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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Petites notes de lecture

Mercredi 20 février 2008 3 20 /02 /2008 11:58

                                              Mili Presman peintre...
undefined Tu disais que les thèmes de tes tableaux te venaient dans les livres ?

 

M P : Ça me vient aussi beaucoup dans mes rêves, et dans les livres aussi… Ce sont des déclics comme ça… Par exemple j’ai travaillé sur le thème de la marelle. C’est très beau la marelle parce que ça monte jusqu’au ciel, et à chaque numéro je racontais une histoire. J’avais peint un homme et une femme qui se suivaient, et c’était la fille qui jetait le caillou et le garçon qui la suivait. A la fin elle lui donne le caillou et elle s’en va. Et en faisant ensuite des recherches, j’ai lu que c’est la femme qui a la connaissance et que c’est elle qui la passe à l’homme dans le thème de la marelle. Puis j’ai fait des cauchemars d’escaliers et de couloirs, alors j’ai fait beaucoup de tableaux de ça. J’ai peint aussi un petit personnage tout seul dans un grand espace très clair. Ça répondait à un besoin, je ne pouvais pas peindre autre chose… Ça avait un rapport avec le fait de ne pas trop savoir où aller.

 

Tu ne peins qu’à l’intérieur des villes, il y a très peu de nature dans tes toiles ? Je pense aux sujets que peignait Frida Khalo peintre mexicaine que tu aimes et qui était très sensible à une certaine nature, toi pas tellement ?

 

M P : Moi je suis une femme des villes, je n’aime pas la campagne… En Egypte si… J’aime la chaleur, j’aime le sable, la poussière, et j’adore les palmiers. Et puis il y a le bord du Nil. Mais au bord du Nil il y a les histoires, c’est ça qui me plaît. On est sur la felouque, et quand tu avances doucement il y a toujours quelque chose qui se passe.

              Ma promenade silencieuse est une conversation ininterrompue,

et nous tous, hommes, maisons, pierres, affiches et ciels,

sommes une grande foule amicale,

nous coudoyant de mots dans le vaste cortège

du Destin

 

Fernando Pessoa   undefined  Nathalie bleu Mili Presman

Il faut aussi qu’on parle un peu de ce lieu où tu as ton atelier maintenant, la Forge de Belleville.

 

M P : La Forge était un squatt d’artistes qui a fini par être légalisé, et à ce moment-là la partie des ateliers qui est fermée était louée à des artistes, mais sous forme d’atelier tournant. Au début Je devait rester seulement trois mois, puis c’est passé à six mois, et à un an. Et maintenant l’atelier est permanent. Sauf que la marie du 20° a un autre projet sur ce lieu et notre situation est redevenue précaire. Ici c’est un véritable atelier où je me sens vraiment artiste. Et en plus on est 25 artistes donc il y a toujours du monde qui circule, et on s’entraide beaucoup au niveau technique, au niveau relationnel… Et ça te donne envie de travailler de voir les autres le faire. Moi j’ai toujours envie de partager et les deux lieux où j’ai un bon rapport avec ça, La Forge et L’écume du jour sont des endroits où j’ai pu rencontrer des gens formidables qui vont contre l’individualisme qu’il y a partout maintenant.

 

Est-ce que pour terminer tu as un projet ou une expo en cours dans les prochains mois ?

 

M P : Oui, justement, j’ai une expo prévue pour décembre prochain, dans la galerie Mediart, rue Quincampoix avec trois autres artistes. C’est du petit format et je suis très contente, ça va être l’occasion de raconter des nouvelles histoires. En tout cas le quartier est génial. Tu vois, encore la baraka !…

undefined                                            Libellules Mili Presman
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Vendredi 22 février 2008 5 22 /02 /2008 23:09

undefined Jean à cinq ans
Demain et dimanche aura lieu le Salon du Maghreb des Livres dans la Mairie du 13ème et à cette occasion je découvrirai avec vous le livre Jean Pélégri Louis Bénisti L'Algérie l'enfance et le beau pays des images où j'ai réuni des photos des poèmes et des correspondances inédites entre ces deux créateurs d'Algérie... 
Je suis ravie d'avoir pu à nouveau grâce à Marie Virolle des éditions Marsa qui était également une amie de Jean lui rendre un hommage amical et admiratif quatre ans après qu'il nous ait quittés. 
Voici pour lui et pour vous cette dédicace à Jean Sénac son frère et le poème que lui avait offert Fatima qu'il a repris dans la publication de son livre Ma mère l'Algérie.
 
Les paroles de la rose

Jean Pélégri

 

“ La mémoire du peuple est la Bibliothèque Nationale de l’Algérie. ”

Mohammed Dib

  Je ne suis pas responsable de ce poème. Je l’ai composé en effet, avec des phrases sorties de la bouche d’une vieille femme de ménage arabe, dont je parle dans Les Oliviers c’est elle qui m’avait poussé à écrire ce livre.

Elle était le peuple - le vieux peuple algérien avec sa douceur et son sourire. Elle était la poésie.

Je ne lui ai servi que de kateb, c’est-à-dire d’écrivain public. Assis à l’ombre d’un mur, devant ses plumes et son écritoire, il rédige sous la dictée de ceux qui ne savent pas écrire. Ensuite, comme le destin, il sèche l’encre - avec un peu de sable.

