Vendredi 1 août 2008
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14:59
La part du pauvre... suite...
Pour celles et ceux qui auraient un peu de mal à faire le lien : cet extrait de conte prend la suite de celui publié le 2 juillet
2008
Recroquevillée derrière la porte je sentais toutes les pierres qu’elle aurait pu me lancer solidifier ma chair qui désirait fuir dans n’importe quel
endroit sombre et chaud où faire une petite boule vivante. Une petite boule pleine de crainte et d’odeurs glapissantes. Une petite boule d’erreurs centrée sur son impuissance et sa honte à ne pas
vouloir saisir les armes d’or pour se défendre. Une petite boule de plumes au cœur brûlant. Rouge… rouge… noire et rouge…
Un seul lieu où me réfugier était possible avec la porte qui ferme solide de l’intérieur... Pas trop
loin pour mes jambes qui ne pouvaient plus marcher... Pas trop loin pour mon cœur qui allait exploser... C’étaient les cabinets. J’y suis allée comme dans un cauchemar où on ne peut pas
avancer... A chaque pas que je faisais mes trop grandes chaussures de clown s’engluaient dans le chewin-gum du sol aux dents de vampire mou... C’était mon père le premier qui m’avait dit qu’il ne
fallait pas que je compte m’en tirer comme ça...
- Avec un nom pareil t’as aucune
chance… Moi ça a commencé j’avais pas trois ans… alors…
Le nom d’accord on y
pouvait rien... Mais le prénom qu’il m’avait collé par-dessus… C’était exagéré…
-
Au contraire… Ton prénom il va avec… Ça sert à rien d’avancer contre les choses de son destin…
Et s’il avait eu raison par hasard ? Et si ce nom si insupp
ortable avait tout déclenché dans ma vie… Et surtout mon envie de parler aux autres afin qu’ils
me pardonnent mon nom justement... Moi qui ne rêvais que d’être une petite boule repliée sur sa chaleur endormie...
- Ange !… Ange !… Sors !… Tu peux sortir elle est partie… C’est
Sarah…
A quatre pattes dans les cabinets à la turque où je frottais mon angoisse
contre les carreaux de faïence je tâtonnais…
Sortir… Sortir… Pourquoi ?…
Pour recommencer à avoir froid et peur… pas question…
- Ange je t’en prie… C’est Sarah… Le café est chaud… Tu n’as rien à craindre… Benjamin s’en est occupé… Elle n’reviendra plus… Y a des pains au chocolat
ce matin… Sors s’il te plaît…
Chocolat… De la salive qui remontait de mon ventre jusqu’à ma gorge… De la salive plein ma bouche… Une envie mêlée de lait… Mon bol de chocolat avant de
partir pour l’école sur le chemin aux églantiers rouges… Une image de bonheur arrêtée quelque part avant la chute sur les Boulevards… Les yeux aveuglés par la douleur rentrer dans un pylône dur
et tomber… Ça ou autre chose… Eperdue d’enfance…
Toute la nuit j’ai surveillé d’un œil la porte d’acier gris par où je croyais
toujours la voir venir vers moi... Au moment de partir Benjamin a passé son bras autour de moi parce qu’il savait que solitaire je ne pouvais pas me mettre à la merci de la ville ghetto. Et puis
aussi à cause de mon nom…
- Allez viens !… Je t’offre un coup à boire dehors… J’ai bien le temps…
Benjamin ne perdait jamais son temps à discuter sans rien dire. Il avait ses raisons… Lui non plus ne s’était pas inquiété de mon nom jusqu’ici. Il
écoutait Sarah le prononcer comme on s’adresserait au dieu de la pluie ou des moissons mais il ne s’encombrait pas de cette fantasmagorie… Il était bien trop réel pour ça… Benjamin…
Et puis il appartenait à cette clique d’anciens de la guerre d’Espagne qui avaient vu changer tant de fois leurs noms…
On marchait l’un à côté de l’autre dans les ruelles où les poubelles décoraient le paysage de leurs
guirlandes déchirées de sacs en plastique bleus... Le bras de Benjamin était posé sur mon épaule. Benjamin sentait ma peur comme un jeune chat à l’intérieur de sa paume.
