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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Contes et récits de l'arbre aux histoires

Vendredi 1 août 2008 5 01 /08 /Août /2008 14:59

La part du pauvre... suite...


















Pour celles et ceux qui auraient un peu de mal à faire le lien : cet extrait de conte prend la suite de celui publié le 2 juillet 2008

        Recroquevillée derrière la porte je sentais toutes les pierres qu’elle aurait pu me lancer solidifier ma chair qui désirait fuir dans n’importe quel endroit sombre et chaud où faire une petite boule vivante. Une petite boule pleine de crainte et d’odeurs glapissantes. Une petite boule d’erreurs centrée sur son impuissance et sa honte à ne pas vouloir saisir les armes d’or pour se défendre. Une petite boule de plumes au cœur brûlant. Rouge… rouge… noire et rouge…
        Un seul lieu où me réfugier était possible avec la porte qui ferme solide de l’intérieur... Pas trop loin pour mes jambes qui ne pouvaient plus marcher... Pas trop loin pour mon cœur qui allait exploser... C’étaient les cabinets. J’y suis allée comme dans un cauchemar où on ne peut pas avancer... A chaque pas que je faisais mes trop grandes chaussures de clown s’engluaient dans le chewin-gum du sol aux dents de vampire mou... C’était mon père le premier qui m’avait dit qu’il ne fallait pas que je compte m’en tirer comme ça...
        - Avec un nom pareil t’as aucune chance… Moi ça a commencé j’avais pas trois ans… alors…
        Le nom d’accord on y pouvait rien... Mais le prénom qu’il m’avait collé par-dessus… C’était exagéré…
        - Au contraire… Ton prénom il va avec… Ça sert à rien d’avancer contre les choses de son destin…
        Et s’il avait eu raison par hasard ? Et si ce nom si insupp ortable avait tout déclenché dans ma vie… Et surtout mon envie de parler aux autres afin qu’ils me pardonnent mon nom justement... Moi qui ne rêvais que d’être une petite boule repliée sur sa chaleur endormie...
        - Ange !… Ange !… Sors !… Tu peux sortir elle est partie… C’est Sarah…
        A quatre pattes dans les cabinets à la turque où je frottais mon angoisse contre les carreaux de faïence je tâtonnais…
        Sortir… Sortir… Pourquoi ?… Pour recommencer à avoir froid et peur… pas question…
        - Ange je t’en prie… C’est Sarah… Le café est chaud… Tu n’as rien à craindre… Benjamin s’en est occupé… Elle n’reviendra plus… Y a des pains au chocolat ce matin… Sors s’il te plaît…
        Chocolat… De la salive qui remontait de mon ventre jusqu’à ma gorge… De la salive plein ma bouche… Une envie mêlée de lait… Mon bol de chocolat avant de partir pour l’école sur le chemin aux églantiers rouges… Une image de bonheur arrêtée quelque part avant la chute sur les Boulevards… Les yeux aveuglés par la douleur rentrer dans un pylône dur et tomber… Ça ou autre chose… Eperdue d’enfance…

        Toute la nuit j’ai surveillé d’un œil la porte d’acier gris par où je croyais toujours la voir venir vers moi... Au moment de partir Benjamin a passé son bras autour de moi parce qu’il savait que solitaire je ne pouvais pas me mettre à la merci de la ville ghetto. Et puis aussi à cause de mon nom…
              - Allez viens !… Je t’offre un coup à boire dehors… J’ai bien le temps…
        Benjamin ne perdait jamais son temps à discuter sans rien dire. Il avait ses raisons… Lui non plus ne s’était pas inquiété de mon nom jusqu’ici. Il écoutait Sarah le prononcer comme on s’adresserait au dieu de la pluie ou des moissons mais il ne s’encombrait pas de cette fantasmagorie… Il était bien trop réel pour ça… Benjamin…
        Et puis il appartenait à cette clique d’anciens de la guerre d’Espagne qui avaient vu changer tant de fois leurs noms…
        On marchait l’un à côté de l’autre dans les ruelles où les poubelles décoraient le paysage de leurs guirlandes déchirées de sacs en plastique bleus... Le bras de Benjamin était posé sur mon épaule. Benjamin sentait ma peur comme un jeune chat à l’intérieur de sa paume.
        Arrivés sur la place le café était éclairé de grosses lampes à gaz qui bourdonnaient... S’asseoir parmi des gens qui ne vous regardent pas c’est facile. Ici personne ne remarque le bleu de chauffe dont les bretelles me dégringolent ou le tee-shirt rouge cerf-volant pas plus que la musette que Sarah a rempli de feuilles d’arbres séchées et d’écorces que la résine tartine encore de ses larmes épaisses d’ambre. Personne puisque tout le monde porte les mêmes fringues pareillement. Ou bien c’est ce qu’il me semble… 

