs de vapeurs surchauffées des lueurs éclairs qui striaient la verrière et d’incendies qui vomissaient d’écarlate le compas des rails à c’t’époque le turbin de cheminot et rien qu’le mot quand je le prononçais il faisait l’effet impeccable…
        C’était un métier avec le savoir faire dans les paluches et dans la tronche comme celui des compagnons du devoir ces sortes de magiciens des gargouilles tous un peu des poteaux de Quasimodo des connaisseurs en alchimie qui patouillaient parmi les équations d’or… des gaziers qu’étaient respectés vu qu’y avait aussi de la magie dans tout ça et de ces pouvoirs cosmiques qu’Antonin ne mouftait pas…
        Mais ça je l’ai pigé un peu plus tard… quand des bouts d’années après j’ai été apprendre le métier des céramistes qui nous vient de la Chine y a longtemps… on farfouillait à pleines mains dans le plaisir de jeter une boule de terre sur le plateau d’acier du tour et on enfonçait ses pouces au cœur de la gadoue rouge comme des petits dieux païens qu’auraient le monde entre les pattes…
        Le silence d’Antonin et de son poteau Sergio l’Espagnol c’était de l’intuition à bout portant à la façon des maçons ou des tailleurs de pierres qu’ils rejoignaient régulier au fond d’un bistrot aussi enfumé de vapeur bleue et terre de Sienne que la salle des locos… Ceux qu’ils retrouvaient là ils avaient gravé sur leur boîte à outils clouée de grosses planches rugueuses à t’agrafer les doigts qu’ils trimbalaient partout l’équerre et le compas de la confrérie des compagnons un signe que les anciens ouvriers de la belle ouvrage reconnaissaient pareil qu’une étoile dans le ciel tapineur d’indigo de la Babel sauvage…
        Ces après-midi-là c’était le vendredi obligé vu que les week-ends ensuite je me faisais prisonner à l’intérieur de notre appart d’Auber où j’avais c’qu’on appelle une famille ordinaire un daron et une darone qui bricolaient comme tout l’monde le rituel des fins de semaine au fond du gros aquarium d’eau croupie où u avait nécessité d’un coup de mijoter sardines…
        Et ça m’ennuyait bien à cause de l’ambiance là-dedans qui était genre fleurs en plastique des cimetières pareille à la soie noire du soir qui nous tombe dessus quand on est môme qu’on doit dormir et qu’on a pas sommeil… Bon je vous ai dit que je n’vous raconterai pas ma vie ah ouiche !… une histoire d’enfance tartignolle qui vous colle des bâillements des envies de somnoler marmotte au bout de deux mots vous n’voudriez pas quand même…