Arrivés sur la place le café était éclairé de grosses lampes à gaz qui bourdonnaient... S’asseoir parmi
des gens qui ne vous regardent pas c’est facile. Ici personne ne remarque le bleu de chauffe dont les bretelles me dégringolent ou le tee-shirt rouge cerf-volant pas plus que la musette que Sarah
a rempli de feuilles d’arbres séchées et d’écorces que la résine tartine encore de ses larmes épaisses d’ambre. Personne puisque tout le monde porte les mêmes fringues pareillement. Ou bien c’est
ce qu’il me semble…
- Alors… tu choisis mal tes victimes… il dit en me surveillant du coin de l’œil avec
un petit rire. Quelle furie celle-là… Il aurait pu ne pas lui dire ton nom… C’est vraiment courageux… Et puis je ne vois pas pourquoi tu aurais honte de t’appeler Ange Azraël… Pas plus que moi
Benjamin…
- Et d’abord qu’est-ce qu’il signifie ce nom ?… Azraël ça sonne plutôt bien moi je trouve… Ça a quelque chose d’un oiseau on dirait… Pourquoi ça
serait monstrueux de s’appeler comme ça ?…
Benjamin était du genre bourru qui ne vous laissait pas toujours le temps de répondre entre deux questions qu’il posait très vite comme si les réponses
avaient pas d’importance…
Mais soudain il attendait quelque chose qui s’offre à son regard posé sur moi pareil au funambule donnant au fil sa raison d’être… Suspendu…
- Azraël… c’est l’ange de la mort des Arabes… je lui dis avec l’air qui convient… Celui qui reprend leur souffle sur leurs lèvres pour l’emporter vers
kes terrains vagues de la nuit…
- Alors tu comprends… si tu portes un nom comme
ça tu ne peux te faire que des ennemis…A suivre...
A très bientôt... Nous serons de retour en chair et en plumes avec vous d'ici quelques jours...
Lundi 28 juillet 2008
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12:26
Maille à l'endroit...
Maille à l'envers... suite...
Ecoutez… écoutez bien…
Vlim vloum ! C’est la balade du métropolitain. A la troisième station après la mienne c’est-à-dire celle où les femmes sous
le regard des hommes sont aussi déshabillées que les trottoirs en dentelle noire un type avec un accordéon installé sur le quai aurait pu entrer alors que je tentais en observant les figurants
assis autour de moi de savoir où on en était du récit ce jour-là. J’étais de très bonne humeur c’est vrai parce qu’en me levant j’avais remarqué au beau milieu de la coriandre et du basilic que
j’avais plantés sur le rebord de ma fenêtre quelques petites pensées sauvages qui avaient poussé par la distraction d’un semeur de mystères et leurs têtes hirsutes se dressaient en direction de
l’Ouest vers un des cimetières de la ville où se baladait nonchalante l’âme de quelqu’un que j’aimais…
Quelqu’un que j’aimais à qui elles envoyaient leurs signaux de fleurs têtues avec
tendresse tandis qu’un confrère amical chat noir dans la gouttière du toit m’offrait ses yeux dorés pour miroir. Il s’agissait d’un vieil écrivain qui avait été mon ami et je sentais ce matin que
notre conversation à peine interrompue avait repris comme si de rien n’était. Et d’ailleurs rien n’était et il consentait à nous accompagner encore un bout de chemin… J’étais rassurée car je
savais que mon ami le vieil écrivain allait m’indiquer comment remettre la main sur Melchior parmi tous les conducteurs noirs du métropolitain.
