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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 01:54

                 Les Djenoun de la périféerie

      On  veut juste vous informer de l'expo des illustrations de Louis que vous pouvez admirer sur notre blog depuis deux piges qu'il existe et qui durera quinze jours du 15 novembre au 30 à la librairie Résistance, un espace magique où des gens se bougent, alors malgré cette semaine de grève qui s'annonce bien bien... ou plutôt à cause d'elle venez voir les aquarelles de l'ami Louis, vous ne regretterez pas !

      On y sera samedi 17 novembre à 17 heures 30 et dans la soirée pour vous accueillir et vous raconter des histoires de notre banlieue métisse...

On vous attend !

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Samedi 3 novembre 2007 6 03 /11 /Nov /2007 00:02

Suite de Samedi, 25 Août 2007 Epinay Rien à dire

      C'est drôle... avant d'avoir entendu Deleuze parler de cet acte de résistance qu’est la création j’avais décidé que notre prochain Cahier des Diables bleus qui paraîtra au mois de mars 2008 et qui fêtera l’anniversaire des 40 ans de Mai 68 s’intitulerait Résistances… Notre meilleur moyen de répondre comme toujours à la barbarie des temps étant de plonger à fond nos doigts dans les géantes bouteilles d’encre de couleur et de bomber les murs béton gris de nos cités d’oiseaux aux ailes libellules et cerises de mai…

        Les peintures de Vincent sont des actes de résistance contre une famille et une éducation religieuse bourrées d’interdits… contre la morale étroite des autres… contre une société bourgeoise conventionnelle et réactionnaire qui a donné à chaque rue dans la ville de naissance du peintre Vincent le nom d’une personne qu’il a connue qu’il a aimée mais Sien la femme prostituée qu’il a protégée de la haine des bien-pensants qu’il a hébergée et nourrie avec ses enfants… Sien qui a posé pour Sorrow le portrait terrible ce crayon noir du noir effrité charbon de l’ennui et du désespoir Sien n’a pas de rue parce qu’elle était une putain…je l’ai écrit dans un de mes bouquins où je causais encore de la peinture qui a été pour un moment de ma vie toute ma vie… Squatt d’encre rouge

        “ Une femme enceinte qui se prostitue. La Haye. Les bourgeois la regardent. Il y a des plantes vertes qui bouffent le ciel. Petits ils sont dans leur boîte pleine de choses. On les entend couper la vie des autres avec leurs dents. Vincent est si pauvre. Sien. Elle n’a plus rien de la beauté qu’ils croient… Son ventre et ses seins gardiens des rivières. Sans flics. Barbare. Elle expose son corps. Il peint. Il peint dans la pluie. Sien. Les vitrines rouges des boucheries d’Amsterdam ne la boufferont pas. Sien. Tu portes un nom de terre brûlée et de sacrilège. Sacrilège de Pauvreté parée seulement du petit bout rose de tes seins. ( … )

       Sorrow. Dans le sang de Vincent. Il y a la folie qui me ressemble. Sien ira se noyer quelque part. Le ventre des bourgeois s’agite. Les putes derrière les vitres bien gardées. Flics. Sardines. Avec une calculatrice pour ne pas trop… Une… deux… trois… j’irai dans les bois… Combien ? Dans la ville de Vincent chaque rue porte le nom de quelqu’un qu’il a connu. Aimé. Peint. Mais Sien n’a pas de rue. Sien n’a pas de rue. C’était une prostituée. Comme toutes les femmes. Comme moi. ( … ) ”

          Les peintures de Vincent sont des actes de résistance contre les stéréotypes du dessin et de la peinture en vogue dans les ateliers à son époque… un de ces ateliers de Montmartre où on lui reprochait de ne pas savoir dessiner… contre une société qui favorise les inégalités et la misère sociale lui qui se sentait camarade des paysans et des mineurs du Borinage… et contre tout ce qui voulait limiter sa liberté et puis contre la médecine psychiatrique pour finir… Si l’œuvre de Vincent me touche tant c’est justement parce que chaque dessin chaque peinture est un acte de résistance qui répond à un interdit à une forme de mépris ou de réduction de l’idéal qui menait la totalité de son être et qui était à ses yeux inaliénable…

      Chacun des dessins chacune des toiles de Vincent exprime avec des résonances désespérées ou ardentes sa résistance et sa singularité souveraine dans un domaine précis où il rejoint la souffrance les refus et les luttes d’autres êtres humains dont il est par sa création solidaire.

