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Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 22:31

Histoire sans paroles

En-ballon.jpg

 

Oh ! Etre qui rebondit au rebord des nues

Que fais‑tu là sur cet asphalte de papier

De ce désert ta forme survenue

Oh ! Etre tellement inconnu que je crois

Jeune marionnette par des doigts agités

Encore l’avoir inventée mais c’est toi

Qui redessine ma vie à volonté

 

Oh ! Etre de brume chaude et de pain

Que tu partages fol avec les oiseaux

Scotchés nous parlions dans le bitume à l’étroit

Les clochards et les rats passent la porte enfin

De la citadelle enchantée où le château

N’est rien que le secret du dessinateur

Sur le désert parking de ses cartons en tas

 

Oh ! Etre de feuilles et de poussière

Ricoche à chaque image ton rire moqueur

Comment es-tu monté dans ce train où

Je t’ai rencontré tu n’existes qu’à travers

Premi-re-page.jpg

Mes mots qui sautent les tourniquets des gares

Dans les escalators s’assoient sur les genoux

Des personnages fatigués de leurs histoires

Et parmi les calques jetés sur le trottoir

 

Oh ! Etre mirage à l’eau du pinceau

Se mêlent tes désirs d’habiter un empire

Se frottent les couleurs de tes oripeaux

A bord de mes bulles nacelles tu te tires

De la citadelle où l’encre a le dernier mot

Oh ! Tu enjambes comme on sort d’une marelle

Le trait noir qui te cerne ainsi qu’un faire part

Nous dormons ensemble dans des nids d’hirondelles

 

Oh ! Etre qui jaillit là dehors de la ville

Dont je ne connaissais rien encore ou si peu

Petite créature bien plus grande que

Les héros les vainqueurs les sauveurs et les dieux

Tu traverses le hall de la gare hostile

Page2.jpg

Et viens changer ma vie d’un tourbillon de feu

En posant sur ma peau le froissement fragile

De ta peau tatouée par mes mots à musique

 

Oh ! Etre qui prend de mes mains la plume

Le papier l’encrier la règle le buvard

Et les jette très loin sur les trottoirs d’écume

Tu pousses toutes les portes des grimoires

Tu chevauches sans peur des destriers de paille

Plus légers qu’une feuille perdant la mémoire

Pour venir me rejoindre Oh ! Mon amant canaille

Toi et moi déchirant tous les livres des gares

Pour venir me vêtir de tes bulles silence

Visage-d-tail.jpg

Toi et moi effaçant des tableaux noirs d’enfance

Les mots de craie si lourds qu’ils ont tué l’histoire

Oh ! Ami retrouvons notre incroyable errance !

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 00:49

Eh oui ! encore du bazar dans le raffiot aux écritures... Ce texte est à mettre avant celui qui raconte l'histoire d'Antonin et de ses pommiers... impossible de s'y retrouver dans tout ça alors faudra lire en textes éclatés... y a pas d'issue... Bon courage !


Petits contes à reboursSon coeur

 C’est vrai qu’il y a toujours eu beaucoup de femmes dans ma vie…

Il y a toujours eu beaucoup de femmes dans ma vie avant que Jessica et moi on commence à dériver à bord du radeau de nos petits matins qui avaient le goût acidulé des pommes rainettes d’abord et puis celui trop sucré des mangues et de grenades et qu’ils ne puissent rien faire pour nous séparer.

Il y a toujours eu beaucoup de femmes dans ma vie des grandioses déesses superbes solitaires et sauvageonnes comme elles sont parfois… des ogresses qui dévorent tout sur leur passage et de ces femmes des milieux simples où j’ai grandi. Des femmes tranquilles qui besognaient avec des grands rires malgré tout les épaules et les reins larges pour les enfants et les ballots qu’on se trimballe d’un bout à l’autre de cette existence qui n’est pas rien.

C’était à un de mes retours d’Afrique… Tripoli… Dakar et le bras du Cap Manuel à la pointe sud avec son bracelet turquoise d’océan… Bamako… Tombouctou… Gao… Mopti… ou ailleurs… J’avais rapporté à l’intention de Jessica un bogolan que j’avais réussi à teindre moi‑même avec la boue rouge du Niger et les jeunes garçons de Mopti qui m’observaient malicieux m’ont bien aidée pour les dessins des motifs à partir des idéogrammes bozos sur la couleur entre paille et safran du n’galama… Et au fond des poches de mon vieux blouson de cuir râpé déteint à force de bourlingues emballées dans un papier craft par les femmes de Ségou qui n’ont rien voulu entendre pas question de fric là‑dedans hein ?… des boules d’indigo pour lui offrir à elle comme un totem parce qu’elle n’a jamais porté que des vêtements noirs… oui c’est ça comme un totem de joie nouvelle. Elle encore une femme la première sans doute… Elle qui a largué la petite maison ouvrière où elle faisait la vigie derrière les carreaux de la fenêtre chaque jour son vieux visage un peu plus de la couleur de la terre au bord du fleuve.

C’était à un de mes retours d’Afrique et l’angoisse de remettre les pieds sur le territoire des toubabs me serrait trop fort c’était comme ça à chaque fois et on y pouvait rien… Planquée Jess me tendait la gourde en peau remplie de jus de citron au gingembre et les feux pareils à des oranges de fête clignotaient en bas en dessous mais au milieu de tout ce peuple qui se pressait bousculait s’effarait dedans l’aérogare elle ne viendrait jamais m’attendre et on y pouvait rien… A peine débarquée avec le sac en toile écrue la bandoulière passée dessus le cuir de l’épaule c’était tout mon bagage depuis la plus lointaine de mes transhumances au large de la petite maison ouvrière où elles avaient claquemuré mon adolescence à l’écart de la ville au bord du fleuve je repérais l’appel des oiseaux de nuit. Aouha ! Aouha ! Aouh ! Aouh !…