Cela lui était arrivé au moins cent fois à lui de perdre
la trace d’un de ses personnages et de la retrouver à un autre passage de l’histoire. “ Faut pas s’inquiéter… qu’il disait… jamais un personnage digne de ce nom n’est en retard au
rendez-vous qu’on lui a donné… ” Non… faut pas s’inquiéter…
Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier… Quand il entre un homme avec son accordéon dans le wagon du
métropolitain j’ai toujours peur que ce ne soit un figurant tentant d’imiter Mozart mal maquillé et interprétant à toute vitesse pour rattraper le
temps perdu qui lui n’a jamais su jouer La marche turque endimanchée de chapeaux noirs et de gants blancs…
Ou bien pire encore La petite musique de nuit plus délicate qu’une sarabande d’yeux de chats jaune d’or à regard humain et que des doigts de fée se livrant à une orgie de bulles
de champagne. La petite musique de nuit en plein midi sur les touches sautillantes d’un accordéon désaccordé pendant qu’un lièvre fou fuirait les
chasseurs au galop de sa peur sans respirer même à la fin… Vous imaginez ?
Vlim vloum ! Ecoutez… écoutez bien… braves gens !
Longtemps avant de fréquenter Melchior dans la motrice du métropolitain j’ai rencontré Mozart à
Florence au fond d’une de ces petites ruelles où les ateliers d’ébénisterie étroits comme des tuyaux de poêle ouvrent sur des boutiques bourrées d’objets absurdes et cassés et de chaises
suspendues aux plafonds déjà bas souvent peints en or avec leur vieux crin se répandant sur qui aurait d’aventure poussé la porte…
Je sais que vous aurez un peu de mal à me croire
mais si vous réfléchissez vous concevrez aisément que le personnage angélique des êtres de ce style ne meurt pas… Pas plus que Bardamu qu’il m’est arrivé de suivre sans qu’il s’en doute à
plusieurs reprises par les soirs de brume verte acidulée non loin de Courbevoie… Seine…
J’ai rencontré Mozart à Florence au fond d’une de ces ruelles dont on a l’impression qu’elles
descendent toutes vers l’Arno alors qu’elles sont en fait un filet emmêlé de trottoirs et de caniveaux s’enroulant et se déroulant en un mouvement aussi lascif et gracieux que celui des branches
d’oliviers bleues dans les jardins des Villas recouvrant le flanc des collines de Fiesole…
J’ai rencontré Mozart à Florence… alors qu’il
avait treize ans et je reconnaîtrais sans hésiter sa perruque aux mèches de cendres grises s’échappant follement de tous côtés et son costume de drap lilas dont des sursauts de dentelle
s’agitaient autour de ses mains vraiment petites et fines… S’agitaient comme la queue des chats réunis en rond sans les halls de gare en attendant l’aube…
J’ai rencontré Mozart à Florence et vu qu’il
faisait nuit j’ai imaginé que le reste de la troupe était allé dîner de pain de semoule et de farine mêlées… d’olives et de tomates confites tandis que lui improvisait au clavecin à l’intérieur
de la boutique d’un marchand de musique endormi au fond d’un siège crevé un menuet dont les notes aigrelettes et joyeuses s’enfonçaient au creux de la brume verte du fleuve…
Premier dessin de Papageno
par Emanuel Schikaneder
Vlim vloum !
