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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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P'tits poèmes diabolique

Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 15:57

Vitres d’enfanceAlice

Jeudi, 28 juillet 2005

 

Oh ! mon enfance solitaire

Depuis toujours je te suis

Dans tes pas comme j’erre j’erre

De givre ce que je fuis

 

Tes jets d’eau de verre immobile

Oh ! mon enfance qu’on ne brise

Le frais reflet d’une idylle

Que tes hivers fondant grisent

 

Tes heures griffées tes grèves

Sous mes talons la grave empreinte

Oh ! mon enfance sur tes lèvres

Froid que j’avais qui m’éreinte

 

Ta chair était toute meurtrie

Si j’envisageais des jeux

Déjà je craignais tes cris

Oh ! mon enfance au cœur neigeux

 

Oh ! mon enfance solitaire

Et puis j’ai aimé des âmes

Dans mes rêves meurt un air

Et tes vitre vêtues de drames

 

Tes silences sur tes étangs

Oh ! mon enfance jalouse

Je glissais sur ton cou blanc

Je suis je suis ta jeune épouse

 

Tes cheveux ont des hirondelles

Dans tes nids aussi je dors

Oh ! mon enfance tu m’appelles

Ton printemps est voleur d’or

 

Tes bras encore qui m’enserrent

Depuis toujours me voici

Ta grâce en mes mains se perd

Oh ! mon enfance à ta merci

 

Oh ! mon enfance solitaire

Et puis les âmes sont parties

Comme ça sans avoir l’air

Tes vitres n’ont plus d’habits

 

Tes foyers privés d’étincelles

Oh ! mon enfance aux abois

Mal qui m’a donné des ailes

Ton ombre éclaire mon émoiBalade

 

Tes maisons ont porte ouverte

Devant mes yeux qui grappillent

Oh ! mon enfance en l’âtre inerte

Rouges braises que ma joie pille

 

Ta beauté est mon miroir

Où tu me vois errer errer

Parmi les âmes amères

Que j’ai depuis oubliées

Tu mets au lit de mon espoir

Des draps de jeune mariée

Oh ! mon enfance tant aimée

Oh ! mon enfance solitaire.

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Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 00:15

      Voici un nouveau " voyage " de Yurugu le renard pâle qui après avoir provisoirement quitté le Mali se dirige vers l'Egypte... révolution oblige... Mais pas de soucis la falaise de Bandiagara et le pays Dogon ne sont pas loin et on va y revenir bientôt pour de nouvelles cérémonies... De toute façon Yurugu connaît tout le désert du Sahara et il va aussi passer en Libye vous vous doutez...


Le désert blancla-proie2000overblog.jpg

Mercredi, 9 février 2011

 

Je ne veux pas habiter ce monde assis au bord des tables du désert

En attente de la destinée que le renard pâle dessine de son parcours dans le sable frais et ses petits lacs d’orangé

Nomade je suis né aux pierres salines qui fulgurent nos enchantements d’enfances pauvres et sublimes

Nomade j’ai grandi contre les rives des barcanes et leur écume rousse qui nous sèche la peau d’errance en errance

Comme les fûts des hauts palmiers sans ombre j’ai grandi ma chair livrée aux basaltes

Qui signent nos pieds de plaies carillonnantes avec toi Yurugu mon frère voyageur épris du flamboiement jaune

Des torchères pareilles à de puissants tourbillons d’images de lacs sulfureux et de fontaines d’aigues‑marines figées

Avec toi moi Gao nomade et fils de nomade du Gourma comme les touaregs du Mali qui ne dorment pas aux bords du fleuve

Et les troupeaux je veux remonter vers Gossi pour la dernière halte avant de prendre la trace qui s’effrite vers le Nord

Les pierres glacées des nuits pendant que les éléphants joueurs à l’écorce grise auprès de la mare d’Inad Laffame

Reprendront la piste du Sud avec toi Yurugu à chaque aube qui nous apaise d’écrins de rosée cannelle qui s’évapore

Dès que le bleu des horizons granits se dévoile de son rouge je veux m’élancer sur ma jeune chamelle et la selle de cuir vert

Aux clous dorés et les paroles des bédouins gravées que j’ai échangée contre deux chevreaux au meilleur cordonnier de Gossi

La route de Taoudenni la prisonnière des ksour de sel c’est celle de l’azalaï et ses caravanes alourdies

Leurs quatre boucliers étincelants ramasseurs d’étoiles à chaque étape nocturne au‑dessus du puits