         Les mangeurs de pommes de terre et les dessins des ouvriers et paysans du Borinage sont des œuvres proches de la misère paysanne et ouvrière du Nord… les dessins de Sien sont proches de la condition des prostituées et de leur exploitation dans les bordels les maisons de passe les rues crasses des villes… proches de l’esclavage des femmes… Mais les autres peintures réalisées à Arles et dans le Sud chacune avec leurs différences chromatiques si riches et leurs lumières éclatantes rompent avec quelque chose de convenu d’ordinaire et de soumis à notre habituelle condition…

        Que ce soit La chambre avec la tache rouge feu et sang de son édredon La pipe ou La petite chaise de paille et leurs jaunes et verts citron brûlants acides et crus La nuit étoilée où toute la puissance cosmique du monde éclabousse des bleus du désert aux spirales météores nos regards éblouis Le café à Arles avec ses couleurs de grenades tranchées et d’absinthe ou L’homme à l’oreille coupée et son “ funeste coquillage ” et puis tant d’autres… y a toujours la nécessité d’exprimer et de répandre sur la toile cette vitale énergie constamment bridée comme la course d’un cheval sauvage qui galope dans l’écume au crépuscule et qui fait jaillir des minuscules éclats de pierres écarlates du soleil… cette passion de l’être à vouloir et à exiger de vivre à la hauteur de son rêve qui l’anime et à ne pas demeurer une bête de somme misérable…

       Me semble que c’est sacrément d’actualité tout ça… Les dernières peintures de Vincent à Auvers-sur-Oise sont comme les lettres de Camille Claudel à l’asile de Montdevergues et ses ultimes sculptures juste avant son internement des actes de résistance vis-à-vis de ce que la société a mis au point pour se protéger de ce qui remet en question l’uniformité des êtres dans un destin toujours malheureux et inaccompli et réclame son droit à l’intelligence et au bonheur : l’enfermement dans les asiles d’aliénés…

      Le champ de blé au corbeaux comme en cause si juste d’ailleurs un certain Antonin Artaud dans son texte Vincent Van Gogh le suicidé de la société… un chant de vie incroyable juste avant de se faire la malle.. Artaud qui devait lui aussi résister à cette forme d’incarcération a écrit des paroles si proches dans la même sonorité et les couleurs si terribles de Vincent les mots si luisants de Monsieur Antonin comme le Sakountala de Camille Claudel dont le plâtre a fini de pourrir dans une cabane de jardin du Musée de Châteauroux mais dont le bronze étincelant de rosée a réveillé les muses endormies du jardin du Musée Rodin donnent raison à Malraux en traversant malicieux et rebelles la mort…     

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /Oct /2007 12:42

Samedi, 25 août 2007 Epinay        Rien à dire 

                                            A  Zyad et à Bouna morts il y a deux ans électrocutés à Clichy-sous-Bois Morts pour rien ! Deleuze dans Ça ira quand même :  

        “ La bêtise n'est jamais muette, ni aveugle. Si bien que le problème n'est plus de faire que les gens s'expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n'empêchent pas les gens de s'exprimer, elles les forcent au contraire à s'exprimer. Douceur de n'avoir rien à dire, droit de n'avoir rien à dire, puisque c'est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d'être dit. ”

           En regardant et surtout en écoutant puisque c’est tout le contraire d’un spectacle une des interventions de Deleuze sur le cinéma enregistrée en 1987 j’ai pioche une phrase parmi tout ce qui se disait et y en avait tant d’autres que j’aurais pu picorer… une phrase qui me touchait avec sa justesse et sa façon si humaine de s’adresser aux gens… Des mots qui font écho à ce que j’ressens quand je songe à la création mon total souci depuis toujours…