Elle serait heureuse, je crois, si elle savait que sa lettre est bien arrivée. Elle s’appelait Fatima.

Jean Pélégri

 

A toi, Jean, ces quelques mots qui se serainet évaporés si un jour, un soir, tu n’avais eu l’idée de les faire lire par un troisième Jean. ( Il s’agit de Jean de Maisonseul. )

Sans cela je n’aurais peut-être pas compris que l’important contre la rose, c’est d’oublier sa propre parole pour entendre, pour pouvoir entendre celle de l’autre. Qui est donc bien plus important…

Et donc sans toi, il n’y aurait peut-être pas eu Le Maboul, ni le reste… et je serais resté ce que j’étais… sans la connaissance du jardin.

Jean

Alger, Centre Culturel français, janvier 1970

 

Cette dédicace figure dans l’exemplaire du dépliant “ Les paroles de la rose ” déposé à la Bibliothèque Nationale d’Algérie, fond Sénac. Ce poème est paru dans Les lettres françaises le 31 août 1960.
undefined Carte de Jean Sénac envoyée à Jean Pélégri le 24 janvier 1972

 

Les paroles de la rose

 

Le soleil c’est pour le Bon Dieu

Et le feu c’est pour les soldats

 

Nous sommes tous fous, m’sieur Jean

Dieu nous a tout donné

 

La main pour caresser

Et elle sert à tuer

 

La grenade pour la bouche

Et elle sert à mutiler

 

La terre pour tapis

Et elle sert à enterrer

 

Pourquoi tout ça, m’sieur Jean ?

Pourquoi ?

Dieu nous a tout donné

 

L’arbre pour son ombre

Et il sert aux embuscades

 

Le couteau pour l’orange

Et il sert pour la gorge

 

La nuit pour reposer

Et elle sert à veiller

 

Nous sommes tous fous, m’sieur Jean

Si tu veux boire la mer

C’est la mer qui te noie

Quand Dieu te donne un fils

Ce n’est pas pour l’enterrer

 

Mais tu dois sourire, m’sieur Jean

Le sourire c’est pour les vieilles

 

Le sourire protège les vieilles

C’est leur voile de mariée

Nous avions une odeur de jasmin

Et maintenant regarde, m’sieur Jean

Regarde mes bras et mes mains

 

La main qui sert à caresser

Sert aujourd’hui à mendier

 

Nous étions rose, jasmin et lilas

Regarde ma bouche et mes cheveux

 

Le sourire protège les vieilles

C’est leur voile de mariée

 

Il ne me reste que mes yeux

Et c’est pour voir mon fils tué

 

Regarde la lune dans le ciel

C’est une branche de palmier

 

Regarde là-haut cette montagne

Regarde cet avion qui passe

Mon fils aussi l’a regardé

 

Le soleil pour le Bon Dieu

Et le feu pour les soldats

 

Quand Dieu te donne un fils

Ce n’est pas pour l’enterrer

Mais plus haut il y a un figuier

Et une eau qui ne tarit pas

Plus haut il y a un jardin

 

Je vais mourir, m’sieur Jean

Regarde la lune qui se fend

Je vais mourir sans mon enfant

 

Mais il faut sourire m’sieur Jean

Le sourire protège les vieilles

 

On va m’enrouler dans un voile

Et me coucher seule dans la terre

 

Il faut sourire m’sieur Jean

C’est mon voile de mariée

 

Mais si tu marches dans un jardin

Pense à moi, m’sieur Jean

Pense à ta vieille Fatima

Elle a soigné ton enfant

Le sien elle ne l’avait plus

 

Quand Dieu te donne un fils

Ce n’est pas pour l’enterre

 

Pense à moi et puis souris

Moi je serai dans le jardin

 

Mais dis qu’que chose, m’sieur Jean

Dis qu’que chose toi qui sais lire

Dis qu’que chose pour que les autres

N’aient pas besoin de ce voile

Pour avoir sur terre un jardin undefined Jean et sa mère dans une Amilcar de course 1926

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Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /2008 20:30

Ma machine à écrire s’appelle Calamity Jane…

undefined   Samedi, 9 février 2008 Epinay

 

Journal d’un vieux dégueulasse Charles Bukowski Ed. Grasset, 2007

“ il n’y a qu’une chose qui convienne à un écrivain : la SOLITUDE devant sa machine à écrire. un écrivain qui descend dans la rue est un écrivain qui ne sait rien de la rue. j’ai fréquenté assez d’usines, de bordels, de prisons, de parcs et d’orateurs publics pour remplir la vie de cent hommes. descendre dans la rue quand on a un NOM, c’est choisir la facilité ( … ) QUAND VOUS LÂCHEZ VOTRE MACHINE Á ÉCRIRE ? VOUS LÂCHEZ VOTRE FUSIL AUTOMATIQUE. ET LES RATS RAPPLIQUENT AUSSITÔT. ”

 

Je vous ai déjà parlé de Bukowski… Vous savez que c’est un écrivain et d’abord un mec qui écrit des poèmes qui me fait entrer en transe d’écriture… Je dis “ qui écrit des poèmes ” et pas “ un poète ” parc’que j’crois bien que Buko comme l’appelaient ses potes n’aimerait pas même dans les profondeurs marines où il se balade qu’on lui balance ce genre de titre…

