Une enfance bohême d’écrivain ordinaire
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Epinay, dimanche, 29 juin 2008
Ouaouf ! Ouaouf !…
écrire tout l'monde peut faire… mais aboyer ça non !…
Y’a que les chiens les vrais qui
s’y risquent et encore… les autres ils cherchent même pas à imiter… Trop vulgaire pour leur pomme… trop popu… trop ouvrier avec son cahier quadrillé sa ligne d’horizon émeraude mal taillée son
porte-plume à la plume de ferraille ébréchée et ses taches d’encre violette qu’on dirait des chiures de piafs… cette mémoire de la communale qui les débecte… pas de danger je n’crains rien…
Ouaouf ! Ouaouf !…
Le rendez-vous avec le garçon du bistrot de la gare Montparnasse
dans une demi-heure… le parc qu’est alimenté au goutte-à-goutte des macchabées et des macchabées de l’imaginaire en plus qu’ont des plastrons fluos en dentelle coquillages et des bandeaux de
velours cerise pas loin de la fontaine aux aubépines qui planque des loustics de moineaux au milieu de ses papillotes comme les vieilles femmes trop frisées qu’ont des parfums forts des parfums
tue-mouches mais pas elle… Le rendez-vous… vous vous souvenez ?…
Le rendez-vous c’est un
banc qu’est toujours vide et j’ai même pas attendu longtemps avant qu’il me rapplique d’entre les pattes d’une sorte de pin bien tordu faut voir un rouquin écureuil la flammèche arrière taillée
en pointe scotchée parure d’Iroquois incendiée au gel dur et qu’il stoppe aussitôt museau fin en passe-lacet avec sa perle de quinquet noir tournée vers le Nord…
Le genre de bestiole pas farouche prête à la friandise qui me bondit dessus Hop ! Hop ! me bondit… je
serais une noisette que j’y passerais ric-rac… me renifle… presque sa tête je la sens au bout d’mes doigts… que pourtant je dois l’avoir sur moi l’odeur la mauvaise celle des humains qui font
peur… les monstres qu’ils sont prédateurs ah ! ouiche… que je leur en fouterai des torgnoles énormes… des gnons alors !…
Je bouge pas… le rouquin il s’aventure mieux flammèche arrière aux vents son drapeau sa bannière rouge de nain
magnifique cramoisi des pins qu’il est… Les alizés l’ébouriffent le décoiffent… sa mise en plis gel dur qu’en prend un coup… Flaouf ! la redressent la hissent au sommet de son corps… Je mate
sa petite frimousse ouistiti coup d’œil rasoir ah ! ouiche… flèche filée du carquois d’Iroquois taillée dans du palissandre sang clair et vif… son museau fier pointé au bout d’la silhouette
joyeuse… frissonne… frémit… fourre encore une fois son tarbouif minuscule au creux de ma paume… risque le tout… Pas possible c’est un héros c’rouquin-là…
Hop ! Hop !… magistral il s’empare d’un coup de zef du Sud qui le propulse quasi d’une pichenette giclée
de bombe aérosol qui l’arrange tourbillon jusqu’en haut du frêne d’à côté… le décoiffe encore… lui embrouille au passage sa panoplie aux épines des arbustes mais sa crinière de galopin des juteux
à résine tient bon et il gigote étincelle complice des feux de pommes de pin avant disparition finale au fond d’son trou à gourmandises… Hop ! Hop !… Vlaouf !…
J’ai beau me hisser sur le banc debout que j’escalade quasi que c’est un escabeau aux planches écaillées vertes
grinçantes dessous tout contre le frêne son château de la ripaille je le vois plus… Même si je me transforme acrobate subit que je tirebouchonne mon corps pas habile qu’aimerait mieux rester
caillou tranquille vautré poussière creux d’l’allée avec les piafs qui dandinent du ventre au fond de la soupe des gravillons je le perds comme le soleil quand il va se pieuter sa truffe rousse
dans le ciel qu’est pareil à un verre d’absinthe… Et le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il radine alors qu’il me voit dans l’arbre ce qu’il va comprendre…
Ouaouf ! Ouaouf !… pointe des pieds sur les planches écaillées vertes moulues du banc j’insiste acharne
en grognant mes ongles s’agrippent griffent féroce l’écorce qui couine et l’odeur sucre doux de l’aubépine qui me lèche la trogne… faut voir… c’est de la grande frénésie… C’est un combat que je
mène de ma naissance à maintenant dès que je peux qu’y a moyen… Ouaouf ! Ouaouf !… Un combat de fuite éperdue parmi les terriers les galeries les trous les profondeurs qui en terminent
pas s’entortillent se labyrinthent…
Et Hop ! les planques au sommet des arbres géants
cathédrales baobabs… les repères à des hauteurs qu’ont pas cours au niveau des humains bipèdes catastrophes… des lieux pas maginables du tout… Et Hop ! hors d’atteinte de leur haine remontée
comme un réveil à la place du palpitant et pas un poil de chair tendre sur leur carcasse totem forcené des pires malédictions…Les humains ils m’ont toujours fait une peur plus terrible que la
mousse des extincteurs des musées et les statues des monuments aux morts fusil pointé…
Mais
le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il se pointe ce que ça va lui faire de me voir pendue là-haut genre ouistiti je me rends bien compte… et puis flûte c’est lui qui m’a inspirée pour
l’endroit ses vertiges et ses enchantements… l’idée du parc… la fontaine aux aubépines avec l’odeur qui tourneboule l’imagination… les moineaux et le banc où y a jamais une âme qui traîne… il a
rien vu le garçon du bistrot et le rouquin galopeur alors !… C’est lui… c’est lui qui m’a enfarinée la réalité que je vais pas rester au sol moi… probable… j’ai des rêves à aller ramasser
dans les hauteurs des destins qui flottent nagent dans la marre des nuages…
Ouaouf !
