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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Colères noires

Mercredi 28 septembre 2011 3 28 /09 /Sep /2011 15:22

      S'il n'y avait qu'un texte écrit par quelqu'un qui comme moi a été ahuri par les prises de position des journalistes du Monde Diplo que jusqu'ici je lisais avec avidité et toujours le même intérêt pour leur sens critique et leur humanisme concernant la guerre de recolonisation en Libye ce serait celui-ci...

       Depuis je ne lis plus ni le Monde Diplo ni quelque journal papier que ce soit car tous dans le même rassemblement baveux d'imbécillité ont été d'accord pour les meilleures raisons du monde avec ce qui est de toute évidence le partage de l'Afrique et du Monde Arabe...

        Il fallait bien que l'Occident se récupère enfin de ces pays perdus dans les années 60 et la cécité de tous ces scribouillards prouve s'il en était besoin que quand on ne va pas jusqu'au bout de l'analyse du monde colonial et capitaliste on ne comprend rien au système de mise en esclavage des peuples qu'ils soient du Nord ou du Sud...

      Il n'y aura de liberté pour chacun d'entre nous que quand il n'existera plus ni monde dominant ni monde dominé et tout le reste n'est que bafouillage et cafouillage ! Salut et fraternité...


Contre la banalisation et la normalisation de l’ingérence Recolonisation.jpg

Pierre LEVY

28 septembre 2011

 

En avril dernier, Ignacio Ramonet proposait dans ces colonnes un texte intitulé “ Libye, le juste et l’injuste ”. La guerre avait été lancée quelques semaines plus tôt, inaugurée par des appareils français qui, les premiers, eurent l’honneur de déverser leurs bombes sur Tripoli. Ce 19 mars, “ une onde de fierté parcourt l’Elysée ” rapportait alors Le Monde  [1]. A ce moment, les experts et commentateurs n’en doutaient pas : en quelques jours, quelques semaines au plus, le pays serait débarrassé du “ tyran ” grâce à au soulèvement populaire attendu, facilité par le coup de pouce aérien de la coalition, tout cela illuminé par la sage aura de Bernard-Henri Lévy.

Dans son texte, Ignacio Ramonet prenait certes ses distances avec l’OTAN. Il n’en estimait pas moins, dès sa première phrase : “ Les insurgés libyens méritent l’aide de tous les démocrates ”. Dieu soit loué, certains démocrates n’ont pas lésiné sur l’aide : en cinq mois, plus de 15 000 sorties aériennes ont permis d’offrir quelques milliers de tonnes de bombes, sans parler des missiles dernière génération, des forces spéciales terrestres sous forme d’instructeurs – un cadeau en principe prohibé, mais quand on aime, on ne compte pas. Seule comptait l’issue : victoire Total.

Le jeu de mots est certes facile ; il est cependant inévitable, notamment depuis que Libération [2] a révélé la lettre aux termes de laquelle le Conseil national de transition (CNT) s’était engagé à accorder 35% des concessions du pays au groupe pétrolier « en échange » (c’est le terme employé) de l’engagement militaire français (un document qui a naturellement fait l’objet d’un démenti précipité du Quai d’Orsay). Noble cause que celle du combat pour la liberté des peuples. Au demeurant, cela n’a pas échappé à l’auteur, qui note, à la fin de son article : “ L’odeur de pétrole de toute cette affaire empeste ”.

Certes. Mais pour autant, il reprend à son compte l’approche d’ensemble des dirigeants occidentaux et des médias qui leur sont liés. En particulier le schéma qui analyse le soulèvement libyen comme partie prenante du « printemps arabe ». Or une telle approche globalisante fait fi de chaque réalité nationale. En l’espèce, elle induit même un contresens.

 

En Tunisie puis en Egypte, les mouvements populaires, qui n’étaient certes pas réductibles l’un à l’autre, ont cependant revêtu d’importants points communs. Sur le plan intérieur, la mobilisation a vu converger les classes populaires et ce qu’il est convenu d’appeler les “ classes moyennes ”, dans un mouvement dont les exigences sociales étaient inséparables des objectifs démocratiques ; dans chacun de ces deux pays, les luttes et grèves ouvrières des dernières années – durement réprimées – ont constitué un terreau essentiel au développement du mouvement, le tout sur fond d’une pauvreté massive.

Sur le plan extérieur, Zine el-Abidine Ben Ali comme Hosni Moubarak étaient sans conteste des marionnettes du camp occidental, dont ils ont toujours été partie intégrante, tant géopolitiquement, économiquement, qu’idéologiquement.

Fort différente était la situation libyenne. Sur le plan social, tout d’abord : le pays était, de très loin, le plus avancé d’Afrique selon le critère de l’Indice de développement humain (IDH). Il est à cet égard saisissant de compulser les statistiques fournies par le PNUD [3], que cela concerne l’espérance de vie (74,5 ans – avant la guerre, s’entend), l’éradication de l’analphabétisme, la place des femmes, l’accès à la santé, à l’éducation. Les subventions au niveau de vie et à la protection sociale étaient très substantielles. Point n’est besoin de faire partie du fan-club de Mouammar Kadhafi pour rappeler cela.

Par ailleurs, de par son histoire, ce dernier peut difficilement être assimilé à ses deux anciens voisins. Certes, Ignacio Ramonet note avec raison que, depuis le tournant des années 2000, il impulsa un rapprochement progressif avec les Occidentaux. Dans la dernière période, ceux-ci lui déroulèrent le tapis rouge, business oblige. Ils ne l’ont cependant jamais considéré comme “ faisant partie de la famille ” : trop imprévisible, et surtout n’ayant pas abandonné un discours de tonalité “ tiers-mondiste ”, en particulier au sein de l’Union africaine au sein de laquelle il jouait un rôle tout particulier.

Pour autant, les privatisations et libéralisations mises en route ces dernières années n’ont pas été sans conséquences en termes de classe : une certaine catégorie de la population s’est enrichie, parfois considérablement, en même temps qu’elle intégrait l’idéologie libérale. Une partie de ceux-là même à qui le “ Guide ” avait confié la “ modernisation ” du pays, et les contacts privilégiés avec la haute finance mondiale (et son arrière-plan universitaire, notamment aux Etats-Unis) en sont venus à estimer que, dans ce contexte, le dirigeant historique était plus un obstacle qu’un atout pour l’achèvement du processus. Une partie des classes moyennes et de la jeunesse aisée, particulièrement à Benghazi pour des raisons historiques, a donc constitué une base sociale à la rébellion – une rébellion qui fut, dès le début, armée, et non pas constituée de foules pacifiques.Akakus 01

Les innombrables reportages et entretiens avec la jeunesse “ anti-Kadh afi ” étaient à cet égard édifiants. Le Monde [4] citait ainsi ces jeunes femmes aisées qui criaient “ pas de lait pour nos enfants, mais des armes pour nos frères ”. Un slogan qui eût probablement stupéfié les manifestants égyptiens. Et qui illustre en tout cas l’absurdité d’une analyse globalisante.

Bref, une absence de revendications sociales, voire une exigence de “ plus de liberté économique ” ; des appels – pas systématiques, mais fréquents cependant, et qui se confirment aujourd’hui – à une application plus stricte de la “ loi islamique ” ; des chefs du CNT étroitement liés au monde des affaires occidental, voire formés par lui ; et un mouvement qui n’a pu l’emporter que par la grâce des bombardements otaniens – tout cela ne s’appelle pas précisément une révolution. Symboliquement, le « nouveau » drapeau libyen est l’ancien oriflamme de l’ex-roi Idris Ier, renversé en 1969. Dès lors, le terme qui vient à l’esprit serait plutôt une contre-révolution.