Les mineurs attendent de Yurugu les signaux de leur délivrance et que les vents vengeurs du Tanezrouft

Serrent à la gorge de leurs griffes de silice et d’ambre dure les usuriers du feu pour s’enfuir cachés dessous la bâche

Au drap rêche qui les borde à bord d’un camion grondant à la morsure du goudron vautré varan avide d’oasis

Comme eux je quête de mes lèvres griffées le bord de l’outre qui répand sa source vert turquoise

Dans l’aride des regs frappés de pierres couteaux ô guelta nourriture des yeux fous des deux mille chameaux

Et des caravaniers pétrifiés ossements d’ivoire embaumés sur le chemin de Bordj Bou Mokhtar forteresse vivante

Jamais les chamelles blanches ne quittent la piste sans fruits ni arbres ni l’éclat des puits sous la terre

Ni foggaras demeures d’eau que le Nyama des Nommo du Mali fait lézards carapaces roses jusqu’à BidonV

La réserve de lait noir des hommes blancs et ses carcasses dépeintechampignons-de-craie_620x465.jpgs campement de ferraille bousculé des bourrasques planté là

Par les traqueurs de kilomètres arpenteurs de tôle violette améthyste métal des froissements de chairs recuites aux forges

Tout près du lieu où cent pluies d’atomes crues nous ont touché l’épaule la croûte de cendres bleutée s’effrite

Sous les pas des mineurs de sel et le fech fech s’attache à leurs chevilles mais fils du renard ils disparaissent

En nous laissant poursuivre notre traque du grand Sud 

 

Egypte 3e semaine 16e jour sur la Place Tahrir d’al-Qâhira… Ô vous qui vivez ici depuis toujours vous les fils d’Isis et d’Osiris nous sommes venus du Sud crépitant et de l’Afrique nue et nous avons monté nos tentes de bédouins en cercle comme une grande spirale de coquille marine fossile posé parmi vos midis aux flèches de granit… elles ont résisté aux citadelles effarantes effigies enflammées du désert blanc ses sculptures diurnes sans ombres nous suivaient pas à pas et leurs flancs tissus bruns peaux déchirées de chèvres flottant dans le vent épais frisson de feu de l’Amshif et son souffle forgeron… Nous avons déroulé les bandes de peaux cousues ensemble et fait baraquer les chamelles au milieu des jeunes garçons et filles qui apportaient des bassines d’eau fraîche et préparaient le thé avec les galettes de semoule… 

Les chamelles ont beaucoup marché devant avec leurs petits leurs pas tranquilles mordant la croûte craquelée de farine stérile depuis l’oasis de Farafra ouvrant la marche aux mâles chargés des jerricans et des outres d’eau et d’huile d’olives… elles ont léché le sel de nos mains lasses… leur lait nous a nourris et nous avons traversé les plateaux ocres et leurs forteresses de briques crues rougeoyantes au rythme de leurs reins coursiers de l’Afrique qui n’ont pas failli…

Ô vous qui vivez ici… al‑Qâhira la victorieuse nous a accueillis avec de grands rires étonnés… vous qui vivez ici vous ne vous êtes pas brûlés les talons dans le givre des dunes vous nous avez regardé monter nos khaïma plus vastes que les palais des sultans nos tapis de laine rude aux vergers d’indigo sur le goudron sale qui colle aux semelles comme du sang vous ont offert des lits de noces au‑dedans de la fumée des pneus qui racle et des incendies d’ordures et les femmes ont distribué le yoghourt au laban qui garde le sel sur les lèvres longtemps… Ô vous soyez les bienvenus dans la demeure fertile que nos pères ont ensemencée d’histoires et que les météorites de lave pure du désert noir protègent des guetteurs en haut des tanks … nos khaïma appartiennent au peuple des hommes généreux qu’elles vous protègent de la main de ceux qui sont prêts à tuer les troupeaux et les fillettes au cheich rouge qui les mènent au puits… 

Ô vous qui savez ce que nos frères en armes ont écrit sur les murailles nous avons apporté pour vous hommes des grandes citadelles des paniers gavés de dattes au miel d’orangers et d’abricots arrimés aux bats de cuir rouge des chamelles et nos tambours de danse… nous avons suivi la piste des quarante jours Darb el‑Arbain où la lente caravane d’esclaves nègres du Soudan s’arrête et puis elle traverse l’oasis de Kharga et Khentika le chef des équipages a parlé aux hommes vivants pour les inviter à la bonté et nous avons enlevé aux esclaves leurs chaînes d’or mat nous avons déchiré les registres coloniaux et brûlé les cartes des Etats-majors militaires qui ont découpé tranché cette terre comme la carcasse du bœuf sacré… nous leur avons fait boire le lait doux de nos chamelles et ils ont marché avec nous jusqu’à Assiout…