        - Alors… tu choisis mal tes victimes… il dit en me surveillant du coin de l’œil avec un petit rire. Quelle furie celle-là… Il aurait pu ne pas lui dire ton nom… C’est vraiment courageux… Et puis je ne vois pas pourquoi tu aurais honte de t’appeler Ange Azraël… Pas plus que moi Benjamin…
        - Et d’abord qu’est-ce qu’il signifie ce nom ?… Azraël ça sonne plutôt bien moi je trouve… Ça a quelque chose d’un oiseau on dirait… Pourquoi ça serait monstrueux de s’appeler comme ça ?…
        Benjamin était du genre bourru qui ne vous laissait pas toujours le temps de répondre entre deux questions qu’il posait très vite comme si les réponses avaient pas d’importance…
        Mais soudain il attendait quelque chose qui s’offre à son regard posé sur moi pareil au funambule donnant au fil sa raison d’être… Suspendu…


        - Azraël… c’est l’ange de la mort des Arabes… je lui dis avec l’air qui convient… Celui qui reprend leur souffle sur leurs lèvres pour l’emporter vers kes terrains vagues de la nuit…
        - Alors tu comprends… si tu portes un nom comme ça tu ne peux te faire que des ennemis…A suivre...

A très bientôt... Nous serons de retour en chair et en plumes avec vous d'ici quelques jours...

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Lundi 28 juillet 2008 1 28 /07 /Juil /2008 12:26

Maille à l'endroit... Maille à l'envers... suite...

        Ecoutez… écoutez bien…
        Vlim vloum ! C’est la balade du métropolitain. A la troisième station après la mienne c’est-à-dire celle où les femmes sous le regard des hommes sont aussi déshabillées que les trottoirs en dentelle noire un type avec un accordéon installé sur le quai aurait pu entrer alors que je tentais en observant les figurants assis autour de moi de savoir où on en était du récit ce jour-là. J’étais de très bonne humeur c’est vrai parce qu’en me levant j’avais remarqué au beau milieu de la coriandre et du basilic que j’avais plantés sur le rebord de ma fenêtre quelques petites pensées sauvages qui avaient poussé par la distraction d’un semeur de mystères et leurs têtes hirsutes se dressaient en direction de l’Ouest vers un des cimetières de la ville où se baladait nonchalante l’âme de quelqu’un que j’aimais…
          Quelqu’un que j’aimais à qui elles envoyaient leurs signaux de fleurs têtues avec tendresse tandis qu’un confrère amical chat noir dans la gouttière du toit m’offrait ses yeux dorés pour miroir. Il s’agissait d’un vieil écrivain qui avait été mon ami et je sentais ce matin que notre conversation à peine interrompue avait repris comme si de rien n’était. Et d’ailleurs rien n’était et il consentait à nous accompagner encore un bout de chemin… J’étais rassurée car je savais que mon ami le vieil écrivain allait m’indiquer comment remettre la main sur Melchior parmi tous les conducteurs noirs du métropolitain.
       Cela lui était arrivé au moins cent fois à lui de perdre la trace d’un de ses personnages et de la retrouver à un autre passage de l’histoire. “ Faut pas s’inquiéter… qu’il disait… jamais un personnage digne de ce nom n’est en retard au rendez-vous qu’on lui a donné… ” Non… faut pas s’inquiéter…
        Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier… Quand il entre un homme avec son accordéon dans le wagon du métropolitain j’ai toujours peur que ce ne soit un figurant tentant d’imiter Mozart mal maquillé et interprétant à toute vitesse pour rattraper  le temps perdu qui lui n’a jamais su jouer La marche turque endimanchée de chapeaux noirs et de gants blancs…
        Ou bien pire encore La petite musique de nuit plus délicate qu’une sarabande d’yeux de chats jaune d’or à regard humain et que des doigts de fée se livrant à une orgie de bulles de champagne. La petite musique de nuit en plein midi sur les touches sautillantes d’un accordéon désaccordé pendant qu’un lièvre fou fuirait les chasseurs au galop de sa peur sans respirer même à la fin… Vous imaginez ?

        Vlim vloum ! Ecoutez… écoutez bien… braves gens !
        Longtemps avant de fréquenter Melchior dans la motrice du métropolitain j’ai rencontré Mozart à Florence au fond d’une de ces petites ruelles où les ateliers d’ébénisterie étroits comme des tuyaux de poêle ouvrent sur des boutiques bourrées d’objets absurdes et cassés et de chaises suspendues aux plafonds déjà bas souvent peints en or avec leur vieux crin se répandant sur qui aurait d’aventure poussé la porte…
        Je sais que vous aurez un peu de mal à me croire mais si vous réfléchissez vous concevrez aisément que le personnage angélique des êtres de ce style ne meurt pas… Pas plus que Bardamu qu’il m’est arrivé de suivre sans qu’il s’en doute à plusieurs reprises par les soirs de brume verte acidulée non loin de Courbevoie… Seine…
         J’ai rencontré Mozart à Florence au fond d’une de ces ruelles dont on a l’impression qu’elles descendent toutes vers l’Arno alors qu’elles sont en fait un filet emmêlé de trottoirs et de caniveaux s’enroulant et se déroulant en un mouvement aussi lascif et gracieux que celui des branches d’oliviers bleues dans les jardins des Villas recouvrant le flanc des collines de Fiesole…

