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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 22:15

Décor encoreLe grand jardinier

Des-corps rivières fleurs et fruits

Des-corps crinières épanouies

Si on savait comment faire

Pour retirer tout ce qu’y a derrière

Eh toi ! corps du vieux monde eh !

Toi à corps et à cris

Cris de joie pardi ! Croa ! Croa !

Cris silences d’une femme accroupie

En train de pisser sous la pluie

 

Dans le caniveau misère enchantée

De la cité pourquoi décor

Une bonne fois pas déplier ?

Et recouvrir toute la ville victuailles

Et pognon matraque soleils jetés

En culs de sacs

Des-corps rouges forêts îles prairies

Une bonne fois vieux monde

Des-corps de fous

Mettre à la place des-corps de sages

 

Eh ! vieux monde pourquoi

Pourquoi la laisser se mouiller seule

Et faire comme si

On n’était pas au parfum lilas bleu

De chez rupin l’arnaque

Un des tenanciers des pissotières d’ici

Une bonne fois balayer chimères

Et tartiner de confiture

Des-corps vers luisants pas chiens qui font tentation

Au passage des lampions

Que portent les kangourous

Au ras de leur poche tant que dure

Eh là ! le ramassage des ordures

 

Décor envers de nous

Envers de notre indifférence

Des-corps confettis d’or

Bientôt on touchera au port

Vieux corps du monde eh !

Pas encore muée ta peau ?

Pas en-corps usée ?

Corps du vieux monde paumé largué

Des-corps chandelle

Juste allumé sur le pavé

Comment tu vas

Quand phare s’égare à te mater

Où tu t’en vas corps étriqué oiseau de nuit

Costard taillé par frénésie

A coups de craie sur goudron pluie

 

Dehors c’est beau

Lilas frémit que d’y penser si tu avais

La louche idée de nous en faire

Porter l’affaire au teinturier

Des-corps nuages cheval été

Des-corps rivière débarbouillée

Eh compère !

Vieux corps du monde mal fagoté

En lampadaires décor raccommodé

 

Des-corps paresse baisers matins

Des-corps promesses de petits riens

Femme dans le caniveau accroupie

Décor entre ses pieds qui fuit

Oiseau bis

Eh vieux monde ! sans tenanciers matraques

Sans envers et sans endroit

La vie demain elle sera bleu lilas.

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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 19:05

 

Epinay, jeudi, 24 mars 2011

Dimanche, 18 avril 2011 le-chien-indigene-palmiers.jpg

 Aux Libyens assassinés par les tueurs de la Françafric

A Vittorio Arragoni militant pacifiste tué à Gaza parce qu’il n’était pas indifférent

Restons humains !

 Printemps d’Afrique Vittorio-13.jpg

 En avant… pour la grande offensive des asiles d’aliénés de Toulon leurs garnisons de déments qui jouent à l’intérieur des baignoires débordant de petits chimpanzés jaune citron à démonter remonter démonter remonter leurs Famas ! En avant… leurs petits poings de gnomes à tignasse fluo tondue ras serrés dessus les cannettes de bière où nagent des rats bourrés ils avancent en rangs le paquetage à l’épaule ils sont prêts pour l’épopée au désert peuplé au fond des trous de chacals rouge et d’éperviers ! 

En avant… tous en première ligne les tueurs vers de gris sortis des camisoles qu’on n’attache jamais assez solidement dessus leurs corps où grouillent les cicatrices luisantes lucioles cousues à même leur peau de varans mécaniques qu’ils ont ramassées à Sétif à Tizi-Ouzou à Dien Bien Phu à Ouaga à N’djaména à Port Saïd à Sarajevo et à Abidjan ! En avant… dedans l’asile de fous caserne où ils sont enfermés des années ce qu’il en reste d’eux leurs dents d’assaut bonnes à empoisonner n’importe quel Négro… Mercenaires ils connaissent le fell le jap le blackos comme des animaux mal apprivoisés leur fourrure épaisse vaut un paquet de pognon et ils mordront sitôt qu’on les aura lâchés à l’assaut des tribus de Koufra que la poussière de paille prépare à la mort sous des suaires légers !