La caravane des petits ânes au poil gris mousseux et ses jarres de vin moelleux nous accompagne et nous avons remonté le Nil pour arriver ici les ballots roulés de toiles pesantes sueur et suint odeur âcre des troupeaux aux flancs cuivrés des bêtes et les pieux d’acacias… nous avons épousé le ventre des dunes poudré de cristaux éblouissants et la trace dessous nos pieds d’a008-desert-blanc-egypte-fennec.jpgrgile qui savent manger la terre nous a guidés…           Auteur de la photo le petit fennec du désert blanc Melanie Marcot

 

A suivre... 

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Dimanche 20 mars 2011 7 20 /03 /Mars /2011 22:34

Le grenadier du désert

Au peuple libyen assassiné par l’armée française

Epinay, dimanche, 20 mars 2011

 

Cette nuit un grand costume de plumes blanchesLe repos

Tombe sur Tripoli se pose sans un bruit

Seul un grand arbre avec ses fleurs avec ses fruits

Il a ouvert au‑dessus ses bras et ses branches

 

Ô désert de cendres célébrant sa naissance

Du fleuve Niger des louanges de rosée

S’accomplissent pays jadis d’unique enfance

Ô désert larmes douces d’Isis arrosé

 

Il a grandi au milieu des chamelles blanches

Cette nuit tous les chacals là‑bas ont crié

La sirène au loin sonne et au creux de ses manches

Tous les oiseaux dans l’obscur se sont réveillés

 

Ô frères le jus sucré coulant de nos lances

Et voici le sang de nos rêves tant versé

Ô frères roses nos talons friands d’errance

Foulent les grenades dans les rues renversées

 

Le lait de lune sur sa chevelure blanche

Cette nuit dru s’écoule fleurs du Ténéré

Du Tassili N’Ahaggar de Siwa se penchent

Les grands palmiers au‑dessus de lui resserrés

 

Quand du ciel s’abat une furieuse cadence

Boules de feu dans les yeux des fennecs qui fuient

Voilà trois mille ans qu’il sourit avec bienveillance

Au sommeil des hommes bel astre ébloui

 

Ô désert Seht le dieu rouge prend sa revanche

Les guerriers venus de l’Ouest ont un bouclier

Ô Désert un dur soleil de mort à la hanche

De phosphore pourquoi l’avons‑nous oublié ?

 

Ô frères comme notre colère est immense

Nous arrivons le grand voyage a commencé

Ô frères ô grenadier gardien d’innocence

Que notre corps vous protège de l’insensé

 

Cette nuit un grand costume de plumes blanches

Des milliers d’éperviers bleus venus d’Arabie

Et puis venus d’ici recouvrent Tripoli

Flambent toutes les grenades mûres aux branches

Du grand arbre debout au milieu de la nuit. grenadier.jpg

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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 18:42

      la-proie2000overblogVoilà ça tombe bien c'est un printemps des poètes sans poètes et avec plein de drames qui nous tombent alors comme cézigue je n'ai pas été invitée aux festivités et c'est bonheur car leur festin gras la chienne Bonnie et moi on s'en passe Ouaouf ! j'ai eu bien du temps pour vous écrire ces gribouillages qui vous mettront j'espère quelques gouttes de rosée aux lèvres....

      A déguster léger comme ce printemps au parfum jasmin qui nous enchante Ouaouf !

      Et pour les passionnés de poésie qui n'a plus rien à prouver avec peinture itou magique je vous conseille le petit bouquin que la collec Poésie/Gallimard vient de ressortir après publication de l'édition réservée aux bibliophiles : Effilage du sac de jute poèmes de René Char illustrés par des encres de Zao Wou-Ki et préfacé par... Dominique de Villepin qui aurait vraiment mieux fait de s'occuper rien que de poésie Ouaouf ! Un bouquin sublime et rare avec quelques échanges de lettres entre les deux créateurs raffinés et vrais... Un régal de beauté à prix d'oiseau ne pas louper ! Ouaouf ! 