        Surtout pas vous la ramener avec les embrouilles barbouilles bave de limace trop grasse d’une famille comme y en a cinquante par blocks d’une cité de banlieue gris béton mironton au milieu de milliers qui barbotent carottes et oignons dans les années 60 du siècle d’avant… C’était ni du Céline ni du Bukowski la tragédie de mes vieux… et si j’avais pas eu le monde autour pour maginer une peu et l’ascenseur où j’ai pas fini de me planquer pas qu’on me file le duffle-coat bleu-marine par-dessus le pull la jupe plissée bleus itou et vas-y te farcir la promenade du dimanche qu’est notre enterrement à chaque fois aux autres gamins scoubidous et moi boudinés à l’intérieur de nos fringues mochardes… probable que j’en serais crevée du dégoût et du triste de la banlieue le dimanche fallait voir…
        Alors l’ascenseur j’y glandais des heures si je me débrouillais à le coincer entre deux étages et accroupie au fond de sa caisse à fleurs volages mirages des terrains vagues bluets et coquelicots je nomadais dans les nuages c’était trop extra… Hop ! Hop !… ils n’pouvaient pas me traquer aux hauteurs où on arrivait à se garer l’ascenseur et moi le dernier étage toujours… eux la tête par la fenêtre ils avaient le tourni…
       Ces après-midi-là c’était le vendredi qu’on remontait une rue le long de la petite ménagerie breloque du Jardin des Plantes où les bestioles me collaient aux mirettes que ça reniflait les odeurs âcres et chaudes des animaux qui me branchaient me chatouillaient les aisselles que je voulais encore aller y voir… C’était les ouistitis avec qui je me sentais famille de grimaces et de farandoles et le lion qui a mal fini je vous ai raconté déjà…
        Il m’entraînait Antonin sa main tenait la mienne on galopait plus vite direction le bistrot “ A la préhistoire ”… je me souviens qu’il s’appelait et comme je savais que c’était mes derniers moments débarbouillés à la féerie et aux enchantements d’Antonin sauf s’il était d’astreinte ce samedi sur sa loco alors là obligé il pionçait dans notre turne à Auber avant de remonter à bord de sa machine qui nous postillonnait d’escarbilles et nos vadrouilles recommençaient Hop ! Hop !… j’accélérais mes pas dans les siens sans me forcer…
        “ A la préhistoire ” je me baladais au milieu des hommes qui mesuraient le tem ps de leurs mains de compagnons larges et généreuses comme la nappe immense d’un grand festin toujours à partager…
        Ces après-midi-là au bistrot le temps il avait fini d’être de l’ennui couleur du pelage gris des rats et de la mort qui flashait leurs iris blacks bourrés de peur résignée… C’était la même chose quand on grimpait à l’intérieur de la loco qui crachait sous les verrières bleuâtres du grand entrepôt ses salves de vapeur gris orange avec des crêtes d’écume turquoise Antonin et moi et que ses mains légères voletaient chauve-souris au milieu des cadrans d’acier qui traçaient deux rails d’ombre violette étirés jusqu’à un point de l’horizon où elles se posaient pour finir au clair de la lune en train de se lever…
        Tri… tri… tri… les sifflets bondissant sautillant des locos je les entendais quand Antonin poussait la porte du bistrot qui couinait aussi fort que les plaques d’acier des motrices et qu’on y voyait rien d’autre  que les bouffardes noires et rousses pareilles que des culs de volcans qui se frottaient aux pans de fumée aussi épais que les morceaux d’amadou les mousses les lichens des forêts d’Afrique pendouillant des grands fromagers…
        On y voyait rien et moi qui arrivais juste à la hauteur des chaises je me cognais aux jambes de tous ces hommes solides comme des troncs de baobabs et j’aimais ça et je n’avais pas peur… c’était des hommes arbres les compagnons et ils ne pouvaient pas me faire de mal…
A suivre... 

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Vendredi 29 août 2008 5 29 /08 /2008 23:17

Une enfance bohême d'écrivain ordinaire suite...

        Antonin et Sergio qui nous rattrapait souvent sur le chemin étaient sapés à l’arrache c’était leur ordinaire et il fallait pas les chauffer sur l’élégance de leur veste velours côtelé et le pantalon idem couleur chocolat avec des pièces plus claires aux coudes ils avaient l’allure digne et épouvantable des anciens machinos sauf le béret de Guérilleros black comme vous savez… Ça résistait bien à la suie qui maquillait les locos et pas question de mettre les bleus de chauffe des manœuvres !

Les compagnons eux c’étaient des seigneurs… Ils portaient tous leurs costumes de drap noir la barbe et leur boucle d’oreille talisman et quand ils étaient pas sur les chantiers l’écharpe de soie blanche aux franges dorées qui scintillaient dans l’obscur du bistrot…

Avec ça ils avaient trop la classe ! Quand Antonin et Sergio se pointaient on sentait qu’y avait de la bienveillance à leur égard même s’ils ne faisaient pas partie de la tribu des maçons et des tailleurs de pierres ils avaient sacrément bourlingué et ils connaissaient la vie pas à dire… La misère et les inconvénients de l’existence les avaient bien bourrés d’expériences et de compréhension des humains qui n’sont pas toujours fraternels et rigolos comme on l’sait…

Les autres ils avaient les épaules aussi larges que les troncs des grands arbres maîtres de la forêt mais ils étaient tous des ouvriers du beau savoir et ils avaient de l’estime et de la tendresse pour les gens… Parole de lézard…

Je regardais Antonin et Sergio embrasser ces hommes qui m’étaient étrangement familiers et qui ne parlaient pas des choses secrètes du métier et de la confrérie qu’ils se repassaient… C’était toujours leurs mains que je matais d’abord leurs paluches larges et puissantes leurs paumes ouvertes vastes comme des paysages qui ressemblaient à celles de grand-père Antonin et je me disais que dans ces mains-là y avait de la bonté…