 

Si on retient cette hypothèse – ne serait-ce qu’au titre du débat – alors l’optique change quelque peu. Cela ne signifie certes pas que les insurgés décidés à liquider Mouammar Kadhafi soient tous des agents occidentaux : beaucoup sont certainement sincères. Mais nombres de Chouans aussi l’étaient, lors des guerres de Vendée. Nombre d’entre eux furent cependant massacrés – parfois aveuglément, mais à bon droit si l’on voulait sauver la jeune Révolution.

En matière de « massacres », du reste, il ne semble pas que les protégés des puissances alliées aient beaucoup à apprendre, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela vaut en particulier pour les véritables pogroms qui se sont déroulés – et se déroulent peut-être toujours – à l’encontre des civils à peau noire. Présentés comme des “ bavures ” par les médias occidentaux faute d’avoir pu être totalement passés sous silence, il semble bien que leur ampleur dépasse très largement ce qui nous fut montré. Surtout, ils témoignent d’un racisme de classe, puisque, Libyens ou immigrés, les Noirs formaient les gros bataillons de ce qu’on pourrait appeler, au sens large, la classe ouvrière, peu en odeur de sainteté parmi les insurgés, en Cyrénaïque particulièrement.

Pour autant, la “ protection des civils ” n’est pas seulement un sommet d’hypocrisie de la part des dirigeants occidentaux. Elle constitue surtout le chausse-pied de l’ingérence, en absolue contradiction avec le principe fondateur de la Charte des Nations unies : la souveraineté et l’égalité en droit de chaque Etat.

C’est ce principe éminemment progressiste que défendent à bon droit les dirigeants cubains, vénézuéliens et bien d’autres latino-américains, au grand dam de l’auteur. Ce dernier dénonce ainsi l’“ énorme erreur historique ” qu’aurait constitué leur refus de prendre parti en faveur des rebelles. En adoptant cette attitude, ils apportent au contraire la plus grande contribution qui se puisse imaginer à l’émancipation sociale et politique des peuples. Il est vrai qu’en matière d’ingérence, l’historique sollicitude des Yankee à l’égard de leurs voisins du sud les a vaccinés.

Caracas, La Havane, et d’autres sont accusés par Ramonet de pratiquer une “ Realpolitik ” selon laquelle les Etats agissent en fonction de leurs intérêts. Heureusement qu’il en est ainsi ! Car l’intérêt d’Etat du Venezuela, de Cuba, et des pays latino-américains (et tout particulièrement des progressistes) est bien de se défendre contre la « légalisation » de l’ingérence qui n’a d’autre objet que de justifier l’immixtion des puissances impériales dans les affaires des autres. Colo-frse-couverture-cahier-sco-1900.jpg

Ignacio Ramonet loue donc la résolution onusienne 1793 autorisant l’emploi de la force contre Tripoli. Il voit dans l’aval préalable de la Ligue arabe un surcroît de légitimité à ce texte. Singulière approche : cette organisation, dont l’inféodation étroite aux Occidentaux n’est pas un secret, ne s’était pas jusqu’à présent illustrée par son engagement concret en faveur de la liberté des peuples (et du peuple palestinien en particulier). Dominée par des poids lourds aussi progressistes que l’Arabie saoudite, elle est un référent incontestable dès lors qu’il s’agit de promouvoir la démocratie…

L’auteur ajoute que “ des puissances musulmanes au départ réticentes, comme la Turquie, ont fini par participer à l’opération ”. Faut-il comprendre qu’une puissance musulmane a une légitimité toute particulière pour bénir le vol des Rafale et autres Mirage ? Voilà, en tout cas, qui fera plaisir aux Kurdes.

Enfin, pour achever de fustiger Chavez, Castro ou Correa, Ramonet rappelle que “ de nombreux dirigeants latino-américains (avaient) dénoncé, à juste titre, la passivité ou la complicité de grandes démocraties occidentales devant les violations commises contre la population civile, entre 1970 et 1990, par les dictatures militaires au Chili, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay ”. Hugo-Chavez

Rappelons à cet égard ce que l’auteur sait mieux que quiconque : en fait de “ passivité ” ou de “ complicité ” des “ démocraties occidentales ”, c’est en réalité à l’instigation directe de celles-ci, et avec leur concours actif, que les coups d’Etat sanglants ont été menés à bien. Pour autant, l’on ne sache pas qu’à l’époque, les démocrates de ces pays aient sollicité des raids aériens sur Santiago, ou l’envoi de commandos à Buenos-Aires. C’est par eux-mêmes – et jamais de l’extérieur – que les peuples se libèrent.

 

Au-delà du cas libyen, c’est bien ce point, le plus essentiel, qui mérite débat entre tous ceux qui se reconnaissent dans le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – ce qu’on appelait jadis l’anti-impérialisme. Jadis ? En fait jusqu’à ce que la chute de l’URSS et du pacte de Varsovie ouvre la voie à la reconquête de la totalité de la planète par le capitalisme, ses dominations et ses rivalités impériales. Et ne laisse d’autres choix aux pays que de s’aligner sur les canons (au sens religieux) des droits de l’homme, de l’Etat de droit et de l’économie de marché – trois termes devenus synonymes ; ou de se placer sous le feu des canons (au sens militaire) des gendarmes planétaires autoproclamés toute honte bue “ communauté internationale ”.

A cet égard, on peut évoquer une scène qui se déroula à Bruxelles, lors du sommet européen des 24 et 25 mars dernier. Il est près d’une heure du matin. Le président français déboule dans la salle de presse. Interrogé sur les bombardements engagés cinq jours plus tôt, il jubile : “ C’est un moment historique. (…) ce qui se passe en Libye crée de la jurisprudence (…) c’est un tournant majeur de la politique étrangère de la France, de l’Europe et du monde ”.

Nicolas Sarkozy dévoilait là en réalité ce qui est probablement l’objectif le moins visible, mais le plus lourd, de la guerre engagée. Le matin même, le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU qualifiait également d’“ historique ” la résolution mettant en œuvre la “ responsabilité de protéger ”, pour la première fois depuis l’adoption de ce redoutable principe en 2005. Edward Luck poursuivait : “ Peut-être notre attaque contre Kadhafi (sic !) est-elle un avertissement à d’autres régimes ” [5]. DellepianeExpoColoniale-1922.jpg

Certes, en matière d’ingérence armée contre un Etat souverain, ladite “ communauté internationale ” (à géométrie variable) n’en est pas à son coup d’essai. Mais c’est la première fois que le Conseil de sécurité de l’ONU donne son feu vert explicite, et que le secrétaire général de celle-ci, Ban Ki-moon, joue un rôle actif dans le déclenchement des hostilités. Il faut bien mesurer la portée d’une telle situation : la mise en cause brutale de la souveraineté des Etats légalisée – à défaut d’être légitime. Les oligarchies planétaires dominantes, qui ont pour horizon ultime une “ gouvernance mondiale ” sans frontière ont ainsi marqué un point considérable : l’interventionnisme ( “ préventif ”, précise même M. Luck) peut être désormais la règle.

Cette conception, qui contredit explicitement la Charte des Nations unies, constitue une bombe à retardement : elle sape le fondement même sur lequel celle-ci avait été écrite et pourrait signifier un véritable retour à la barbarie dans l’ordre des relations internationale.