           En causant de ce qu’on appelle l’œuvre d’art qui est déjà un drôle de mot quand on pense à la toile blanche de Cy Tombly et à ses 2 patates d’euros et au baiser rouge que Rindy Sam la jeune femme cambodgienne peintre aussi mais plutôt fauchée lui a offert condamnée pour vandalisme… donc en causant des œuvres d’art Deleuze dit qu’elles sont d’une certaine manière un acte de résistance et il cite lui-même Malraux à qui ont peut faire crédit de son engagement dans les Brigades Internationales durant la guerre d’Espagne qui affirmait que l’art est ce qui résiste à la mort et sans doute ce qu’il reste de nous…

          Sans le savoir enfant et ados j’étais un être révolté à temps complet avec un gros sac de silence qui écrasait des fois des mots cassés fracassés hurlés et puis à nouveau c’était l’autisme et le désespoir à donf mais y a tant d’enfants qui vivent ça et qui ne dénichent pas les pistes désertes de la création pour se tirer de là et du reste… M’affirmer c’était commettre des actes de résistances informels mais ils étaient dans mes tripes aussi absolument vitaux que ça a été vital ensuite de barbouiller sur des toiles blanches des choses rouges comme un baiser pour marquer le blanc vide de la détresse autour sur moi partout dedans à mort… la mort déversée par les autres sur un corps d’enfant vivant terrible !            C’était une lutte finale trop inégale c’était mes premiers dessins gribouillis aussi tôt que l’ont fait ceux qui ont du génie et avec eux j’ai survécu à la folie je crois c’est tout… Deleuze nomme deux actes de résistances la lutte humaine pour sa liberté et l’œuvre d’art et les deux dans ma vie sont étroitement liés toujours ça n’a fait qu’un Vincent et la Commune de Paris Goya et les anarchistes espagnols du POUM et de la CNT… Me demandez pas pourquoi c’est à l’intérieur du silence de la terre ocre rouge quand je bricolais les premières céramiques et qu’en y mettant le feu j’imaginais qu’elles seraient immortelles…

           Le combat des mineurs des ouvriers des fonderies ou des manœuvres de l’industrie automobile pour leur liberté et leur dignité a tout à voir avec Guernica de Picasso et d’ailleurs je salue drôlement le dessin de la bagnole Guernica dans Charlie-Hebdo en hommage aux types de chez la Renaud et la Simca qui ont pété un câble et Hop Hop ! se sont tirés de cette démence à machiner du rien qui a bouffé leur vie jolie saloperie… ou avec Citoyens de beauté et Matinale de mon peuple de Jean Sénac. Les artistes qu’il dit Deleuze ils créent parce qu’ils en ont besoin et pas autre chose et c’est ça qui rejoint le combat que des hommes dans la lutte sociale et vitale ouvrière mènent en commun alors que le créateur lui c’est un solitaire il a largué la meute il peut plus et pourtant il vit pas s’il ne communique pas avec son art même dans la zermi c’est ça qu’il veut être avec les autres tout près les aimer les sentir les toucher !…

           Besoin d’être avec les autres et de se serrer fort les paluches au-dessus du trou de la mine quand ça descend net et qu’en bas tu te fais niquer tes poumons et ton souffle pour des choses pour du rien pour des impostures grotesques… besoin de virer tout le bazar ensemble et de mettre à la place des mondes où le matin on se réveille avec le camarade soleil qui nous lèche les arpions à midi et c’est bon et c’est chaud comme la cerise écarlate du baiser  de Rindy “ Cette tache rouge sur l’écume blanche est le témoignage de cet instant : du pouvoir de l’art. ” Un baiser un geste d’amour si proche si rebelle dans un monde de glaciation à fric c’est une chance donnée aux gens qui passent par là de cesser de crever de froid et d’enfermement à l’intérieur de leur peau…

           Ouais c’est clair toute œuvre d’art est un acte de résistance et tout acte de résistance est une œuvre d’art… une œuvre d’art populaire qui monte de la rue et qui n’a pas fini de barbouiller de rouge sang feu folie et poésie la toile blanche à mort du pouvoir auquel on va donner d’autres réponses que notre suicide… les réponses de la rue aux cuissardes rouges dans la nuit noire dessous de nos rêves nus c’est extra !