Je ne sais pas si j’aurais osé pousser la porte aux vitraux roses pour l’approcher tant son corps léger d’adolescent dansait
au-dessus de sa musique tel un oiseau s’accaparant le vent pour ne plus jamais toucher le sol. Je ne sais pas car je le voyais déjà jouant face à cet homme endormi et prêt tel un diable à bondir
vers un des bistrots clignotant leur lumière fauve au bord du fleuve où les gens du peuple ivres de vin rouge épais comme du velours lui réclamaient jusqu’au matin de la musique pour oublier la
cruauté de l’aube…
Je ne sais pas si j’aurais osé mais un grand personnage costumé d’une redingote de plumes vert pomme et ressemblant tout à fait à
un perroquet à visage humain est sorti de la brume en sautillant à l’intérieur de ses chaussures délassées qui contenaient mal des pieds difformes sur ma gauche et a crevé le halo bleuâtre d’une
lampe à gaz fixée entre deux boutiques et qui ruisselait le long de dalles noires et blanches du sol…
Sans hésiter il a franchi le seuil de la boutique d’où un tourbillon de sciure s’est envolé nous
recouvrant de son odeur acidulée et fraîche et il a dû se courber vers l’avant afin d’éviter les carcasses des chaises suspendues et de poser sa main sur l’épaule de Mozart qui debout exigeait du
clavecin des accords déraisonnables. L’adolescent aux mèches de cendres a refermé le couvercle de l’instrument dans un bruit mat qui s’est enfoncé au fond du ventre offert de la
ville…
Bras
dessus bras dessous les deux silhouettes sont passées à quelques mètres de moi et j’ai reconnu aussitôt le personnage aux longues plumes vert pomme et au faciès d
e perroquet qui ne pouvait pas se trouver là à cette époque… Et je me suis dit du même
coup que c’était extraordinaire que moi j’y sois aussi dans ces rues de Florence en ce fragment-là du temps et que les histoires sont faites pour fabriquer un autre temps que celui des montres à
gousset et que Papageno existait déjà parmi les multiples défroques de Mozart adolescent…
Vlim vloum !
Donc j’embarque à l’intérieur de la onzième rame du métropolitain et ça commence aussitôt à ne plus être seulement l’histoire des
loups qui seraient plutôt à vrai dire des chiens drôlement méchants au cou pelé livrés à la garde des hôtels de luxe et des coffres bourrés de poudre blanche… Les loups ont toujours eu bon dos
parce qu’ils sont sauvages et souvent sous-alimentés ce qui leur donne des flancs maigres sous une fourrure élégante qu’ils gardent même pour dormir…
Les loups sont noirs évidemment comme tout ce qui
fait peur aux gens et la viande avec laquelle ils nourrissent leurs petits ils l’ont gagnée en combats singuliers au péril de leur vie. Il y a aussi quelques loups blancs mais c’est plus rare.
Ils vivent solitaires à l’écart de la horde car on les repère beaucoup trop facilement en cas de danger. Les loups sont les premiers animaux à visage humain qu’il m’a été donné de rencontrer
grâce à mon ami le vieil écrivain qui m’a tout de suite signalé cette mystification qu’on croise dans les contes mais qui a lieu aussi dans la vie. Maille à l’endroit… Maille à
l’envers…
Les
chiens de garde quant à eux passent à l’attaque avec jouissance et cruauté. Ce sont les vigiles de l’histoire. Ceux qui veillent à ce qu’elle ne sorte pas des petites cages grillagées entreposées
au fond des souterrains humides et aveugles des châteaux où de vieux despotes tout puissants l’ont il y a quelques siècles enfermée. La viande qu’ils rabattent est déjà prête à entrer à
l’intérieur des boîtes où elle servira de pâtée à d’autres chiens moins évolués.
Mais ce n’est pas pour vous entretenir de cela que je suis descendue dans les intestins du
métropolitain tout au contraire puisque de ce qui se passe à la surface vous en avez des tombereaux pleins sur les trottoirs alors que… Vlim vloum !… les dessous de la Cité ont des couleurs
de champ printanier… Ça je peux vous l’assurer.
Aquarelle de Goethe pour une représentation de La flûte enchantée à Weimar en 1794
A suivre...
Lundi 21 juillet 2008
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12:13
Maille à l'endroit...
maille à l'envers... suite...
Il s’agit à cette heure de l’après-midi un jour de printemps d’aller renouveler ma provision de légumes de la semaine car comme pour tous les herbivores
déplacés qui habitent la Cité me nourrir est une calamité.
