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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Contes et récits de l'arbre aux histoires

Mardi 2 septembre 2008 2 02 /09 /Sep /2008 23:46

La part du pauvre fin

               Ecoute… écoute…

Sarah avait mis six mois à se résoudre à la disparition d’Ange. Six mois pour ne plus la chercher avec la mobylette qui rendait ses boyaux de métal petit à petit à travers chaque rue dont elle lui avait parlé depuis l’heure où elle quittait l’entrepôt dans le ventre de la nuit jusqu’à celle où les voitures surgissant auraient rendu improbable toute retrouvaille.

Benjamin qui surveillait les cartons de papier qui descendaient des camions tortues géantes sur les palettes dans le petit jour incendié rose comme il y en a avait été le premier à entendre le cri qui venait de tout près et qui pourtant semblait momifié dans un corps de cristal. L’accident s’était passé à l’aube. Un des chariots trop chargé en dépit des colères de Benjamin qui jurait d’un bout à l’autre de l’entrepôt qu’on ne gagnait rien à en faire trop s’était renversé sur le type de l’entreprise de nettoyage dont il avait fait un être aussi plat qu’une peau de chat. Et c’était monstrueusement irréversible.

Celui qui avait quelques instants auparavant un corps comme tout le monde était un Black aussi black que Clarisse et ils avaient grandi dans le même paysage où s’étirent des chants papillons sous la troublante vibrance des nuits câlines. Mais heureusement Clarisse le Guadeloupéen bercé par le hurlement hystérique de la broyeuse restait étranger à la violence de cette image arrêtée. Clarisse dont la voix continuait à arriver à travers le silence de l’entrepôt comme un ruissellement de cailloux clairs. Rouge… rouge… noir et rouge…

- Ecoute… disait Khaled l’aveugle à Sarah en lui tenant les deux mains serrées entre ses paumes. Ecoute…

- Ce soir-là il pleuvait tellement fort sur le Boulevard que j’avais mes chaussures pleines d’eau mais je n’voulais pas partir par’c’que j’n’avais pas fait assez de sous… Et puis j’savais bien qu’elle viendrait… C’est comme les fleurs au printemps… moi faut qu’je sente l’odeur pour savoir… Elle était le printemps d’ma nuit…
 

- Aussitôt qu’jai senti ses mains j’ai plus senti la flotte dans mes chaussures…

- Mais ce soir-là elle m’a pas lâché les doigts comme d’habitude quand elle passait vite dans un tourbillon léger… Non… ce soir-là elle m’a tenu longtemps et elle a répété trois fois :

- Viens avec moi boire un verre de thé…

- Viens avec moi…

- Viens…

- Moi je pensais que je n’pouvais pas y aller avec les chaussures comme ça… et puis le reste… Mais elle n’a pas cédé et elle m’a emmené par la main jusqu’à la terrasse où de la chaleur qui devait venir des lampes faisait des ronds de soleil dans le noir…

- J’ai rangé mes chaussures comme j’ai pu après les avoir vidées aussi et j’ai senti toute l’odeur de la menthe qui m’mordait la langue…

- Alors elle a posé une question… Rien qu’une…

- Elle a demandé :

- Je voudrais que tu me dises ton nom… Oui… j’aimerais tant savoir ton nom…

- Alors moi je lui ai répondu : je m’appelle Khaled… et toi ?…

- Elle a répété encore trois fois ;

- Khaled… Khaled… Khaled… tu as de la chance… tu n’as pas honte de ton nom…

- Moi je lui ai rien dit… mais j’ai cherché très fort en dedans de ma nuit à trouer cette ombre de quelque chose qui me fasse souvenir… Pourtant mes yeux sont restés remplis de paillettes bleues comme d’habitude…

- Alors elle a poussé un autre verre qui brûlait son odeur entre mes mains et elle a dit :

- Khaled… maintenant le pauvre je sais comment il s’appelait… Et je pourrai toujours le retrouver pour lui offrir un dernier verre de thé avant l’aube…

- Et puis elle a dit encore avec un ton bizarre : et toi Khaled l’aveugle… est-ce que tu es… et elle a réfléchi… ah oui… est-ce que tu es… solitaire ?…

   - Et elle est partie dans un grand éclat de rire…
                 - Et je ne l’ai pas enten due s’en aller parce que certainement elle n’a pas fait plus de bruit qu’un murmure de papillons à l’intérieur d’un flacon de verre…

                 Assis en tailleur sur les tabourets de cuir bleu à la terrasse du Tanagra où les tables sont des soleils Khaled l’aveugle et Sarah attendaient chaque soir que la nuit vienne éclabousser les trottoirs du boulevard.
                - Ecoute Sarah… a demandé Khaled l’aveugle en lui touchant le bout des doigts. Est-ce que tu voudrais bien me rouler une cigarette ?… Rien qu’une… celle du petit jour quand il fait tellement froid…

- Et pendant que Sarah tassait le tabac à l’odeur de miel dans la feuille de papier à rouler il a cru voir un lézard furtif de lumière dorée se faufiler à l’intérieur de sa main pour y dormir. A l’intérieur de sa main qui ne garde des gens que ce qu’ils donnent en passant. A l’intérieur de sa main ouverte. 