Car la défense sans compromis du principe de non-ingérence ne relève en rien d’un culte intégriste, archaïque et obtus, mais d’abord d’une raison de principe : c’est à chaque peuple, et à lui seul, de déterminer les choix qui conditionnent son avenir, faute de quoi c’est la notion même de politique qui est vidée de son sens – et ce, quels que soient les chemins dramatiques que celle-ci doit parfois affronter.

Il en va de l’ingérence exactement comme de la torture : en principe, les gens civilisés sont contre l’emploi de cette dernière – mais il se trouve toujours quelqu’un pour affirmer qu’“ en des cas extrêmes ”, on doit pouvoir faire une exception ( “ pour éviter des attentats meurtriers ” disait-on lors des “ événements ” d’Algérie ; pour “ éviter le massacre de civils ”, justifie-t-on aujourd’hui à l’Elysée et ailleurs). Or tout le prouve : dès lors qu’on admet une exception, on en admet dix, puis cent, car on a accepté le débat sordide qui met en balance les souffrances infligées à un supplicié et les gains qu’on en attend, toujours présentés sous un jour humaniste. Il en va de même avec le respect de la souveraineté : une seule exception mène à l’éradication de la règle.

Il n’y a aucune – aucune ! – circonstance qui justifie l’ingérence. Quand bien même Nicolas Sarkozy mènerait une politique totalement contraire aux intérêts de son pays et de son peuple (hypothèse absurde, bien sûr), cela ne justifierait en rien que les avions libyens – ou bengalais, ou ghanéens – ne descendent en piqué sur les Champs-Élysées.

A cet égard, on reste perplexe devant l’affirmation selon laquelle “ l’Union européenne a une responsabilité spécifique. Pas seulement militaire. Elle doit penser à la prochaine étape de consolidation des nouvelles démocraties qui surgissent dans cette région si proche ”. Force est de constater que Ramonet reprend mot pour mot les ambitions affichées par Bruxelles. Passons sur le “ pas seulement militaire ” qui signifie, si les mots ont un sens, que l’UE serait fondée à intervenir aussi militairement. Mais cette “ responsabilité spécifique ” dont ne cessent de se réclamer les dirigeants européens, qui donc leur aurait confiée ? La “ bienveillance ” qui échoirait naturellement au voisinage et à la puissance ? Voilà précisément la caractérisation même d’un empire – fût-il ici en gestation.1907-CONGO-f-Miss-mala-sommeil-PhRoger-Viollet-Illus.jpg

 

On ne peut s’empêcher de penser au discours que tint à Strasbourg l’actuel président de la République – c’était en janvier 2007, il était en campagne et entendait confirmer son engagement d’“ Européen convaincu ”. Il exaltait alors “ le rêve brisé de Charlemagne et celui du Saint Empire, les Croisades, le grand schisme entre l’Orient et l’Occident, la gloire déchue de Louis XIV et celle de Napoléon (…) ” ; dès lors, poursuivait Nicolas Sarkozy, “ l’Europe est aujourd’hui la seule force capable (…) de porter un projet de civilisation ”. Et de conclure : “ je veux être le président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification (sic !) après douze siècles de division et de déchirements (…). L’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique. Jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain ? Pendant que l’Europe hésite, les autres avancent ”.

Ne voulant pas être en reste, Dominique Strauss-Kahn appelait de ses vœux, à peu près à la même époque, une Europe “ allant des glaces de l’Arctique au nord jusqu’aux sables du Sahara au sud (…) et cette Europe, si elle continue d’exister, aura, je crois, reconstitué la Méditerranée comme mer intérieure, et aura reconquis l’espace que les Romains, ou Napoléon plus récemment, ont tenté de constituer  ”. Du reste, la plus haute distinction que décerne l’UE a été baptisée “ prix Charlemagne ” – indice de ce que fut l’intégration européenne dès son origine, et n’a jamais cessé d’être : un projet nécessairement d’essence impériale et ultralibérale.

 

Le débat ne porte donc pas sur le point de savoir si le colonel Kadhafi est un enfant de chœur exclusivement préoccupé du bonheur des peuples, mais bien sur ce qui pourrait caractériser le monde de demain : le libre choix de chaque peuple de déterminer son avenir, ou la banalisation et la normalisation de l’ingérence, fût-ce sous les oripeaux des “ droits de l’Homme ” ?

Car il faut rappeler une évidence : l’ingérence n’a jamais été, et ne sera jamais, que l’ingérence des forts chez les faibles. Le respect de la souveraineté est aux relations internationales ce que l’égalité devant le scrutin – un homme, une voix – est à la citoyenneté : certes pas une garantie absolue, loin s’en faut, mais bien un atout substantiel contre la loi de la jungle. Celle-là même qui pourrait bien s’instaurer demain sur la scène mondiale.

Et si tout cela parait trop abstrait, l’on peut revenir à l’histoire récente de la Libye. Après avoir été pendant des années soumis à l’embargo et traité en paria, le colonel Kadhafi a opéré le rapprochement évoqué ci-dessus avec l’Ouest, ce qui s’est notamment concrétisé, en décembre 2003, par le renoncement officiel à tout programme d’armement nucléaire en échange de garanties de non-agression promises notamment par Washington. Force est de mesurer, huit ans plus tard, ce que valait cet engagement : il a été tenu jusqu’au jour où l’on a estimé qu’on avait des raisons de le piétiner. Du coup, aux quatre coins du globe, chacun est à même de mesurer ce que vaut la parole des puissants, et quel prix ils accordent au respect des engagements souscrits.

Les dirigeants de la RPDC (Corée du Nord) se sont ainsi félicités publiquement de ne pas avoir cédé aux pressions visant à leur faire abandonner leur programme nucléaire. Ils ont eu raison. Il serait logique qu’à Téhéran, à Caracas, à Minsk et dans bien d’autres capitales encore, on tire également les conséquences qui s’imposent. Ce serait même parfaitement légitime.

A peine quelques mois avant la Libye, il y eut la Côte d’Ivoire – autre fierté sarkozienne : déjà le Conseil de sécurité de l’ONU y avait béni la politique de la canonnière, au seul prétexte de l’irrégularité alléguée d’une élection – une première !

Et déjà les Occidentaux briquent leurs armes (militaires et idéologiques) pour de prochaines aventures. Ainsi “ Paddy ” Ashdown – qui fut notamment Haut Représentant de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine pendant quatre ans… – vient-il de confier au Times [6] qu’il convenait désormais d’adopter et de s’habituer au “ modèle libyen ” d’intervention, par opposition au “ modèle irakien ” d’invasion massive, qui a montré ses insuffisances.

Pour sa part, le secrétaire général de l’OTAN, plaidait, le 5 septembre, pour que les Européens intègrent mieux leurs moyens militaires en cette période de restrictions budgétaires. Car, pour Anders Fogh Rasmussen, “ comme l’a prouvé la Libye, on ne peut pas savoir où arrivera la prochaine crise, mais elle arrivera ”. Voilà qui a au moins le mérite de la clarté.Afr_civilisee_1906.jpg

A cette lumière, est-il bien raisonnable d’analyser la crise syrienne comme le soulèvement d’un peuple contre le “ tyranneau ” Bachar El-Assad ? Il n’est pas interdit de penser au contraire que ce dernier est en réalité “ le suivant ” sur la liste des chancelleries occidentales. Dès lors, n’y a-t-il rien de plus urgent, au regard même de la cause de l’émancipation des peuples, que de s’aligner, fut-ce involontairement, sur ces dernières ?