Quand j’ai commencé à écrire pour de bon y’a dix ans de ça avec l’idée que “ ça ” allait continuer… je gribouillais mes pages sur des cahiers très gros grand format à petits carreaux où je recollais des pages par-dessus et je les tapais à la machine avec deux doigts c’était nul une petite machine qui avait pas toutes ses touches rien d’original la plupart des écrivains ont connu “ ça ” je l’avais achetée d’occasion pas cher et c’était formidable… J’ai écrit mes premiers articles où je causais avec des écrivains d’Algérie là-dessus… C’était juste avant d’être empoisonnée avec les ordinateurs à l’époque c’était possible de taper son article avec deux doigts sur les touches qui grinçaient le bonheur !… et de les envoyer à des revues où y’avait encore des gens à lorgnons qui les lisaient comme pour Buko…

A l’époque je n’savais pas c’que ça voulait dire être écrivain pas sûr que je l’sache mieux aujourd’hui et ma machine à écrire clopin-clopant s’appelait Calamity Jane… Probable que les types comme Buko ont pas besoin de refiler un nom à leur machine à écrire et qu’ils tapent direct clic-clac ! clic-clac ! ce qui leur vient dans la tronche sans passer par tout un tas de bouts de paplars qui remplissent leur territoire à force qu’on finit par habiter dedans enfin ils ont pas de maison de papier eux et leurs doigts sont comme les doigts d’un pianiste ils en jouent tous de l’instrument c’est un métier quoi… ça s’apprend l’écriture… contrairement à c’que s’imaginent les baveux bavards qui nous polluent…
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J’vous disais que ma machine à écrire s’appelait Calamity Jane… à l’époque je n’connaissais pas son histoire à Calamity mais je kiffais bien son nom et les photos que j’avais vues d’elle me bottaient alors je me la suis inventée comme je fais toujours je lui ai brossé machiné trituré un personnage comme je croyais qu’elle était dans la réalité une sorte de squaw blanche du côté des Indiens une meuf rebelle qui se pointait dans les bars avec sa Winchester et que les mecs faisaient pas suer… ta ta ta ta ta !… comme la p’tite machine à écrire quoi… Je me la suis arrangée quoi et maintenant elle crèche dans mes bouquins Calamity Jane comme vous savez clic-clac !…

Y a dix ans j’écrivais dans ma piaule sur la table basse couverte de paperasses assise par terre au centre d’un tapis fait de bouts de tissus tressés bleus où y’avait toujours des tas d’bouquins qui traînaient… Y a dix ans je n’connaissais pas Bukowski c’était terrible j’étais dans une sorte d’enfance de l’écriture comme un être qui vient de naître au cœur d’un jardin grouillant de citronniers et d’orangers et qui bondit avec la jubilation de l’émerveillement d’un mot l’autre en sautant Hop ! par-dessus la touche manquante de Calamity Jane je crois que c’était le “ e ” mais ça n’avait pas d’importance… clic-clac ! clic-clac !…

Y a dix ans je n’savais rien de c’que ça veut dire avoir un NOM dans l’écriture ou dans n’importe quoi j’n’avais pas idée qu’une chose comme ça puisse occuper les gens mais les rats j’pouvais en causer vu que ç’en était plein et de toutes les catégories là d’où je sortais et les seuls qui n’me faisaient pas peur et que j’avais plutôt à la bonne c’était les rats des poubelles dans nos quartiers hier y’a pas longtemps… j’étais môme et j’les matais des petits maigres le poil ras et roux sous le ventre et les pattes courtes pour bien s’aggriper et toujours prêts à la castagne…

Ouais les rats des poubelles ils m’accompagnent quand je zone la nuit des heures sur black bitume quand je descends dans la rue avec la frangine angoisse dessous mon cuir épais il me protège avec son odeur de graisse et d’incendies les rats les autres les dangereux ne m’approchent pas… je marche des heures qu’elle me lâche la peau de ses griffes ardentes les trottoirs malaise les recoins louches qui puent la pisse et la mort et les bistrots où juste avant qu’la nuit se tire y’a le pire qu’y attend dans Macadam city blues j’les ai bien fréquentés…
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Alors Calamity Jane quand je rentrais à l’aube tranquille son corps gris métal luisant vautré qui roupillait au milieu d’la table basse avec le petit tas à côté de pages picorées de signes sauf le “ e ” Hop ! faudra pas oublier de le rajouter au stylo noir… c’était bon comme le café brûlant dans le bol un peu cassé et la lampe penchée on dirait une vieille au-dessus de nous qui veille je m’y mettais direct clic-clac ! clic-clac ! cette écriture de l’aube c’était la meilleure celle du retour à la vie au creux d’mon gourbi où personne allait venir me taper sur l’épaule et me reluquer avec l’air qu’ils ont de sales lascars qui font peur les vieux macs de la nuit j’en ai croisé plein tous le même discours… si j’voulais de la poudre j’avais qu’à les suivre ils détaillaient la marchandise le prix de la viande à l’époque j’vais 40 piges mais le museau frais…