 

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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /Sep /2008 23:35

La petite ouistiti ou la vengeance des singes

Epinay-sur-Seine, Dimanche, 3 août 2008

“ cependant, pas de gourance, les furoncles ne ME posaient aucun problème, je ne m’en souciais que par rapport aux AUTRES. qui en auraient eu les sangs retournés. l’homme Frigorifié, comme l’homme des cavernes, se moque d’avoir des furoncles, il ne se force à y prêter attention qu’à cause de choses aussi banales que les masses humaines. vivre en Homme Frigorifié ne signifie pas en effet qu’on a perdu contact avec la réalité. nous ne cultivons l’indifférence que parce que tout autre attitude nous paraît dépourvue de sens. ”


Journal d’un vieux dégueulasse

Charles Bukowski Ed. Grasset 1996-2007

 


      Je venais juste de descendre de la salle d’études qui puait le plancher ciré du samedi il était quasi dix heures et je faisais le planton retenant mes ailes de papillon bien repliées sous la blouse bleue devant le bureau de la bonne-sœur supérieure qui s’arrangeait pour arriver chaque fois à la bourre et même quand elle était là on attendait c’était réglé quand je les ai vus rappliquer tous les trois… Je suppose que c’était sa façon d’humilier les gens et d’abord les filles qui étaient dans le stalag pensionnat Notre-Dame de la haine total à sa merci…
      Elle léchait sa salive au coin de ses lèvres étroites comme un morfil entrouvertes sur ses petites dents blanches pointues alignées quand elle se pointait à l’approche d’une proie niaise et résignée d’avance… Pas que j’aie de la pitié ou de l’inclination pour elles en troupeau ou en mouton femelle à l’unité pas du tout… j’étais aussi loin de leur situation que du reste de ce qu’y avait autour mais je m’étais mise quand même sur la pointe de mes espadrilles ridicules comme tout ce que j’avais sur le dos pour mater dehors…
      Ça allait m’occuper à ce que j’appelais mes singeries du temps que la supérieure que tout le monde ici surnommait L’œil espèce née avec le talent pour l’espionnage le reniflage des ailes repliées sous la blouse voire de son petit nom familier écoeurant Neuneuil se pointe et puis je n’suis pas en reste pour la curiosité c’est vrai… Faut dire qu’au fond de ce trou les souris les rats les cafards les puces ouais… vous avez bien capté même les puces ont crevé ou elles se sont tirées et on reste entre nous à se dégoutter de la vie avec la lenteur que mettent les vieilles à mourir dans ce coin pourri d’une province paumée au bout du temps du pays de la terre et du monde…
      Enfin nous c’est pas le mot vu que moi ici mes singeries et mon allumage photophore bleu déjà avant la suite je me sens rien de nous avec ces sortes d’humains et que c’est dans le stalag pensionnat que les choses sont devenues bien claires à ce sujet… C’est là que j’ai mis au point de l’extérieur de moi mon absence humaine de leur mic-mac je m’allume mon photophore bleu dès qu’ils approchent et j’enfile le personnage que j’ai appelé pour me marrer par la suite la petite ouistiti…
      Bon mais d’abord j’essayais de deviner ce que les trois péqueneaux qui venaient de franchir le sas de l’entrée en bas aussi peu surveillée que possible par la bonne-sœur qui fait le week-end en râlant les trois avec la dégaine que trimballent les gens aussi ras du sol que des prie-dieu la vulgarité que file la bêtise et la peur à des tas de gugusses… ces trois-là ce qu’ils venaient glandouiller dans le coin un samedi au stalag Notre-Dame des malédictions…