Eu égard aux engagements d’Ignacio Ramonet, on ne lui fera pas l’injure de l’assimiler à la « gauche », qui a depuis longtemps renoncé à la mémoire des luttes. Mais force est de constater qu’il se situe en l’espèce dans la foulée de cette dernière qui a sans hésiter choisi son camp dans l’affaire libyenne. Ce qui illustre une nouvelle fois ce triste paradoxe de notre époque : les forces du capital mondialisé et de l’impérialisme revigoré trouvent désormais l’essentiel de leurs munitions idéologiques à “ gauche ” – des “ droits de l’Homme ” à l’immigration, de l’écologie au mondialisme (qui est l’exact contraire de l’internationalisme). Mais cela est un autre débat.

 

Quoique. 1911-Fr-cede-part-du-Congo-All.jpg

 

 

Lire La réponse d’Ignacio Ramonet : Massacrer à bon droit ?

URL de cet article 14722

http://www.legrandsoir.info/contre-la-banalisation-et-la-normalisation-de-l-ingerence.html

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Jeudi 22 septembre 2011 4 22 /09 /Sep /2011 15:10

A Troy Davis et à tous ceux que les Etats continuent de tuer depuis toujours parce que seules la guerre la destruction et la puissance de mort les concerne…

A lui à eux à nous tous qui aimons la vie la promesse d’un autre monde jeune et généreux…  troy-davis-condamne-a-mort-aux-etats-unis-4778481ajfsi.jpg

 

Vanzetti, condamné avec Sacco à l’électrocution, répond le 9 avril 1927 au juge Thayer :

 

    “ Si cette chose n’était pas arrivée, j’aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J’aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n’aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d’un bon cordonnier et d’un pauvre vendeur de poissons, c’est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe. ”

 

SUR LE PORT DE DIEPPE

Louis Aragon / Gérard-André Gaillard Sacco_et_Vanzetti.jpg

 

Le jour de Sacco-Vanzetti

Sur le port sur le port de Dieppe

Mais comment cela se fait-il

Qu'il y eût seulement des guêpes

Le jour de Sacco-Vanzetti

 Quand les affiches du Parti

Disaient d'aller au port de Dieppe

A quoi cela ressemblait-il

Qu'il y eût seulement des guêpes

Le jour de Sacco-Vanzetti

 

Qu'est-ce que tu croyais petit

Qu'il allait se passer à Dieppe

Aussitôt venu que parti

Pour n'avoir trouvé que des guêpes

Le jour de Sacco-Vanzetti

 au refrain sacco-et-v.jpg

Tu étais malheureux faut-il

Pour espérer autant de Dieppe

Comme un changement pressenti

Mais c'était compter sans les guêpes

Le jour de Sacco-Vanzetti  

 

Le mal d'aimer qu'on s'en sortît

En criant sur le port de Dieppe

Tu le croyais ferme et tu t'y 

Trouvas tout seul avec les guêpes

Le jour de Sacco-Vanzetti

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Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 22:33

Texte publié sur le site http://bellaciao.org/

11 septembre... 1973

Allende.jpg

Samedi 10 septembre 2011

 yul

 11 septembre 1973 : Salvador Allende, élu démocratiquement en 1970, entreprend des réformes qui satisfont le peuple mais mécontentent les milieux des affaires ( hausse des salaires, réforme agraire, nationalisations ). Les États-Unis voient d’un très mauvais œil l’implantation d’un régime socialiste en Amérique du Sud, qui pourrait donner des idées à d’autres et remettre en cause la main mise des multinationales américaines sur le continent.

Le 11 septembre 1973, le gouvernement socialiste du président Salvador Allende est brutalement renversé lors d’un coup d’État militaire. Au petit matin, sur l’ordre du général Augusto Pinochet, les troupes militaires investissent les rues de Santiago, capitale du Chili.

Refusant toute reddition aux militaires putschistes, Salvador Allende, trouve la mort sous les assauts répétés de l’armée et le bombardement du palais présidentiel. Pendant le coup d’État, Allende s’adresse une dernière fois aux chiliens à la radio où il remercie ses partisans et annonce son intention de se battre jusqu’à la mort.

C’est dans le palais que Salvador Allende meurt finalement d’un tir d’AK47 dans le menton, suicide?

Une anecdote précise que l’arme lui avait été offerte par Fidel Castro, et portait une plaque dorée sur laquelle on pouvait lire : À mon bon ami Salvador, de la part de Fidel, qui essaye par des moyens différents d’atteindre les mêmes buts.

Pour beaucoup, Allende a été assassiné par les militaires avec sa propre arme.

Allende-2.jpg

 

Article publié dans Le Monde Diplomatique Archives Septembre 2003

 Chili, 11 Septembre 1973

Le baril de poudre de l’imagination

         Etrange coïncidence. Trente ans après le coup d’Etat et la disparition du poète et Prix Nobel de littérature Pablo Neruda, la voix la plus puissante et la plus influente de la littérature chilienne et latino-américaine de ces dernières années, Roberto Bolaño, vient de nous quitter pour rejoindre son Etoile distante (1). “ Dans ce pays de propriétaires fonciers, la littérature est une extravagance et savoir lire n’est pas un mérite ” , écrivait-il dans son roman le plus sobre et acide, Nocturne du Chili (2). Extravagance, mais également fierté nationale. La littérature a toujours occupé une place forte dans la vie politique et sociale du Chili. Deux Prix Nobel (Gabriela Mistral et Pablo Neruda), des dizaines d’écrivains talentueux, dont nombre ont réussi à toucher un lectorat au-delà des Andes (Vicente Huidobro, Francisco Coloane, José Donoso, Luis Sepúlveda, Antonio Skarmeta, Isabelle Allende). C’est aussi à cette réalité que le général Pinochet et ses acolytes ont voulu s’attaquer.

La dictature étant surtout dénoncée pour ses violations des droits de la personne, sa volonté de détruire les valeurs socio-culturelles chiliennes est passée au second plan. Pourtant, dès le 11 septembre 1973, la junte militaire martelait sur les ondes les 41 ordonnances imposant le nouveau cadre culturel. L’ordonnance n° 26 annonçait “ l’occupation et la destruction ” des éditions d’Etat Quimantu. “ C’était le symbole de la démocratisation à travers la culture ” , souligne Camilo Marks, auteur de La dictadura del proletariad (3). “ Sa fermeture a marqué le début de la disparition de nombreux éditeurs, librairies, et du démantèlement du système éducatif au Chili, remplacé par un système pervers et excluant où toute expression littéraire et artistique était considérée comme subversive. ” De grands autodafés ont été organisés et la circulation des livres a été soumise à de très sévères restrictions jusqu’en juillet 1983. Le Chili connut alors une décennie qualifiée d’ “ apagón cultural ” (4).

“ Il y a trois décennies, quand j’avais 12 ans, mon père m’achetait plusieurs livres par semaine, constate Jaime Collyer, né en 1955, romancier à l’œuvre exigeante, comme en témoignent El Infiltrado (5) et El habitante del cielo. L’offre était surprenante. On achetait sans prêter attention au prix. On choisissait par instinct. Aujourd’hui, il n’y a pas d’offre, il n’y a pas d’instinct. Le fameux ‘ apagón ’ s’est traduit par un comportement moutonnier des lecteurs. L’opinion est devenue obéissante et soumise, et ça, c’est très difficile à surmonter. ”

Couvre-feu et état de siège ont permis à la dictature de cacher les crimes et les fantômes qui hanteront encore trente ans plus tard l’imaginaire collectif littéraire : “ A cette époque-là, tout le monde, peu ou prou, faisait un cauchemar de temps à autre. (...) J’essayais d’écrire de la poésie. Au début il ne me venait que des iambes (6) . Ensuite, (...) ma poésie d’ordinaire angélique se transforma en poésie démoniaque (...) , elle était enragée ”, dit Sébastien, personnage de Nocturne du Chili .