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Mardi 23 octobre 2007 2 23 /10 /Oct /2007 17:11

                                La belle étrangère

Ecoute… écoute…

Elle vient juste de sauter dans l’autobus d’Afrique… on n’peut pas l’appeler autrement… une des bétaillères de la banlieue Nord-Est après l’avoir quitté lui et la fille au sang chaud qui offre ses grenades et ses bombes aérosol en face des Studios Eclair comme une qui cherche à faire un casting rien que ça pour débuter et puis après… elle les emportera tous dans son mouvement irrésistible des hanches et dans c’regard étonné qu’elle pose sur eux… elle… la belle étrangère…

Les Studios Eclair c’est là qu’on a tourné les scènes où l’Canal serrait les gens à la gorge avec son foulard de brumes graves comme si c’était vrai… Les scènes du film Hôtel du Nord dans les Studios Eclair c’était des décors qu’on n’peut pas croire… la passerelle métal verte et sa mousse par-dessus… le pont tournant pour qu’les péniches elles se coulent dedans le petit boyau étroit pareil un trou de lézard jusqu’à l’estomac d’l’écluse où ça gargouille vrombit éclabousse postillonne à fond… et qu’elles mangent l’eau de leur museau de bois…

Et même l’eau du Canal avec son atmosphère qui prend la gorge entre ses deux mains fraîches et vous caressent doucement doucement…

 

Lui juste après l’avoir quittée il reprend la rue qui monte entre les tours qui fricotent avec le ciel en se demandant si c’est parce qu’il vit ici depuis tellement longtemps qu’il ne voit plus les choses de ce regard d’étrangeté qu’elle pose sur tout comme la rosée le matin.

Deux mains fraîches qui vous caressent doucement et vous donnent envie de partir là où y a du grand soleil généreux un peu hirsute… Son atmosphère qui racle en dedans de la gorge et l’accent des Faubourgs qu’on n’peut pas imiter… Oui même l’atmosphère de l’eau du Canal ils l’ont reconstituée dans les Studios Eclair où on fait encore du cinéma mais plus pour longtemps.

Ecoute… écoute…

 

“ Les Saules ”… c’est là qu’ils descendent… deux… peut-être trois garçons à la peau chocolat fine tendue comme celle des gazelles d’Afrique qu’elle voit partout sur les trottoirs ici et qu’elle retrouve avec bonheur à chaque fois. C’est comme si elle pouvait faire le voyage pour Bamako… Lomé… ou pour un village du Sud d’Africa pareils à ceux qu’il y a dans les films d’Ousmane Sembène… Leurs noms elle ne s’souvient pas… les villages et les termitières totems rouges… les marchés avec les cuvettes les bassines plastique toutes les couleurs et les tissus aussi dans les tons vifs et les ombres brûlantes qui l’éblouissent… La zermi elle est autrement là-bas comme celle des bidonvilles avant elle éclate de rire et de grenades rose écarlate et l’invention elle est partout même si c’est pas forcément la vie qu’on rêve…

Deux trois garçons qui se tirent direction le collège juste à côté ils sont nés ici et la savane rouge ils n’la connaissent pas plus que moi la honte ! Leurs darons ne retourneraient pas c’était sûr… l’billet d’avion il est bien trop cher et puis les jeunes eux ils ont leurs frangins ici dans la cité ils sont mélangés chocolats cafés au lait pains d’épices et avec les Gaulois et les yeux bridés aussi depuis qu’ils sont p’tits et ils préfèrent qu’est-ce qu’ils iraient faire là-bas ouala la galère !… Dans leurs survêtements blacks ils tracent entre les gens qui n’s’occupent que de prendre les places vides ils descendent sautent sur le trottoir macadam… y’en a un qui tchipe sans s’retourner vers un gros type qui veut monter et le bouscule d’son estomac d’otarie et ils courent… courent jusqu’à l’angle où le bus qui les dépasse les perd et elle aussi… 