La petite maison ouvrière et son verger de pommiers qui étaient tous des êtres vivants avec à l’intérieur de leur corps de bois huileux dessous leurs costumes d’écorce l’âme d’un griot mort comme les baobabs sacrés des bois de Casamance ça fait longtemps qu’ils l’ont rasée pour construire leur zone artisanale où s’entassent les entrepôts et les chambres froides et là‑dedans finiront de s’éteindre les fruits scintillants descendus des ciels d’Afrique. Ce qu’il reste au pays des toubabs ce sont lSemelles-de-vent.jpges cimetières. Heureusement pour nous autres les voyageurs qui avons besoin d’un endroit où revenir déposer les totems témoins de notre errance et se reposer du geste brutal de s’arracher aux pistes des savanes si nous n’avons pas de morts debout chefs de villages et de tribus tisserands de la parole nous avons les morts couchés et les tables de pierres des tombes de granit. C’était comme ça à chaque fois à peine quitté l’aérogare et ses chandelles nocturnes qui fumaient au bout des champs de la campagne fraîche parce que je m’arrangeais pour revenir à l’automne la saison des pommiers il fallait que j’aille lui raconter et on y pouvait rien…    

C’est vrai qu’il y a toujours eu beaucoup de femmes dans ma vie… A chacun de mes retours d’Afrique je savais que Nur mon amie syrienne dont le maison de Damas et sa terrasse dorée avait sa photo sur la porte lunaire qui menait aux toits et qui avait usé ses soirées à m’apprendre l’arabe avait fait brûler de l’ambre gris dans la gessa de terre pour chasser les djnoun et la mauvaise odeur de l’oubli. Nura qui est  arrivée à la tour des Ecureuils y a dix‑sept ans de ça et qui a son gourbi qui combure soleil toute la journée plein Sud au dixième c’est à elle que je laisse les clefs du royaume de Jessica et le soin d’approvisionner Oncle Ho le greffier sacré des lieux en lambeaux de foie frais et en paroles compréhensibles pour un chat des quartiers… Oncle Ho s’en va prendre le frais et lécher la liqueur des étoiles par la chatière qui ouvre sur les toits et il sautille d’un étage à l’autre par la chatière de l’entrée direction les caves à rats où il bricole je ne sais quoi et Hop ! retour devant le paillasson de Nura à l’heure du couscous poisson… 

Je préviens Nura deux nuits avant de refaire surface à Babylone City pour me débarrasser des fringues sales et changer mon saroual indigo de voyageuse contre le pantalon et le blouson de grosse toile vert pomme et kaki c’est le costume obligé pour mon passage au pays de ch’Nord à chacun de mes retours d’Afrique c’est comme ça… Je préviens Nura deux nuits avant et je dépose en montant devant la porte du dixième une des petites statues en terre avec l’outil d’ébène poli dans sa main cuite pour elle par les potières de Kalabougou mais Oncle Ho a signalé bien avant que j’étais à l’intérieur de la carlingue de l’oiseau migrateur en refusant de bouger du trône de bois niuongo sculpté à sa taille face à la porte du royaume de Jessica… Et en poussant les grognements de ralliement qui ressemblent comme ils peuvent aux cris des tribus pour appeler à la chasse à l’hippopotame qu’il a entendu des dizaines de fois quand je passais en boucle le film docu de Jean Rouch le premier et que Jessica battait des mains et criait :

‑ Quand est‑ce qu’on part ! Quand est‑ce qu’on part !

Oui c’est vrai il y a toujours eu beaucoup de femmes dans ma vie… Elle c’était la reine de la tribu ancestrale la survivante la squaw guerrière et rigolarde au milieu des fourmis rendant grâce au dieu masculin et maître du clan des servantes auquel ni Mémé ni moi n’appartiendrons jamais… Depuis que je la connaissais Mémé l’ancienne ouvrière des filatures du Nord et qu’on se frottait l’une à l’autre quand Antonin mon grand‑père le conducteur de locomotives venait nous chercher Jessica et moi à l’intérieur de notre sixième à Aubervilliers et qu’on sautait dans le premier wagon en direction de la petite maison ouvrière elle n’avait jamais fait le chemin qui menait à nos faubourgs ensauvagés de petits animaux aux poils gris et il n’était pas question qu’elle bouge… Ah mais non alors !… Antonin c’était le seul homme du gynécée vu qu’il n’y avait là‑dedans que des créatures femelles sur trois générations et d’un côté comme de l’autre d’Auber ou de la petite maison régnaient des odeurs d’encens amères et de cierges aux coulées crèmes et laiteuses écoeurantes…

A chacun de mes voyages de retour à la maison familiale avant que la décadence ait commencé du côté des pommiers et qu’on entame la chasse aux griots dedans de leur chair d’arbres vivant je me jetais dans la chambre de Mémé la guetteuse sentinelle obstinée  derrière le carreau brumeux. Dès le bout de la rue je devinais son visage de veilleuse immobile avec sa peau tisséechat-blanc.jpg d’un réseau de fils volés à la toile d’araignée des jours et les scarifications que je retrouvais partout où je me perdais au loin de ce monde qui jour après jour nous retirait à Jessica et à moi comme aux pommiers du verger d’Antonin les paroles des histoires du Sud que les peuples de l’exode nous donnaient sans compter. A chacun de mes retours désormais une fois fait escale et réintégré mon hamac du royaume des écureuils pour une nuit que la lune me mettait de côté pétillante de mousse argentée je refaisais la route qu’avec Antonin mille fois nous avons tracée à bord des trains du réseau Nord et le taxi qui m’emportait au mausolée où Mémé semait la pagaille parmi les peuples des oiseaux nocturnes… Aouha ! Aouha ! Aouh ! Aouh !… ne se doutait pas des trophées fous et diaboliques que je camouflais au fond des poches de mon vieux cuir…

A suivre... 