        J’ai rencontré Mozart à Florence… alors qu’il avait treize ans et je reconnaîtrais sans hésiter sa perruque aux mèches de cendres grises s’échappant follement de tous côtés et son costume de drap lilas dont des sursauts de dentelle s’agitaient autour de ses mains vraiment petites et fines… S’agitaient comme la queue des chats réunis en rond sans les halls de gare en attendant l’aube…
        J’ai rencontré Mozart à Florence et vu qu’il faisait nuit j’ai imaginé que le reste de la troupe était allé dîner de pain de semoule et de farine mêlées… d’olives et de tomates confites tandis que lui improvisait au clavecin à l’intérieur de la boutique d’un marchand de musique endormi au fond d’un siège crevé un menuet dont les notes aigrelettes et joyeuses s’enfonçaient au creux de la brume verte du fleuve…

Premier dessin de Papageno par Emanuel Schikaneder 

        Vlim vloum !
        Je ne sais pas si j’aurais osé pousser la porte aux vitraux roses pour l’approcher tant son corps léger d’adolescent dansait au-dessus de sa musique tel un oiseau s’accaparant le vent pour ne plus jamais toucher le sol. Je ne sais pas car je le voyais déjà jouant face à cet homme endormi et prêt tel un diable à bondir vers un des bistrots clignotant leur lumière fauve au bord du fleuve où les gens du peuple ivres de vin rouge épais comme du velours lui réclamaient jusqu’au matin de la musique pour oublier la cruauté de l’aube…
        Je ne sais pas si j’aurais osé mais un grand personnage costumé d’une redingote de plumes vert pomme et ressemblant tout à fait à un perroquet à visage humain est sorti de la brume en sautillant à l’intérieur de ses chaussures délassées qui contenaient mal des pieds difformes sur ma gauche et a crevé le halo bleuâtre d’une lampe à gaz fixée entre deux boutiques et qui ruisselait le long de dalles noires et blanches du sol…
        Sans hésiter il a franchi le seuil de la boutique d’où un tourbillon de sciure s’est envolé nous recouvrant de son odeur acidulée et fraîche et il a dû se courber vers l’avant afin d’éviter les carcasses des chaises suspendues et de poser sa main sur l’épaule de Mozart qui debout exigeait du clavecin des accords déraisonnables. L’adolescent aux mèches de cendres a refermé le couvercle de l’instrument dans un bruit mat qui s’est enfoncé au fond du ventre offert de la ville…
        Bras dessus bras dessous les deux silhouettes sont passées à quelques mètres de moi et j’ai reconnu aussitôt le personnage aux longues plumes vert pomme et au faciès d e perroquet qui ne pouvait pas se trouver là à cette époque… Et je me suis dit du même coup que c’était extraordinaire que moi j’y sois aussi dans ces rues de Florence en ce fragment-là du temps et que les histoires sont faites pour fabriquer un autre temps que celui des montres à gousset et que Papageno existait déjà parmi les multiples défroques de Mozart adolescent…

         Vlim vloum !
        Donc j’embarque à l’intérieur de la onzième rame du métropolitain et ça commence aussitôt à ne plus être seulement l’histoire des loups qui seraient plutôt à vrai dire des chiens drôlement méchants au cou pelé livrés à la garde des hôtels de luxe et des coffres bourrés de poudre blanche… Les loups ont toujours eu bon dos parce qu’ils sont sauvages et souvent sous-alimentés ce qui leur donne des flancs maigres sous une fourrure élégante qu’ils gardent même pour dormir…
        Les loups sont noirs évidemment comme tout ce qui fait peur aux gens et la viande avec laquelle ils nourrissent leurs petits ils l’ont gagnée en combats singuliers au péril de leur vie. Il y a aussi quelques loups blancs mais c’est plus rare. Ils vivent solitaires à l’écart de la horde car on les repère beaucoup trop facilement en cas de danger. Les loups sont les premiers animaux à visage humain qu’il m’a été donné de rencontrer grâce à mon ami le vieil écrivain qui m’a tout de suite signalé cette mystification qu’on croise dans les contes mais qui a lieu aussi dans la vie. Maille à l’endroit… Maille à l’envers…
        Les chiens de garde quant à eux passent à l’attaque avec jouissance et cruauté. Ce sont les vigiles de l’histoire. Ceux qui veillent à ce qu’elle ne sorte pas des petites cages grillagées entreposées au fond des souterrains humides et aveugles des châteaux où de vieux despotes tout puissants l’ont il y a quelques siècles enfermée. La viande qu’ils rabattent est déjà prête à entrer à l’intérieur des boîtes où elle servira de pâtée à d’autres chiens moins évolués.
        Mais ce n’est pas pour vous entretenir de cela que je suis descendue dans les intestins du métropolitain tout au contraire puisque de ce qui se passe à la surface vous en avez des tombereaux pleins sur les trottoirs alors que… Vlim vloum !… les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier… Ça je peux vous l’assurer.
