Ouaouf ! ces efforts que je fais d’enserrer l’arbre où qu’est empaquetée la maison du p’tit rouquin… attraper la première branche à ma portée et Hop ! Hop ! disparaître et paumer
ma trace celle du duffle-coat bleu-marine que j’avais à 3 piges quand j’ai commencé à escalader raide les marronniers de l’école maternelle des bonne-sœurs d’Auber …
A l’époque je pouvais même pas voir où il se taillait le tronc des p’tits rouquins… sous les édredons de feuilles
des couchages ouistitis y’avait un refuge pour ma trouille pour mes aboiements pour mon envie de rien réussir de rien comprendre de n’pas avoir de récompenses… médailles… rosettes… toute leur
confiture sucrée des petites filles modèles qui te barbouille à l’intérieur et te colle la nausée de ta vie à fond… Mais voilà aujourd’hui j’en ai pas fini… il me le faut ce territoire parmi les
feuilles pour lécher les plaies de ma solitude de ma lâcheté de mon impuissance…
Je mate la
première branche envoie un bras c’est possible presque j’ai sous mes doigts les feuilles qui rassurent de fraîcheur ma peau les branches qui craquent si j’arrive ça fera un bon camouflage… J’ai
toujours grimpé facile la souplesse d’une guenon et mes paumes qui s’enfoncent dans l’épaisseur de l’écorce humide et chaude qui tâtent la chair vive de l’arbre en dessous… ça palpite ça gémit ça
ne me fera pas de mal aucun danger c’est pas humain…
Tout c’qu’est pas humain est pas à
craindre je sais… j’ai encore le duffle-coat bleu‑marine chez moi au fond d’un placard qui témoigne de cet apprentissage-là…
Hop ! Hop ! encore un peu que j’accroche que je me hisse c’est
possible tout est possible… Je sens la sève qui se mêle à mon sang les entailles à la hauteur de mes poignets c’est ça… la greffe… la greffe qui a pris depuis mon enfance chez les bonnes sœurs à
la maternelle d’Auber…
J’ai ma moitié d’arbre qui me protège qui me sauve des femelles des ogresses humaines et de leur traque à mort… leur désir scotché sous leurs aisselles leurs
moignons rognés y’a longtemps… elles ont jamais su voler… leur désir de me tirer mes pouvoirs de me relier aux rêves des pierres des forêts à l’âme des choses… libellules frissons verts des
marres d’infini… mes étincelles plein les poches…
Ce pacte de l’enchantement que j’ai passé…
ma moitié d’arbre qui plonge sa main en plein ciel pour aller chercher la lune et la refiler à Caligula si je veux… La lune sur le dos des tortues marines elle se balade ouais ! Entre
Caligula et moi y a plein de serments qui traînent mais celui fait à la lune alors… Déjà j’ai plus la même forme que les ogresses le même regard la même peau… Ouaouf !
Ouaouf !
Le gardien du parc va bien se ramener il est leur complice elles le paient
mais je ne les crains pas sous ma pelure d’arbre ils peuvent rien contre moi… J’ai toutes les métamorphoses à portée de mes paluches celle du rouquin aussi si je veux c’est possible… Hop !
Hop !