 Sous ton suaire léger de fleurs de jasmin Vittorio tu as repris le voyage au milieu des couleurs que les tueurs invisibles insectes ne voient pas… ne voient jamais… ils ne distinguent que le noir et les degrés des cendres souterraines là où la lumière a été consumée pour toujours… La gangrène qui pourrit leurs jambes moignons bruit du bois qu’on casse aux genoux des kamikazes les empêchera de te suivre sur ton chemin de vitrail que les premières mousses de l’aube colorent pour tes talons qui traversent le réel que nous avons raté…     

Bleus intenses écartelés tout se précipite à ta rencontre

Sur le papier tu endosses les pigments de la malédiction

Uniformes d’eau blanc céruse époux à la fiancée fuyante

Les soleils de chrome mangent la place qui te reste

Tes réserves se réduisent à ton rire ton masque oiseau ne te sépare plus

La sueur verglace tes rides qui n’auront pas le temps

Le graphite te cerne de son trait noir comment vieilliras‑tu

Tout est gravé dedans ta chair déjà où la douleur jette les dés

Rouges puissants liquides tout s’est mis à bouillonner

Au fond de la blessure faite au monde la déesse cinabre

Accroupie devant les pages arrachées de ton carnet de notes

A mêlé ton sang clair aux fleurs de grenadiers et tu es né

Joyeux et vif comme la lumière d’un printemps d’Afrique

Dans les cheveux des astres morts rebondissant sans fin

 

Printemps d’Afrique Au pays Yorouba

Ils ne te laisseront pas grandir

Une sueur d’amandiers rouges va crêper nos cheveux

Je ne veux plus habiter ce monde

Les sentinelles de Tunis n’ont pas vu les grues de Mourzouk qui remontent vers le Nord

Demain elles seront au check point de Rafah et leurs cris de sirènes lugubres

Appelleront les esprits du sable autour du cercueil de Vittorio recouvert de lézards verts

L’œil métal des crocodiles aux rives d’Assiout soupçonne les fardeaux de viande à l’intérieur des Dodges

A Duékoué l’âme des griots a repeint toutes les portes avec le sang cru des placentas comme des grenades

La colère des jeunes étudiants de Ouaga affole les panthères qui savent déjà se servir de fusils d’assaut

Elles déambulent devant nos quartiers de haute sécurité en string trois couleurs rouge vert jaune

A poil l’Afrique ils ne te regarderont pas longtemps danser tes enfants noués sur ton dos

Détachant le boubou bleu lazuli des reins de leurs mères pour former un seul peuple dans le cercle des palmes et des fontaines

On sait ce que ça signifie un printemps qui arrive en hiver

 

Printemps d’Afrique Masq

 Je ne veux plus habiter ce monde

Vous qui vivez ici vous détruisez le nyama des puits des sources et des fleuves

Que les nommos quittent un à un ils grimpent glissent s’échappent retournent hier

Le nyama de la bonté abandonne le corps du génie de l’eau et la carcasse vide du cormoran noir

Et du pélican blanc fils d’antan effarés de la migration d’acier au luxe miroitant ses carapaces féroces

Ses plaques d’or épicées des graines de la peur semences tueuses de rosée

Et les jardiniers de Koufra déposent une poignée de sable une poignée d’olives sur le cercueil de Vittorio

 

Printemps d’Afrique

Je ne veux plus habiter ce monde

Où les fabricants de machettes des usines d’Occident n’imagineront jamais que les masques awa

Du lièvre et de l’antilope vont garder vivants les nyamas des jeunes guerriers et que leur force

A l’intérieur du bois des arbres taillés les protège de la dispersion de leurs membres réunis parmi la paille rose et jaune des fétiches

Ton corps Vittorio ne traversera pas la terre qui ne reconnaît ni le rituel de dama pour les funérailles des hommes aimés d’Amma

Et de leurs frères humains ni le partage des marches de pierre qui chevauchent la falaise

Maison des sépultures où tu as porté sur tes épaules les champs de mil et d’oignons les outils et les semences

Les paniers tazu de la récolte les jarres d’argile et d’eau et la prédiction du renard pâle