C’qu’il peut avoir raison Hank moi aussi j’ai erré dans l’dessous des strings de la ville de jour comme de nuit vu qu’j’avais choisi mon camp celui de la rue les gens de ma famille avant ils étaient ouvriers et moi le jour sur la mobylette la bleue vous savez… la banlieue tous les quartiers de la zone comment je les ai traversés funambule fulgurant dans les tranchées de pluie qui giclent antre les journaux rue de Réaumur les labos photos de Bonne Nouvelle et les agences de pub de Neuilly les boîtes de prise de vue d’Ivry de Fontenay de Boulogne… Coursier pour ceux qui n’connaissent pas c’est le lumpen bien pire que l’usine et ses trois huit… alcoolos semi cloches camés et dealers anciens chauffeurs poids-lourds trop vieux anciens tôlards et tous les zonards comme nous mômes des banlieues qui n’rêvaient que de s’payer une bécane et Hop !… Easy Rider Paris banlieue c’était nous !…
           Et la nuit je repartais sur mes baskets rouges me gaver d’images d’histoires et de cafés-crèmes dans les bistrots qui ne fermaient qu’au petit jour pour écouter causer les gens… C’qu’il avait raison Hank… y’a dix piges que j’me suis mise à écrire pour de bon… à écrire tout l’temps quoi vous comprenez ? C’est là que Calamity Jane et moi on a commencé à faire une sacrée bande de massacreuses de papier solitaires à donf parc’qu’y avait pas moyen qu’ça soit autrement…

L’écriture vite fait deux doigts sur les touches clic-clac ! clic-clac !… ça a rempli toute ma vie… Mes premières chroniques avec les écrivains algériens des heures pour les taper parfois je m’endormais la joue appuyée sur les touches noires de Calamity Jane je me réveillais en sursaut mes notes comme des draps chiffonnés sous la lampe la cafetière à portée de paluche je la vidais et je la remplissais trois fois dans la nuit si je ne sortais pas… Je jubilais de sentir les mots leur parfum de citrons et d’oranges c’était ma revanche je la tenais là je la célébrais je la serrais au creux de mes paumes ravie d’avoir largué les études au gré de seventies pour partir inventer un monde différent…
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Mes premières chroniques je faisais comme Hank je les envoyais aux journaux aux revues… Calamity Jane sous sa carapace grise luisante et son clavier à répétition ta ta ta ta ta ! ou bien clic-clac ! clic-clac ! clic-clac !… comme vous voulez… ça me donnait la sensation physique d’exister d’être là à l’intérieur de ma peau d’enfant écrivain sous la lampe alors que j’existais si peu presque pas.
           Un enfant écrivain de 40 balais avec l’humilité et la rage de ceux qui appartiennent à certains milieux… les journaux les revues je les connaissais de l’autre côté du côté des escaliers des paillassons et de la mobylette bleue les semelles des baskets qui dégueulaient l’eau des jours de pluie… les gens qui étaient derrière la porte comment ils me regardaient il faudra que j’écrive tout ça… ta ta ta ta ta ta !

Entre les caniveaux et les pneus des bagnoles qui m’aspergeaient flaouch… flaouch !… je fonçais sur la mobylette bleue en donnat des coups de pied dans les virages vlim vloum ! j’avais 20 berges je m’éclatais plus vite toujours plus vite… on pouvait mourir nous on n’vieillirait pas on était des anges sauvages aux ailes coupées vlim vloum !… et encore ! J’apprenais la vie d’en bas pour une fille dans ces années-là c’était un milieu de mecs plutôt pourraves… ça te donnait une idée de c’que c’est qu’la zermi et pas en couleur… du noir et blanc rien que du noir et blanc… faut pas croire…

Des poteaux qui sont morts d’overdose ou qui se sont explosés sur les parechocs d’un camion y’en a eu trop à c’t’époque… ils se sont consumés pareils à des soleils raouf !… d’un coup ils étincelaient et Hop ! c’était la nuit…

Clic-clac ! clic-clac ! faudra que j’écrive tout ça une sorte de témoignage d’un monde qui existe plus… c’est pas si loin mais ça existe plus notre enfance feu de bengale elle a cramé c’était beau… Clic-clac ! clic-clac !… dès que je veux parler d’eux mes copains morts le sable crisse sous les pneus de la mob je glisse sur les pavés luisants de lune vlim vloum !… je peux pas… avec des mots comme ceux de Hank j’y arriverais ?… des jappements… ouaouf !… ouaouf !… faudrait que je remonte jusqu’à eux la gueule pleine d’écume… ouaouf !… ouaouf !… que je lape leur mémoire mouillée… souillée… c’est d’la bonté qu’y faudrait… d’la bonté d’animal attaché à sa carriole d’enterrement et qui tire tire… et qui n’sait pas…

Mes copains morts c’est pour eux que j’écris… Clic-clac ! clic-clac !… pour ma chienne Bonie aussi à 4 heures du mat quand je l’ai emballée dans une couverture avant de la porter entre les bras de la brouette … elle pesait trop lourd… ouaouf !… ouaouf !… elle aussi dans le jardin des citronniers et des orangers elle est partie et elle m’a pas quittée… Hop ! Hop !… deux petits bonds joyeux sur le clavier noir de Calamity Jane et vas-y… ouaouf !… ouaouf !…

Ouais il avait raison Hank… avec Calamity Jane j’ai conquis la dignité des solitaires celle qui se compte en fragments d’étoiles tombées des heures d’écriture dans le tamis de nos doigts pas habitués à ce genre de pépites…