C’est de c’t’époque me semble que j’ai connu moi aussi de la firté d’en être de ce monde des ouvriers et que ça m’est venu à l’intérieur du bistrot “ La préhistoire ” la certitude que je me servirais de mes mains pour miroboler tout un tas de choses dans ma vie et les refiler aux autres… Hop ! Hop !…

 

Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire mais aboyer ça non !…

Elle a sauté du TGV Paris Montpellier Hop ! Hop ! vous vous souvenez ?… Parole de lézard ce TGV Paris-Montpellier c’est devenu par force son territoire… le TGV de 5H23 calé en gare de Montpellier à 9H30…

Elle a sauté Hop ! Hop !… bondi en avant sans s’arrêter… elle a acheté cinq petits pains au lait en engloutissant le premier elle a eu la vision flash d’Oncle Ho vautré sur le paillasson pendant que les autres les ogresses grasses l’engluaient de leurs bavardages la poursuivaient la coinçaient à l’angle le plus aigu coupant lame de rasoir coupe-choux de la pièce où elle les écoutait des heures et qu’elle glissait pour leur plaire les mots obligés des femmes de ménage des employés de surface et des caissières de super marché… oui… non… d’accord… comme vous voulez dans la fente de leur corps tiroir-caisse épais qui dodelinait… tintinabulait… ding ! dong ! ding ! dong !…

Elle a allumé une autre clope ses doigts qui sont moites de l’énervement ont ripé sur le paquet et tout en a profité pour sauter rouler périlleux par terre Hop ! Hop ! avec le briquet ça s’est répandu approximatif partout entre les pieds des ogresses qui la fixaient de leurs gros yeux pleins d’horreur déjà…
 

Elle s’est dit qu’il fallait qu’elle ramasse mais d’abord poser la clope dans le mégotier à ras-bord elles pouvaient pas s’empêcher elles clopaient comme des locos c’était bien la seule chose qu’elles partageaient probable qu’y avait erreur… elle c’était l’atmosphère enfumée amère des troquets dans les faubourgs de son enfance qu’il lui fallait pour démarrer… elle y pouvait rien elle avait besoin n’aurait plus manqué qu’elle provoque l’incendie avec cette histoire de père déjà qui s’annonçait mal… ah ouiche ! ça sentait le cramé…

Le moment juste qu’elle posait son mégot au milieu des autres c’est sa manche qui a accroché la pile volumineuse de hauteur à côté d’elle des bons de commandes et infos à expédier aux abonnées tellement nombreuses qu’elles étaient dans cette revue qui remuait la tambouille de tout ce qui craint au fond des marmites family-life avec les odeurs d’intime qu’on renifle ensemble pouah !…

Et c’est ce pata quès total qui s’est écroulé avec l’envol des pubs papillons blancs planant tombant parmi les clopes… flouf… flouf… une pagaille terrible un champ de bataille dessous la table où elle s’était mise à quatre pattes tentait de récupérer la propagande de la localiser en tas…

Ça la faisait drôlement marrer en dessous de la table entre les jambes des autres elle imaginait leur tronche d’ogresses avec le rictus constipation au-dessus lui rappelait l’époque de sa jeunesse dans les sixties leur village autogéré sur le Causse quand ils imprimaient à la ronéo les tracts antimilitaristes et qu’y en avait partout à remplir la pièce des piles géantes qui s’effondraient comme les énormes tas de neige par la fenêtre…

Ils se prenaient des fous rires alors… cette époque de la bonne folie solidaire elle leur en parlerait pas… en parlerait à personne… aucun risque… l’écrirait l’écrirait pas… voir… y’avait les scellés rouge sang sur sa boîte à mémoire !… Il faudrait un sacré déclencheur pour sûr !… Ouaouf ! Ouaouf !…

A quatre pattes sous la table elle ramassait… les clopes… les paplars… les clopes… les paplars… elle se marrait bien… les clopes… Et pendant ce temps les caravanes avaient repris la marche lente sur la piste le cairn qui recouvrait l’emplacement du puits était redevenu invisible seuls les hommes du désert le savaient il était là à l’endroit juste qu’on ne peut pas oublier sous le grand feu solaire…