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La société chilienne s’est retrouvée isolée, profondément désinformée et éparpillée entre ses exilés. Les livres circulaient sous le manteau. Seules des revues éphémères étaient publiées, quelques rencontres artistiques étant organisées clandestinement, en hommage à Victor Jara - assassiné dans le Stade national - et à Violetta Parra, deux figures emblématiques du Canto nuevo latino-américain et de la poésie populaire chilienne. Cette “ culture de la mort ” commença à s’ouvrir en 1983 : premières manifestations contre la dictature et, sous la pression extérieure, retour d’exilés, dont nombre d’écrivains.

Evoquant ces années-là, Jaime Collyer estime que la dictature a laissé un terrible héritage : “ Aujourd’hui, la littérature chilienne est devenue claustrophobe. Oppressive. Décourageante. Il est très difficile d’y échapper. C’est un défi esthétique que Roberto Bolaño a relevé en ouvrant la voie. Sa lumière irriguait la littérature. ” Point de vue que partagent les jeunes romancières Alejandra Costamagna (née en 1970) et Nona Fernández (1971), ainsi que le poète Germán Carrasco (1971).

“ Le coup d’Etat a métamorphosé notre imaginaire collectif, affirme Alejandra Costamagna . Nous sommes nés sous la botte d’un père. Toujours sous le couvre-feu, en garderie. Tout cela s’est transformé en rage et le démembrement de la famille est devenu la métaphore du pays. Avec pour conséquence l’éclatement des récits. Nous sommes obligés de réécrire la tragédie , comment y échapper ! Mais avec une réelle exigence formelle. Réécrire la douleur, la mort, les crimes, les disparus, les mensonges, la trahison qui se croisent dans les textes de notre génération et dans tous les autres. ” Dans son troisième roman, Cansada ya del sol , la mémoire fait figure d’entrepôt où s’entassent tous les déchets. “ La mémoire est sans limite. Le désespoir, la douleur sont l’unique limite humaine ”, disait Roberto Bolaño. Mapocho , de Nona Fernández, est de la même veine. Mapocho, fleuve triste et sale qui traverse Santiago, charriant dans son sillage l’héritage des morts et les interminables tromperies pour les dissimuler. “ Je vois passer des pneus, des branches, une caisse qui ressemble à un cercueil, qui navigue dans la houle du Mapocho. Dedans, gît le corps d’une femme, les yeux ouverts. Quel est donc cet endroit ? ”, nous interpelle Rucia, le personnage du roman.

Dans El habitante del cielo de Jaime Collyer, Nagy est le symbole de la transcendance et du désir d’innover. Hongrois, obsédé par l’idée de voler, il en fait son métier. Métaphore du métier d’écrivain : construire une machine à voler dans la solitude d’un grenier et échouer, une fois encore, au moment du décollage. Dans ce roman, il a accompli le travail esthétique qui permet d’échapper à l’héritage claustrophobe de la dictature.

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Pendant la gestation de ces livres, d’autres continuaient à alimenter les imaginaires. De nombreuses œuvres en prose - mais la poésie fut également très présente. Nicanor Parra (1914) - frère de Violeta et plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature - créateur de “ l’Antipoésie ” et détracteur acharné de la figure hégémonique et écrasante de Pablo Neruda, a joué un rôle fondamental. “ Enrique Lihn, Jorge Teillier, Raul Zurita, nous nous sommes tous nourris de la poésie de Nicanor Parra, même Roberto Bolaño. Elle a été un antidote à la contamination du langage et de la littérature par la dictature ”, explique Germán Carrasco, auteur de Calas , un troisième livre accueilli avec ferveur par la poésie chilienne actuelle.

Carlos Franz (1959), auteur de El lugar donde estuvo el paraíso, déclarait en 1997 : “ La privatisation brutale de l’économie chilienne, opérée par la dictature, s’est traduite, dans le champ littéraire, par la privatisation du récit national. Mais la pénurie et la rigueur ont été très formatrices. Le drame historique, loin de marquer un apagón, a été la grande mèche reliée au baril de poudre de l’imagination. ” Dans les années 1990, marquées par la renaissance des éditeurs indépendants - en particulier Lom, Dolmen et Cuarto Propio -, de nombreux livres ont commencé à être publiés. Certains écrivains ont choisi d’inscrire leur travail littéraire dans une démarche politique : dénoncer les années noires de la dictature. D’autres ont préféré lutter contre le système en affirmant leur propre liberté créative. Roberto Bolaño revendiquait cette seconde démarche. Il a toujours soutenu que l’engagement de l’écrivain n’était pas avec l’histoire, sinon avec la littérature. “ C’est ma façon de faire de la politique ; ou, plus exactement, faire de la littérature c’est exercer mon droit inaliénable à protester, dans un espace où il n’y a aucune place pour la concession. ”

Des auteurs comme Ramón Díaz Eterovic (7), Poli Délano, Mauricio Electorat (8), Alejandra Rojas, entre autres, ont choisi le genre du roman noir. Il présente des caractéristiques idéales pour raconter les injustices, les peurs, la corruption. Ramón Díaz Eterovic a créé le personnage - présent dans tous ses livres - d’un antihéros sans foi, Heredia, observateur sans concession de la réalité. Dans son roman Nadie sabe mas que los muertos , Heredia, détective privé, est chargé de rechercher le fils de détenus disparus. Son enquête le conduit au juge Cavens, qui est dans l’impossibilité d’exercer la justice parce que lui-même est impliqué dans les faits. Considéré comme l’une des meilleures contributions au roman noir, le personnage de Heredia raconte la transformation morale d’un pays démoli par son traumatisme et incapable de le verbaliser. Qui n’a pas ressenti au Chili, sans savoir pourquoi, des yeux fixés sur son dos ?

Après La Desesperanza (9), décrite par José Donoso (1924-1996), certains écrivains ont abordé la question des rapports entre le langage et le pouvoir. Cynthia Rimsky (1962), auteur de Poste restante , un carnet de voyages, pose un regard à distance construit à partir de l’écroulement des discours. “ Je parle des discours qui nous ont maintenus debout sous la dictature, du récit de la grande utopie que les générations précédentes nous ont transmis, nous qui n’avons pas vécu l’Unité populaire. Mais nous avons lutté pour faire tomber la dictature et pour remettre ces générations précédentes au pouvoir. Et quand ils ont exercé le pouvoir, nous n’avons plus eu de liberté pour écrire. ” La voix qui ne “ reçoit pas un certificat de bonne conduite de la part du pouvoir ” n’a plus d’espace pour construire son discours.

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Auteur de chroniques et de romans, Pedro Lemebel est reconnu comme une voix exceptionnelle après avoir traversé des périodes difficiles. En septembre 1986, encore sous la dictature, il s’est adressé à la gauche chilienne avec son manifeste intitulé Je parle au nom de ma différence : “ Ma virilité, je ne l’ai pas reçue du Parti / Parce qu’on m’a rejeté avec des petits sourires en coin / De nombreuses fois / Ma virilité, je l’ai apprise en participant. ” Ecrivain inclassable et dérangeant, homosexuel et travesti, Lemebel n’a jamais été accepté par une société enfermée dans ses conventions, y compris à gauche. Avec ses performances, réalisées par le groupe d’art indépendant “ Les juments de l’Apocalypse ” qu’il a créé en 1987, il a pourtant été l’un des premiers artistes à réveiller la société chilienne et à la sortir de son apagón culturel.