Aquarelle de Goethe pour une représentation de La flûte enchantée à Weimar en 1794
A suivre...

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Lundi 21 juillet 2008 1 21 /07 /Juil /2008 12:13

Maille à l'endroit... maille à l'envers... suite...

        Il s’agit à cette heure de l’après-midi un jour de printemps d’aller renouveler ma provision de légumes de la semaine car comme pour tous les herbivores déplacés qui habitent la Cité me nourrir est une calamité.
        Il y a quelque chose de redoutable quand vous êtes à la fois l’auteur et le personnage d’une histoire où les loups tiennent les postes clefs et que votre envie à vous serait plutôt de brouter des iris d’eau au bord d’un ruisseau ou les pousses fraîches au goût à peine amer des asperges sauvages c’est de vous trouver cerné d’étalages de viandes saignantes aux reflets crépusculaires…
        Dans les dessus cruels de la Cité des marchands de viande ont remplacé depuis belle lurette les maraîchers et leurs petits jardins où les salades au ventre tendre et les escargots soucieux d’utiliser leur bave à bon escient faisaient leur ménage compte tenu de l’abondance de prairies au coin des rues et sur les hauteurs de la ville… Les fermes aux vaches noires et blanches entourées de leurs vergers de cerisiers s’étendaient à perte de vue et les guinguettes musiquaient à fond pour les ouvriers le dimanche…
        Mais les loups qui tiennent les clefs de l’histoire dès que les poètes ont le dos tourné ont rasé les petits jardins et chassé les maraîchers afin de donner toute son ampleur au marché de la chair fraîche. Aux herbivores rêveurs amateurs de pâquerettes et aux poètes il ne reste plus que les lointains faubourgs pour faire leur cueillette d’odeurs fraîches et de couleurs insensées et les dessous de la Cité pour camoufler leur sensualité toujours sur le point de s’exhiber ce qui aurait prêté au pire des carnages.
        Vlim vloum !
        Il n’est pas question pour moi de me mêler à la foule de ceux qui traversent les gares uniquement de jour avec la peur qu’ils ont d’être pris à partie par une de ces faims de loup qui ne laisse rien dans son assiette… Et d’être contraints de dévorer les animaux qui ont déjà leur place dans l’histoire tels les chats aux yeux verts de Baudelaire ou l’oiseau de Prévert avec toutes ses plumes… Car si les loups ont une telle importance dans les conteries c’est qu’on leur a collé sur le poil le rôle des hommes simplement.
        Même si je ne dispose pas du texte complet du récit où on va se divertir ensemble mon choix d’écriture est fait… J’ai déjà commencé à me révolter en refusant de me nourrir de la chair fraîche des petits singes et accessoirement des chiens qui accompagnent les mendiants facétieux ainsi que des chats gris de fumée assis en rond dans le hall des gares…
        On y voit pas de la même manière si on s’installe à la surface derrière des étalages de viande fraîche et si on navigue parmi les profondeurs des dessous fleurant le musc et la chaleur moite des chairs vives qui ne se retiennent plus d’exister là où on retraverse le temps dans l’autre sens… Le temps d’enfance retrouvé…
        Vlim vloum ! Attention ! Fermeture des portières… Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier…

        Voilà ce que je me disais pendant que j’attendais sur le quai du métropolitain de découvrir au milieu de la foule affairée des gens mal costumés et encore pas bien réveillés la perruque de travers poudrée de lune et les mains vêtues de gants blancs du personnage qui allait occuper ma journée et entrer à pas légers dans ma chronique des Anges de la Cité…
        En écrivant ces mots j’imagine les escargots en train de s’affairer sur leur feuille de salade à la table des bistrots et leur regard hautain en direction des mitaines que portent ceux qui n’osent pas montrer leurs mains… Oui… en écrivant ces mots je ne me sens plus forcément à la hauteur de mes personnages qui attendent sans doute de moi de ne pas trahir leur désir d’exister… C’est bien le moins que je puisse faire pour eux quand même !