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 22:18

Les tables de sable suite... Mouammar-Kadhafi--Rome-2002.jpg

 

‑ “ Nous avions le pétrole… le bonheur… et maintenant nous sommes en train de brûler notre pays… Pourquoi faites vous ça à votre pays ? Pour quelles raisons ? Vous devez avoir honte !… Il est insupportable pour tout homme sensible de voir le pays se déchirer ainsi… ”

La voix qui venait de très loin lui parvenait dans un murmure maintenant car l’homme couché dans sa gandoura de sable ne tenait pas à se faire repérer par l’équipage des Pick-Up et il devait se concentrer pour comprendre ses paroles avec la cohorte des masques qui approchaient on entendait déjà le son des tindés et des tambours d’aisselles…    

‑ “ Je vais le dire encore une fois… ils ont peur de nous !… ils sont faibles ! Ils savent que c'est dangereux pour eux si les tribus communiquent les unes avec les autres… Nous ne donnerons pas la Libye à la France juste comme ça… nous allons nous battre et les faire dépenser... dépenser jusqu'à ce qu'ils soient partis… Personne ne peut contrôler les tribus… elles sont toutes armées… Syrte… Sabha… Bani Walid… Tarhona… toutes ces tribus sont armées… personne ne peut les contrôler !… Je dis laissez les balles parler !… ”

   0159-Pays-Dogon-Falaise-de-bandiagara-village-tereli-danse-.JPG  

L’homme couché n’avait pas encore compris qu’il lui arrivait toute une cérémonie de l’autre côté celui où il n’était pas préparé à connaître la présence de créatures sacrées qui avaient accompli le chemin afin de remonter depuis le premier pays où est né et a surgi le peuple d’Afrique entre les pieds d’Amma et les huit premiers ancêtres et sa femme la terre jusqu’à lui afin de lui offrir la clémence des maîtres spirituels les Hogons pour les fils de la guerre… L’homme couché que tous ses serviteurs appelaient Amenay seigneur cavalier et Amezwar guide malgré son intuition de bédouin que la terre Amadal et l’eau Iman possèdent la force créatrice de toute vie et sa sensibilité à la parole qui est le vêtement de l’âme n’avait pas été initié aux secrets des Nommos ceux qui peuvent donner à boire… 

Quand les masques Awa ont été assez proches il a senti dans son dos le mouvement fripé de la tunique gris‑rose des dunes qui faisait frémir la peau de son corps et il lui a semblé qu’il y avait une musique bondissant sur des tambours de chèvres qui lui arrivait… Mais cela lui arrivait de l’autre côté et il fallait qu’il lâche sa position et ses armes s’il voulait aller à la rencontre de la cérémonie… Au devant de la troupe des masques qui s’étirait si loin comme un grand lézard de toutes les couleurs du jour dont on ne voyait pas la queue à cause de l’ombre du soir marchait une silhouette penchée au crâne lisse et rasé vêtue d’un tissu tissé de bogolan brun aux motifs blancs qui lui couvrait le dos et les cuisses… Il s’appuyait sur un bâton d’acacia il était aveugle… Loin le sommet neigeux d’argent derrière la troupe du lézard luttant contre l’obscur… L’erg Ubari… Plus loin beaucoup plus loin… au‑delà en se courbant un peu vers le Nord cette plaque rouge grenade léchée par le sang du soir interminable… Al‑Hamada Al‑Amra… L’homme couché s’est retourné et debout il a regardé ce qui lui arrivait de l’autre côté…

D’abord il n’a vu que l’homme aveugle qui enfonçait son bâton dans le sable et avançait en sautillant et à quelques mètres derrière lui la foule des masques était là suivie par les danseurs musiciens vêtus du tissu cousu indigo ou ocre avec les longs tambours que leurs poings battaient accompagnés par les cauris qui carillonnaient attachés aux lacets de cuir de leurs poignets… Derrière l’homme aveugle qui avait tout à fait l’allure d’un Hogon les masques qui se déplaçaient avec l’aisance des grands oiseaux étaient tous de la même famille et comme il avait été plusieurs fois invité aux cérémonies du dama na le grand dama de Bandiagara parce qu’un des chefs de village était mort à l’occasion de son passage dans le désert du Gossi au Nord de Bamako pour aller à la rencontre des tribus bédouines il a reconnu les masques Kanaga… Leurs visages de bois brut hachés mangés aux trous triangulaires des yeux tatoués blanc du lait de mil dont on asperge les autels avec le sang des coqs leur coiffure en crête de fibres rouges et jaunes hérissées tout autour… Youah !… Ya !…   

Kanaga au‑dessus du masque la double croix de bois renversée c’est blanc et c’est noir… oiseau komolo tebu est là il vient il descend vers toi… mais c’est peut‑être aussi la cigogne qui porte dans son bec les graines pour la terre et son sexe fertile on ne peut pas le savoir… Yaouah ! Ya !… Amma a levé les mains vers le ciel Amma les a descendues vers la terre lebe la termitière qui a enfanté Yurugu le fils solitaire le renard… Kanaga est le masque de la création réunie et le Nommo l’ancêtre le fils celui qui tient les eaux en haut de l’oiseau de bois trône et décide de korsol la saison des pluies… Nommo a pris toutes les formes possibles des dieux d’eau Nommo est l’eau Nommo est l’eau Yaouah ! Ya !… masque-dogon-kanaga-737-2.jpg

Les masques Kanaga viennent ils descendent ils s’approchent de lui et à chacun de leur pas ils s’arrêtent pour balayer le sable d’un mouvement de tout leur corps un mouvement rond comme tout ce qui est rond dans ce monde et les chants des accompagnateurs appellent et appellent encore… Yaouah ! Ya !… Yaouah ! Ya !… Au devant de la troupe le vieil Hogon aveugle a cessé de tâter le sol il relève la tête et l’homme couché reconnaît celui qui a confié il y a des années de ça le secret du Nommo à ce Français qui était venu ici aux pays d’Afrique non pas pour faire la guerre ou pour voler les femmes l’or les diamants et le sel noir de leur terre mais pour écouter la parole des maîtres Hogons et pour apprendre l’histoire du monde qu’Amma a créé… Il était venu avec sa tribu d’hommes assoiffés de la bonne eau enfouie à l’intérieur des roches ocre rouge de Bandiagara qui perce la pierre au‑dessus des villages accrochés à ses flancs comme des enfants où les Nommos les dieux d’eau habitent et descendent à l’intérieur des puits de tous les déserts mais lui Amezwar n’avait pas été initié…