Son roman Tengo miedo torero (10) raconte l’histoire d’un amour interdit entre un jeune révolutionnaire et un homosexuel dans le Santiago de 1986. Année de l’attentat raté contre le général Pinochet. Année “ décisive ” qui ne le fut pas. On voit les manifestations et on écoute les boléros et les rancheras de l’époque. M. Pinochet est en train de se débattre dans l’intimité avec ses fantômes et ses cauchemars. Lucia, son épouse, est ensorcelée par les derniers modèles de Nina Ricci. La “ Folle ”, témoin et protagoniste, personnage carnavalesque et attachant, est le trait d’union entre le rêve et l’infortune.

On retrouve ces étranges ambiances dans les soirées littéraires organisées par Maria Canales, personnage de Nocturne du Chili. Pendant ces réceptions mondaines, dans la cave se commettent d’horribles crimes : ”Sur le sommier il y avait un homme nu, attaché par les poignets et les chevilles. Il semblait endormi, mais cette observation est difficile à vérifier, parce qu’un bandeau lui couvrait les yeux. ” Mais Maria Canales veut devenir écrivain : “ C’est comme ça qu’on fait de la littérature au Chili. ” Sébastien, le personnage central du roman, ajoute : “ Non seulement au Chili, mais aussi en Argentine et au Mexique, au Guatemala et en Uruguay. Ou ce que nous, pour ne pas tomber dans la décharge d’ordures, nous appelons littérature. ”

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Nira Reyes Morales.

(1) Roberto Bolaño s’est éteint à 50 ans, le 15 juillet 2003, à Barcelone, en attente d’une greffe du foie ; Etoile distante , Christian Bourgois, Paris, 2003.

(2) Roberto Bolaño, Nocturne du Chili, Christian Bourgois, Paris, 2002.

(3) Les ouvrages cités dans cet article qui ont été traduits et publiés en France figurent en notes. Pour les ouvrages non traduits, voir l’encadré ci-contre.

(4) Apagón : littéralement, coupure de courant. Ici “ extinction culturelle ”.

(5) El Infiltrado , Gallimard, “ Série noire ”, Paris, 2001.

(6) Pied de deux syllabes, la première brève, la seconde longue.

(7) Los siete hijos de Simenon [Les Sept Fils de Simenon], Ed. Métailié, Paris, 2001.

(8) Le Paradis trois fois par jour , Série noire, Gallimard, Paris, 1998.

(9) La Désespérance, Presses de la Renaissance, Paris, 1987.

(10) A paraître chez Denoël

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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 22:28

       Vous ne m'en voudrez pas de ce retour un peu brutal sur notre blog ni de ces mots désabusés mais comme il est impossible que j'ajoute à la pagaille de mots de cette rentrée des approximations bavardeuses il se passera sans doute pas mal de temps avant que je n'aie assez abouti un des textes commencé pour vous en faire découvrir la suite... Si toutefois je m'y décide ce qui n'est pas sûr du tout... 

      En lisant ceci vous comprendrez pouquoi je n'ai pas forcément envie d'écrire sur ce blog alors que l'écriture demeure ma seule façon d'exister de rêver de partager... Alors à bientôt !

La goualante des absents

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Epinay, dimanche, 4 septembre 2011

           Ouaouf ! Ouaouf ! plus que jamais ne plus avoir de voix… je veux dire ne plus avoir de voix humaine celle qui en dépit de ma tendance à aboyer me donnait les moyens d’écrire pour me relier aux créatures vivantes… toutes les créatures et aussi celles qui ne parlent pas avec des mots hein ! Oui c’est ça que je ressens à la limite de l’étouffement et de l’enfermement qui démarre bien par le mot enfer c’est­‑à‑dire dans les fers… la voilà l’aliénation qui a rappliqué depuis… y a déjà du temps en réalité… depuis cinq six ans peut‑être mais là ce qui se pointe avec la détermination d’un missile à uranium appauvri pointant sa cible c’est ce que je nommais y a déjà loin dans l’enfance sans la connaître et sans savoir la puissance de ce qui me dévorait les tripes : la folie… Ouaouf ! 

Ouais voilà que c’est venu et maintenant tout ce qu’y me reste encore avant le néant blafard et ses salives gluantes c’est de la dire tant qu’il est temps et que je peux à bout de hurlements de jappements de chuintements passer outre la force malfaisante la leur celle des maîtres du monde qui m’empêche et sa camisole de cruauté qui serre serre et qui bientôt fera exploser le cerveau des créateurs de sens… Ouaouf ! Ouaouf ! Croire qu’avec les outils de la création et de l’esprit que nous avions hérités des anciens forgerons de l’âme bien trempée d’idéal on allait continuer à inventer du sens à l’être et découvrir soudain avec la terreur qui me rivait enfant à l’incompréhension du monde que ces outils sont eux‑mêmes comme le missile désormais autonome les propres créateurs de l’insensé et dévoués à son service… 

Les mots je ne les ai pas vus dans la bouche des trafiquants de vérité ces mercenaires au service d’un nouveau langage fabriquant de toutes pièces le barbare empire du mensonge et de l’insensé… pas sentis se pervertir se masquer d’ignorance et se draper du suaire de l’imbécillité et de l’indigne qui sont les deux nourrices au lait empoisonné de la folie dont nous autres artistes sans art bohémiens sans théâtres collectionneurs errants d’utopies et bouffons montreurs de singes avons expérimenté d’une société l’autre les cachots et les baignoires… Ouaouf ! Ouaouf !

Comme je te comprends bien avec ma peau qui ne résiste presque plus au costume de mort qu’ils lui passent dessus et que la complicité aux cérémonies funéraires des derniers amis… ce n’est plus la peine de les recenser dans l’ordre muet de l’agonie les vents des déserts brûlant toute fausseté les ont emportés… comme je te comprends bien toi Rimbe le grand transhumant qui as arrêté de faire le poète pour relier Harrar et te livrer entièrement aux tables de sable d’un destin qu’ils ne pourraient jamais ni posséder ni traduire ni enfermer dans la fosse où ils ont réussi plus tard à claquemurer Artaud pendant vingt ans… Ouaouf !… Comme toi je suis née dans un milieu où on ne cherchait pas à comprendre parce qu’il suffisait de croire… et j’en ai dépisté l’imposture avant d’avoir entraperçu le sens de ton “ Dormeur du val ” lu à six ans grâce à une institutrice passeuse “ d’âme d’esprit et de cœur ” et dont les images ont glissé dans mon enfance leur charge de vie urgente et ardente… Ouaouf !

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Un ami né dans un milieu populaire ouvrier et qui croit encore que les mots sont les gardiens de notre intégrité humaine et les receleurs “ pour toujours ” de nos cultures vigilantes participait cet été à un stage de théâtre dont tous les autres acteurs étaient des profs de collège et autres promoteurs du savoir standard et de la vérité bonne à dire… Le texte à apprendre était un extrait du théâtre classique russe que ses comparses apprentis acteurs savaient dire bien mieux que lui à l’entendre “ parce que ce sont des personnes qui fréquentent l’univers des mots qui n’est pas celui de tout le monde… ” Ouaouf ! Aux pauses la conversation tourne forcément autour du problème de la transmission et sans qu’on en cause de sa raison d’être comme vous pensez… Dommage… dit mon ami naïf et clairvoyant… que les étudiants en DEUG de lettres aujourd’hui ( il tenait cette info d’une relation proche professeure de Fac ) ne soient plus capables de lire Camus ni Malraux… Mais c’est normal… on lui a répondu… ce ne sont pas des références… Les références alors ? Hein je vous le demande… Pennac… on lui a répondu… Non non ! pas Sénac je vous rassure tout de suite Pennac… Ouaouf ! Ouaouf !… Et ce sont les mêmes sans doute qui affirment avec dégoût et en référence à… leurs références… que le rapp et le slam ne sont pas une langue hein ?… Ouaouf !