Il a croisé deux fois ta route et dans l’hiver du grand feu il t’a annoncé la destinée absurde des enfants d’Afrique

Esclaves deux fois esclaves dans l’impureté de la douleur qui fleurit sur eux cendres coton

Vendus par les gourous gras aux petits dieux blancs trésor de sang des caravanes entières de mains et de pieds nus masque-africain-petit.jpg

Fouillant les dessous de soie jaune d’Imouraren la prostituée du Niger la seconde épouse

Avant eux elle était princesse touarègue de l’Azawagh cavalière meneuse de troupeaux

Les chèvres rousses les moutons les chamelles fuyant les hoquets de leur soif

Et chaque puits de son royaume jardin d’immense aux khaïmas blancheur tissée à ras de rosée d’aube

La nommait sans rivale maintenant elle n’est plus que leur servante dos courbé boubou défait

Errant à travers les rues de poussière ardente les mèches de sa chevelure tressée liant les poignets

De son peuple chassé rageur humilié peuple de bergers d’azur au cheich s’ébrouant d’astres à l’heure du grand repos

Contraint à la colère funèbre des éperviers à la guerre au chaos à la mort colportés sans fin par les petits dieux blancs

Printemps d’Afrique  caravane-chameaux-cat.jpg

 

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Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 16:12

 

“ Ce jour‑là ”

Epinay, samedi, 2 avril 2011Mineur-silicose.jpg

 

Extrait de “ Ce jour-là, Le mineur silicosé, 1951 ” Willy Ronis

 

“ Ce jour-là, des amis m’avaient emmené voir, à l’occasion d’un reportage que je devais faire sur le pays minier, un homme qui était à la retraite et qui était silicosé. Il habitait Lens et n’en avait plus pour longtemps à vivre. C’est tout de même quelque chose qu’il faut montrer, m’avaient dit ces amis qui me pilotaient dans la région. Et ils m’ont conduit chez lui. L’homme était à sa fenêtre, au rez-de-chaussée. Il regardait dehors. Il ne mangeait quasiment plus. Il fumait. Il fumait beaucoup. Il fumait tout le temps. Il avait seulement quarante-sept ans. Il est mort quelques mois plus tard. 

 

Quand j’ai vu qu’ils avaient commencé à exhiber les images de ce tas de ferrailles fumantes je me suis dit que c’était trop tard

Ici le printemps a poussé la porte de l’hiver et c’est la première fois que je m’en fiche

La joie légère presque innocente des arbres blancs a enfilé un string de plastique noir

Et je n’y peux rien

Je dirais que le printemps ne me concerne pas s’il ne s’en prend au mal qui ronge les racines de l’arbre

Pour la première fois je sais que ça a commencé et que le crédit d’éternité que fait la mort aux poètes s’arrête là ( a pris fin )

Le puits d’où je remonte le seau rempli d’histoires n’est pas vide mais l’eau a cessé de chanter

Je n’ai plus assez confiance en elle je préfère garder ma soif et boire l’eau du bocal à poissons rouges

Quand ils ont commencé à montrer les images de leur monstrueuse cérémonie et à danser autour je l’ai entendu

Me parler comme d’ordinaire et sa voix n’était plus celle d’une enfant rebelle du désert née dans l’oasis de Farafra

Où nous nous sommes rencontrées longtemps avant “ Ce jour‑là ”

Longtemps avant que leur cataclysme de ferrailles éventrées et de magma solaire ne soit l’autel de notre nouveau sacrifice ( nous sommes tous volontaires pour les liquider )

Et qu’ils n’emballent les premiers cadavres dans les sacs plastiques remplis de billets de mille dollars ( nous n’avons jamais manié les armes mais nous allons apprendre )

Elle lavait son corps roux nu dans l’eau de la source chaude et les bulles de vapeur éclataient en gouttes grenat sur sa peau

Elle avait dix ans à peine et je l’ai découverte à l’aube au moment du bain les chamelles dormaient encoreMuse

L’air frais de la nuit sucré par la brume qui montait des tas de dattes dressait ses petites nattes café brûlé sur son crâne luisant

Cachée derrière le plus grand des palmiers bleus je l’ai regardée comme j’avais vue épuisée après plusieurs jours de marche