L’homme le Français était venu ici avec ses cahiers ses crayons et sa boîte à images et des jours et des jours il a attendu que les masques sortent des maisons et se mettent à danser et il a écrit et il a dessiné les rituels sacrés du masque singe blanc Amono du masque antilope Ka et du masque lièvre Nyommo et il a attendu encore et le masque Walu est arrivé avec son bâton pour creuser le sol et y planter les graines d’arachides et il a attendu encore et le vieux chasseur aveugle d’Ogol‑du‑Bas du village d’Ogol‑du‑Bas l’a fait monter auprès de lui et l’homme blanc avait traversé les ruelles entre les greniers à grain aux toits pointus les taguna et leurs colonnes aux sculptures des couples de jumeaux les autels rouges et blancs… Il avait croisé une ou deux tortues géantes et il était arrivé au logis du vieux chasseur aveugle accroupi au fond d’une cour où pendant trente‑trois journées Ogotemmêli lui a raconté la naissance du monde…

Il est arrivé et l’homme a dit :

‑ “ Salut à ceux qui ont soif ! ”

Oui Amezwar connaissait tout cela et s’il n’avait pas lu le livre que le Français avait rédigé parce que cette langue ne lui était pas familière et d’ailleurs il avait le projet de le faire traduire en arabe dès que la guerre serait achevée il avait tiré de sa rencontre avec le vieux chasseur la conviction que cet homme qui avait hérité de son grand‑père et de son père la connaissance des rituels d’Amma savait tout sur la mort et que c’était pour lui parler de la sienne qu’il avait fait le chemin jusqu’ici lui qui assurément était passé de l’autre côté il y a plusieurs années de ça… D’ailleurs en y songeant soudain il se souvenait que quand il s’étaient rencontrés pour la célébration des funérailles d’un homme du village d’Ogol‑du‑Bas Ogotemmêli lui avait dit sans raison particulière qu’il avait perdu ses yeux parce que le fusil avec lequel il tirait un porc‑épic lui avait éclaté à la figure… Et c’était ainsi que les choses arrivent quand on ne voit pas les signes qui prédisent que ceux qui travaillent aux côtés de la mort seront frappés par elle à leur tour… Yaouah ! Ya !… 

A ce moment‑là Amezwar s’est aperçu que la cérémonie des masques s’était arrêtée il n’y avait plus que les tindés qui battaient et la poussière gris cendre du sable qui montait autour des pieds des hommes… Et la lueur rose vif et violet indigo là‑bas à l’horizon bien plus loin que la Hamada qui recouvre peu à peu la ligne transparente de l’erg ? C’est le signe que ce jour va finir dans un brasier de joie pour les tribus. Mais la pureté du disque d’argent blanc qui traîne dans son sillage laiteux des grumeaux de fumées rousses et craquelées que la lumière de givre de l’astre frais dépouille de leurs relents d’incendies et de sang ? Ce sont les forteresses des maudits et leurs missiles au feu insatiable qui ne peuvent rien contre nous car nous sommes les fils du désert les fils d’Ayor notre mère la lune et nous reconstruirons ce pays à partir du désert… Et le vieil homme aveugle s’est approché de lui.

‑ Salut mon fils… salut au corps qui a soif ! Matouled ? Comment vas‑tu mon fils ? Matouled Ammenay ?  

‑ Salut père… salut Ameqran l’aîné le sage… mamoussen issalan… quelles sont les nouvelles ? 

‑ Salut mon fils… tedjoudieïd… es‑tu en bonne santé ? Singe-blanc.jpg

‑ Salut père… alkheir ghas… tous nous allons bien… Dieu nous garde… Salut à toi qui a marché et qui a fait tout ce chemin jusqu’à notre pays assiégé et pillé par les voleurs de l’Occident… mais nous ne les laisserons pas envahir à nouveau notre terre ces chiens ! Il y a des renégats dans ce pays Ameqran… je dois m’occuper d’eux… j’ai ce qu’il faut ici pour arrêter ces traîtres à notre pays… Si tu permets Ameqran… 

Le vieil homme le fixait de ses pupilles qui ressemblaient à deux pépites d’or où rien ne se reflétait plus… Il avait les yeux de pierre d’un des Sphinx gardien des tombeaux des pharaons d’Egypte… Il a levé le bras droit qui tenait le bâton d’acacia et s’il n’y avait la lune et sa coulée blanche ils se seraient trouvés tous les deux aveuglés… 

‑ Amennay… les tables de divination ont parlé… tu dois prendre soin de ton âme et de ton corps… Si ton esprit s’égare mon fils que donneras‑tu aux tiens ?… Je suis venu te parler de la soif… 

‑ Ameqran je dois arrêter ces hommes avant qu’ils ne livrent notre pays aux guerriers d’Occident… Il ne s’agit pas de ma personne… je ne suis rien ici et Ayor la lune notre sœur éclaire mon cœur et guide ma main… Je n’agis pas pour moi tu le sais Ameqran… c’est au nom de notre peuple que je tuerai ces hommes et mon geste de mort sera sacré… Yufitran… plus beau que les étoiles… Yufitran celui qui donne la mort et la reçoit au nom de ceux qu’il se doit de protéger…

‑ Mon fils tu es le gardien de la soif… je suis venu t’initier aux pouvoirs des Nommos par qui l’eau ne finit pas… préserve ta nyama mon fils…