            Bien sûr les rats ils finissent toujours par revenir… les gros les gras ceux qui dealent aux fils d’ouvriers des kilomètres de vie à crédit… mais c’est vrai qu’avec ce flingue-là on peut descendre dans la rue… demain… et leur faire leur fête enfin aux rats… une bonne fois… ta ta ta ta ta !… Clic-clac ! clic-clac !… ouaouf ! ouaouf !… Comme vous voulez…
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Mardi 4 mars 2008 2 04 /03 /2008 22:57

                                    Camille l'entoilée
undefined Camille… Cam…s’agripper à sa vie comme les petites griffes du lierre le feraient si bien à l’onyx de la vague et aux petites baigneuses qui attendent en dessous… attendent la féerie de l’eau qui écarte tant de mauvais génies c’est ne pas lâcher ses sculptures de vue… elle a tant voulu y arriver Camille et ils lui ont presque tous mis des pierres si lourdes dans son sac… Ouais presque tous… Une femme vous comprenez qui exprime sa puissance au creux de la pierre verte ocre rousse au centre infime de l’argile qui est toute la terre du monde entre ses mains… Sa sculpture à elle diffère en tout de celle des autres…

1895… Camille offre au musée de Châteauroux son plâtre grandeur nature Sakountala… dans une cabane de jardin on l’a retrouvé un jour entre une cuvette et des tas de feuilles mortes… un débarras… Camille… les bras avaient disparu et elle qui s’acharnait encore sur Les Chemins de la Vie“ Je suis toujours attelée à mon groupe de trois. Je vais mettre un arbre penché qui exprime la destinée… Voilà comment il sera : tout en longueur. ” 
undefined L'âge mûr  1895  bronze  Musée Rodin

Elle va y mettre quatre ans Camille à le tailler gratter écorcher celui-là… pendant que les sbires grignotant des Beaux-Arts valsent sur la petite musique hésitation du… on ne peut pas… mais quand même… c’est une œuvre qui risque de choquer… alors ils la lui ont fait couper en deux sa sculpture à Cam et comme ça c’était d’accord !… Ils en ont retiré le sens et l’histoire c’est pour ça qu’aujourd’hui chaque mot qui raconte Camille et sa passion c’est une minuscule pépite dans la boue des chemins de Villeneuve des chemins d’enfance où elle était tout entière Cam et où elle courait courait…

1899… “ … à droite sur un socle spécialement modelé pour elle, la figure de la jeune femme L’Imploration ; sur un autre socle, contourné en forme de vague, les figures de l’homme et de la vieille femme… ” ( Dossier Camille Claudel, Jacques Cassar ) Et puis 1905 c’est avec ta vieille Clotho que tu avais mise en train y a dix ans de ça qu’ils te referont le coup Cam… en fait ces messieurs bien sur eux et à la pensée toute ronde comme un œuf n’aiment pas du tout tes petites femelles dérangeantes !… La folie Camille Hein ! la folie ils racontent qu’elle est en toi… en nous alors que ce sont eux qui détruisent le monde qui le criblent de pépins de grenade rose feu rouge sang !… Ce sont eux les maîtres de cette gigantesque barbarie humaine partout partout !…
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L'Implorante détail   1899  bronze  Musée Rodin
 
 
                                                         “ Lettre de l’Asile

… Aujourd’hui 3 mars, c’est l’anniversaire de mon enlèvement 
à Ville-Evrard :
cela fait 7 ans… 
faire pénitence dans les asiles d’aliénés.

Après s’être emparés de l’œuvre de toute ma vie 
ils me font faire
les années de prison 
qu’ils auraient si bien méritées

eux-mêmes… ”

Anne Delbée, Une femme

 

En fait ce qui leur fait peur dans ce féminin qui dévoile soudain que la puissance d’amour de vie de trois petites baigneuses dont la taille est celle d’une main d’enfant ouverte est aussi vaste que les immensités des Portes de l’enfer et la sauvagerie qui rend tout ça espiègle malicieux hors d’atteinte et d’installation figée empoussiérée… c’est probable le mouvement qui jaillit là brut et brutal un monde qui serait bondissant… léger… joyeux et farouche… Un monde de balançoires entre ciels et nuages que Cam n’a pas prémédité probable… mais qui est le sien… un monde femme qui rendrait à l’homme mâle sa violence inutile ?… en lui offrant un devenir nouveau…

“ La fillette qui sculptait dans la glaise d’une tuilerie des figurines étonnantes est devenue… par son tempérament original, la sensibilité et la beauté de son art… une figure complète du génie féminin. ” ( Revue Femina, 1903, Gabriel Reval ) Folle Camille… après le 113 Boulevard d’Italie… à gauche de la porte cochère Quai Bourbon les deux pièces de son atelier où on la laissera peu à peu devenir un clair-obscur pourpre dansant au centre des petits bouts de marbre de son rêve trop réel explosé… 
undefined L'âge Mûr  détail  bronze

1905… au Salon de messieurs les Artistes français la Joueuse de flûte de Camille les éblouit et ils ne savent pas s’arracher à cette musique-là… “ La Sirène de Mademoiselle Claudel, admirable, est hors de l’espace et du temps… ” ( Mercure de France, Charles Morice ) 1907… “ Un dernier cri d’appel de Charles Morice : le talent de Camille Claudel est une des gloires, à la fois, et des hontes de notre pays. Et ils la laissent sombrer dans le silence…  undefined Clotho  1893  plâtre  Musée Rodin

“ Elle avait refermé la porte du grand atelier. Cette nui-là,

Elle l’avait passée au 113, boulevard d’Italie.