Poètes de rosée  René Char

Epinay, Samedi, 12 mars 2011

      Et s’il n’y avait que ceux qui savent le nombre de pétales des roses et qui le sauront encore après que les vitraux aient fondu au fond du cœur du verre dont le battement s’accélère ces jours‑ci… et s’il n’y avait que ceux qui balancent leur masque d’or devant les yeux ronds des oiseaux de nuit occupés à écrire comme on met à l’abri des choses bien-aimées sur une machine à écrire aux touches cramées…  Et s’il n’y avait qu’eux leur vieillesse sans rides de penseurs livides taillée de marbre mort debout avec leurs armes au milieu de nos rues rares et poudrées visant les girouettes du vent qui chahute nos costumes de bourrasques… Et s’il n’y avait qu’eux qui reviennent toujours qui ne meurent pas gravés avec la pointe de diamant qui a servi à écrire toute notre histoire sur les parois de nos cavernes atomiques dans la mémoire dure d’une jeune météorite en train de naître et de s’épouiller au beau milieu du désert de Libye… Aim--C-saire.jpg

s’il n’y avait pas les poètes et leurs charrettes des quatre saisons

remplies de mots de menthe verte s’il n’y avait leur déraison

ma pauvreté pèserait lourd à mes pieds de sable sautillant par‑dessus tout

pris au piège mes souliers dans le bitume d’en bas miroitant d’habitudes

si vous n’étiez pas là avec vos doigts de plumes et vos papiers buveurs de pluie

s’il n’y avait pas les poètes poussant tirant de passantes charrettes

effarées qui avancent avec leurs mines insouciantes et leur lenteur vagabonde

depuis toujours leur paresse heureuse nous sépare des présages royaux

les empreintes sur la piste nous ont égarés de la maison d’eau Mahmoud-Darwish.jpg

s’il n’y avait pas les poètes mais vous êtes là mes baobabs fragiles

couronnés d’innocence et de vers luisants sauveteurs

dans l’aube qui se déchire avant le sommeil des uns

et le labeur des autres vous fleurissez

s’il n’y avait pas les poètes fondeurs d’astres souffleurs de cannes

et leurs bulles volantes que les ouvriers des forges géantes délivrent

de la pesanteur des sulfures où s’affolent vos nuits et les leurs

leurs gouttes de sueur roses vos pépins de grenades alg Jean Senac

si vous n’étiez des nôtres scribes complices à l’usine et à la forge

à l’entrepôt pour nourrir notre faim d’exaltations candides

vos charrettes gravissant les pentes des forts leurs chantiers d’aubépines

s’entrebâillent et les remplissent d’une moisson de coton clair

leurs chants écartent les ravissantes épines de nos chairs exténuées

dans la fureur des jours vains qu’au fur et à mesure

égratigne l’attente inutile d’une bonté légère

comme notre solitude pèserait lourd à nos épaules

sans vous pour partager le fardeau de l’indifférence

s’il n’y avait pas les poètes mais vous êtes là Jean Genet 2

avec vos chants d’oiseaux exotiques vos pépiements précieux

mais vous êtes là mes mésanges frêles aux masques bleus

mes messagères mes martins‑pêcheurs et mes colibris griots

mes éperviers d’Arabie mes grands et fiers aras blancsBuko

il y a ce monde qui monte du bitume d’en bas et ne pèse rien

à nos buvards de pluie mes lointains voyageurs vous êtes là

avec vos charrettes des quatre saisons qui nous suggèrent

un printemps en hiver où nous broutons joyeux les pétales de jasmin

que sèment sur nos lèvres brûlées à l’écho des gloires mortes

vos rires de rosée volés aux araignées ô mes doux oiseaux de nuit.

Zao-Wou-Ki.jpg

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Lundi 7 mars 2011 1 07 /03 /Mars /2011 15:39

Tout au fondRegard-bleupetit.jpg

Epinay, dimanche, 6 mars 2011

 

Et si ça n’était que le désespoir

Tout au fond la maladie de l’enfance sur la paillasse salée des brumes

Hautement gribouillée dans la troupe verte morte

Des cahiers perdus le jour des noces de jasmin

Avec madame l’insouciance mon petit tonneau de peurs vidé

Tout au fond on s’évertue les bombes à solitude et tant de chiens attendront

A la surface le sourire des singes les sauve on néglige leur cave aux parfums manguiers

Litière sale nourrit ses marguerites premier acte

Comédie de la joie rouge qu’on ne nous enferme pas aux asiles d’aliénés

Ils sont les seuls à avoir les clefs des maisons d’âge sans portes des stades aux caillots d’herbe

Des cachots écailles d’or grouillant ongles sang de la viande à volonté au midi d’abattoirs

Pendus nos rêves chauves‑souris leurs bains de nectar baobab anneaux d’argent par les pieds

 