L’homme savait que de l’autre côté de la dune qu’il avait quittée les Pick-up n’étaient plus très loin car son oreille de bédouin pouvait capter le plus petit frémissement du sable comme celui provoqué par la queue du scorpion à cause de l’inexorable fréquentation du silence et il ne voulait pas manquer l’occasion de venger son peuple de la violence qu’ils lui avaient faite… Des armes et des redoutables s’il en avait vu transiter à bord des cargos dans le Golfe de Syrte et sur le port de Benghazi des cargaisons énormes et il se demandait souvent s’il avait eu raison car tout ça ne pouvait mener qu’à la guerre… Il n’avait pas l’âme d’un guerrier ni d’un chef à la tête de combattants… ces armes il ne s’en était jamais servi contre personne depuis qu’il avait quitté les rangs de l’armée il y a bien longtemps de ça… Désormais il était vie Peintures-dogon.jpg ux et le combat qu’ils le contraignaient à mener l’écoeurait mais s’il fuyait et qu’il abandonnait son peuple c’est là qu’il perdrait son âme et que son corps assoiffé serait livré aux chacals qui le déchiquetteraient et sa chair pourrissante empoisonnerait l’eau des puits pour toujours… Non … il n’avait pas le choix…

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 22:12

Ce texte que je devais écrire y a pas mal de temps mais comme toujours je fais mille choses en même temps... il va démarrer un bouquin que je bricole... j'en ai encore pour deux ans pas loin à ce rythme-là !... sur l'enfance à Aubervilliers et sur mes aller-retours à la petite maison ouvrière du Nord qui m'ont sans doute sauvée de devenir " comme tout le monde " et ont contribué à faire de moi une sauvageonne qui ne vis que par l'intermédiaire de ses mains qui créent qui inventent qui creusent des trous dans la terre pour y planter des arbres qui tournent tournent un monde sans misère...

Et si j'ai eu cette chance de l'étrangeté c'est aux Zimmigrés de la banlieue d'Auber que je le dois et aussi aux mains d'Antonin qui ont guidé les miennes avec tout l'amour qu'il avait pour la terre pour les pommiers reinettes maîtres du verger et pour les rosiers merveilleux de Bagdad...

Donc ce récit il est à replacer dans le contexte des textes déjà publiés sur notre blog tout au début de sa création... pas facile à retrouver tout ça mais je vous refile les dates car c'est bien de pouvoir suivre un peu les histoires... Ce récit s'intitule " En plein vol " et le premier est publié le 23 février 2007... Je ne vous le repasse pas ici car il est assez long mais en revanche je vous promets la suite qui est déjà en partie écrite... Alors en route pour le puzzle... vous avez l'habitude !...

Les pommiers d'AntoninLe grand jardinier

Ecoute… écoute… je vais te raconter une histoire…

 C’était un temps où il y avait deux sortes d’enfances à l’intérieur des maisons obscures du couchant on avait encore de la chance… Malgré le soleil qui avait usé tout son rouge et qui se vautrait comme un gros chat mis à vieillir en surveillant la lessive humaine fumante amère qui bout et la bonne mémoire enfouie au fond des terriers on a fini de naître avec le plus audacieux des privilèges celui de choisir et de connaître sa liberté… On était des renardeaux tout frais on pointait notre tarbouif rouquin curieux au bord du trou et il restait quelques anciens de la tribu pour allumer la combure ardente de l’aube rien que pour nous… Après ça sera trop tard ça sera trop loin et personne jamais plus ne saura comment prendre le chemin pour retourner…

A trois ans je crèche à Auber c’est comme ça qu’on appelle la ville d’Aubervilliers avec ses cabanes au bord du fleuve qui planquent les ouvriers maliens de l’automobile et leurs mains d’œuvre qui ont des sentiers de brousse brûlés au fond des paumes… Auber et les restes de son bidonville des années 50 où les chiffonniers qui ont le même mégot de gitane maïs roussi pendant entre leurs chicots et les mêmes chiens couleur d’huile de vidange des autos les poils hérissés en barbelés sur le dos ont installé des collines d’ordures gardés par des bonshommes de papiers assis qui attendent que les vents les emportent… Auber avec ses champs de choux et ses centaines de boules à zéro vertes ou blanches à perdre la raison… avec ses terrains vagues recouverts d’entrepôts livides aux toits de tuiles qui croulent par ci par là ses gravats ses buissons de mûres de pruniers sauvages et ses jardins à la sauvette où d’anciens ouvriers pliés comme des troncs de saules ont bricolé des baraques en tôles où ils survivent encore un peu mais à trois ans je ne le sais pas…

 “ Gentils enfant d’Aubervilliers… Gentils enfants des prolétaires… Gentils enfants de la misère… Gentils enfants du monde entier… ” Ouais ben c’est ça !… Nous autres on est là sans charibote les uns par dessus les autres berlificotés dedans la même pelote d’histoires… les histoires de la banlieue d’Aubervilliers…Auber de mon enfance c’est la ville du film de Prévert avec en plus ses travailleurs immigrés les Zimmigris c’est comme ça qu’on les appelle nous autres les mômes de ceux qui ont atterri là juste avant qu’on pousse les tribus à lâcher leur désert d’as‑Sahara et leurs ksour pour embarquer sur les gros cargos blancs comme les maisons des médinas du Sud “ La ville d’Alger ” ou “ Le Tipaza ” qui les déversent pareil que des grains de sucre roux dans les ports de la métropole… Les mômes d’Auber ceux d’avant moi si je les ai dans ma peau leurs cavales en bandes de moutards fouineurs vifs comme le zéph du Nord et ses mille grelots de givre dessus les terrains aux crevasses d’eaux huileuses d’arcs-en-ciel où les chiftirs ont bricolé leurs cambuses à lapins enguirlandées de grillage à rouille avec les molosses hurleurs qu’on niaque à coups de frondes chargées des boulons de la tôlerie !… “ Gentils enfant d’Aubervilliers… ”