Sur ces saletés de cailloux incendiés du désert noir j’avais mal calculé les distances comme une toubab ahurie

En haut de la dune aux reflets bitume qui planquait l’oasis des dizaines de cases multicolores entourées de manguiers

Et des chèvres broutant les petits arbustes à ras du sol et tous les éléphants de Gossi étaient là on aurait dit qu’ils m’attendaient ( ça m’aurait bien arrangée )

Mais en fait comme toujours il n’y avait personne et pourtant ça m’a quand même poussée jusqu’en haut de ce maudit tas de sable et Hop !

De l’autre côté l’oasis somnolente avec ses remous mouillés et les voiles vert turquoise de ses palmiers m’observait en rigolant

Elle avait dix ans à peine et l’eau qui bouillonnait faisait miroiter sur son corps de terre rouge des flaques aussi sombres que des bijoux d’ébène

C’était longtemps avant “ Ce jour‑là ” elle chantait en jouant avec les bouts de fumée qui sortaient de sa peau

Et le rythme de ses paroles inconnues est entré en moi et j’ai senti dans mon cœur qui brûlait d’insouciance et de clarté obscure

Que j’avais trouvé le royaume écrit sur les tables de sable par un vieux Touareg du Gourma

Qui avait prédit aussi que le monde des dieux blancs était fini et qu’il fallait qu’on s’apprête à le payer cherSEMEURDEPESTE2SANSOEUFPOURBLOG

Vous les avez vu exhiber les images de ce tas de ferrailles ravagé et ses lambeaux de câbles électriques rongés par les scarabées du sel

Tout ce qui reste de leur puissance de pharaons eunuques à la nuisance d’or dur et ses festins d’amphétamines

D’habitude ils planquent dessous les bâches vert de gris les déchets contaminés de leurs règnes dynastiques hautement contagieux 

Leurs poubelles clignotent dans l’ombre comme les yeux des fennecs qui fuient à l’approche des camions militaires

Elles ont pollué les trois‑quarts de nos champs de radis et de roses avec des équations yellow entassées dans des bidons métalliques

Trimbalés d’abord par les esclaves du Soudan qui ont traversé le Ténéré jusqu’à Assiout et les porte containers du Nil les balanceront dans la Mer Rouge

“ Ce jour‑là ” j’ai pigé que les cerisiers en fleurs de Fukushima ne donneront que des récoltes de fruits empoisonnés et pourris

( les enfants de Tchernobyl n’ont déjà plus d’oreilles et leurs yeux sont des perles de sang )

Le monde généreux et fragile qui enchantait les mains pleines des ouvriers de cerises qu’on partageait avant d’aller changer nos fringues au vestiaire

Se décompose à l’intérieur des pages du petit livre écrit à l’intention des révoltés absents et des amis qui ne passeront plus la porte

“ Ce jour‑là ” l’image du mineur silicosé a commencé à traverser sa plaque de verre à toute vitesse en arrière ( ils l’avaient déjà tué )

Et je n’y pouvais rien

Derrière le visage gratté par nos ongles sur les cartes sépia des vieux ouvriers il n’y a que du vide et des vies jetées

Dans les charniers de givre des guerres de la consommation ordinaire et leurs grands yeux voilés par le halo des lampes acétylène

Ne nous renvoient plus le reflet lunaire de notre histoire humaine de notre misère commune masquée de carnaval

De nos casse‑croûtes rassis et de nos mégots de gris fumés à la pause de nos baisers laissés en hâte avant de quitter les draps rudes du sommeil rapace

“ Ce jour‑là ” de l’autre côté de la vitre salie de poussier du camus le regard sans regard du mineur silicosé

Enferme la tristesse du monde dans l’avenir et sa demeure éventrée et je n’y peux rien

Ce qui nous sépare ça n’est pas sa mort et la terre jaune de ses lèvres rongées ( ils l’ont déjà tué )

C’est l’histoire et le chagrin des hommes qu’ils nous ont confiés ce sont nos utopies et nos révoltes emmêlées nos marguerites matinales