A La lueur des bougies, elle avait mis bas la Clotho.

Alertée par le vacarme, la Pipelette avait acquis la certitude

que celle qui vivait là était une folle. Une folle,

la Camille Claudel ! Elle met le feu. Elle pétrit. C’est une sorcière.

Toute la nuit, elle s’est agitée, là derrière les vitres, je l’ai vue.

Cette nuit-là Camille avait été au bout de son enfer.

Clotho surgie au labyrinthe de la démence. ”

Anne Delbée, Une femme

undefined La petite châtelaine détail  1893 bronze Coll. part.
A suivre...
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Jeudi 6 mars 2008 4 06 /03 /2008 23:05

Je n’irai pas au Salon du Livre… Boycott… cot ! cot !

undefined   Enfant palestinien au camp de Khan Younis Ghaza Août 1993    photo Marc Fourny
Epinay, dimanche, 2 mars 2008

 

Comme vous l’avez peut-être vu et contrairement à c’que je fais depuis que notre blog des Cahiers des Diables bleus existe oh ! pas très longtemps… deux ans en gros… je n’vous ai pas raconté bafouillé notre dernier Salon du Maghreb des Livres… Pourtant y’a tout c’qu’y faut pour vous faire un récit extra mouvementé drôle bourré d’poésie et d’anecdotes de rencontres vraies fortes et drôles comme on en fait dans ces Salons qui sont un peu du théâtre faut le dire… Et nos poteaux maghrébins ils sont bien les premiers à nous refiler de l’émotion et des rires à donf !…

Mais voilà à ce Salon des 23 et 24 février 2008 à la Mairie du 13ème y’avait au-dessus de nous et d’abord au-dessus de moi vu que contrairement à c’qu’y est convenu de faire je parle juste pour moi dans cette petite chronique… l’ombre pas amicale du tout d’un autre Salon… celui du Livre de Paris avec son invité d’honneur Israël… vous êtes au courant je n’la ramène pas sur les raisons peu littéraires et pas du tout humaines de ce choix-là… Avec la semaine qu’on vient de vivre en regardant mourir des p’tits gamins palestiniens faut pas être dégoûtés… même sans parler du tout histoire de la Palestine et de son peuple et du coup politique du monde rien que ça c’est suffisant pour affirmer que c’est pas le bon choix… et que même y a pas pire comme façon de mépriser c’qu’y a d’humain en nous… si y en a encore ?…

Et puisque nous on est là pour causer de littérature eh bien causons-en !… J’ai découvert l’histoire de la Palestine et ce que vivaient alors les Palestiniens grâce à deux textes sacrément différents mais si on regarde bien pas tant que ça y a 20 ans environ… D’abord ça a été la lecture par hasard sans que je n’sache rien du tout de c’qui était déjà la réalité pour le peuple palestinien depuis un bon moment… de Quatre heures à Chatila de Jean Genet dans les années 85 comme ça… moi j’ignorais tout comme un gros lézard endormi qui n’faisait que peindre à c’t’époque et qu’était un peu autiste alors que quand même pas mal anar depuis toujours… J’vous livre du coup juste des bouts très courts de c’qui m’a ahurie terrifiée comme texte témoignage y a de quoi… surtout quand on a le parti pris de n’aimer que la vie et la naïveté de croire que la création ça rend possible de tenir ce cap-là…   undefined  “ Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux. Leur odeur est sans doute familière aux vieillards : elle ne m'incommodait pas. Mais que de mouches. ”

  

L'amour et la mort. Ces deux termes s'associent très vite quand l'un est écrit. Il m'a fallu aller à Chatila pour percevoir l'obscénité de l'amour et l'obscénité de la mort. Les corps, dans les deux cas, n'ont plus rien à cacher : postures, contorsions, gestes, signes, silences mêmes appartiennent à un monde et à l'autre. ”

 

“ Quelle ruelle prendre maintenant ? J'étais tiraillé par des hommes de cinquante ans, par des jeunes gens de vingt, par deux vieilles femmes arabes, et j'avais l'impression d'être au centre d'une rose des vents, dont les rayons contiendraient des centaines de morts. ”

 

“ Au milieu, auprès d'elles, de toutes les victimes torturées, mon esprit ne peut se défaire de cette “ vision invisible ” : le tortionnaire comment était-il ? Qui était-il ? Je le vois et je ne le vois pas. Il me crève les yeux et il n'aura jamais d'autre forme que celle que dessinent les poses, postures, gestes grotesques des morts travaillés au soleil par des nuées de mouches. ”

 

Ouais je sais… commencer comme ça c’est hard mais j’dois dire que j’ai pas très envie d’me raconter que J. Genet qui est le grand écrivain rebelle qu’on sait a écrit ça pour le plaisir et aujourd’hui y a personne qui écrit c’qu’on fait aux Palestiniens alors voilà… parc’qu’il s’agit d’écriture nous concernant comme on arrête pas de nous l’répéter ici là partout… et que l’écriture et les bouquins c’est pas lié au reste hein ? alors voilà… d’ailleurs moi j’ai beau farfouiller dans le Monde Diplo y a jamais rien qui m’fait comprendre l’histoire des gens comme les poèmes et les récits des autres qui écrivent comme moi j’le fais aussi… par ci par là…