      Si j’en ai appris des choses dans ce campement de curetons femelles moi qui avais pas encore développé secrété comme l’araignée son fil assez solide pour pendre quelques jolies ordures parfumées purin ou Guerlin des moyens de défense des armures en papier de lune pas visible… ça a été un défilé de sentiments sacrément lourds à traîner quand on a à peine treize piges…
      Je me suis fait un arc-en-ciel à la Rimbe rien de plus extra… désespoir-rouge haine‑orange honte-jaune tristesse-verte solitude-bleu dégoût-violet et comme ça pesait des tonnes et que j’avais pas la vocation du sacrifice des lucioles au contraire envie que ça dure nos facultés d’éclairage nocturne d’un tout p’tit coin rien que pour les mirettes des rusés d’aventure aux voyages nacrés et pas envie de me fatiguer j’ai viré tout le pataquès par-dessus bord et une fois qu’y avait plus rien ça m’a donné la fabuleuse liberté du mépris et pour finir de l’absence…
      L’allumage du photophore bleu me faisait signe et les ailes repliées s’agitaient dessous la blouse…
      - Plutôt que de regarder par la fenêtre où il n’y a rien qui vous intéresse entrez et sortez votre devoir ça sera plus utile…
      La voix pointue aux inflexions faussement aimables aurait pu me faire sursauter si je n’avais pas eu l’habitude de ses irruptions surprises une des spécialités de ces femelles avec l’hypocrisie et la malveillance mais y’avait un gros bout de temps que plus rien d’elles ne s’accrochait aux parois lisses de mon ennui… Le bleu photophore s’est éteint aussitôt et j’ai réintégré le gris de leur miroir…
      C’était un week-end de grande sortie comme elles les appelaient sauf que moi ce qui est grand ne me concerne pas je ne sortais ni plus ni moins que le reste de l’année du stalag pensionnat… Mais ce qui au début avait été l’horreur aux rebords vertige de la folie avait évolué par cette capacité d’adaptation qui est un truc animal il paraît et après deux ans d’évolution dans ce sens je m’étais installée à l’intérieur de la peau d’une jeune ouistiti larguée seule par inadvertance au milieu d’un univers inconnu et je jouissais de cette autre personne que j’étais sans être me gavant de moi et de la grande forêt enchantée débarrassée de la famille de la tribu du clan des autres…
      Pour ce qui est de la petite ouistiti faut que j’avoue qu’elle m’était venue y a pas mal d’années de ça une époque où je n’écrivais pas pour cause que j’étais trop dans l’enfance de ma vie mais c’est une autre histoire… Elle m’a pas lâchée au fil de mes bonnes et mauvaises aventures et à peine que je me suis fait planter à l’intérieur du stalag pensionnat on a démarré un nouveau moment de notre collaboration qui a pris une sacrée envergure et qui m’a permis de ne plus trop souffrir des ailes repliées sous la blouse bleue…
      Ici dans le stalag Notre-Dame des macchabées c’était très propice vu que la cour goudronnée sur sa partie est du côté des bâtiments de l’intendance et de la cuisine s’étendait à l’Ouest et au Nord en une sorte de prairie champêtre fauchée cinq ou six fois par an et là‑dedans des tas d’espèces d’arbres et d’arbustes mélangés à un fouillis anarchiste fabuleux avaient fait ce qu’on pourrait désigner par le nom de petite forêt… C’était encore plus extra comme végétation qu’au Sud ça se heurtait sans faire dans la nuance contre le bâtiment vertical horizontal du pensionnat qui fracassait l’horizon du triangle isocèle de sa chapelle…
      Les deux étaient gris massif ils n’avaient pas moins de fantaisie qu’un caserne tandis qu’au Nord et à l’Ouest un énorme mur d’enceinte style château fort troué d’un minuscule porte qui désignait le Nord du Nord à la boussole toujours bouclée nous séparait la petite forêt et nous du reste du monde du paysage des gens de la vie…
 