L’autobus le 154 la bétaillère dans laquelle elle saute deux fois par semaine parmi les gens qui habitent la ville autour des Studios Eclair où on fait du cinéma et d’où parfois mais pas souvent on voit des acteurs sortir avec l’allure et qui s’engouffrent au fond d’leurs carrosses chauffeurs noir métal elle l’aime bien parc’qu’il est rempli bourré de gens qui ont des histoires et on peut lire dans leurs corps ébène et ambre des légendes magnifiques… leurs corps encore proche d’Africa et de sa sauvage douceur tatoués dedans des songes et des récits anciens qu’ils ne raconteront pas…

Elle l’aime bien même si c’est pas facile de courir et de sauter là-d’dans après l’avoir quitté lui et sa belle étrangère qui n’veut pas la laisser partir… Elle l’aime bien l’autobu le 154 la bétaillère de la banlieue Nord-Est où elle s’entasse quand c’est samedi avec les femmes et la beauté d’Africa qui lui saute dessus et la mord… Les femmes d’Africa d’la banlieue et leurs robes sur leurs hanches incroyables et leurs seins nourriciers leurs turbans et leurs bijoux leurs pupilles d’ombre aussi poussiérées d’or leurs éclats de voix et leurs rires qui lui retirent la tentation d’être ailleurs…

Elle l’aime bien même si elle sait qu’les êtres qui crèchent de l’autre côté des terrains vagues où on vide les grands sacs de gravats des morceaux cassés des tours qu’on a construites hier où ils ont grandi n’donnent pas comme ça leur confiance et leur parole aux autres ceux qui s’ramènent avec le matos à l’épaule dans leur territoire pour faire du mauvais cinéma où les histoires d’la périphérie sont écrites au coût du sang par des chasseurs d’ivoire qui ont jamais lu Rimbaud… 

 

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 02:18

Lundi, 15 octobre 2007  « Entrez dans la danse… »           D’ordinaire je vous parle de notre cité d’Orgemont à Epinay dans ces petites chroniques sauf quand y a urgence ou bien que des histoires formidables viennent à ma rencontre dans les jours où je vagabonde de Paris sur Seine à notre banlieue et là c’est le cas surtout qu’il s’agit d’un endroit que vous connaissez bien… La Gare du Nord ça ne vous dit rien ?… Je sais c’est souvent que je vous en cause depuis que j’y ai croisé le destin incroyable de Marion et du chien Sentinelle ( voir article précédent… ) mais ce coup-ci je crois bien que vous aller rire vu qu’il s’agit encore de nos douloureux et amoureux transports en commun de banlieue !

Donc mercredi après-midi comme tous les mercredis je retourne du côté de notre cité où l’ami Louis m’attend en essayant de dormir un peu pour récupérer le lever à l’aube des gens courageux et je passe comme des milliers d’entre-vous tous les jours dans le hall de la Gare du Nord le coin qui se trouve à la sortie de la ligne 4 du métro avec ses marchands de journaux et de fleurs… ouais des fleurs je n’risque pas d’aller lui en acheter malgré que ça soit mes copines depuis toujours les fleurs mais c’commerçant-là comme la plupart de ses congénères d’ailleurs je le kiffe pas du tout… Que je vous explique…

J’arrive à l’endroit qui fait une petite agora juste au bas des escaliers qui montent direction de la verrière et des palmiers ébouriffés là où on a droit à des contrôleurs de tickets tout neufs et qui fonctionnent si bien que la porte de communication est toujours ouverte sinon y a des embouteillages aux tourniquets enfin la galère habituelle quoi… Et là je vois quoi juste sous les escaliers qui montent au niveau au-dessus et pas loin du marchand de fleurs hargneux bête justement ?… une bande de jeunes multicolores blacks rebeus chinois gaulois et autres qui ont installé leur sono et qui dansent chacun leur tour une de ces danses hip-hop dont je n’sais pas le nom mais c’est extra !