Rognées à l’acide des peurs jusqu’à ce qu’il ne reste gravé sur la plaque de cuivre que leur ombre

Gardiennes du néant

Quand j’ai vu qu’ils avaient commencé à exhiber sans honte et sans inquiétudes les images du tas de ferrailles

Où leurs âmes sont parquées sous des combinaisons de plomb je me suis dit qu’il était trop tard

Et “ Ce jour‑là ” je ne pouvais plus rien pour ce monde

Lorsqu’un peuple qui n’a que des seaux pour éteindre un incendie menaçant les milliers de mètres cubes de papier monnaie

Où il est emprisonné attend que les fabricants d’allumettes lui donnent le feu vert au lieu de s’enfuir à toutes jambes ( les fennecs du désert savent où sont tous les puits )

Je ne sais pas si c’est une preuve de la sagesse et de l’invincibilité annoncée par l’Oracle de Farafra

Car je ne me suis jamais trouvée dans cette situation j’ai seulement failli mourir de soif à une barcane de l’oasis

Mais je sais que le mineur silicosé ne cessait pas de fumer de fumer de fumer

“ Ne vous inquiétez pas pour nous… ” a été le dernier message de ceux qui ramassaient les tonnes de poissons fluorescents

Sur la plage de Fukushima pour la somme de 760 livres par jour et Dina la vieille Biélorusse qui n’a plus de dents depuis longtemps

Offre aux enfants du village qui n’arrivent pas à grandir le lait de ses chèvres et les fables que lui racontait sa grand‑mère avant “ Ce jour‑là ”

Quand ils ont commencé à exhiber les images de leurs tas de ferrailles fumantes je me suis dit il est temps

Je n’ai plus rien à faire ici moi plus rien à écrire ici moi

Une liberté

Ce monde d’où je viens est fini un monde où les hommes s’endormaient légers et leurs rêves sautaient par‑dessus les barbelés

Et leurs rêves enflammaient la conscience des peuples et leurs rêves partageaient les moissons de la terre et leurs rêves savaient

Qu’au‑delà du mirage en haut de la dernière dune sommeille l’oasis aux fontaines chaudes et aux scarabées de sel

Il suffit peut‑être d’un pas ( les fennecs du désert connaissent tous les puits )

“ Ce jour‑là ” ils ont réussi à faire peur aussi au soleil et l’océan n’était plus qu’un grand bocal à poissons rouges morts

Et la forêt amazonienne n’était plus qu’une grande cage à aras blancs morts

Et le Sahara n’était plus qu’un grand forgeur de vents où ruissellent les dunes sur les traces des fennecs encore vivants

Alors je me suis dit qu’il était temps de faire demi‑tour le plus vite possible si je voulais retrouver la piste qui mène à l’oasis ( ils ont les moyens de la faire sauter )

Avant qu’elle n’ait fondu et que la camisole de lave bitume noire les deux cordons attachés derrière le dos des palmiers maintenus à genoux

Pour lécher le sable et sa sueur comme les ilotes attachés à la terre mémoire dépouillée de son épopée me ligote du même coup ( qui me défendra )Tatouage4

Et sitôt poussé la porte du désert j’ai reconnu l’odeur épaisse et moite des fruits séchant et j’ai senti sur ma bouche

La cavalcade des scarabées de sel et l’humide de la buée ocre des fontaines chaudes a roulé dans ma gorge comme un sanglot

Qui lavait doucement la tristesse du monde installée là pour tout les temps à venir et quand je l’ai retrouvée à l’aube au moment du bain

Et qu’elle s’est mise à chanter j’ai oublié les images de leurs tas de ferrailles éventrés et fumants

Et j’ai commencé à dessiner sur le ventre moelleux de la dune devant les yeux étonnés des enfants de l’oasis aux paupières nacrées

La table de divination que le vieux Touareg du Gourma m’a apprise peu avant que la poussière des astres morts le recouvre

Pendant que l’oasis de Farafra se réveille  seule au monde sapée de sa lumière rose “ Ce jour‑là ”

Et ils n’y pourront jamais plus rien.  