Ouais le gardien du parc il peut se pointer je l’attends… tous ceux qui ont un
petit pouvoir… un trousseau de clefs… une porte à claquemurer… des grilles pour enfermer l’eau des fontaines pour enfermer la lune et ses traîneaux de chiens aux yeux bleus pour enfermer les
oiseaux libres sous les boucliers du vent… pour enfermer la neige dans des édredons de coquelicots…
Tous ceux qui tiennent la minuscule et glandouilleuse certitude d’avoir leur part de figurants dans l’affaire sont
à l’affût… je dois faire attention… ne jamais laisser entrevoir le duffle-coat bleu-marine et le page pas sage qui m’accompagne partout depuis l’époque où j’étais pas encore habitée par ma moitié
d’arbre…
Mais le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” ce qu’il fait depuis que je l’attends sur le
banc aux planches vertes moulues avec l’odeur des aubépines sucrées et la ronde des moineaux qui squattent la fontaine… y’a personne dans le parc à cette heure on va m’enfermer là-dedans c’est
couru… j’aurai l’air de quoi je n’peux pas dormir ici moi… y a des êtres qui font le paillasson à m’attendre du côté d’la banlieue il le sait pas comment il saurait… deux ou trois pages pas plus
qu’il avait dit… deux ou trois pages vous vous souvenez ?…
Elle a sauté du TGV
Paris-Montpellier Hop ! Hop !… Ouaouf ! Ouaouf !… elle a rien écouté du tout ce début de leur réunion elle le connaît par cœur indigeste irrespirable l’étouffoir… un sac de
ciment éclaté… la tête enfoncée dedans… tous les mois c’est une répétition qui n’finit pas elle y a droit… le sommeil sous la couette rouge achetée à Emmaüs comme les vieux gros édredons… le
sommeil qu’elles lui braquent des tas d’heures qui feraient des dunes vivantes depuis les années qu’elle trime à leur revue fossile…
Elles les ogresses grasses et leurs moignons méchants qui lui refilent juste assez de tunes pas qu’elle arrête de
taper leurs chiures de mouches aux relents vanille ménopause ces odeurs vous croiriez pas… leurs mots gadgets plastifiés en tas énormes au soleil sur leurs plages de papier privées… à l’ombre des
grands palmiers… leurs mots bronzing et crème écran total vous pouvez vous pommader avec pas de risque… ressentirez rien… rien du tout…
C’est ça rien… leurs mots rien elle se tape depuis… depuis quand… depuis quoi… Na na na… elle chantonne à
l’intérieur de ses joues… rester en l’air… se donner du courage libellule… Le petit pain chaud parfumé croustillant il est loin… elle l’a englouti tout à l’heure pas eu le temps d’aller s’envoyer
un grand bol de café crème au bistrot “ Chez Clément ” ils ont l’habitude qu’elle déboule… Pouvez pas croire sa gourmandise à se faire plaisir… les oublier…
Hop ! Hop !… le premier TGV… 5H23 Gare de Lyon endormie elle se cogne aux tables… elle rêve d’un grand
café-crème et de petits pains… heureusement y’a les quatre là au fond du sac… elle farfouille discret… ils sont où ?
Autour elles s’agitent les sorcières à leur Saba se sont pas levées éjectées zébulon du lit et ses voyages
enchantés à 4 plombes du mat même pas le temps d’une douche les gouttes sur sa peau comme la rosée sur les roses sinon le dur elle le rate et alors ça en ferait un pataquès si elle arrivait à la
bourre à leur réunion d’état-major femelle…
Que toute la terre doit s’arrêter pas moufter ce
jour-là et leur offrir les médailles des combats gagnés d’avance emballés la veille dans des cartons à bananes leur gloire rancie vieillie pourrie énorme… qu’elle rate le dur et elle aura droit à
la guillotine de leur regard triomphant un coup sec Vlim ! Vlam !… sur le bout de ses doigts… un cauchemar… elle le fait souvent… cette image qui la poursuit… qu’on lui coupe les
doigts !… Elles sont trois… elles lui coupent les doigts et elles les mangent… Ouaouf ! Ouaouf !
Ce qu’elles sont en train de comploter… qu’elle écoute un peu… qu’elle sache ce qui l’attend… l’odeur de lait sucré
qui monte du papier dans le sac où les petits pains attendent… encore une image flash d’Oncle Ho sur le paillasson sa langue rose entre ses canines de chat sauvage et ses deux billes fluos qui
crèvent la night du palier quand la minuterie le zappe brutal…
Ouaouf ! Ouaouf !
D’un bond elle sort de sous l’édredon rouge celui de chez Emmaüs vous vous souvenez ?
-
Ça non alors !… je n’taperai pas vos histoires de pères !… Rien de rien… Non et non !… Vos histoires de pères j’veux pas me les farcir…
La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser dans le
cendrier qui mégotte à mort la protège du regard guillotine des sorcières et de la haine une
lame luisante qu’elles lui jettent derrière leurs binocles qui se débinent elles en ont toutes et des gros yeux de mouches accusatrices vrombissantes… Vroum ! Broum ! Vroum !… Tout
le temps que ça dure leurs paroles complaisantes leur confortable humilité leur cruauté molle de maquerelles redoutables… ces réunions deux trois heures c’est
dingue !…
Tout le temps Hop ! Hop ! elle visionne Oncle Ho rappliquant avec un
flingue qu’il lui propose gentil… sa baveuse entre ses canines très satisfait… elle refuse encore une fois elle ne les déteste pas assez… en fait elle s’en fout ou au moins elle essaie…
Ouaouf ! Ouaouf !
A suivre...
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vé ci et là dans les pages de leur revue où elle avait son nom juste comme correctrice
ouais tout juste…
eur confiance. Et puis si
ça continue, je sais que je vais avoir un peu la trouille !
ps de leurs mains de compagnons larges et généreuses comme la nappe immense d’un grand
festin toujours à partager…
des voitures de police elle voit la Gare de Montpellier où les silhouettes qui se glissent
sont aussi farouches qu’elle-même le conducteur de la motrice orange qu’elle croise vite fait du regard… elle a juste le temps… se dépêcher… surtout ne pas le louper… le TGV de 21H35 celui de la
night elle connaît le quai par cœur… quatre plombes et elle sera Gare de Lyon Hop ! Hop !
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