Autour d’eux les gens qui viennent ou qui retournent dans la banlieue ils font le cercle et tout le long des escaliers et sur la passerelle aussi on est bien deux cent peut-être plus à regarder et à s’en mettre plein les yeux tellement qu’c’est trop bien et les gens applaudissent à chaque numéro et jettent des petits sous… c’est la teuf à donf dans notre Gare enfin ! Et là en mattant les visages réjouis et surpris mine de rien je me dis que j’ai bien raison… ouais les gens d’la banlieue ils aiment ça cette musique et ces danses-là qui causent et qui nous enchantent d’Africa et ils en veulent et de la teuf aussi !

Ça dure bien un quart d’heure et je surveille alentour vu que je sais qu’les mâtons vigiles d’la Gare n’sont jamais loin mais là j’me tape une sacrée surprise en remarquant à quelques mètres de moi trois keufs qui écoutent aussi la zikmu d’la zone sans moufter sans la ramener et sans jouer de la matraque ! Eh dis-donc ça adoucit vraiment les mœurs alors ! je me dis… Et soudain qu’est-ce que je vois qui rapplique tout haineux et colère comme pas deux ? Le marchand de pâquerettes qui commence à prendre le chou aux keufs qui n’disaient rien et patati et patata !

“ Bon alors là faut faire quelque chose… c’est pas vrai ça c’est juste devant mes fleurs leur truc !… Faut que j’aille me battre alors ?”

Les keufs ils me semblent pas enthousiastes du tout de se bouger vu que les gens apprécient drôlement et qu’ils risquent de provoquer encore un bazar comme ils font à chaque fois qu’ils se mêlent de mettre de l’ordre à leur façon… Drôle mais ils ont pas la hargne eux ni l’agressivité à fleur de peau comme on les voit souvent… Non pas du tout… Ils écoutent le type qui vocifère en essayant de temporiser et puis comme un des jeunes a pris le micro pour donner le nom de leur groupe et l’adresse où on peut aller les voir danser un des keufs se dirige mollement vers lui et lui parle tranquille que le vieux râle pour ses ventes et s’ils peuvent aller un peu plus loin…

Pas grave vu que la représentation est finie et que les jeunes ravis ont ramassé pas mal de monnaie et nous on a eu un spectacle d’enfer alors tout l’monde retourne cool prendre son transport avec plein de rire dans la tête et dans les yeux !

Tout ça pour vous dire ce qu’on sait déjà que même si les keufs n’se font pas toujours supplier pour foncer dans l’tas… y a du monde derrière qui provoque ça et ce monde c’est lui qui mettait des raclées aux Algériens et à tous les basanés avant de les virer dans la Seine un certain 17 octobre 1961

Ouais… moi les commerçants de la Gare du Nord je n’les aime pas et je n’suis pas la seule… pas plus que tous ces gens qui exhibent des choses très cher devant le nez des jeunes et de nous autres qui ont pas les moyens… et alors qu’est-ce qui se passe à votre avis ?… Toute cette société de consommation c’est une grosse ogresse au derrière énorme qu’est assise vautrée sur notre soleil les frangins ! Faut la virer de là ! Suite de l’histoire de la Gare du Nord samedi soir c’est-à-dire avant-hier et c’est là qu’on se marre ! Mais d’abord un détour pour vous causer de notre visite samedi à Louis et à moi de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration… majuscules parce que les immigrés ils les méritent bien et que dans ce joli lieu on les leur rend, pas trop tôt ! Cette cité elle est superbe même si elle manque carrément d’éléments qui se trouvent dans les mairies et autres de banlieue, sur le peuplement des bidonvilles cités d’urgence cités dortoirs et tout ce qu’on connaît tellement par le cœur nous autres…

Ouais elle est très réussie la cité de l’immigration et elle a réalisé pour s’installer un retournement de situation génial qui consiste à utiliser l’ancien « musée permanent des colonies » construit en 1931 lors de l’exposition coloniale internationale qui a eu lieu au Bois de Vincennes, devenu ensuite « le musée permanent de la France d’outre-mer » puis « le musée des Arts africains et océaniens », ce bâtiment extra de la Porte Dorée qui emprunte à l’art architectural d’Afrique du Nord du Moyen-Orient et de l’Afrique, pour installer enfin la mémoire de ceux qui ont contribué à construire ce pays, à le défendre et à nourrir sa culture et sa langue dans un espace qui leur revient…