        Ecoutez braves gens… écoutez bien…
        C’est votre histoire que j’écris et vu ce qu’on sait des incendies de papier au fond des caves des Cités il me semble qu’il est venu le temps de cesser de prendre des gants…
        Je crois que j’ai dit cette phrase tout haut en frôlant l’écharpe de cachemire noire d’un homme dont les chaussures extrêmement cirées lui servaient de miroir et qui avançait le long du quai en regardant ses pieds…
        Non… j’ai pensé alors en le voyant poursuivre sa déambulation toutes écoutilles fermées et les oreilles bourrées de papier journal à craquer… pas question de le faire entrer dans l’histoire par la même porte que les autres… Il a tout du bouffon professionnel auquel la vie n’a pas fait de cadeau au moment où vieillissant il commence à oublier son texte d’acteur habitué à mettre les débutants au clou… Il ne mérite qu’un strapontin et il l’aura…
        Pour en finir je me dis en attendant patiemment le museau musardant de la motrice du métropolitain qu’il faudra que je choisisse une bonne fois de quel côté je suis… Car les personnages eux sont venus à moi avec l’intention de prendre place dans l’histoire entre grandeur et dérision et ils ne vont pas accepter que je me traînaille longtemps aux festins des nostalgies et du désespoir que les escargots digèrent aux tables des bistrots.
        Cette réflexion importante s’est faite jour en même temps que moi ce matin à l’heure où mon café très noir buvait une part de mon sommeil inachevé pour me refiler la possibilité de me réveiller…

       Vlim vloum ! Ecoutez bien…
        Cet après-midi ça a plutôt commencé facile grâce au premier personnage de mon histoire inscrit dans le carnet à spirale à la date du 25 décembre 2000 dont j’ignorais toujours le prénom ce qui est assez embêtant pour un personnage principal… Sûr qu’il ne manque pas d’épaisseur à l’intérieur de son pyjama vert pomme et lilas avec ses grosses chaussettes de laine tricotées à la main…
        Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Je me rappelle très bien de cette ligne qui vient butter contre la Porte de Montreuil où dans l’autre sens les ouvriers noirs de l’aube vêtus de leurs longs boubous bleu indigo ou jaune citron n’ont pas hésité eux aussi à prendre place à l’intérieur de mon récit en compagnie d’une femme de ménage qui astique les vitres de la tour Arc-en-Ciel entre deux averses et dont le prénom est Iris…
        En fait mon boulot à moi si on veut c’était surtout de leur redonner leur nom et de le graver noir sur blanc pour effacer tous les autres qu’on leur jette au nez comme des pirouettes de honte et d’imbécile cruauté… Donc cet après-midi-là ça a plutôt bien commencé grâce à l’idée qui m’était venue de partir à la recherche du conducteur de la motrice du métropolitain que j’avais rencontré le 25 décembre 2000 sur la ligne de la Porte de Montreuil ouverte à tous les vents…
        Et l’idée s’est peu à peu transformée pendant que je marchais au long des couloirs avec la musique de fond irrésistible du début du Requiem de Mozart… Et si le conducteur de la motrice du métropolitain m’apprenait qu’il s’appelle Melchior et qu’il avait la peau noire ?
        Vlim vloum !…
        Probable que les braves gens qui vivent à la surface en lisant cette histoire ne s’étonneront pas… si on ne précise jamais que le personnage qui s’assoit à la première page du livre est blanc pourquoi on indiquerait qu’il est noir ?
        Mais à cause de mon étourderie et du fait que j’écris plusieurs livres à la fois afin de n’oublier personne je n’ais aucune indication sur ce qu’est devenu Melchior depuis trois ans période où je l’ais à la fois reconnu et perdu de vue… Je m’installais donc confortablement sur le quai au creux d’une banquette en plastique bleue avec la certitude que Melchior allait finir par apparaître et je regardais passer une dizaine de rames avant de me décider à sauter au hasard à l’intérieur de la onzième… On ne sait jamais…
        Le personnage principal d’une histoire ne peut pas se permettre de faire faux-bond comme ça au dernier moment… Je n’ai jamais rencontré d’écrivain auquel c’était arrivé et je ne vois pas pourquoi à moi justement…
A suivre...

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Mercredi 9 juillet 2008 3 09 /07 /Juil /2008 11:34

Maille à l'endroit... maille à l'envers... suite...