Et le TGV de 10H18 s’était calé contre les butoirs de la Gare de Saint Malo 0 1H12 pendant que tout le long de la route séparée de l’océan par un mur de granit mangé de sel et de lumière des papillons d’écume blanche s’envolaient en pétillant dans l’air brûlant qui avait l’odeur sucrée des petits pains au lait… les clopes… les paplars… Hop ! Hop !…

 

Parole de lézard… dans un éclair elle visionne la petite figure du greffier Oncle Ho qui attend qu’elle radine le soir en haut de l’escalier le bout de sa baveuse coincé entre ses deux canines de félin pendant que les trois autres sorcières s’obstinent à l’explorer de leurs yeux loupes des verres triples qu’elles ont de vieilles taupes qui n’passent plus dans aucune galerie cause de leur corpulence pourtant les souterrains rancis les intérieurs qui reniflent gentil les tunnels à macchabées elles y pompent toute leur sève de mouches vertes bombineuses morfales d’épouvante…

        Cette histoire de père… y va falloir qu’elle s’explique… la mauvaise pioche qu’elle a faite quand elle leur a balancé ça alors !… Maintenant elle va tourner toupie entre leurs paluches de maîtresses du jeu qu’elle crache son secret qu’elle la montre sa figure planquée enfarinée depuis des années… Pour de bon elle va être le point de mire mirobole de leurs fusils mitrailleurs…de leurs obus bazookas pétant la haine… de leurs grenades à clous furibards… Elles lui feront pas cadeau… ah ouiche !

Elle oublie toujours qu’elle a été embauchée y’a dix piges parc’qu’elle était là comme n’importe qui en train de lire ses poèmes à la terrasse des cafés sur la place poussiérée gris et ocre où elle aboutit la rue qui monte de la gare avec ses colonnes rouges et blanches de marbre…

Ouais… elle lisait ses poèmes pendant que les touristes qui envahissent les villes du Sud dès qu’le printemps s’y pointe des pattes léchaient leurs glaces ruisselantes de sirop vert menthe et elle tendait sa casquette kaki de Guérilleros des banlieues… Même qu’à l’époque y’avait des gens qui écoutaient et ça lui arrivait de se faire des tunes…

Na… na… na… elle chantonne à l’intérieur de ses joues… rester en l’air libellule… pas leur ressembler jamais… Elle visionne à nouveau la petite figure brave d’Oncle Ho quand il fait face aux tueurs de greffiers dressé de toute sa personne hautain et sans peur…

Leurs histoires de pères… elle maginait ce que ça serait… elles allaient déballer les relents du vomi familial les pets les rots et les manies sexuelles vicelardes le bien commun qui remuglait qui schlinguait à fond de chaque pot de chambre la montagne obscène de choses partagées par toutes les filles de tous les pères de toute la terre ailleurs ici tout le temps… Cra ! Cra ! Cra !… L’horreur… la puanteur de trou à gogues que ça allait être… elle pouvait pas… elle en avait tant eu dans son enfance prolo et elle avait mis des tombereaux de désespoir et de fleurs d’amandiers à s’en laver s’en dépouiller en ressortir nue dans la cruauté du soleil…

Non ! rien de leurs histoires qui en rajouteraient à la dinguerie des gens à leur besoin d’étaler sur les terrasses de la ville leur linge pourri de caca leurs lésions d’honneurs pétillantes de paillettes de sang séché leurs médailles de la grande solidarité des familles avec le père la mère et les enfants bavouillant crachouillant léchouillant occupés à virer dans les asiles d’aliénés celui ou celle marginal solitaire et farouche qui leur a toujours ri au nez… et qui leur pètera un jour une bonne fois à la figure… Ouaouf !…

Ouais c’était facile… les darons qu’ont la dégaine de héros dans les familles ordinaires y’en a pas lerche c’est connu la réalité n’les avantagerait pas… et elles les punaises de matelas moisis elle possédaient ni l’imagination ni les envoûtements pour s’inventer des personnages de pères qui ont une loco au bout des doigts comme grand-père Antonin… de toute façon y faut un peu des deux pour que ça marche et elles avaient ni de l’un ni de l’autre… Non… leurs histoires de pères c’était trop… elle pouvait pas… Parole de lézard…