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“ Gentils enfants des prolétaires… ” ai ai aires !… ” A Auber on habite chacun au milieu des autres les ouvriers ils arrivent de partout et partout c’est un territoire vaste comme la nuit avec ses étoiles qui frappent à la porte de nos maisons qui ne sont pas des maisons et déjà ça fait un drôle d’effet parce que personne n’est né ici… Ça à trois piges déjà je le sais vu que la langue celle que j’entends avec Antonin mon grand‑père quand on descend du haut de notre sixième au plafond bleu outremer direction de la Gare du Nord où les rails se taillent jusqu’au bout de ce qu’on ne sait jamais quand les lanternes matinales des chefs de trains découpent l’horizon en tranches violettes c’est la langue singulière des voyageurs… Les voyageurs ne parlent pas comme les gens qui toute leur vie veillent pour qu’il y ait de l’eau aux fontaines des villages où ils ont peut‑être grandi… non… eux ils parlent l’étranger… L’étranger c’est le chant qui faufile des frissons lézards sur la peau quand on ouvre la porte battante des gares et c’est là qu’Antonin m’emmène me porte me trimballe ma main au creux de la sienne du côté de la musette qui digère les casse‑croûtes omelette et la thermos café noir et on crapahute comme ça au milieu des passagers des grands trains qui partent à la nuit vers l’autre côté de la terre… Tri tri tri !… Craouf ! Craouf !… 

“ Gentils enfants du monde entier… ” Mais à Auber y a d’abord la langue des voyageurs du Sud qui est aussi celle des cavaliers guidant les caravanes somptueuses de chameaux blancs et ocre jaune qui rapportent le sel des déserts d’Afrique jusqu’aux pontons des fleuves où sommeillent les crocodiles et les pirogues… La langue du Sud c’est encore Antonin qui me la fait découvrir à chaque fois qu’on passe du côté du gourbi où habite Ouarda avec sa famille Marïama ma petite sœur d’ébène Kaki Tassadit Zohra Dassine et Lakhdar son mari qui est le grutier des terrains vagues au rez‑de‑chaussée de notre block… Ouarda chante ou raconte les histoires de son pays d’Arabie et des djnoun qui planquent à l’intérieur des cavernes des montagnes de la Kabylie où elle a son douar de naissance il paraît et sitôt que je rentre de l’école maternelles des sœurs souris grises je file rejoindre Marïama de l’autre côté de la porte qui n’est jamais fermée… Nos canines de jeunes fennecs dévorent le morceau de matloh encore chaud et je reste là à écouter entre les cuisses généreuses enfouie dans les jupes de tissu rose et bleu qui crisse sous mes doigts et les paillettes dorées jusqu’à trop tard la langue qui roule avec les pierres blanches d’as‑Sahara…    

Ecoute… écoute… serrure-petit.jpg

Auber de mon enfance c’est un faubourg de la grande Babylone avec sa petite campagne à mésanges à fouines et à écureuils et leur goupillon de queues écarlates à l’assaut des sapins survivants que bientôt des passerelles d’acier vont traverser zigzag d’une citadelle béton à l’autre… Nous autres qui arrivons de ce côté‑ci de la terre au couchant dans les années 60 au‑dedans de familles qui ne connaissent rien de la tribu ni du village d’origine nous sommes la dernière génération à avoir à la fois l’intuition de la maison avec sa petite loupiote éclairant son paysage autour d’elle comme une demeure familière dans la solitude claire‑obscure et à la fois la tentation de la transhumance… A trois ans j’ai le goût de l’échappée et de la fuite des endroits où on enferme les oiseaux colibris à l’intérieur des petites cages grillagées pour leur interdire d’aller butiner les fleurs nacrées des rebords du fleuve et ma cage à moi celle qui me claquemure de tristesse c’est l’école maternelle des sœurs souris grises… Mes premiers mots je me souviens comme tous les enfants des cités de ces temps‑là ils avaient le goût des grenades et des mangues qui éclaboussait de sucré acide nos gorges avec leurs sonorités rauques et leurs incendies de miel…

Ecoute… Chouïa… chouïa… djnoun… ksour… melma… djida… falfla… kaouah… mes premiers mots ils me venaient au bout de la langue avec ceux des contes qu’Antonin me lisait à la tombée de la lune dessus nos doigts ses ricochets d’argent pâles derrière les carreaux des fenêtres de la petite maison ouvrière du Nord et les mille pétales de ses rosiers qui mosaïquent les allées du jardin en broussailles de l’autre côté de la barrière de bois bleue… Sitôt sortie des pattes griffues des souris grises de l’école de l’avenue Jean Jaurès je cours me frotter contre la veste de velours brun de grand‑père Antonin qui me guette au milieu des familles sapées costumes de ville et jupes longues à carreaux noirs et blancs je le repère et je plonge au creux de l’odeur fraîche acidulée que les pommiers au moins dix arbres du verger de rainettes grises des gros qui gratouillent le ciel ont laissée dans les plis du velours épais et à l’intérieur de ses paumes… Chouïa chouïa je renifle et je suis prise d’un rire fou comme la lumière qui claque ses lanières de soleil à travers mes iris vert pomme quand je bondis m’accroche saute plus haut d’une branche à l’autre et Antonin me retient par la cheville avec la bonne inquiétude…

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‑ Voyons… viens‑là tu vas tomber… c’est trop haut pour toi ma fille… Il me gronde Antonin en m’attrapant dans son bras large qui enlace les troncs des arbres du verger de la petite maison ouvrière du Nord le matin quand y a encore la rosée qui lui saupoudre ses gouttes de verre fondu plein ses cheveux longs comme la perruque d’argent des rois sa tignasse qui scintille toile d’araignée… 

‑ Tu es ma petite ouistiti !… c’est comme ça qu’il m’appelle grand‑père Antonin mais il n’y a que moi qui le sais et les pouvoirs magiques que possèdent les pommiers qui sont les maîtres du verger et des pruniers reines-claudes éclatées au miel d’août des cerisiers bourdonnant de mésanges nos petites charbonnières des pêchers de vigne violettes qui saignent sur les doigts et de la treille muscate maison d’abeilles qui grognent à notre approche sont notre secret celui de la tribu paysanne ouvrière qui n’existe plus loin d’Auber et de sa langue voyageuse…

