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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Contes et récits de l'arbre aux histoires

Samedi 19 août 2006 6 19 /08 /Août /2006 02:31

Les noces de Qana

       Chams a pris tranquille la petite main de Neil qui serre fort avec des allures de gardien d’une citadelle contre lui le trésor fabuleux des cailloux ocre rose et blanc ivoire… Hop ! hop ! hop ! Neil !… elle chantonne la voix familière qui fait rire aussitôt le gamin et on dirait que ce sont les cailloux frottés l’un contre l’autre qui chantent…
      Marïama les a rejoints sa tunique bleu indigo qui flotte autour d’elle a l’air d’une voile entortillée par les grands vents à l’avant d’un navire qui monte vers la haute mer et tous les trois marchent aussi vite qu’ils peuvent sur le chemin empierré large qui va indifférent en direction de la colline ou y a encore des oliviers qui s’allument verts pareils à de l’eau quand c’est le soir…
      Hop ! hop ! hop !… et tous les trois montent comme des cerfs-volants qu’on lance leurs larges ailes de couleur au-dessus des maisons de poussière blanche se balancent mais personne ne les voit et ils sont déjà tout en haut de la colline quand l’avion se met à luire tel un couteau d’argent dans un fouillis déchiré et ivre de tissu rouge.

      - Je chante pour les noces… les noces rouges des grenades…
      - Alors… « … La lune n’était pas encore tombée au fond du puits… La lune nous suivait… au long du chemin de notre exil… »
      Quand mouïma la grand-mère contait c’était le soir à l’intérieur de la vaste pièce chaulée de blanc assise au sommet des matelas de laine repliés et des couvertures de couleurs vives qui faisaient appuyées contre le mur et jusqu’à l’angle et de l’autre côté aussi un siège de Mille et une Nuits où princesse de lune malgré les années qu’elle trimballait avec elle elle laissait les mots prendre le chemin à sa suite…
      Mouïma elle posait toujours devant elle les cailloux ocre rose et blanc ivoire que Neil lui rapportait au fond du grand coffre où y avait tout…
      - « … La lune n’était pas encore tombée au fond du puits… » aïe… aïe… aïe… elle reprenait mouïma la grand-mère en tripotant les cailloux et en les déplaçant comme s’ils dansaient et si la lune dehors… la princesse lune la vraie dans ses palais d’indigo était pleine on allumait juste la petite lampe où on avait versé l’huile d’olive qu’on allait chercher à l’huilerie dans les bidons de fer blanc scintillant tout en haut de la colline…
      - « … Quand tu étais petit… tu avais peur de la lune ?… » elle demandait la mouïma avec l’accent de la langue arabe qui s’appuyair pareille sa main sur le dernier caillou aux trois enfants avec le mot de la lune qui résonnait dans sa gorge… al qamar… qa… mar… qa… mar… et ils regardaient dehors… et dehors la lune l’entendait et elle leur envoyait de petits signaux d’argent…
      - « … Père que fais-tu ?… Je suis à la recherche de mon cœur… il est tombé à terre l’autre nuit… » elle continuait mouïma la grand-mère en faisant un geste de la main aux enfants pour dire que l’histoire commençait et ils répétaient ensemble pendant que les grelots d’argent de la lune remplissaient les paumes de la conteuse :
      - « … Je suis à la recherche de mon cœur… » c’était toujours comme ça qu’elle démarrait l’histoire mouïma avec le poème de Darwish qu’elle aimait tant… et elle touchait un par un le dos lisse des cailloux…
      Neil qui ne la quittait pas des yeux mimait avec ses mains ressemblant aux petits des hirondelles qui essaient leur premier vol les gestes de la mouïma vu que c’était le gros de sa mission pour l’instant ramasser les cailloux comme elle lui avait montré car c’était elle qui leur donnait le pouvoir aux cailloux de délivrer les mots des histoires…
      Les mots des histoires étaient emprisonnés sous le corps des cailloux au creux de la poussière de sable et d’argile et il fallait aller les chercher là… Hop !hop ! hop !… et ça faisait très mal au dos de la vieille mouïma de se baisser pour les ramasser alors c’était Neil qui le faisait pour elle…
      - « … Tu ne trouveras que des cailloux !… » elle continuait la mouïma la grand-mère et sous les cailloux les mots entraient au creux de ses paumes rouges que toutes les fleurs de henné de sa vie avaient préparé pour ça…
      - « … Et qui sait si ces cailloux ne sont pas mon cœur éclaté ?… » et la mouïma se redressait comme si la lune venait d’entrer en elle tout entière et que son vieux corps en était tout ragaillardi…
      Hop ! hop ! hop !
      L’histoire que raconte mouïma la grand-mère ils la connaissent par cœur tous les trois assis sur la natte tressée qui recouvre la moitié de la pièce la seule où on fait tout et Ima la balaie chaque matin avant de poser dessus les tapis un peu usés mais ils ont encore les couleurs chaudes et profondes… les couleurs du Sud… bleu indigo orange mandarine pourpre rose violet et ocre rouge… les tapis que mouïma la grand-mère a emportés de Palestine avec l’âne Cham-Cham qui était vraiment de la teinte des abricots et sur les tapis y a les matelas et les couvertures pliés comme on fait ici…
      L’histoire ils la connaissent et c’est toujours celle-là qu’elle raconte mouïma la grand-mère mais avec toutes les aventures qu’elle a vécues et qu’elle mélange touille rassemble à l’intérieur de sa marmite à histoires on n’en voit jamais la fin…