Ouaouf ! Je vous disais que j’avais été élevée ou plutôt dressée comme un rat au fond de son bocal au produit goutte à goutte destiné à en faire une créature formatée prête aux expériences à venir qui sont son unique devenir c’est‑à‑dire l’absence de choix de se tirer au plus vite loin de ses tortionnaires… j’ai donc été plongée au cœur des croyances et des psalmodies religieuses jusqu’à environ l’âge de 17 ans ce qui signifie que je sais sacrément bien dans quoi nous sommes embarqués aujourd’hui… et que la morale des inquisiteurs mués subito en gardiens de la paix sociale pour les besoins de la mise en ordre d’un monde obéissant à sa propre aliénation avec béatitude j’en connais les maquillages de scène et je peux observer à l’aise le retour de leur pouvoir que nous avons cru défait par cinquante années de combats populaires soutenus qu’ils sont par les argentiers et les mercenaires du royaume de la mort… Ouaouf ! Ouaouf !…

Le langage de l’inquisition religieuse et sa morale n’ont jamais rien eu de commun avec ceux des idéaux et de l’éthique que nous qui refusions la soumission à des dieux qui ne sont que les marionnettes des maîtres agitées dessus leurs têtes et des nôtres avions conçus en piochant dans l’héritage de Camus aussi bien que dans celui des penseurs libertaires des anarchosyndicalistes et des situationnistes… Contrairement à ce qu’on a pu raconter les petits enfants des années 60 que nous sommes n’ont pas voulu se situer au‑dessus du bien et du mal mais au‑delà… ce qui n’a rien à voir du tout ! Ouaouf ! Pris par notre enthousiasme généreux et nos illusions concernant l’évolution inévitable de l’homme vers toujours plus de clairvoyance et d’intuition libertaire ainsi que de solidarité nous avons cru être arrivés au moment où ces références infantilisantes aux hochets agités au‑dessus des peuples terrifiés étaient devenues inutiles… Ouaouf ! C’est peu dire qu’on se trompait épouvantablement…

Dernière page 2  

Au lieu de subir le sort totalement déterminé par la hiérarchie des maîtres et leurs marionnettes il s’agissait d’agir en être singuliers et d’abord de nous approprier un vocabulaire nouveau afin de nommer cette nouvelle liberté hors de la langue des meneurs d’esclaves et de rendre aux hommes l’intuition de l’être‑ensemble et de l’être‑soi… Il s’agissait de nous débarrasser de la peur car c’est la peur qui empêche de connaître sa dignité d’être au milieu des autres créatures vivantes son altérité et l’égalité de tous au cœur d’un monde partagé ce qui rend dérisoires et inutiles les combats pour la grandeur de quelques‑uns les guerres de l’argent et du pouvoir de dominer d’asservir d’humilier… Tout comme avant nous l’univers des ouvriers paysans avait réinventé sa langue afin de se séparer de la seule façon de s’exprimer des maîtres successifs nous avons commencé à créer la nôtre dont les deux cibles de taille étaient de sortir de la fascination du religieux et de détruire toute forme de hiérarchie transmise à travers nos paroles quotidiennes et y avait un sacré boulot pouvez me croire… Ouaouf !           

On a remplacé par exemple les mots “ coupable ” par “ responsable ” “ pardonner ” par “ reconnaître ” “ châtiment ” par  “ justice ” “ obéissance ” par “ déterminisme ” “ honte ” par “ respect ” “ interdiction ” par “ tolérance ” et “ martyr ” par  “ combattant ”… L’égalité une des vertus républicaines et révolutionnaires vous pensez ? Ouaouf ! Jamais dans les raisonnements empruntés aux discours religieux qui persistent aujourd’hui en dépit de notre prétendue laïcité qu’on devrait bien retrouver dans les mots il n’y a eu la moindre trace d’égalité et au contraire c’est là que les classifications entre dominants et dominés se sont figées dans le registre des bons et des mauvais… les bons étant obligatoirement les dominants parce qu’ils l’ont bien mérité et les mauvais les dominés on l’aura compris de même… Les 50 années et plus de combat social et politique ouvrier n’a pas fait bouger la façon d’écrire de dire de raconter pas plus que celle de réagir face aux mensonges d’Etat ainsi qu’on l’a encore vu pendant la guerre coloniale menée contre la Libyeces derniers mois… C’est bien de consentement à la falsification de la vérité par de prétendus intellos journalistes commentateurs commerçants à baratin dont il est question hein ?…    

Ouaouf ! Quant à la femme menteuse génétique dominée par l’homme sa victime c’est un poncif toujours bien de saison comme on vient de se le faire confirmer avec l’histoire de Nafissatou… l’homme lui occupe la place au centre du monde et traite par le fait son chien comme un chien et on ne parlera pas du sort des forêts rasées des fleuves pollués des terres dévastées et des peuples indigènes qui ont encore moins de droits à être que la mère nature réduits à servitude voyez donc les africains pas encore entrés dans l’histoire Hein ? Tout ça mené tambour et trompette par des judéo‑chrétiens depuis quelques lustres après et avant que les musulmans ne s’y mettent pas de raison !… Ouaouf ! Ouaouf !… Alors quand le langage est dévoyé au point que n’importe quel mensonge servi aux gens est accrédité par eux quand il sert leurs intérêts immédiats et minables en même temps qu’il permet aux maîtres complices des esclaves d’aliéner de tuer d’anéantir un autre peuple un autre pays une autre culture une autre histoire et que par le fait il déshonore ceux et celles qui acquiescent qui se taisent qui s’en réjouissent… à quoi ça sert d’écrire de gueuler d’aboyer ?… Ouaouf !

Le mendiant et le nuage    A Suivre...

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Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 22:51

 

En Libye, il n’y a pas eu de victoire des “ rebelles ”

Vendredi 26 août 2011

M’sili et Black Star News ( USA )

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            Mounadil al Djazaïr : Un papier du Black Star News qui a capté mon attention. Cet article présente l’intérêt de nous rappeler les enjeux matériels ( hydrocarbures ) des opérations de l’OTAN en Libye, mais surtout de les situer dans le contexte de l’histoire africaine contemporaine.

Car ce qui vient de se passer en Libye n’est pas un fait inédit : des puissances étrangères agissant parfois en ligues pour se débarrasser d’un potentat gênant. Le prétexte humanitaire n’est pas non plus une nouveauté, pas plus que l’hypocrisie du discours occidental.

On a l’impression que l’histoire bégaie. En fait, nous sommes plutôt dans une nouvelle phase de l’impérialisme occidental qui s’est assigné la mission absolument stratégique de contenir l’expansion chinoise ou de tout autre concurrent pour la domination du monde. Ce qui se joue ici, c’est la pérennité du leadership des Etats Unis et on pourra dire que ces derniers n’ont pas été déçus par leurs supplétifs européens. Ce n’est quand même pas pour rien que les Occidentaux ont fait ce qu’il fallait pour tenir à l’écart l’Union Africaine après avoir mis en avant une Ligue Arabe discréditée servant de vitrine diplomatique aux monarchies rétrogrades du Moyen Orient.

Le comble de tout cela, c’est que tout en sachant, en exposant le rôle absolument décisif des forces militaires de l’OTAN ( près de 20 000 sorties aériennes ), il est de bon ton de saluer la victoire des rebelles !