ARBRE-3-petits-cahiers.jpg  A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 19:09

Le Festin des rats suite et élargissement

Paris, Jeudi, 24 novembre 2011008-desert-blanc-egypte-fennec

 

Il y a une dizaine de jours dans l’idée de poursuivre mon premier article concernant la tuerie libyenne et essentiellement celle de la ville de Syrte et de ses habitants ainsi que de celle de Bani‑Walid et d’abord la façon dont le principe de guerre est devenu désormais par l’entremise des prétendus intellos tels que Lévy et ses acolytes sionistes une façon d'exister j’ai relevé cette phrase que le prétendant au trône de l’imbécillité et de la nuisance grave avait dite quelque part reproduite dans Le Parisien : “ A tous, ici, je dis : patience; il y a une jurisprudence Kadhafi, maintenant; d’une manière ou d’une autre, Bachar al-Assad est le prochain sur la liste… ” Propos recueillis par Maguelone Bonnaud, Frédéric Gershel, Henri Vernet et Elisabeth Kastier-Le Scour, le 13 novembre 2011… faut citer ses sources hein ?

Je trouvais ces mots dans la bouche d’un tel personnage déjà très violents et qui incitent comme on dit au meurtre… mais y a des gens qui ont tous les droits y compris ceux de transgresser les lois du pays qui semble‑t‑il est le leur quoi que… J’avais donc commencé à écrire la suite de mon Festin autour de cette sentence de mort et de ce que je ressens là‑dedans qui est l’expression primaire d’un besoin frénétique de vengeance et non pas du tout d’une nécessité essentielle à toute société civile de justice et de cohérence enfin de conscience quoi… La loi du Talion est un des grands poncifs des sionistes et de tous les religieux mais pas uniquement car en gros tous ceux qui résonnent de manière binaire c’est‑à‑dire à peu près 99,8% des habitants de la planète en se référant à tout propos au “ bien ” et au “ mal ”… à “ eux ” et à “ nous ” aux “ normaux ” et aux “ anormaux ” y souscrivent avec enthousiasme... Elle est le résidu des comportements primates les plus archaïques qui veut qu’on châtie sans jugement équitable ni honnête et souvent sans jugement du tout celui qui est désigné comme coupable ( encore un principe religieux ! ) avec la même barbarie que celle qu’on lui prête.

N’ayant jamais prêté foi aux principes d’humanisme répétés en boucle par cet individu sur son site et ailleurs tellement ridicules quand on sait qu’il se trouve inévitablement là où on peut anéantir des êtres faibles et sans défenses qui n’ont rien commis d’autre comme erreur que de ne pas être de son clan d’origine j’avais affirmé sur le site Bellaciao qui se revendique “ de la gauche extrême… ” que ce personnage est non seulement un primate mais aussi et surtout un assassin… J’ai été rapidement censurée pour ces paroles qui ne me semblent pourtant être que le reflet de la réalité la plus simple et aisément vérifiable si on s’en réfère à cette phrase justement… Mais l’outil de la censure étant depuis quatre ans devenu systématique dans tous les domaines de l’expression de la pensée et de l’opinion qui peuvent devenir publiques et toucher les autres ainsi que le dénigrement de ceux qui ne suivent pas ce que ces messiefennec fleursurs‑dames les conducteurs de pensée unique voudraient nous entendre ânonner à leur suite je reprends donc ici avec des arguments tout frais que “ Lévy d’Arabie ” ( appréciez je vous prie… c’est lui qui l’aurait dit mais peut‑on le croire… ) nous a fournis avant que je n’aie avancé mon papier… Oh ! que la fainéantise a du bon hein ?


Voici donc les extraits de son argumentaire au CRIF publiés d’abord dans L’Humanité et ensuite dans Liberté un quotidien algérien paru le mardi, 22 novembre 2001 :

 

BHL, philosophe officiel au service d’intérêts d’État

23 novembre 2011

 

L'Humanité Sébastien Crépel

 

" Pour Bernard-Henri Lévy, la guerre en Libye était motivée à ses yeux par la défense des intérêts d’Israël dans le monde.

 

Dernier invité de la première convention nationale organisée par le Conseil représentatif des institutions juives de France ( Crif ), Bernard-Henri Lévy est revenu sur son engagement en faveur de la révolution libyenne. Invité à s’exprimer sur le thème des “ nouveaux défis pour les Juifs de France ”, le journaliste et écrivain a évoqué les raisons qui l’avaient conduit à s’engager il y a huit mois contre le régime du colonel Kadhafi.

Ce fut “ d’abord comme Français ”, mais, poursuit-il, “ je l’ai fait pour des raisons plus importantes encore ”. Parmi celles-ci, “ la croyance en l’universalité des droits de l’homme ” mais aussi, plus curieusement, “ pour une autre raison dont on a peu parlé, mais sur laquelle je me suis pourtant beaucoup étendu : cette raison impérieuse, qui ne m’a jamais lâché, c’est que j’étais juif. C’est en tant que juif que j’ai participé à cette aventure politique, que j’ai contribué à définir des fronts militants, que j’ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques ”. Et Bernard-Henri Lévy de préciser le fond de sa pensée : “ J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom, ma volonté d’illustrer ce nom et ma fidélité au sionisme et à Israël. ” Avant de conclure : “ Comme tous les juifs du monde, j’étais inquiet. Malgré la légitime anxiété, c’est un soulèvement qu’il convient d’accueillir avec faveur : on avait affaire à l’un des pires ennemis d’Israël. ” ( … )

 