        Elle avait fait son effet elles restaient dans l’ahurissement depuis qu’elle était sortie de sous la table et qu’elle avait récupéré sa clope d’ordinaire elle ne mouftait pas… Elle notait le thème du prochain numéro le nombre de pages prévu y’en avait toujours plus c’était des logorrhées sans fin ça lui donnait une idée du temps que ça allait lui sucrer sur ses heures d’écriture à elle ses ballades au clair de lune avec sa chandelle plus que morte depuis dix piges que cette affaire lui rapportait de quoi se nourrir elle et Oncle Ho…

Elle avait noté sur des petits carnets chaque minute de son temps perdu et elle en était au neuvième carnet à la couverture cartonnée pareils à ceux de grand-père Antonin quand il trimait sur le réseau Nord… Vroum… Broum… Vroum… Lui c’était les heurres passées à l’intérieur de sa motrice qu’il recopiait avec respect et considération et toutes les choses qui pointillaient ses journées de conducteur de locomotive elles étaient rassemblées là… Hop ! Hop !… Elle qui avait pas cette conscience des gens simples comme Antonin ni ce sens des responsabilités humaines elle écrivait des poèmes… Parole de lézard…

Vrai si elle avait pas été à la recherche d’un peu de tunes pour la nourriture d’Oncle Ho qui l’attendait et qu’lle n’voulait pas qu’il mutte greffier errant au long des rues d’la cité à la poursuite des gros rats qu’ils dévoraient à peine refroidis se barbouillant le museau de sang rouge vif en faisant craquer leurs petits os l’air innocent et doux pareil à celui que prenait Oncle Ho en se tapant son bol de lait au milieu des mégots elle leur aurait dit ce qu’elle pensait de leurs manigances à trois ronds de leurs écritures papier-cul ah ouiche !… Ouaouf ! Ouaouf !…

Vrai depuis le temps qu’elle tapait avec deux doigts sur le clavier de l’ordi qui avait pris la place de la vieille machine à écrire dans l’atmosphère de bistrot de sa piaule enfumée les textes qu’elles lui refilaient à chacune de leurs réunions corrigeait réécrivait les articles qu’elles lui réclamaient urgent lui répétant régulier qu’elle se grouille… y’avait besoin de leurs histoires fissa ! Leurs mots rien elle se tape depuis… depuis quand… depuis quoi… Tip-tap ! Tip-tap !…

Là à nouveau elle visionne Oncle Ho qui a déjà dû se farcir vingt fois l’aller retour boîtes aux lettres quatrième pousser de sa petite tête têtue la chatière frotter son museau orange contre l’odeur du tabac froid et constater qu’elle était pas encore décidée à reprendre la vie commune il avait l’habitude mais c’était long…

Parole de lézard… elle a ouvert le sac et l’odeur de lait sucrée des petits pains est là… Combien de temps depuis qu’elle a démarré cette réunion déjà ? deux plombes… trois… quatre… elle sait pas… elle va pas demander aux ogresses probable… Ça n’va pas bientôt être midi ?… Alors elle la laisseront un peu pour aller bâfrer digérer somnoler… Et puis elles rallumeront les clopes et la traque recommencera et elles se remettront à lui voler autour en vrombissant… Vroum ! Broum ! Vroum !…

Parole de lézard… dans un flasch bleu comme le gyrophare des voitures de police elle voit la Gare de Montpellier où les silhouettes qui se glissent sont aussi farouches qu’elle-même le conducteur de la motrice orange qu’elle croise vite fait du regard… elle a juste le temps… se dépêcher… surtout ne pas le louper… le TGV de 21H35 celui de la night elle connaît le quai par cœur… quatre plombes et elle sera Gare de Lyon Hop ! Hop !

Ouaouf ! et d’un bond dessous la grosse couette édredon rouge et les deux quinquets au beurre noir naturel d’Oncle Ho qui la mattent familiers avant de sombrer dans le silence des chiens de la nuit… Ouaouf ! Ouaouf !… 








A suivre...

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