      Comme le disait une des filles du stalag pensionnat que je ne fréquentais pas en particulier vu que je ne fréquentais personne ici quand on se trouvait ensemble à balayer la partie goudronnée de vieux bitume crevé de racines de cailloux et d’herbes folles les samedis de colle qui étaient pour moi si nombreux que je ne me souviens pas s’il y en a eu d’autres les curetons et les militaires c’est tellement la même chose qu’on se demande tous les jours qu’on tire ici pourquoi on ne nous refile pas des flingues des grenades et tout l’armement de campagne…
      Ajoutés aux marches forcées trois fois par semaine aux corvées d’épluchage de vaisselle de balayage et plus aux rations de bouffe infectes puant le rat crevé à toutes les privations et tous les interdits les plus grotesques ça nous préparerait à entrer dans une société où faut savoir se battre…
      La p’tite ouistiti se marrait carrément à chaque nouveau samedi de balayage de la cour qui lui ouvrait l’accès à la petite forêt vu qu’au milieu des arbres camarades de ses révoltes de toujours elle était par le fait camouflée et hors de portée du rayon braqueur de L’œil…
      A peine bricolé le gros tas de saloperies papiers cartons bouteilles plastique à l’un des angles de la cour elle balançait dans un coin le balai de genêts pour partir en exploration sur son territoire envahi de hautes herbes et de buissons de ronces hargneuses et protectrices… J’avais commencé à grimper aux arbres à trois piges dans le jardin de mon grand-père leur tronc rugueux d’écorce généreuse bon sous mes ongles très longs était trop gros pour mes bras mais je m’agrippais à l’aide de mes pieds et les marronniers les platanes les chênes les pommiers les cerisiers les sapins poisseux de résine qui me collaient ma chemise mes pantalons et mes cheveux me servaient de refuge et de nid…
      Quand il a fallu grandir un peu mes membres fins et mes doigts agiles m’ont permis de monter si haut qu’y avait plus que le ciel et qu’on ne venait pas me déloger… J’ai planqué là au creux des branches évidées au fond de mes meilleures cachettes mes armes d’une époque où le combat était régulier mes frondes mes arcs et mes flèches mes pierres et les lacets des chaussures que je ne mettais jamais…
      Mais dans la petite forêt du stalag pensionnat si j’escaladais à pieds et mains nus n’importe lequel des arbres camarades aussi vite que l’escalier du dortoir et que je trouvais facile toujours  refuge dans le nid des branches en revanche je n’avais pas d’armes on était démunies comme le disait la copine de colle…
      Si ça c’était trouvé que j’en aie et si j’avais pu p’tite ouistiti a ux cent grimaces et pitreries face au miroir que me tendait silencieuse et cynique la mort quotidienne qu’elles nous envoyaient en plein museau apprendre à m’en servir c’est sûr que je les aurais descendues une par une contre le mur et sa minuscule porte au Nord du Nord avec l’absence de toute forme de sentiment qui était la mienne désormais rien que l’envie de retrouver ma façon de vivre d’avant la liberté absolue et orgiaque de mon corps à ressentir à jouer à se fondre au creux de tous les bonheurs de cette nature sauvage et amoureuse…
      La p’tite ouistiti qui prenait un plaisir  libellule et chocolat à disparaître parmi les épaisses toisons vertes ocres pourpres jaunes et rouquines reprenait son allure ordinaire sa blouse bleue ses godasses informes son regard obstinément vide et sa tête rentrée dans les épaules quand la cloche sonnait et qu’elle sautillait brave et solitaire rejoindre la tribu des filles qui piétinaient le long des couloirs puant la cire jusqu’à la prochaine fois…
 A suivre...

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Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 23:08

Maille à l'endroit maille à l'envers... suite

      Vlim vloum !…
      Ce qui m’a conduit à relever la tête dans sa direction alors que cela me demandait un effort qui risquait de faire de moi un être aussi inerte que le chat gris suivant depuis vingt minutes le tango du journal et des mains ce n’est pas son allure de grand volatile déglingué car il portait un pardessus de la même teinte digne et fluide que le vêtement de brume des chats. Non ce n’est pas ça.
      Ce n’est pas non plus son air baroque ni ses mouvements maladroits semblables à ceux d’un automate mal remonté qui hésiterait encore entre l’homme un peu bancal et la mécanique trop réussie pour dissimuler ses mains au fond de ses immenses poches qui étaient plutôt des fentes allant du bas en haut de son vêtement lui aussi très démantibulé.
      Il est à peu près autant en lambeau que le journal… j’ai pensé en cherchant son visage dissimulé sous une espèce de cagoule qui semblait de grosse laine noire tricotée mais on ne pouvait pas le savoir.
      Tiens ! je me suis dit en observant ses deux yeux ronds et jaune vifs qui ne regardaient nulle part comme si nous n’avions pas été tous là réunis dans ce wagon du métropolitain… il pourrait bien faire partie des personnages de cette histoire qui m’échappe depuis deux ans au moins. Maille à l’endroit… Maille à l’envers…
      Ce ne sont pas non plus ses pieds que je ne parvenais guère à distinguer emmêlés sous les pans déchirés de son pardessus qui me l’ont fait reconnaître.
       Non ça n’est pas ça… C’est le son d’abord diffus et lointain qui sortait de toute sa personne et qui s’approchait comme une cavalcade venant à notre rencontre de clochettes tintinnabulant avec une joyeuse mélodie dont je me souvenais fort bien tandis que les chats eux qui l’avaient dès son entrée fortuite dans le wagon repéré ne le quittaient pas des yeux.
      - Papageno !… je me suis écriée en bondissant vers lui oubliant toute la prudence silence et réserve de rêve élagués du réel que doit l’auteure à ses personnages et encore plus lorsqu’ils sortent d’une autre histoire pour venir à notre rencontre bien fatigués.
       Etourdie j’ai eu à peine le temps de comprendre mon erreur et de voir Papageno se précipiter sur la porte vu qu’on venait juste d’arriver à la dernière station de cette ligne finalement maudite et suivi des dix chats gris entourés du halo du courant d’air des gares disparaître parmi les gens se fondant dans la faïence blanche du couloir ne menant que vers la surface.
      Décidément… je me suis dit en constatant que le bonhomme au journal en lambeau n’était plus à sa place et que du journal ni de lui il ne restait pas même la trace de bave d’un escargot avide d’encre fraîche… décidément tous les personnages de cette histoire n’en font qu’à leur tête…
      Vilm vloum… Et moi où donc vais-je trouver assez de vie pour continuer ?…