Ceci on en conviendra est déjà assez ahurissant si on songe aux miaulements effarés de la populace qui dans son ensemble nous a gavés de défense du peuple libyen à longueur d’arguments. Nous les pacifistes anti‑guerres et anti‑colonialistes savions très bien avant qu’il ne se sente autorisé et plus encore mandaté comme premier philosophe du pays et menteur patenté de le clamer haut et fort que les tenants et aboutissants de “ la guerre sans l’aimer ”… ouaf ! qu’on me permette de rigoler… n’étaient autres que la vengeance d’un pro‑israélien affirmé vis‑à‑vis de Mouamar Kadhafi et de son peuple qui n’ont jamais soutenu la destruction par Israël de la Palestine historique et de son peuple. Il s’agissait donc non pas de “ protéger une population ” menacée par son leader d’on ne sait quelles représailles mais de l’anéantir en tant que résistant à la politique d’apartheid d’Israël si elle n’acceptait pas cette population de livrer celui qui était désigné comme cible propitiatoire… Mouamar vivant 1  

Nous y voilà et ce raisonnement clamé par quelqu’un qui en tire fierté et n’a rien à craindre semble‑t‑il en révélant maintenant les causes réelles de cette tuerie qu’il a suscitée approuvée et qu’il dit avoir préparée “ en tant que juif ” osant la nommer “ aventure politique ” déchire le voile derrière lequel la plupart pour ne pas dire tous les partis politiques confondus se sont dissimulés pour nous conduire à assassiner un peuple et la famille des Kadhafi. Il est probable que le monde politique qui s’intitule sans qu’on sache ce que ça signifie “ de gauche ” a un peu de mal aujourd’hui avec cette libération de la parole du philosophe français lui aussi “ de gauche ” qui ainsi qu’il le précise lui‑même a“ porté en étendard ma fidélité à mon nom, ma volonté d’illustrer ce nom et ma fidélité au sionisme et à Israël. ” car cela signifie soit qu’ils des imbéciles qui n’ont pas pressenti que l’idéologie qu’ils défendaient et que Lévy leur ferait porter était l’idéologie sioniste et la gloire personnelle que peut tirer un tel personnage de ce genre de victoire pour son compte personnel soit qu’ils sont eux aussi le sachant des assassins…

La conscience d’un tel homme qui fanfaronne en employant le terme pas du tout innocent d’“ étendard ” évoquant une fois de plus une croisade qui nous renvoie aux guerres de religion et aux conquêtes moyenâgeuses mettant en jeu à chaque fois le fort contre le faible n’a d’autres visées que sa grandeur fantasmée qu’il associe à l’origine de sa famille : “ J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom, ma volonté d’illustrer ce nom… ” faisant du coup de cette guerre une affaire tribale personnelle qui démontre s’il était besoin la folie mégalomaniaque qui le suit partout et avec laquelle les êtres de son genre entraînent des pays des Etats et des hommes dans des conflits absurdes et infinis. Comment peut‑on encore ne pas s’élever contre une telle bêtise meurtrière qui a détruit des enfants des femmes et des vieillards juste pour assouvir comme dans les jeux vidéos mais ça n’était pas un jeu la démence de ceux qui manipulent les mots et les peuples dans l’effarement de l’insensé ? Où sont donc passés les philosophes les vrais qui arrêteront cette fuite de la parole vers le déni du sens qui préside toujours au passage à l’acte violent et inhumain ? Et que pouvons-nous bien trouver nous autres dans une telle image qui nous séduise ? camus-photo-non-date-300x200.jpg

 

Comme si cette effarante mise à jour des réalités de la guerre libyenne ne suffisait pas la suite affichée dans l’article de Liberté le journal algérien complète ce que j’avais écrit et le journaliste Djilali Benyoub m’a enlevé le moindre doute qui aurait pu m’effleurer quant à l’état de primate de ce personnage : “ Il étalera, par ailleurs, ses origines dont il avait fait part le 13 février à Benghazi. ‘ je m’appelle Levy, fils de Levy, je suis le représentant d’une tribu, qui est l’une des plus anciennes et des plus nobles tribus du monde. ”… Intéressant n’est‑ce pas ? C’est donc en tant que représentant d’une tribu fictive car où est donc passée la suite de la tribu en question que Lévy d’Arabie s’en va faire guerroyer les autres car il tient trop à sa personne pour y aller lui‑même ainsi que l’a fait Mouamar Kadhafi et mettre à sac les tribus elles bien réelles dont est constitué le pays libyen depuis toujours… 

On pourra discuter longuement afin de savoir si le concept de tribu qui perdure dans une grande part de l’Orient et de l’Afrique peut s’associer à celui de société civile et s’il permet d’y instaurer pour chacun hommes et femmes une certaine liberté d’être d’agir de penser et de ressentir mais ce qui n’est pas discutable c’est que fidèle au principe d’illusion sioniste de peuple élu Lévy a fait exploser un rassemblement de tribus et de clans bien réels que Mouamar Kadhafi faisait lui cohabiter vaille que vaille et qui composait un pays désormais en éclats pour jouir de la gloire d’une tribu virtuelle en fantasmée dont il est le seul et unique porteur d’étendard revendiqué. Et il me vient à l’esprit en écrivant que ceux qui l’ont suivi ici et ailleurs sont certainement dans la même position binaire que lui où il n’existe que “ nous ” et  “ eux ” d Enfantn-face-au-tank.jpg eux mondes séparés par une muraille immense de haines de peurs de cruautés et de pierres cimentées pa r l’idéologie primitive du meurtre de l’autre comme façon d’exister et de dominer la terre le monde l’univers…Aucune troisième voie et voix sensible humaine fraternelle se situant bien au‑delà du nom de l’origine du nom de la tribu du clan du peuple du territoire ne semble accessible à ces guerriers qui mènent notre civilisation et notre humanité à sa fin… Camus avait raison de préférer les hommes aux héros.

A nous de savoir enfin qui nous sommes et si nous avons l'intention de laisser les rats dévorer entièrement la chair des enfants que nous avons mis au monde... A suivre... 

Publié dans : Colères noires
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