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Dimanche 3 avril 2011 7 03 /04 /Avr /2011 22:08

Les chats aussi

Paris, vendredi, 1er avril 2011

Tous ils étaient pour tourne tourne en rondLe-la-page-2-copie.jpg

Les chats aussi pour croquer les souris

Tous ils avaient de très bonnes raisons

Girouettes sur le toit j’entends leurs cris

 

Quand je descends acheter le journal hier

Le vieux bonhomme du kiosque me dit

Il va pleuvoir ça y est c’est la guerre

Les oiseaux aux plumes noires l’avaient prédit

 

Troubadours pas un ne sait où c’est la Libye

Le chat grignote goulu son bol de chair crue

Les vendeurs d’incendies posent des alibis

Ballot le désert bondit au bout de la rue

 

On allume les torches des journaux ce soir

Toutes leurs dents mordent mordent en rond

Le désert a plein de mirages à boire

Des enfants au cheich blanc enfourchent l’horizon

 

Les oiseaux aux plumes noires mettent leur sceau

Sur les bidons de fuel partis à l’aventure

Repus le chat roupille avant l’assaut

La peur au ventre il rêve No Future !

 

Tous ils seront pour toujours tourne tourne en rond

Les voyagistes jurent qu’il n’y a personne

Sur le plateau l’éclair violet les frappe au front

Je demande au sable qu’il nous pardonne

 

Des milliers de têtes grises visent et foncent

Aveugles et les porte‑avions dans la main

Des gamins tueurs demains ils dénoncent

La cible c’est un campement de bédouins

 

Le chat veut sortir tant pis si dehors on tire

Tripoli pas de veine c’est loin d’ici

Les oiseaux aux plumes noires sans mentir

Sont contre toutes les guerres signez ici

 

Y a cent ans déjà et c’était les mêmes

La poussière retombe rose sur nos doigts

Chaque jour le journal et un petit crème

Un sifflement léger au‑dessus des toits

 

Le correspondant regarde les images

Des soldats en tas les jambes à leur cou

Un baril de sang en première page

Personne n’a entendu partir le coup

 

Le chat est de retour nomade solitaire

La main des forgerons répare l’azur

Les enfants au cheich blanc caressent les blessures

De la dune qui danse en dépit de la guerre

 Le chat

Tous ils étaient contre tourne tourne en rond

Les chats bien nourris ne mangent pas les souris

Tous ils avaient de très bonnes raisons

Mortes girouettes je n’entends plus vos cris.

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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 19:51

      Ce soir j'ai la baraka et vous aussi car en allant comme chaque jour sur un de mes sites préférés Bellaciao : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article115647 

j'ai déniché ce poème qui a trait à la guerre en Libye et qui m'a tout de suite touchée pour sa tendresse et son humour sur un thème pas vraiment facile... Je ne connais pas son auteur qui m'a permis de vous faire profiter de ce " Premier jet " mais je vous suggère si vous aimez de le lui dire ou de lui écrire plutôt... Et d'aller faire un tour chez nos frangins de Bellaciao car vous en apprendrez des choses concernant cette sale guerre entre autres...

      Et comme vous savez ce qui nous importe ici sur notre blog c'est de balancer nos mots à la tronche de tous les empoisonneurs de vie vu qu'on n'est pas bons du tout nous autres pour leur balancer des bombes... Alors si ça vous dit allez-y plus que jamais !

      Ecrivons-tous ce que nous avons sur le coeur à propos de cette tuerie qui n'est pas la nôtre et pour soutenir le peuple libyen réuni contre l'Empire de la connerie et des massacreurs ! Restons humains...

 

Premier Jetxuerebfinal.jpg

 

 fly428

vendredi 1er avril 2011


 Tant que les pilotes de tank

jouent à la pétanque,

tant que les femelles fascisantes

se planquent.

 

Tant que les rafales

ne sont que du vent

et que les armées foutent le camp.

 

Tant que la marine

n’a pas débarqué

et que le carnaval de René Char

pointe du regard,

tout est possible

au premier tour.

 

Tant que le combat

à coups de front

sert à laver l’affront.

 

Tant que l’amour tranche.

 

Tant que les poètes scandent

leur haine des armes du pouvoir,

au premier tour,

de l’espoir...

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