Il y a quelque chose de redoutable quand vous êtes à la fois l’auteur et le personnage d’une histoire où les loups tiennent les
postes clefs et que votre envie à vous serait plutôt de brouter des iris d’eau au bord d’un ruisseau ou les pousses fraîches au goût à peine amer des asperges sauvages c’est de vous trouver cerné
d’étalages de viandes saignantes aux reflets crépusculaires…
Dans les dessus cruels de la Cité des marchands de viande ont remplacé depuis belle lurette les maraîchers et leurs petits jardins
où les salades au ventre tendre et les escargots soucieux d’utiliser leur bave à bon escient faisaient leur ménage compte tenu de l’abondance de prairies au coin des rues et sur les hauteurs de
la ville… Les fermes aux vaches noires et blanches entourées de leurs vergers de cerisiers s’étendaient à perte de vue et les guinguettes musiquaient à fond pour les ouvriers le
dimanche…
Mais
les loups qui tiennent les clefs de l’histoire dès que les poètes ont le dos tourné ont rasé les petits jardins et chassé les maraîchers afin de donner toute son ampleur au marché de la chair
fraîche. Aux herbivores rêveurs amateurs de pâquerettes et aux poètes il ne reste plus que les lointains faubourgs pour faire leur cueillette d’odeurs fraîches et de couleurs insensées et les
dessous de la Cité pour camoufler leur sensualité toujours sur le point de s’exhiber ce qui aurait prêté au pire des carnages.
Vlim vloum !
Il n’est pas question pour moi de me mêler à la foule de ceux qui traversent les gares uniquement
de jour avec la peur qu’ils ont d’être pris à partie par une de ces faims de loup qui ne laisse rien dans son assiette… Et d’être contraints de dévorer les animaux qui ont déjà leur place dans
l’histoire tels les chats aux yeux verts de Baudelaire ou l’oiseau de Prévert avec toutes ses plumes… Car si les loups ont une telle importance dans les conteries c’est qu’on leur a collé sur le
poil le rôle des hommes simplement.
Même si je ne dispose pas du texte complet du récit où on va se divertir ensemble mon choix d’écriture est fait… J’ai déjà
commencé à me révolter en refusant de me nourrir de la chair fraîche des petits singes et accessoirement des chiens qui accompagnent les mendiants facétieux ainsi que des chats gris de fumée
assis en rond dans le hall des gares…
On y voit pas de la même manière si on s’installe à la surface derrière des étalages de viande fraîche et si on navigue parmi les
profondeurs des dessous fleurant le musc et la chaleur moite des chairs vives qui ne se retiennent plus d’exister là où on retraverse le temps dans l’autre sens… Le temps d’enfance
retrouvé…
Vlim
vloum ! Attention ! Fermeture des portières… Les dessous de la Cité ont des couleurs de champ printanier…
Voilà ce que je me disais pendant que j’attendais sur le quai du métropolitain de découvrir au milieu de la foule affairée des gens mal costumés et encore pas bien réveillés la perruque de
travers poudrée de lune et les mains vêtues de gants blancs du personnage qui allait occuper ma journée et entrer à pas légers dans ma chronique des Anges de la
Cité…
En
écrivant ces mots j’imagine les escargots en train de s’affairer sur leur feuille de salade à la table des bistrots et leur regard hautain en direction des mitaines que portent ceux qui n’osent
pas montrer leurs mains… Oui… en écrivant ces mots je ne me sens plus forcément à la hauteur de mes personnages qui attendent sans doute de moi de ne pas trahir leur désir d’exister… C’est bien
le moins que je puisse faire pour eux quand même !