      Vlim vloum !…
    Il était déjà une heure impossible de l’après-midi tandis que je piétinais à travers les couloirs faïencés blancs aux odeurs irrésistibles afin de me retrouver sur le quai d’en face et de refaire une dernière fois pour aujourd’hui le trajet dans l’autre sens. Une dernière fois parce qu’il y en avait assez puisque je n’avais pas retrouvé Melchior ni aucun de ceux avec lesquels il m’était arrivé de faire la route au petit jour à peine crissant de verglas gris bleu sur le bitume des trottoirs juste avant de nous engouffrer dans le ventre femelle de la terre rassurant.
      Mais ça n’avait aucune importance vu que Melchior comme tout vrai personnage qui occupe sa place dans l’histoire avait décidé un jour de plaquer sa motrice du métropolitain et de faire enfin ce dont il avait toujours rêvé lorsqu’il courrait enfant pieds nus sur l’herbe de la savane rouge et craquante sans imaginer qu’il aurait plus tard l’obligation de demander à Iris la femme de ménage black de la Tour Arc-en-Ciel de lui tricoter des chaussettes de laine bleu turquoise pour éviter de se brûler les pieds sur le verglas gris bleu des trottoirs.
      Maille à l’endroit… Maille à l’envers…
      Vous allez me dire juste avant la fermeture des portes qui nous séparera provisoirement qu’il y a une erreur dans l’histoire. Ce sont toujours les grands-mères qui ont la tâche urgente de tricoter les chaussettes… de filer la laine sur les quenouilles et de laisser les loups les approcher d’assez près afin de montrer que leur vigueur leur permet d’être à la fois à l’intérieur du territoire de l’histoire et à la fois au dehors à la raconter.
      Mais comme le répétait mon vieil ami l’écrivain dont l’écharpe rouge qu’il m’avait donnée pour ne pas l’oublier avait sans doute été tricotée par une femme complice quand on est poète on a tous les droits puisqu’on n’a de comptes à rendre qu’à la vie .
      Et si Iris la femme de ménage black de la tour Arc-en-Ciel a accepté de tricoter des chaussettes de laine bleu turquoise et des moufles aussi d’ailleurs à l’intention des occupants du foyer juste à côté c’est qu’elle a compris qu’il n’y avait plus de grands-mères assez motivées pour se relayer aux trois huit de l’histoire qui en fait n’en finit pas vraiment de les exploiter.
      Une fois filé des centaines de quenouilles et tricoté des caisses de chaussettes et de moufles en laine bleu turquoise les grands-mères terminent toujours leur parcours obscur dévorées par les loups des pompes funèbres offrant leurs étalages de fleurs fraîches à l’entrée des crématoriums.
      Maille à l’endroit… Maille à l’envers…





A suivre...

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Mardi 19 août 2008 2 19 /08 /Août /2008 23:28

La part du pauvre suite...

        A mesure que je racontais Benjamin avait de plus en plus l’air de quelqu’un qui a envie de se marrer parce qu’il a vécu des affaires aussi étrangement cruelles et qu’on en meurt pas…

- Vous avez quelque chose à voir avec les Arabes dans votre famille ?…

- Ça… même mon vieux en savait rien… Nous on est bretons depuis toujours… il paraît…

- C’étaient des Chouans mes ancêtres… je sais pas si tu vois… Ils imitaient le cri du chat-huant parmi les terrains vagues de la nuit éclairés par des bûchers de genêts pour signaler aux autres les cachettes où on ne viendrait pas les chercher…

- Dessous la bruyère ils se déplaçaient plus légers que les pieds des chevaux qui retrouvaient seuls l’endroit où il y a des pierres dressées. Ils planquaient leurs vêtements de petits nobles et ils se transformaient en gueux… C’étaient déjà des travestis mes ancêtres… J’ai de qui tenir…

Il voulait savoir Benjamin… Il saurait. Rient n’est simple quand on a vraiment envie de voir tous les côtés des hommes…

- Mais ça ne suffisait pas de changer de costume… Y avait aussi  les noms qui étaient dangereux quand ils faisaient un peu trop Monseigneur… Alors ils ont mélangé les voyelles et les consonnes à leur façon… Sans cérémonie autour des pierres dressées. Et voilà ce que ça a donné !…

- C’est sans doute pour s’amuser que mon père m’a refilé un prénom sans sexe… j’ai dit avec un peu de tristesse à la fin.