A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Samedi 12 août 2006 6 12 /08 /Août /2006 01:30

 Les noces rouges de Qana        

      Toute la famille de mouïma la grand-mère est venue de Palestine vers le Sud du Liban sur ses pieds nus et mouïma dit souvent pour plaisanter qu’elle porte la carte de la Palestine tailladée par les cailloux des chemins sous ses talons…
      Mouïma elle a raconté des dizaines de fois aux enfants et surtout à Marïama qui l’écoute grave et en gardant chaque mot comme un talisman leur existence dans les camps de réfugiés avant de pouvoir enfin avoir la petite maison ic à Qana… la dernière du village tout en haut de la colline où y a encore des oliviers… aïe… aïe… aïe… azizati… ma petite chérie… elle gémit mouïma la grand-mère avant de se remettre à rire à nouveau pour la rassurer…
      - Ici on n’est pas trop loin de la Palestine… c’est vrai ça ici on est bien… aïe… aïe… aïe… que j’meure ici tranquille et qu’y z’arrêtent avec leurs bombes !…
      Bien sûr Marïama d’abord et Chams aussi maintenant qu’il met les chemises du père avec la ceinture de cuir aux losanges de verre de couleur ont eu droit aux histoires d’avions qui rasent mottes au-dessus des camps… ziaou !… ziaou !… en hurlant et puis la suite…
La suite qui est la seule chose qui semble clouer de terreur mouïma la grand-mère dont les lèvres se figent et deviennent blanches et qu’elle ne peut plus raconter…
      - Mouïma arrête !… tu te fais du mal… elle proteste Ima en lui serrant fort les épaules par-dessus le long foulard mandarine aux petites perles turquoises…