           Vlim vloum ! Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier. L’odeur du sax hurlant soleil et banquise aux reflets de citron vert dérivant est inoubliable pour qui s’est roulé un jour avec l’air innocent d’un lapin en goguette de haut en bas d’un pré nacré de rosée. Et je ne dis pas ça pour les escargots qui eux ont leur feuille de salade à mastiquer à la table des cafés. Ensuite on a beau se laver ça ne part pas… Et on garde l’odeur sur soi jusqu’à ce qu’elle s’en aille au gré d’un tambour où tourne une lessive sans émotions…
        Je ne sais pas ce que vous en pensez mais il m’a semblé soudain que de commencer l’histoire avec ce conducteur de motrice aux chaussettes tricotés ça risquait de déranger qui n’aurait pas l’habitude de fréquenter les espaces de l’autre côté… Il vaudrait mieux que le conducteur de la motrice accepte de refermer son pardessus et qu’il porte comme tout le monde des chaussures noires cirées.
          - D’accord… il a murmuré l’air entendu… mais alors il n’était pas question que je franchisse la porte de verre… Pour quoi faire ?… C’était à prendre ou à laisser… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Vous comprenez ?
          Certains considèrent que les poètes mêlent souvent leurs chaussettes trouées aux histoires qu’ils bordent dans des lits de feuilles et d’herbes. C’est vrai mais quoi de plus élégant que des ongles de pieds vernis de perles de rosée ? De plus élégant et de plus joli…
          Cette musique du sax je l’entends à chaque fois que je descends dans les dessous du soir au hasard… Elle insiste pour me séduire moi qui n’aime que Mozart et Thelonius Monk avec quand même une petite exception pour le concerto de trompette de Haendel. Mais il ne faudrait pas croire pour autant que je vais l’empêcher d’entrer dans l’histoire…
          D’ailleurs elle a raison d’insister car ses sonorités graves m’attirent irrésistibles comme si quelqu’un jouait du sax au fond de l’océan.

          Ecoutez… écoutez braves gens…
          Le costume du conducteur de la motrice m’inquiétait et surtout ses chaussettes en grosse laine tricotées par sa grand-mère… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Ainsi que ses moufles toutes semblables qu’il défaisait à chaque fois qu’il lui fallait appuyer sur le bouton où il était écrit “ Stop ! ” avec l’index en lettres rouges. J’avais bien remarqué qu’il ne portait pas de chaussures et j’avais sorti de ma poche ventrale un petit carnet à spirale afin de ne pas oublier de noter tout cela…
          Normalement c’était moi qui décidais aussi pour cette histoire de chaussettes… Et puis non ça n’est pas vrai puisque les gens sont là tous nus devant nous avec leurs grosses chaussettes bleu turquoise tricotées maille à l’endroit… maille à l’envers… par les doigts tordus de rhumatismes attrapés au lavoir de l’hiver d’une grand-mère qui a fini elle aussi dévorée par le loup de l’histoire…
          Et que de la grand-mère personne n’a jamais parlé pour finir alors que le loup lui évidemment… Vlim vloum !…
         Le conducteur de la motrice du métropolitain se farcissait huit fois par jour la ligne Montreuil-Pont de Sèvre en chaussettes et moufles bleu turquoise pour bien prouver qu’il n’avait rien à demander à personne et qu’il avait retrouvé sa dignité.
           - Ça n’est pas donné à tout le monde… il me répétait en actionnant une nouvelle fois le bouton qui décidait de la fermeture des portes.
          Non… ça n’est pas donné à tout le monde…
          Pour les moufles c’est un peu plus compliqué mais je peux tenter quand même de noter l’explication sur une des pages du petit carnet à spirale car si je n’ai ni chaussettes ni moufles tricotées exprès pour moi je possède une grosse écharpe avec fierté qu’un vieil écrivain m’a donnée afin de m’habituer à passer d’un côté à l’autre de la vie…
          Dans notre jargon de passeurs de grains de blé sur des tamis de lune on appelle ça une métaphore poétique. L’écharpe du vieil écrivain c’est comme la mélodie grave irrésistible du sax de la jeune fille au regard bleu faïence explosé posée au pied des amoureux ensorcelés par leur danse d’amour. C’est un laissez-passer quoi… Un laissez-passer pour demeurer nuage printanier dans un monde cruel et insensé.
          A l’intérieur de ses moufles le conducteur de la motrice retrouve ses mains d’enfant. Ses mains qu’il frottait gelées au-dessus du poêle charbonnant que sa grand-mère bourrait de boulets avant de lui raconter l’histoire du grand sorcier qui voyageait au centre de la terre et que personne… non personne ne pouvait empêcher de refermer les portes entre le rêve et la réalité… Vlim vloum !…
          - Ça n’est pas donné à tout le monde … il me répétait en saisissant entre ses dents de loup la moufle de sa main droite avant d’appuyer avec grandeur sur le bouton rouge. Et l’histoire s’arrêtait aussitôt.
          Non… ça n’est pas donné à tout le monde… d’être le conducteur d’Histoire…