Et après ce premier choc j’ai fait un bond dans la conscience des choses avec la lecture du bouquin de J. Genet qui réunit ses entretiens avec Leïla Shahid Genet à Chatila j’me suis mise sérieux à m’passionner pour ce pays si destroy avec un peuple tellement attachant riche en valeurs humaines et pour sa culture arabo-musulmane mystérieuse et proche à la fois... et c’est par la poésie palestinienne que j’suis rentrée pour ne plus en sortir dans mon histoire avec la création arabe africaine et algérienne pour finir…
undefined  1993… là j’ai suivi comme tout l’monde ce qu’on espérait tant qui serait enfin le triomphe de l’intelligence avec un peu plus de rêve encore de mon côté parc’que mon copain Marc était justement en Palestine en août et septembre de cette année-là…

Et j’vous distillerai bientôt notre échange de lettres avec photos dont vous avez là un p’tit échantillon c’était beau c’qu’on y a cru !… Donc 1993 je découvre un texte que je considère depuis comme le plus grand poème de vie et d’humanité que j’aie lu Le Discours de l’Indien Rouge de Mahmoud Darwish lui je n’vous en cause pas vous le connaissez obligé… le poète résistant qui porte jusque devant la Knesset la parole de son peuple… des siens…

J’ai lu ce texte dans La revue d’études palestiniennes que je recevais à c'moment de mon parcours dans les civilisations et les cultures arabes mais ce poème est publié dans le recueil Au dernier soir sur cette terre en voilà un tout p’tit extrait pour vous donner envie et vous montrer c’que c’est que la Palestine… l’autre… celle qu’on n’vous en cause jamais…

 

“ Nos noms sont des arbres modelés dans la parole du dieu et oiseaux qui planent plus haut que les fusils. Ne coupez pas les arbres du nom, vous qui venez guerre de la mer. Et ne lancez pas vos chevaux flammes sur les plaines.

Vous avez votre dieu, et nous, le nôtre. Vos croyances, et nous, les nôtres. N’ensevelissez pas Dieu dans des livres qui vous ont fait promesse d’une terre qui recouvre la nôtre. Ne faîtes pas de Lui un huissier à la porte du roi.

Prenez les roses de nos rêves pour voir ce que nous voyons de joie ! Et sommeillez au-dessus de l’ombre de nos saules, pour vous envoler mouettes et mouettes, ainsi que s’élancèrent nos pères bienveillants avant de revenir paix et paix.

Il vous manquera, ô Blancs, le souvenir de l’adieu à la Méditerranée et vous manquera la solitude de l’éternité dans une forêt qui ne débouche point sur un abîme, et la sagesse des brisures. Et il vous manque une défaite dans les guerres. Et un rocher récalcitrant au déferlement du fleuve du temps véloce.

Et il vous manquera une heure pour une quelconque contemplation, pour que grandisse en vous un ciel nécessaire à la tourbe, une heure pour hésiter devant deux chemins. Euripide un jour vous manquera, et les poèmes de Canaan et des Babyloniens, et les chansons de Salomon à Shulamit.

Et vous manquera le lys sauvage pour la nostalgie, et vous manquera, ô Blancs, un souvenir qui apprivoise les chevaux de la démence et un cœur qui racle les rochers afin qu’ils taillent dans l’appel des violons.

Et il vous manque et manque l’hésitation des armes. Et s’il faut nous tuer, ne tuez point les êtres qui avec nous d’amitié se lièrent et ne tuez pas notre passé.

Et il vous manquera une trêve avec nos fantômes dans les nuits stériles, un soleil moins enflammé, une lune moins pleine, pour que le crime apparaisse moins fêté sur vos écrans. Alors prenez tout votre temps pour la mise à mort de Dieu. ”   undefined Mahmoud Darwish

C’est vous dire que la poésie ça raconte un paysage une terre des hommes des femmes et des p’tits des vieux et des roses et des chevaux mieux que tout les grands rapports de socio et le reste… Et des poètes palestiniens y en a plein des fabuleux… je vous les ferai découvrir si vous voulez… Vous croyez que je vous perds vu qu’on en était au Salon mais pas du tout… Tout ça c’est pour vous faire sentir comment ça se passe en moi et la conscience que j’ai de ce que ça signifie écrire face aux autres…

Quand je peignais hier et quand j’écris maintenant j’ai choisi et j’y tiens cette manière marginale parc’que c’est dans les extrêmes limites de c’territoire que je peux exprimer avec ma force et ma jubilation la puissance créative de mes émotions de mes perceptions et donner à tout ça un sens. Je crois qu’j’ai eu très tôt conscience de la responsabilité de ceux qui s’offrent le temps de travailler à une œuvre d’art… Peindre ou écrire n’importe quoi dans la négligence et la facilité d’un amusement passager ou d’une représentation c’est pas mon truc… J’peux dire au contraire que j’ai mis depuis mon enfance dans le désir de m’donner les moyens de créer et puis dans la création un sérieux et une gravité qui m’ont privée de l’insouciance et des jeux de l’adolescence…

Ouais… m’a fallu du temps pour ressentir d’la joie d’être enfin reliée à moi-même dans l’intensité fulgurante de l’acte créateur… J’en ai bavé j’peux vous le dire de ces 20 piges de peinture qui ont débouché sur rien… Et puis avec l’écriture là c’est venu… un peu… Alors le geste de créer pour moi c’est à haute responsabilité vu que c’est tourné vers les autres… Les autres… ceux au nom de qui on prend le pinceau ou le stylo ou bien ceux à qui on essaie de transmettre des p’tits bouts d’moments uniques qui nous traversent et c’t’infime part d’éternité qu’y a en eux… Face aux autres on n’doit rien concéder sur ce qu’on sent d’essentiel c’est la moindre des choses…