      Hop ! Hop ! Hop !…
      Les yeux aussi noirs que les pierres de jais des deux enfants se frôlent et se retiennent quand ils cessent ensemble de fixer l’horizon jaune vif où des milliers de plateaux de cuivre dansent une sarabande enivrée et le regard sérieux de Chams lit dans celui de Marïama qui essaie de s’échapper à la poursuite d’un songe de gazelles légères que c’est bien ça…
      … Je chante pour les noces… les noces rouges des grenades…
Tout près d’elle Chams voit les épaules de Marïama s’affaisser sous la tunique brodée indigo qu’elle préfère et qu’elle a mise aujourd’hui parce que c’est les derniers jours d’école et qu’on va lire des poèmes… Il sait que Marïama même si c’est une fille les protégera quoi qu’il arrive… c’est Abu qui l’a dit souvent…
      - Marïama elle a le courage du cœur dans ses mains…
D’un ou deux pas Hop ! Hop ! Hop ! Chams la rejoint et lui passe un bras doux comme une aile d’oiseau autour du cou… les deux enfants sont solidaires comme on l’est quand on vit ensemble dans le danger depuis toujours… proches comme deux météores tombés sur la même planète d’hommes chars d’hommes grenades d’hommes missiles à cet endroit-là et pas ailleurs… alors tu n’as pas le choix…
      - Un avion ?… il interroge contre son oreille où un croissant de lune lapis lazuli creuse un petit lac mystérieux…
      Elle hoche la tête et son regard s’en va là-bas de l’autre côté où maintenant sur la colline que l’argile blanche rend brumeuse de chaleur la maison semble beaucoup trop loin…
      - Oui… un avion… elle répète pendant que Neil à quatre pattes sur le talus a trouvé l’unique trésor qui vaille la peine de tenir tête au soleil…
      Des cailloux de toutes les couleurs mais surtout des cailloux ocre rose et blanc ivoire que mouïma la grand-mère lui a appris à reconnaître… des cailloux de Palestine qui sont doux et légers comme les rêves qu’on fait de retourner là-bas au milieu des collines des oliviers dans le village qu’on a laissé un jour y a longtemps… on n’sait plus bien le chemin à force mais on trouvera… et la maison… y avait des pots de géranium sur la fenêtre pour la retrouver…
      Hop ! Hop ! Hop !… Neil a quatre pattes sur le talus a rempli sa chemise de cailloux et il se redresse le trésor des chemins serré contre lui sûr comme d’habitude d’être le héros d’une fête que les deux aînés lui font à la moindre occasion et tout étonné soudain du silence cramoisi aussi lourd que le plateau de cuivre du soleil là-haut qui les entoure…
      - Hé Neil !… il va falloir marcher un peu vite maintenant… Ima nous attend… tu gardes tes cailloux ou j’les prends dans mon cartable ?…
Chams s’est approché du petit avec l’air qu’il a quand mouïma la grand-mère met son foulard sur ses yeux et commence à se balancer de droite et de gauche en répétant comme une prière où on dirait toujours les mêmes mots… aïe… aïe… aïe… pourvu que j’meure ici tranquille et qu’y z’arrêtent avec leurs bombes… aïe… aïe… aïe…
      Chams s’est approché avec l’air que Neil n’aime pas du tout vu qu’à chaque fois qu’il l’a on l’emmène se coucher dans la maison d’à côté où y a plein de petits mômes pareils à lui et qu’il entend longtemps sans dormir la mouïma se lamenter et que la lune ronde comme un plateau d’argent se pose sur ses yeux et l’emporte… 

                                          A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Lundi 7 août 2006 1 07 /08 /Août /2006 20:13

                                        Un été de feu 

       Nous étions partis tranquilles mon ami Louis et moi quelques jours en vacances à Saint-Malo, la cité corsaire que nous aimons tant, et je comptais bien vous rapporter une ou deux images et poèmes des grands voiliers, superbes copies d'anciens navires corsaires qui se sont retrouvés dans les bassions du port juste au moment où nous y étions, pour l'anniversaire des 50 ans (tiens juste comme moi en ce mois d'août) de leur première course partie alors du port de Saint-Malo.

      Puis nous sommes rentrés après une semaine de bonheur total dans les petites vagues vertes et l'air délicieux toujours sauvage d'Océan dans le four parisien ou plutôt banlieusard qui nous attendait comme tout le monde en ce mois de juillet assez torride et dur à subir pour tous ceux qui, dans la cité où Louis habite et où nous fabriquons nos Cahiers des Diables bleus, ne partirant nulle part, et ils sont les plus nombreux.

      Et j'aurais bien aimé, je le ferai sans doute, vous parler des gamins de la cité et des gens qui restent là tout l'été, de leurs jeux, de leurs rires, de leurs moments passés à jouer aux échecs ou à boire le thé à la menthe sur les matelas installés au bas des escaliers le soir afin de profiter d'un peu d'air plus léger et plus doux malgré la chaleur du bitume qui ne cessait de rayonner qu'à la nuit tombée.

      Mais il y a eu ce que tous vous savez presque à notre retour à Epinay, le Liban et la folie monstrueuse des géréraux séniles et des politicards véreux et morbides qui dirigent ce monde. Le Liban pris sous les feux des militaires dont le plaisir est de jouer à la guerre en expérimentant leurs armes toujours plus démentes et cruelles sur la peau des gens. Le Liban et les gamins qui n'auront ni été ni avenir car ils sont morts sous un linceul de béton et de bétise monstrueuse qui devrait pourtant nous faire hurler...