          Ecoutez… écoutez bien…
          Je ne sais pas si quelqu’un vous a déjà offert la joie ravissante de passer de l’autre côté alors que vous étiez depuis un moment de votre calendrier une grande personne… Si ça vous est arrivé vous reconnaîtrez le bonheur rien qu’à l’odeur…
          Vlim vloum ! Le spectacle des clowns n’est jamais fini… Ils acceptent de recommencer chaque jour à se déguiser comme s’ils étaient des intermittents de la vie.
          Vlim vloum ! Quelques minutes le nez à l’air et le reste du temps sous la terre. Pourquoi caressons-nous les lèvres du vent avec nos masques de fard blanc ?
           Oui… Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier. On n’imagine pas combien les gens qui entrent dans la terre en s’enfonçant à l’intérieur d’une taupinière de verre et de métal accomplissent de métamorphoses au cours d’une journée sans l’intervention des fées…
          Au-dessus ils sont chevaliers graves et conquérants tentant d’attirer vers eux les regards vert pomme des princesses caissières de super marchés. Au-dessous ils acceptent de revêtir les tenues bariolées et frivoles du diable Carnaval. En dessous c’est la fête sans fin des transports en commun où on peut jouer le personnage qu’on veut. Ça ne remontera jamais à la surface.
          Au moment où on descend dans les galeries éclairées par des lampions on a déjà pris la décision somnambule d’entrer dans la caverne d’Ali Baba où le trésor est une poignée de grains de blé éternellement jetée sur un tamis de lune…
         A chaque fois que je plonge à l’intérieur des courbes et des replis de son théâtre où les acteurs sont des débutants pour la vie je sais que je vais faire la rencontre inespérée sans laquelle ma journée serait un trou de souris… Ne serait-ce que celle d’un chat de g outtière à regard humain. C’est là que je vais piocher mes personnages les plus fragiles ou peut-être bien qu’ils m’attendent en contre point de ceux du jour qui ont de plus en plus de mal à trouver la porte toujours ouverte pour entrer dans l’histoire.
          Les êtres d’en dessous savent aussitôt qui je suis et ils déposent auprès de moi un regard tendre et malicieux qui me donne l’envie irrésistible de ne plus les quitter… La rencontre est toujours légère et délicate comme le souffle qui rebrousse les poils d’un chat de gouttière à regard humain. Je le sais et je l’envisage telle qu’elle n’a pas la possibilité de me décevoir. Je mène un combat de taupe contre les déceptions solides comme des monuments aux mots morts.

A suivre...

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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /Juil /2008 11:10

Maille à l’endroit… Maille à l’envers      
            Artistes sans art… comme un préau d’enfants… ” Louis Fleury
A Jean

       Ecoutez braves gens… écoutez bien…
      Attention ! Vlim vloum ! C’est la balade du métropolitain… Vlim vloum ! Attention ! Fermeture des portières pendant que dans les coulisses on glisse au chef d’orchestre sa partition.
      Vlim vloum ! Petite lampe rouge allumée. C’est un théâtre… On peut y aller. La représentation des clowns qui ne font rire que les escargots bavards dégustant leurs feuilles de salade à la table des bistrots va commencer.
      Ecoutez bien l’histoire écrite assurément pour que les escargots bavards puissent couvrir de bave les signes noirs et les feuilles de papier blanc avant de les manger et de s’endormir au milieu de leur rire digestif. Ecrire pour rire juste avant les escargots…

      La représentation des clowns se donne toujours dans les sous-sols tandis qu’en surface les chaussures effacent des vérités légères comme des grains de blé sur un tamis de lune.
      En surface les vérités légèrement passées au crible du passé nous tombent dessus. Nous qui doutons de tout elles nous font poussières de son sur nos frimousses. Alors que dans les sous-sols…
      Vlim vloum ! Attention !
      Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier. Moi qui fréquente depuis ma naissance au monde ces endroits que d’autres fuient en grognant parce qu’ils leur préfèrent ses dessus bien léchés je sais ce que je dis.
      J’ai même par un jour de folie en dentelles noires eu l’occasion toute neuve alors que je désespérais de rencontrer ne serait-ce qu’un chat de gouttière au regard humain de faire le trajet durant dix stations de ce chemin sans croix pour souffrir un peu zut alors ! à bord de la motrice au gros museau aveugle du métropolitain… Ça n’est pas peu dire…
      Le conducteur avait remarqué mon nez écrasé tel Escargot époustouflé par la première neige et mes yeux bulles de savon décolorés scotchés sur la vitre qui nous séparait indéfiniment…
      Alors au prochain arrêt avant que la sonnette allume sur les bobines des enfants assis derrière leurs masques de gens des airs affamés de fêtes foraines et de tours de manège il m’a fait signe de passer de l’autre côté.
      Vilm vloum ! Ecoutez bien…