- Il a peut-être pas de sexe ton prénom mais toi tu te rattrapes… a dit Benjamin en rigolant franchement… Ne me dis pas qu’on t’a déjà prise pour un garçon ?…

S’il savait Benjamin…

           - Ecoute Ange… il a continué en posant à nouveau sa main sur mon épaule. Ecoute… ces histoires de nom ça ne compte pas… Ou plutôt… un nom c’est fait pour que tu le mènes quelque part… pas pour que tu regardes tout le temps d’où il vient… Toi il ne faut pas que tu restes dans cet entrepôt à faire le clown parmi nous autres… Tu saisis ?…

- C’est pas ta place ici… T’as mieux à faire… Et c’est pas la place de Sarah non plus… Sers-toi de tes ailes et tire-toi avant que les rats qui dorment au fond des cartons de papiers ne te les bouffent…

- Mais toi Benjamin… pourquoi tu restes alors ?… Avec tout ce que tu sais…

- Justement c’est pour ça que je me tiens tranquille… en attendant… Allez… il faut que j’y retourne sinon les types des camions vont pas repartir à l’heure… Et toi… va choisir une autre proie avec tes yeux d’ange… Il y a tant d’êtres solitaires dans les entrailles molles de la ville…

Et Benjamin est reparti vers l’entrepôt en m’abandonnant à l’arrêt de l’autobus comme un papillon de nuit hésitant à s’installer sous la lumière bleuâtre des lampes à gaz.

Pourquoi est-ce qu’il avait parlé de proie… Benjamin ?… Tous ceux qui viennent vers moi le font avec joie… Et qu’est-ce qu’il a voulu dire avec ce mot : “ solitaire ” ?…  Il y a tant de mots que je ne connais pas… Et cette folle qu’avait-elle après moi ?
            
              Ecoute Khaled l’aveugle… chaque soir en passant devant toi lorsque je quitte la terrasse du Tanagra et que je laisse les soleils de cuivre à ta portée tu me souris. Je sais maintenant que tu me reconnais et que le lézard de lumière perdu dans l’ombre de tes pupilles se raccroche aux contours de mon corps qui ne fuit pas le tien. Nous sommes presque semblables car nous avons autant de mal à voir les autres comme ils sont. A voir les autres.

Nous les imaginons sautillant aussi avec de trop grandes chaussures de clowns afin de ne pas nous sentir seuls à chercher l’embouchure de ce macadam sang. Noir… noir… noir et rouge.
              Cet hiver il faisait si froid que Clarisse le Guadeloupéen avait fini par se mettre à tousser et qu’on avait plus entendu alors sa voix aux échos graves comme un ruissellement au milieu des appels hystériques de la broyeuse. On allait à tour de rôle dans la casemate remplir le thermos de café bouillant qu’on se passait entre deux cartons éventrés et deux arrivées de camions pleins comme des tortues géantes… Fallait surtout penser à faire les commissions chaque jour afin de réapprovisionner l’armoire sinon c’était la mort sûre… D’abord pour Clarisse dont on voyait à peine la traînée noire des yeux dans la fente de la cagoule à l’intérieur de laquelle il reniflait son chant un peu cassé…

        Ecoute… la dame qui est couchée sur des cartons appuyée contre la boutique aux papillons de tissus ne quitte pas le sarcophage gelé de la nuit où elle me conduit malgré moi à errer en descendant la rue jusqu’à la Rhumerie et à me heurter aux types bourrés qui courent à contre sens… Les chocs sont durs sur leur armure d’ivresse. Lorsqu’ils me cognent je résonne d’un bruit de pièces s’entrechoquant comme si je transportais un sac d’or et je suis sûre qu’elle entend et qu’elle me hait à ce moment-là. Oui… elle aussi elle me hait et je ne peux rien contre ça…

Depuis que le brasero nous entortille dans sa tiédeur de charbons roses on a convenus ensemble de glisser une pièce à l’intérieur d’une boîte de conserve éventrée à chaque fois qu’on se servirait une tasse de café pour dégeler un instant nos doigts et nos carcasses. J’ai eu beaucoup de mal à persuader Sarah qui nous roule en cachette des cigarettes au goût de miel et de salive tiède que je n’avais pas froid… Et que le café me faisait mal au cœur…

Garder les pièces de monnaie dont je remplissais les poches de la salopette avant de partir je l’ai fait pendant un cycle lunaire sans me poser de questions. Il ne faudrait pas que tu croies Khaled l’aveugle que c’est quelque chose qui m’a coûté. Je suis sûre que la dame qui me guettait de ses yeux de proie contre la vitrine de la “ Nuit câline ” le pensait aussi.

Quand on était des enfants dans cette maison où on ne chauffait qu’une seule pièce celle où on partageait nos repas à côté de la grosse cuisinière en fonte une part qui n’était à aucun d’entre nous attendait toute la nuit sur l’étagère du placard bien en vue  que le pauvre vienne la prendre…

En retrouvant au matin l’assiette vide je songeais que le pauvre n’avait pas de nom… Et qu’il s’en était retourné de chez nous le ventre plein peut-être mais tout aussi étranger à lui-même et à ceux qui continueraient à le nourrir. Il s’en était retourné errer parmi les vivants comme une silhouette désincarnée dont personne ne se souviendrait. Il s’en était retourné sans laisser de trace…