      Enfin faire au moins crier de révolte et de refus les quelques intellectuels qu'il nous reste dans ce monde somnolent où nous évoluons désormais. Faire écrire celles et ceux qui ont un peu de sens humain et de bonté... Nous sommes bien sûr nous autres dans notre cité de banlieue très impuissants et pas trop sûrs que nos images et nos mots touchent juste, ne rajoutent pas des mots morts à tant d'autres...

      Alors ce conte et ces quelques images qui se voudraient peut-être témoignage différent de ceux qui y sont plongés chaque jour dans le chaos, témoignage de l'émotion ressentie toujours aussi vive face à l'imposture et au désastre, quelques paroles hésitantes et venues d'ailleurs pour redonner un peu de leur rêve perdu à nos amis libanais et palestiniens.

              Les noces rouges de Qana
                  Pour Marïam, Chams et Neil, et pour tous les enfants de Qana, du Liban et de Palestine

Qu'ils retrouvent un peu de leur été et de leur rêve

 - Je chante pour les noces… les noces rouges des grenades…
C’est Marïama d’abord… Marïama légère comme la jeune gazelle dans sa longue jupe de coton tissé large qui ne garde pas la chaleur de l’été ocre rouge et qui la fait un peu grande pour ses dix ans qui commence le refrain de la chanson en essayant de bien faire rythmer la musique de la langue arabe et danser les mots appris le matin à l’école…
      - Je chante pour les noces…

 
      C’est Marïama… ses longs cheveux frisés d’un ton presque rouge qui étonnent les autres filles sortent du foulard blanc où la mouima sa grand-mère a cousu de petites perles de turquoise qu’elle a noué vite fait avant de quitter l’école tout à l’heure…
      Marïama qui aime tellement apprendre les chansons et les poèmes dans leur langue si mélodieuse qu’elle écoute fascinée la moualima quand celle-ci affirme avec un petit clin d’œil aux enfants qui s’agitent un peu énervés par la brûlure de l’air fauve et du soleil que c’est la plus belle de toutes les formes d’arabe au monde…
      Bien sûr qu’elle exagère… elle songe Marïama en reprenant le refrain … Je chante pour les noces… les noces rouges des grenades… mais c’est bon de la croire et ça donne envie encore plus d’apprendre les mots des poèmes… elle se répète en serrant le cartable dans sa main gauche très fort vu qu’y a dedans ses trésors d’écriture de toute la matinée et avec le qualam ça n’est pas si facile que ça…

 
      Dans sa main droite… la mouima sa grand-mère y a peint au henné les plus jolies fleurs de grenades… dans sa main droite elle tient la petite main de Neil qui avec ses trois ans et le pantalon un peu grand de son frère sous la longue chemise presque une gandourah bleu indigo comme le ciel de Qana qui lui arrive aux genoux et lui sert de blouse d’école veut s’arrêter à tous les instants pour ramasser des cailloux sur le large chemin bien empierré où les doublent parfois les camions des paysans des villages proches.
      - Hop ! hop ! hop ! chantonne à quelques pas devant les deux enfants qui rient en se tirant de ci de là Chams l’aîné des garçons qui à sept ans porte lui les chemises du père serrées à la taille d’une ceinture de cuir aux losanges de verre multicolore qu’il ne quitte pas…
      - Hop ! hop ! hop ! … il ponctue les paroles de la chanson que Marïama et lui connaissent par cœur de ce refrain bien à lui pour faire avancer la petite troupe plus vite car après la grande route y a encore pas mal de chemin à faire avant de rejoindre leur maison et Ima va s’inquiéter comme chaque jour…
      - Hop ! hop ! hop ! … je chante pour les noces… les noces rouges des grenades… et l’alouette aussi… dans son ventre elle emporte les mots… qu’elle mange comme les petits cailloux gris…

      Il est deux heures et le soleil rond comme un plateau de cuivre fiché là juste au-dessus de la medina dont les immeubles de pierre sont blancs comme l’argile cuite qu’on sort juste des fours encore recouverte de poussière astique et fait reluire les rues les maisons les champs et les cailloux aussi sur les chemins qui vont vers les villages au-delà de Qana…
      On dirait que tout ça brille avec un éclat d’ambre qui rend les yeux fous… Alors il faut vite rentrer a dit la mouima la grand-mère car sinon le soleil leur brisera les os… cric-crac… et Chams qui la croit bien qu’il soit un homme et qu’il ait pour Marïama l’admiration tendre douce que d’ordinaire les frères n’ont pas ici gratte sa tignasse touffue aux boucles noires en voyant soudain Marïama s’arrêter net et regarder quelque chose là-bas vers le Sud… 
     