Utiliser la création style fond de commerce ou pour faire reluire le Môa géant qui nous habite c’est l’attitude des bouffons qui a rien à voir avec ce que les créateurs qui font scintiller de p’tites pépites dorées notre quotidien plutôt lourd et crasse nous ont refilé du sens qu’ils donnaient à la vie…

Moi quand j’écris je bosse à mettre un maximum d’âme dans mes bafouilles et aussi pas mal “ ma peau sur la table ” comme disait si juste le camarade Céline. Et j’imagine que mes poteaux écrivains d’Algérie c’est pareil enfin certain… Pourtant là notre façon de vouloir dire qu’y a pas de lézard l’appartheid c’est un mot qui a un sens précis on le connaît… elle butte contre l’odeur de pourriture qui se dégage des choses dont on ne doit pas parler… c’est Interdit !… car bien sûr qu’une fois mises à jour elles puent !… Et le silence de chacune et de chacun autour de sa participation à ce Salon pue drôlement vous sentez ?…
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Jusqu’à y a environ un mois parmi un nombre certain d’écrivains maghrébins d’éditeurs et de gens du milieu du livre français et autres que je connais la question qui pouvait légitimement se poser de leur participation à ce Salon… ouais légitime entre gens qui ont l’habitude d’échanger des tas d’pensées opinions convictions et tout l’pataquès de mots sans mégotter sur la façon… la question elle n’avait pas été abordée ou alors j’n’en ai rien entendu…

En tout cas à la réunion finale des éditeurs de la région Ile de France où j’étais en bonne compagnie vu que dehors sur les panneaux en plein 7ème très cossu y avait des grands singes très beaux j’vous raconterai… personne a soulevé l’problème… quel problème au fait ?… Alors moi au Salon du Maghreb j’ai vaguement levé c’lapin-là vu que le silence de mes amis les plus engagés à s’élever contre la torture le racisme l’exclusion chez eux qui avaient rien à en dire ailleurs pour le coup il était un peu étonnant…

Les réponses j’les ai eues et j’les ai pas volées… ils avaient pas l’intention de priver le Salon d’leur présence pour des tas d’raisons auxquelles j’n’ai pas compris grand-chose mais comme j’ai mené ma p’tite enquête y a une semaine je n’sais pas c’qu’il en est au moment où je rédige cette petite chronique… Bon… c’est à eux de voir vu que moi pas question que je joue les redresseuses de conscience dans l’affaire… je témoigne de mon sentiment perso et voilà…

Et j’n’ai pas plus l’intention d’argumenter sur l’engagement du créateur et pire de l’écrivain qui s’exprime direct avec des mots qui sont notre façon de communiquer à tous la plus proche quand il participe à une expédition menée par l’Etat d’un pays dans lequel il habite vit et travaille enfin il crée… Certains écrivains israéliens invités au Salon ont d’ailleurs refusé l’invite c’est clair pour eux me semble qu’y a arnaque et on n’parle même pas de l’arnaque très grosse des langues vu que pas d’écrivains de langue arabe ni de langue yiddish à cette grande fête littéraire et pourtant !… et ils nous donnent ainsi toute la liberté de prendre nos marques…

N’y a d’ailleurs qu’à prendre l’exemple au cours de notre histoire littéraire à nous autres des écrits qui ont parsemé les années 1940-45 avec lesquels on nous rebat les oreilles encore maintenant en les appelant œuvres de collabos pour n’pas avoir de doutes sur la neutralité impossible d’une œuvre d’art conçue dans un pays qui en domine ou asservit un autre et dans la situation d’occupation d’appartheid de guerre civile etc…

Et j’n’ai pas besoin de la caution de quelque gugusse que ce soit pour savoir que le sort et la destinée d’un être humain vivant souffrant désespérant à l’autre bout du monde me concernent sacrément plus que n’importe lequel de mes bouquins et que ça m’est physiquement pas pensable de rappliquer à un Salon où l’invité est de ceux qui en empêchent d’autres d’exister sur leur terre et de disposer d’eux-mêmes dans la dignité l’intégrité et la liberté depuis des années… ça alors !

Cette décision c’est celle de l’être humain que je suis et de l’écrivaine que j’essaie de devenir chaque jour et même si celle-là est une totale inconnue marginale et tout c’que vous voulez c’est essentiel pour moi comme acte et comme ressenti… Bien sûr qu’on n’arrêtera pas de s’poser des questions sur les moyens qu’on a nous autres que la guerre la mort la haine débectent trop… pour agir contre elles mais on n’peut pas parce qu’on est des “ artistes ” regarder tout ça du dessus ou du dehors… se fiche de la barbarie qui zigouille et traite en esclaves des tas d’êtres humains et se fringuer du silence de la vertu ou de l’indifférence…

Un enfant un être humain un peuple privés de leur devenir m’empêcheront à l’infini chiennement de rêver…

 

“ Oh ! mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge. ” Frantz Fanon       undefined  A suivre...

- Publié dans : Petites notes de lecture
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