Et si ça n’était que le désespoir

Tout au fond les trains verts à bidasses personne sur le quai pourrie l’enfance passe

Marionnette fils coupés on ne ramasse pas rosée des plaies qui saignent dessous

Dessus au premier rang de l’orchestre les parents les amis applaudissent nus comme des vers

Vêtus de soie et de diamants menteurs cousus les fils blancs de leurs rires

Les tours que nous leur montrons royaume azur cachettes à joyaux légers d’eau

Nos fantômes frais des grimaces marguerites les doigts mineurs de colibris

Sur la scène des acrobates d’aube pas de méfiance cartes biseautées sans cesse ils jouent

Avec nos âmes poèmes mûres sucrées qui s’épouillent de petits météores

Leurs charniers sont prêts les balles grognent entre leurs dents

 

Et si ça n’était que le désespoir

Tout au fond les enfants d’Afrique assis cassant les pierres à or marteaux du temps

Qui bat dans leurs paumes épinglées ne s’envoleront jamais les femmes de mineurs

Vieilles noyées au creux des baquets d’absence et des poumons qui braient l’hiver

Des symphonies fantastiques les hommes de vingt ans dans les trains verts

Leur jeunesse cassée au djebel torture tessons de mémoire fracas des sanglots bleuis

La pitié obscure déjeune dans les tranchées gamelles débordant de langues coupées revenants

Lambeaux de chair et d’écorce recousus Notre‑Dame des abattoirs la Villette sur Somme

Tout au fond les chats partis avant que nos villages communs

Inventeurs de Jacqueries nouvelles soient classés néant murés nos rêves chauves‑souris

Aux souterrains des Camisards nos ruches transhumances fossiles

Nos incendies salamandres empaillés par les gourous qui vendent le vent la neige

Les ruisseaux les pierres du cimetière éparpillées sur la cuirasse des iguanes endormis

Aux tribus préparant le retour des rois et leurs troupeaux d’esclaves blancs

Tout au fond la peau de la dernière ourse polaire qui sèche noire à Barcelone

Les loutres dressées pêchant dans le delta du Bengale un butin de misère et de dignité

Les citronniers arrachés de Palestine et leurs racines de sable les grands baobabs du Mali

Et leurs ventre griots assistant à la danse des masques singes blancs singes noirs Portrait-d-une-rose-petit.jpg

 

Et si ça n’était que le désespoir

Tout au fond l’histoire qui marche sur nos traces la rivière que la boue boit à la gorge

Derrière la maison du garde‑barrière les iris bleus par‑dessus les labours des rails rouillés

Mouillés de pommes sauvages parfum lilas plus aucun train ne passe par là

Compagnons l’enfance est en dessous

Dessus quand on descend sans un sou du dernier wagon sueur froide odeur goémon

Voyageuse resurgie d’Atlantide avec le burnous rouge qui ne paie pas de mine

Mêlée aux fiers fellahs aux bédouins couronnés d’indigo aux paysans aux ouvriers peuples

Et beauté il n’y a personne sur le quai

C’est encore le sourire des singes qui nous sauve de la maison des fous

Derrière le grillage nous amassons des mangues des grenades et des chaussures

Avant de retourner à nos caves mais nous n’attendrons pas que les chauves‑souris repeignent

Nos nuits étoilées et qu’ils lancent le chasseur de chiens d’Alger et ses armées à nos trousses

 

Et si ça n’était que le désespoir

Tout au fond qui allume les flambeaux d’Arabie torchères aux puits jasmins esprits du sel

Mamelles de sable des nourrices qui balancent leurs seins généreux et calmes

Jusqu’au cœur des cités leur lait pour les lampes claires de la bonté

Seules armes aux poings des enfants guerriers venus du Sud qui nous demandent

D’écrire avec eux l’histoire du retour au pays des griots et de la parole

La parole nomade n’a pas besoin d’idoles de papier elle revient à sa première grotte

A ses hululements écho strident de nos langues plantées sagaies qui agrandissent la plaie

Des livres qui ne saignent pas

Tout au fond les chauves‑souris dansent le jus des fruits coule dans leur cou fourrure

Roussettes fardées de graines de lune mes sœurs rebelles chassons leurs machines à sous

De nos places rendues aux rosiers crème de Damas installons nos tentes de bédouins

Nos souliers de feu au milieu de leurs gares effondrées leurs trains ont déraillé hier

Pendant qu’ils nous trahissaient

Et que nos âmes colibris renaissaient dans d’immortels météores. Dedans-visage--2-Dom.jpg

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