      Ravi de l’aubaine Neil laissé à lui-même comme un jeune fennec s’est précipité vers le talus bas couvert de cystes qui borde le chemin et ramasse aussi vite qu’il peut tous les cailloux de couleur ocre rose et blanc ivoire… il remplit ses mains et vide tout ça dans un bout de sa chemise pour en prendre encore d’autres…
      - Neil … Hop ! hop ! hop ! et Chams saisit les mains du petit en les secouant dans tous les sens et l’attire vers lui puis le repousse comme pour une danse… c’est un jeu entre eux que Neil adore et il éclate de rire pendant que tous les cailloux ocre rose et blanc ivoire de sa chemise roulent sur ses pieds nus… les chaussures c’est trop gênant alors après l’école Hop !…
      Mais malgré le rire de légers grains de verre s’entrechoquant du petit Chams sent dans sa gorge et dans son nez un goût de brûlé quand il lève la tête et fixe lui aussi son regard inquiet vers le Sud d’où Marïama ne quitte pas des yeux une sorte de grosse abeille noire dont les scintillements gris argent au creux du plateau de cuivre du soleil sont des signaux qu’ils connaissent bien…
      … Je chante pour les noces… les noces rouges des grenades…

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Vendredi 30 juin 2006 5 30 /06 /Juin /2006 00:07

                                             

      Avant de partir un peu en vacances au bord de l'océan afin de retrouver cette énergie si nécessaire à la création les doigts de pieds dans les petites vagues vertes et de vous rapporter des cailloux ronds et doux, voici encore quelques mots sur la dernière réalisation des Cahiers des Diables bleus.

      Il s'agit d'un Cahier de conte moderne illustré, intitulé Sinbad le taggeur d'oiseaux qui a environ 46 pages au format A4, et que nous venons juste de finir il y a quelques jours Louis qui a créé les images et moi.

      J'avais écrit ce texte de récit-conte en 1999, pour le faire participer à un des livres de la saga des Anges d'Alphabête City, qui est une suite de textes sur mes tribulations dans les cités de banlieue et tous les êtres étranges et fascinants que j'y ai rencontrés. C'est mon amie Christiane Chaulet Achour professeur en littérature comparée à la Fac de Cergy-Pontoise qui m'a encouragée à faire que ce texte devienne un Cahier des Diables à part entière comme un des contes de nos enfances aux merveilleuses images.

      Ce récit-conte est pris comme la plupart de mes histoires entre Orient et Occident, par le personnage de Sinbad dont j'ai repris le nom aux contes des Mille et une Nuits, et qui vit aujourd'hui dans la medina arabe d'une cité de banlieue, taggant ci et là des oiseaux incroyables pour allumer de couleurs les murs gris des blocks béton.

      Louis a créé pour cette histoires des images féeriques qui illustrent chacune des pages en format A4 et en petites vignettes à l'intérieur du texte comme cela se faisait dans nos beaux livres d'images.

      Si cela vous dit, vous retrouverez ainsi le plaisir des lectures enfantines au cours d'un texte moderne qui vous parlera de l'existence des gens dans ces périféeries mystérieuses et pourtant si proches de vous.

      L'adresse pour commander un conte de Sinbad le taggeur d'oiseaux est la même que celle des Cahiers des Diables bleus :

      Dominique Le Boucher 41 Cours de Vincennes 75020 Paris

         Bon été lumineux et solaire

                  et que nos songes vous rejoignent !

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Vendredi 2 juin 2006 5 02 /06 /Juin /2006 11:57