Ecoutez braves gens… écoutez bien…
C’est votre histoire que j’écris et vu ce qu’on sait des incendies de papier au fond des caves des Cités il me semble qu’il est
venu le temps de cesser de prendre des gants…
Je crois que j’ai dit cette phrase tout haut en frôlant l’écharpe de cachemire noire d’un homme dont les chaussures extrêmement
cirées lui servaient de miroir et qui avançait le long du quai en regardant ses pieds…
Non… j’ai pensé alors en le voyant poursuivre sa déambulation toutes écoutilles fermées et les
oreilles bourrées de papier journal à craquer… pas question de le faire entrer dans l’histoire par la même porte que les autres… Il a tout du bouffon professionnel auquel la vie n’a pas fait de
cadeau au moment où vieillissant il commence à oublier son texte d’acteur habitué à mettre les débutants au clou… Il ne mérite qu’un strapontin et il l’aura…
Pour en finir je me dis en attendant patiemment le
museau musardant de la motrice du métropolitain qu’il faudra que je choisisse une bonne fois de quel côté je suis… Car les personnages eux sont venus à moi avec l’intention de prendre place dans
l’histoire entre grandeur et dérision et ils ne vont pas accepter que je me traînaille longtemps aux festins des nostalgies et du désespoir que les escargots digèrent aux tables des
bistrots.
Cette réflexion importante s’est faite jour en même temps que moi ce matin à l’heure où mon café très noir buvait une part de mon sommeil inachevé pour me refiler la possibilité de me
réveiller…
Vlim vloum ! Ecoutez bien…
Cet après-midi ça a plutôt commencé facile grâce au premier personnage de mon histoire inscrit dans le carnet à spirale à la date
du 25 décembre 2000 dont j’ignorais toujours le prénom ce qui est assez embêtant pour un personnage principal… Sûr qu’il ne manque pas d’épaisseur à l’intérieur de son pyjama vert pomme et lilas
avec ses grosses chaussettes de laine tricotées à la main…
Maille à l’endroit… Maille à l’envers… Je me rappelle très bien de cette ligne qui vient butter contre la Porte de Montreuil où
dans l’autre sens les ouvriers noirs de l’aube vêtus de leurs longs boubous bleu indigo ou jaune citron n’ont pas hésité eux aussi à prendre place à l’intérieur de mon récit en compagnie d’une
femme de ménage qui astique les vitres de la tour Arc-en-Ciel entre deux averses et dont le prénom est Iris…
En fait mon boulot à moi si on veut c’était surtout de leur redonner leur nom et de le graver noir
sur blanc pour effacer tous les autres qu’on leur jette au nez comme des pirouettes de honte et d’imbécile cruauté… Donc cet après-midi-là ça a plutôt bien commencé grâce à l’idée qui m’était
venue de partir à la recherche du conducteur de la motrice du métropolitain que j’avais rencontré le 25 décembre 2000 sur la ligne de la Porte de Montreuil ouverte à tous les
vents…
Et
l’idée s’est peu à peu transformée pendant que je marchais au long des couloirs avec la musique de fond irrésistible du début du Requiem de Mozart…
Et si le conducteur de la motrice du métropolitain m’apprenait qu’il s’appelle Melchior et qu’il avait la peau noire ?
Vlim
vloum !…
Probable que les braves gens qui vivent à la surface en lisant cette histoire ne s’étonneront pas… si on ne précise jamais que le personnage qui s’assoit à la première page du livre est blanc
pourquoi on indiquerait qu’il est noir ?
Mais à cause de mon étourderie et du fait que j’écris plusieurs livres à la fois afin de n’oublier personne je n’ais aucune
indication sur ce qu’est devenu Melchior depuis trois ans période où je l’ais à la fois reconnu et perdu de vue… Je m’installais donc confortablement sur le quai au creux d’une banquette en
plastique bleue avec la certitude que Melchior allait finir par apparaître et je regardais passer une dizaine de rames avant de me décider à sauter au hasard à l’intérieur de la onzième… On ne
sait jamais…
Le personnage principal d’une histoire ne peut pas se permettre de faire faux-bond comme ça au dernier moment… Je n’ai jamais rencontré d’écrivain auquel c’était arrivé et je ne vois pas pourquoi
à moi justement…
A suivre...
Mercredi 9 juillet 2008
3
09
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/2008
11:34
Vendredi 4 juillet 2008
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04
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/Juil
/2008
11:10
Commentaires