Alors je me promenais les doigts gelés avec les pièces des cafés refusés plein les poches tout un hiver… Mais je n’ai pas pu les lui donner… Si je l’avais fait j’aurais eu le sentiment de l’humilier encore plus parce qu’elle ne voulait de nous autres de que la colère. Et pas de la charité. En moi c’était de la colère qui hurlait face à elle et pas de la bonté. De la colère parce que ça ne se pouvait pas que je sois coupable pour elle aussi… Non. Pas pour elle aussi…

Un des derniers jours avant le printemps Khaled l’aveugle… je me suis décidée… Il ne me restait plus beaucoup de temps si je voulais pouvoir continuer à soulever mes trop grandes chaussures de clown et ne pas peser de mon poids mort de petits sous sur le trottoir du Boulevard… Il ne me restait plus beaucoup de temps si je voulais te rendre ce que tu m’avais offert durant tout l’hiver…

Comme chaque soir en passant devant t oi je te disais bonjour et tu me répondais en souriant à la brume de lumière qui faisait de moi un sortilège dans le miroir de tes yeux obscurs. Comme chaque soir… Khaled l’aveugle… ce soir-là je n’ai eu qu’à me baisser et à poser la pièce dans ta main en appuyant ma paume contre la tienne. Tu as refermé tes deux mains sur mes doigts et la chaleur de ton corps qui avait bu tout le soleil délaissé par tes yeux est entrée dans le mien.

Le “ merci ” que tu as prononcé en me touchant à la manière dont on caresse le dos fragile d’un lézard était doux au point de me brûler. Il s’est envolé avec le murmure d’un papillon de nuit délivré de la lampe. Et toutes les pièces accumulées au fond des poches de la salopette de bleu nous ont servi à ne plus être des étrangers. A ne plus être des anges à l’intérieur de nos corps en danger de froid à mort.

Après il a fallu réapprendre à marcher sur les trottoirs du Boulevard avec nos trop grandes chaussures de clowns. Après… Mais tu connais mieux l’histoire que moi Khaled l’aveugle…





A suivre...

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Vendredi 8 août 2008 5 08 /08 /Août /2008 19:02

Maille à l'endroit... maille à l'envers... suite...

        Vlim vloum !… Il est vrai que ce matin mes chaussettes ont pris l’odeur humide de laine des clochards. Et je n’écris pas ça au hasard mais en espérant que les escargots endormis sur leur feuille de salade à la terrasse des bistrots auront bientôt le choix des nouvelles sur lesquelles étaler leur bave argentée… Car il existe désormais en surcharge des ouvriers immigrés en boubous bleu marine et sandalettes jaune citron ou des femmes de ménage blacks astiquant les nuages au 54ème étage de la Tour Arc-en-Ciel une autre sorte de gens que le métropolitain engloutit dans le vacarme rituel de ses portières s’ouvrant et se refermant sur un spectacle auquel eux ne participeront jamais… Et pas même en tant que souffleur au fond du trou ou que dernier figurant assis sur son tabouret de service.
        Ces êtres dont on se demande s’ils sont encore un peu humains ou bien s’ils n’ont pas déjà dans ce siècle de mutants repris une part de leur odeur animale et de leur posture recroquevillée en chien de fusil sous des loques de couvertures et des amas de papiers journaux habitent des lieux où d’ordinaire on ne fait que passer. Ils forment une population en pleine métamorphose qui transforme les couloirs et les quais du métropolitain en une réserve de remugles et de présences effrayants et insensés que tout écrivain digne de ce lieu encore un peu en dessous de celui des tragiques trajectoires ouvrières devrait avoir envie d’interpréter telle une symphonie barbare…
         Et qu’on ne me demande pas ce que ça pourrait bien leur faire d’exister dans les pages d’un livre comme des châteaux de sable sur les plages d’un été que la marée prochaine emportera car exister dans un livre c’est exister déjà… En voilà une des choses auxquelles nous autres écrivains on peut servir… A sortir des êtres qui n’ont pas de visage de l’anonymat en en faisant des personnages et les renommer vu qu’en dehors de leur mère nul n’a jamais su leur nom…
        Vlim vloum !… Avant d’embarquer dans la onzième rame du métropolitain j’avais eu le temps de constater que le conducteur de la motrice c’était pas Melchior et ses yeux grossis par des heures de hibou passées dans la nuit des tunnels ferroviaires ne reflétaient quand je l’ai vu que des feux verts-rouges-verts-rouges alternatifs… Melchior à la tignasse hérissée de dread-locks rose et rouge cerise qui ressemblait à celle d’un jeune Indien…
        Vlim vloum ! Cette fois mes chaussettes trouées sont protégées par mes cuissardes de chatte bottée… Et je peux laisser tranquille mes orteils passer par les trous et pique-niquer avec les courants-d’air…
        Vlim vloum ! Mais cette onzième rame avec ses wagons taggés d’énormes papillons multicolores et probablement sortis tout droit d’une savane d’Afrique où des lagons vert jade incroyables planqués sous de hautes herbes coupantes gardent les troupeaux d’éléphants blancs des chasseurs d’ivoire me faisait bonne impression… J’avais pas eu de mal à y repérer la clique d’une dizaine de chats à l’allure surnaturelle d’une immobilité de statues au poil gris aussi clair que le brouillard du petit matin traversant les halls des gares.
 