       Nidaba                                                                         

      La troisième fois que je t’ai rencontrée jeune déesse noire à la peau couleur café-crème c’était y a à peine quelques jours de ça… J’me souviens qu’elles venaient juste de me voler ton nom et que j’rentrais ce soir-là à pieds comme d’habitude jusqu’à notre cité au milieu d’la brume des gaz carboniques tant qu’tu marches le long d’la rue tu les sens mais aussitôt franchi les premières barres de la cité y a les grands arbres beaux maîtres d’la forêt qui viennent à ta rencontre…
      La troisième fois… je me suis juste arrêtée pour sentir l’odeur fraîche des feuilles d’la couleur étonnante de tes yeux émeraude car dans le Sud ils sont noirs mais pas les arbres… j’ai vu des photos avec les palmiers géants et leurs pieds qui creusent sous les séghias pour aller boire plus profond encore… j’ai vu la douceur des oasis et peut-être que c’est seulement des images car c’est vrai que j’n’y suis jamais allée… Nous les enfants d’la banlieue on n’voyage qu’avec les histoires…
      La troisième fois… j’avais encore les lettres fluo qui s’allumaient devant mes yeux sur la page du livre… les lettres de mes mots qui étaient plus les miens… Les mots que tu m’avais donnés la première fois où je t’ai rencontrée d’un coup d’reins brutal j’ai arrêté la mobylette mon char glorieux y a trente ans de ça… vroum !… broum !… vroum !…
      Tes mots Nidaba surgie parmi les coquelicots d’nos terrains vagues que le conte a fait champ de blé et d’un épi éparpillé par le dieu du vent Enlil qu’en savaient-elles ?
      Qu’en savaient-elles elles qui m’ont volé ton nom ?
      Qu’en savaient-elles ?

      La troisième fois… tu descendais en riant la rue que moi j’remontais en sens inverse pour aller jusqu’à notre block avec ton survêtement et tes baskets rouges tu courais légère comme la jeune antilope que tu étais… tu avais bondi d’ton Arabie lointaine… tu avais resurgi d’notre histoire ancienne et tu étais là devant moi…
      A peine seize ans que tu avais peut-être… ça m’faisait tout drôle…
      Tu avais bondi pour me rejoindre et tu courais attirée par l’odeur généreuse et fraîche des géantes prairies d’herbes qui entouraient des champs où les épis déjà murs balançaient leurs têtes et faisaient voler leurs cheveux fins et jaune vifs comme c’était le désir d’Enlil le dieu des vents… Et toi tu étais sa préférée…
      Tu bondissais et ta course rouge c’était toi tout entière et ce que tu aimais… Tu m’as croisée… tu faisais tourbillonner autour de ta tête tes petites nattes légères et vu que j’te regardais fixement sans y croire tu t’es arrêtée à ma hauteur et tu m’as dit en éclatant de rire :
      - Eh frangine ! tu n’sais pas si l’154 est déjà passé… s’il est passé j’couperais par le sentier d’la course des lièvres pour l’rattraper à l’autre arrêt…
      - Il est déjà passé… je t’ai répondu en regardant les émeraudes claires de tes prunelles qui scintillaient dans la lueur des réverbères… mais tu auras pas d’mal à l’rattraper en passant par là… sûr qu’t’iras aussi vite que l’vent…
      - Sûr cousine… tu m’as dit en remontant les manches d’ton survêtement et j’ai vu tes bras fins couverts de bracelets qui t’donnaient l’allure d’une déesse de Sumer égarée à l’intérieur d’la cité.
      Avec toi y avait un parfum comme jamais j’ai senti par ici… un parfum d’lilas peut-être par-dessus l’odeur d’nos poubelles et des mouches…
      - C’est comment ton prénom ?
      - Nidaba… et tu as ri à nouveau et tu as tapé d’ta main au creux d’la mienne et puis aussi ton poing fermé contre le mien comme on fait ici pour se saluer…
      - Allez à bientôt cousine ! j’te kiffe bien …
      Et l’soleil qui s’balançait comme pour un’ fête des coquelicots ce soir-là a scellé un pacte de songes et de sang entre nous… un pacte qui a noué à nos poignets un cordon d’laine rouge… le cordon sacré qui garde le seuil de la demeure d’enfance…
      Et tu es repartie au milieu des autos qui commençaient leur ronde folle du soir et d’la nuit à l’intérieur des rues d’la cité et une d’elles a freiné fort en faisant naître des étincelles de bitume sous ses roues pour t’éviter… vroum !… broum !… Mais déjà tu avais repris l’allure du dieu Enlil… tu étais sa préférée… qui soufflait avec malice et obstination des parfums d’lilas et d’glycine un peu fanée qui effaçaient l’odeur d’nos poubelles et qui chantait au fond d’mes oreilles les mots inconnus d’nos histoires à venir.
       Mais… qu’en savaient-elles ?…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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