      De l’autre côté on attaque pas forcément les braves gens avec des couteaux d’argent et des épées dégainées à mains armées. De l’autre côté les doigts mal aimés grattent des guitares au milieu des halls de gare tandis qu’un petit singe acheté dans un magasin de ciboires et de pendules où le diable vous rend la monnaie de votre pièce fait la quête en tendant sa casquette violette aux voyageurs rares. Et des centaines de chats gris de fumée assistent à la représentation assis en rond avec leur nez rouge de clowns plastiqué qu’ils ne retirent qu’à l’aube lorsque la fraîcheur de l’air les disperse.
      Enfin c’est ce qu’il paraît parc’que de l’autre côté si les clowns en dess ous de soirée m’y invitent très souvent vu qu’aussi bien bottée que chat je suis et que je possède comme le singe mendiant une casquette j’n’y vois souvent que des ombres roussies sur les rebords… on dirait de vieilles photos ou bien des silhouettes dont le dos se perd parmi le fracas des lumières et des nuits… Vous imaginez si écrire avec ça c’est facile…
      De l’autre côté ceux qui traversent les portes de verre Vlim vloum ! se frôlent avec les ailes de leurs pardessus couvert de givre et clignotant de mille feux mais ils ne se voient pas. Ou bien quand un très grand hasard maquillé de rouge à lèvres les fait se dévisager pareil que le conducteur du métropolitain et moi ça signifie que le traîneau du temps a décidé de faire une pause un instant dans la géante course endiamantée des hommes comédiens et des femmes trapézistes...
      Vlim vloum ! Le conducteur du métropolitain avait des allures de fille sous ses vêtements de garçon c’est certain. Lorsqu’il a entrebaîllé son pardessus couleur cendres et fumée que le vent frais de l’aube disperse j’ai vu qu’il portait un pyjama en soie vert pomme et lilas et de grosses chaussettes de laine tricotées à la main par sa grand-mère… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Et pas de chaussures… Ah non ! Surtout pas… 
      Ce sont les chaussettes tricotées par les grands-mères un peu dépassées qui permettent de ne pas être mis au courant forcément… Et lorsqu’on conduit une motrice dans le ventre de la terre il vaut mieux qu’il y ait de la distance entre ses pieds et les frissons à haute tension. Un conducteur du métropolitain n’a pas le droit de se laisser aller à certaines émotions pour la raison bien connue des escargots bavant sur les feuilles de salade des bistrots que c’est un métier sérieux…
      Seuls les poètes et les artistes à la rigueur peuvent se dispenser des chaussettes de grands-mères les isolant du courant d’ère parce qu’ils sont des bouffons c’est bien connu. Donc pas de chaussures à l’intérieur de la motrice où je me glisse sur mes chaussettes trouées mes bottes de chatte bottée à la main.
      De l’autre côté quand on y est… Vlim vloum ! rien d’étonnant à ce que les gens s’affublent de toutes sortes d’accoutrements puisque le lieu s’y prête et que l’espace du dessous est un vaste cirque assurément. Le conducteur du métropolitain qui voyait mes yeux verts fendus dont les pupilles de jais s’élargissaient percer l’obscurité m’a montré le fonctionnement des manettes et des feux clignotants sur le tableau de bord semblable au cockpit d’un petit avion. Pendant que nous nous enfoncions dans la boue noire des tunnels je pensais à Saint Ex. et à sa carlingue frissonnant et se secouant tel un gros chien remontant à la nage l’océan des étoiles…
      A l’intérieur de la motrice la moquette était aussi épaisse qu’une prairie au printemps et je cherchais dans l’ombre rousse des taupinières. Le conducteur du métropolitain a secoué sa longue carcasse qui se cognait contre les parois de verre et d’acier de la machine avant de me préciser que cette ligne-là justement possédait des replis et des cachettes moelleuses propices aux amoureux. Il avait dû se dire en lorgnant sur mes chaussettes trouées que je cherchais quelqu’un à aimer…
      Vlim vloum ! Mais dans les dessous de la ville les portes de verre et d’acier se referment toujours pour séparer les rêves doux de leur réalité.
      - Non… que je lui réponds outrée par son regard voyeur sur mes chaussettes super marché que mes bottes cachent d’ordinaire avec bonté.
      - Non ! Ça n’est pas vrai… je ne cherche personne pour réparer mes trous… Je suis poète ça suffit bien…
      Et d’ailleurs comment on peut s’aimer dans des lieux à l’odeur rance et biologiquement reconnaissable de rat crevé même si on dispose de banquettes couvertes de velours rouge au pied desquelles une saxophoniste adolescente au crâne rasé et au regard faïence explosé joue comme une jeune déesse un air très ancien ?
      - Elle joue toute la nuit… Et même quand les grilles du métro sont refermées sur le dos à rebrousse-poil des courants d’air elle continue…
      Il a jugé utile de me dire ça comme si j’n’en faisais pas partie moi aussi de ces dessous de soie alors que je fréquente ces endroits que d’autres fuient en grognant depuis ma naissance au monde… C’est vrai… vu que cette histoire je suis en train de l’écrire il est important qu’il me mette au courant de certains détails… Des détails dont il ne sait pas quoi faire lui le colporteur qui doit avant toute chose conduire la motrice à bon port dans l’affaire… Maille à l’endroit… Maille à l’envers… 
     
      Ça y est… C’est énervant… Mes gros orteils ont entrepris de sortir des trous de mes chaussettes et je ne peux plus les contrôler.

A suivre...

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