        Les chats installés qui sur les sièges qui entre les pieds des rares voyageurs de cette rame ne semblant pas les voir allaient pourtant bien quelque part puisqu’ils s’étaient embarqués tous ensemble à l’intérieur de cette galère de métropolitain… Je songeais soudain qu’ils devaient être eux aussi à la recherche de quelqu’un et pourquoi pas de cette fille aux yeux bleus faïence qui joue du sax dans les couloirs du métro la nuit quand les amoureux osent encore s’y risquer et attendre auprès d’elle que l’aube leur retire leur nez rouge et qu’ils puissent redevenir des chats de gouttière ordinaires… Entrer dans une histoire même pour un chat à visage humain ça présente un certain danger. Celui d’être reconnu et désigné comme sorcier et de finir aussi mal que le loup… C’est risqué…
        Non… entrer dans une histoire ça n’est pas donné à tout le monde… Ça n’est pas donné…
        J’avais déjà là une partie du décor de mon récit bien campé avec même des odeurs de poussière râpeuse et sucrée sur les lèvres. Des odeurs de terre ocre rouge brûlée… de la terre rêche des pistes empruntées par des véhicules dont on entend la tôle hurler bien avant de voir le halo vert d’insectes qui les précède…
        Oui c’est vrai que l’Afrique est venue nous donner un fier coup de main pour balafrer de couleurs nos écritures en noir et blanc… Croyez-moi si vous voulez j’n’ai jamais eu besoin de chercher avec l’angoisse des écrivains de la grande écriture un personnage au creux des rues ou des bistrots où les escargots habitués somnolent repus sur leur feuille à moitié grignotée. Tous ils se sont pointés sur le quai du métropolitain au terminus Porte de Montreuil avec l’allure fière et la nonchalance de ceux qui savent déjà où est la porte pour entrer et celle pour sortir…
         Ils avaient le regard généreux des gens qui viennent de se réveiller et que la vie n’appelle pas forcément du bon côté… Dans le clignement de mes yeux lourds de sommeil je mêlais la couleur bleu indigo et jaune citron de leurs vêtements au blé vert des prairies déjà ensemencées et grasses d’épis craquants et de paille ocre…
        Mais pour en revenir à cette onzième rame envahie par une clique de chats au poil gris j’ai également repéré tout au bout du wagon solitaire en dépit de la troupe des chats clowns à visage humain un drôle de bonhomme que son costume gris ordinaire aurait pu rendre solidaire de leur présence inquiète… Il avait posé sur ses genoux un journal quotidien au titre bien connu et il déchirait d’un geste méthodique et répétitif après l’avoir parcouru de longues bandes de l’épaisseur d’environ quatre pages qu’il pliait ensuite en deux puis en quatre et qu’il déposait soigneusement au milieu de la banquette en face de lui formant ainsi un tas déjà épais de nouvelles en lambeaux…
        Comme on venait de s’arrêter à une station et que personne ne se décidait à monter un des chats s’est assis juste à côté du drôle du personnage au costume gris… Ses mains tremblaient un peu et le greffier a pris l’air de celui qui contrôle d’un œil jaune vif la progression du tas de nouvelles déchiquetées…
        Les gestes mécaniques et très lents du bonhomme avaient l’air d’une sorte de danse comme on peut en improviser… tango des mains après que les yeux aient décrypté d’une musicale capture ce que la présence du journal avait à offrir… Souple ondulation du papier fripé satin sur une hanche déployé… replié… et finalement érotiqu e fin déchiré suivis de près par le regard mimique et hochement de tête du chat gris m’hypnotisaient au point que j’n’ai pas vu filer la rame du métropolitain entre ses deux rives machinales. Je n’ai rien vu jusqu’à ce qu’un autre passant à l’allure tout aussi étrange vienne surprendre cette machination diabolique…
        J’étais bien trop prise par ce tango du journal et du chat associé au rituel qu’aucun escargot à sa table de bistrot bavant sur sa feuille quotidienne ne connaissait pour remarquer un voyageur quelconque pouvant prendre part à l’histoire excepté Melchior qui demeurait dans son déguisement d’absence…
        Ça faisait longtemps que ce manège durait et on était plus très éloignés du terminus lorsqu’à l’avant dernière station il me semble qu’un personnage est monté à l’intérieur de ce premier wagon au trois quart vide sauf l’homme au journal en lambeaux les dix chats gris le courant d’air des gares et moi…

A suivre...

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