Un grand salut de notre part à celles et ceux qui ont osé ça dans une époque de chasse à l’étranger et de fantasme crétin de l’invasion ! On était assez nombreux à faire la queue samedi alors y a une chance que la bêtise haineuse des bouffons n’ait pas encore tout digéré par ici et que les Gaulois qui ont comme nous grandi avec des mômes venus de partout ne laissent pas leurs potes se faire virer de chez eux !

Une fois bien crapahuté à l’intérieur de la cité il fallait qu’on se rentre dans la nôtre de cité direction la Gare du Nord pardi… Un samedi qu’est-ce qu’on risque ? Des trains bondés comme d’hab mais on n’avait pas réfléchi que ce soir la grandiose bêtise nationale allait nous rattraper normal ! Arrivés sur notre quai habituel on entend comme les autres très rôdés pourtant aux facéties du style : « pour cause de manque de personnel le train de 18H58 est supprimé… nous vous prions de nous excuser pour la gène occasionnée… «  bla bla bla on la sait on la sait… 

Tiens ils manquent de personnel à la SNCEF ? Et la sono à donf nous reprend les esgourdes : « la SNCEF a le plaisir de vous annoncer dans le cadre de son partenariat avec le Stade de France que le match de rugby bal bla bla… retransmis sur écran géant bla bla bla… » et ça dans toutes les langues de la terre plein les feuilles de choux toutes les minutes pour les deux cents pélerins qui guettent en vain un train…

On finit par le voir se ramener le dur et on s’entasse dedans comme on peut et on part youpi ! Mais non pas youpi vous savez pas ce que c’est vous autres que la bêtise crasse de par ici un soir de match dans une contrée où y a plus d’autre idéal en commun que la chasse aux zimmigris et le sport de masse à la ramasse… A peine arrivés à la seconde station Epinay-Villetaneuse notre dur il stoppe net et il repart plus fois d’animal ! On attend on attend on attend… et au bout de… vingt minutes : « pour cause de malaise d’un voyageur ce train ne prend plus de voyageurs… » Si si c’est vrai je vous baratine pas…

Donc on descend tous les femmes les mômes les vieux et nous sur le quai les deux cents et plus et on voit arriver un autre train bourré à bloc dans lequel les voyageurs abandonnés entreprennent de grimper… c’est du Céline au Danemark pour de vrai j’vous assure… Nous très peu l’ami Louis et moi on en a ras le burnous et on décide de se le faire à pieds tant pis ça fait du 4 kilomètres genre comme ça vu qu’on est de l’autre bout d’Epinay Hop Hop !…

Autant vous dire que durant toute la balade on a pas croisé un seul bus et que notre 154 notre autobus des brousses il était lui aussi de sortie « faute de personnel… » Encore faut pas s’plaindre ni pleurnicher y pleuvait pas y faisait doux et y avait qu’une heure de marche environ c’est pas si pire… En arrivant on s’est jetés sur le frigo et on s’est fait une super bouffe de riz et poisson pour se remettre… l’Afrique c’est ça mais là-bas sans doute que c’est pas seulement quelques kilomètres dans les pattes enfin c’qu’on imagine… Et ne croyez pas qu’après ça on se désolidarise de la grève de jeudi au contraire ! La Gare du Nord c’est un territoire formidable et on a pas fini d’y danser nous les p’tits rats au museau rose fendu les chiens des vigiles et tous ceux qui aiment vivre ensemble !

Et à Ali l'épicier gentil de la cité de La Source qui est reparti direction Alger pour un dernier voyage... Ali à qui tous ceux qui l'ont connu et aimé à la cité et dans Epinay ont rendu hommage dimanche soir on dit nous aussi l'ami Louis et moi avec de la tristesse et le coeur très gros : Merci Ali...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Banlieues
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