Or, il n’y a pas de victoire des rebelles, mais victoire de l’OTAN et c’est donc cette organisation qui décidera du destin de la Libye et de ses ressources. Exactement comme elle a décidé de ce que serait le sort des armes.

En conclusion, l’article invoque les mânes de Kwame Nkrumah, un de ces grands hommes qu’a enfanté l’Afrique. Il est clair que Mouammar Kadhafi était inspiré directement par la vision unitaire de Nkrumah. Une vision qui se voulait optimiste mais par trop idéaliste comme Nkrumah, avant Kadhafi, l’apprendra à ses dépends et à ceux de son pays.

Pour l’heure, les économies africaines ( et arabes ) sont trop dépendantes du monde occidental pour qu’une intégration africaine ( ou régionale en Afrique ) soit vraiment possible, sauf peut-être en Afrique australe où l’Afrique du Sud pourrait avoir la capacité d’entraîner économiquement et politiquement toute la sous-région.

On notera d’ailleurs dans cette affaire que les États d’Afrique sub-saharienne ont eu un comportement souvent honorable. On n’en dira pas tant des pays arabes qui devront boire le calice jusqu’à la lie

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L’heure de gloire de la Libye... Alors que l’OTAN accélère sa conquête

          Il y a plus d’un siècle, les envahisseurs Italiens avaient fauché les Éthiopiens, des civils en majorité et obtenu la soumission de l’empereur Menelik II.

Les journaux de ce jour là, dont le New York Times, avaient célébré la “ grande victoire de l’Italie ” en Afrique, expliquant que la défaite des Abyssins signifiait que la “ civilisation ” avait prévalu sur la “ barbarie. ” L’Afrique s’ouvrirait désormais à un commerce profitable avec l’occident, telle était l’opinion du New York Times.

Puis, en 1896, Menelik II conduisant les attaques avec l’impératrice Taytu, frappe avec courage et une puissance féroce, détruisit l’ensemble du corps d’armée italien, 10 000 hommes, en éliminant la moitié, dont la plupart des officiers supérieurs, et capturant l’autre moitié.

Ce fut la plus grande heure de gloire de l’Éthiopie et, de fait, le meilleur moment de l’Afrique face à l’agression impérialiste européenne. Le général Oreste Baratieri, commandant de l’armée italienne, fut par la suite traduit en cour martiale en Italie et accusé de lâcheté pour la défaite. Aujourd’hui, les forces de l’OTAN, qui comprennent l’Italie, s’attellent à nouveau à la conquête et s’apprêtent à prendre le contrôle de la Libyevia leurs hommes de paille “ rebelles ” et de ses immenses richesses pétrolières - plus de 44 milliards de barils de réserves prouvées - et de grandes quantités de gaz naturel.

L’Italie a aussi été autrefois la puissance coloniale en Libye où, en tant que puissance occupante, elle s’était livrée au génocide des Libyens. Les Libyens résistèrent vaillamment sous la direction d’Omar Mokhtar qui sera capturé et exécuté. Les Italiens seront finalement expulsés [ par les Anglais, NdT ]. Mouammar Kadhafi pourrait connaître un sort semblable, peut-être de la main des “ rebelles ” de l’OTAN.

L’Italie est revenue avec ses alliés européens et les États Unis, avides des vastes richesses du pays. La Libyeest si riche que chaque foyer pourrait toucher un chèque de plus de 2 millions de dollars si toutes les réserves de gaz et de pétrole étaient vendues aux cours actuels.

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C’est la véritable raison pour laquelle le président US Barack Obama, le premier ministre Britannique David Cameron et le président Français Nicolas Sarkozy étaient déterminés à évincer Mouammar Kadhafi et même à ce qu’il soit tué. Si ces dirigeants occidentaux s’intéressaient tant aux vies africaines, l’OTAN aurait fait la guerre contre les Shabab en Somalie. Les dirigeants occidentaux tiennent les Shabab pour responsables de la situation politique qui a laissé la Somalie incapable de faire face à la famine qui sévit dans ce pays. Des dizaines de milliers de Somaliens risquent de mourir de faim.

De même, pourquoi l’OTAN, si elle s’est donnée pour mission de sauver des vies africaines, n’a-t-elle pas mené une guerre contre les armées du Rwanda et de l’Ouganda et leurs milices alliées qui ont causé la mort de 7 millions de Congolaises et de Congolais depuis 1997 et qui ont aussi violé des dizaines de milliers d’hommes et de femmes ?

La guerre d’agression de l’OTAN en Libye est devenue claire quand le chef du Conseil National de Transition à Benghazi, Mustapha Abdel Jalil, a déclaré au Financial Times que les concessions pétrolières post-Kadhafi seraient allouées sur la base du niveau d’aide que chaque pays a donné aux soi-disant “ rebelles ” pour déposer Kadhafi.

L’invitation au pillage était si flagrante qu’elle n’a pas échappé au Russe Vladimir Poutine quand il a qualifié l’invasion de l’OTAN d’appel à la croisade médiévale contre la Libye. La maximisation des destructions par l’OTAN s’est peut-être faite avec l’arrière‑pensée de futurs contrats de reconstruction pour les pays occidentaux.


Les bombardements de l’OTAN ont connu une escalade après la signature conjointe par le premier ministre Cameron et les présidents Sarkozy et Obama d’une lettre ouverte parue entre autres dans le New York Times - qui comme il l’avait fait au 19ème siècle continue à applaudir à la guerre en Afrique. La lettre ouverte disait entre autres choses que Kadhafi “ doit partir ” et “ partir pour de bon. ” Dans son essence, c’était une fatwa. Ensuite, l’OTAN avait commencé à bombarder les résidences de Kadhafi, tuant un de ses fils et trois de ses petits enfants. Ces dernières semaines, l’OTAN n’a même pas fait semblant de vouloir “ sauver ” des civils innocents.

 

L’OTAN a été responsable de ce que le député US Dennis Kucinih a caractérisé comme de possible “ crimes de guerre ” en Libye. Le député Kucinih a écrit une lettre à la Cour Pénale Internationale ( CPI ) pour demander que la cour enquête sur le commandement de l’OTAN.

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Un soulèvement interne authentique et légitime est une chose, une “ rébellion ” financée par l’OTAN et l’occident est une monstruosité de plus, qui usurpe et pervertit une insurrection endogène. L’OTAN a maintenant un chèque en blanc en Libye.

Alors que les media ont concentré leurs informations sur les excès commis par l’armée libyenne, les violations des droits de l’homme commises par les “ rebelles ” ont pourtant été signalées tout au long du conflit : des lynchages et des décapitations, entre autres de Libyens noirs, et le nettoyage ethnique de toute la population noire de Misurata rapportée par le Wall Street Journal le 21 juin 2011 et ignoré par CNN comme par le New York Times.

En fait, c’est après l’assassinat du général Younes, alors que la rébellion semblait en déconfiture, que l’OTAN a pris le contrôle complet des combats. Les grands media, comme le New York Times, ont ignoré les atrocités commises par les “ rebelles ” pour ne pas “ ternir ” leur image ; les media ont donc préféré ignorer ces excès du moment que le résultat final était l’éviction de Kadhafi.

Entre temps, le plan de paix de l’Union Africaine ; appelant à un cessez-le-feu, à la rédaction d’une constitution et à des élections démocratiques a été totalement ignoré par les présidents Obama et Sarkozy et par le premier ministre Cameron. L’effusion de sang et des destructions massives auraient pu être évitées si le président Obama avait pris son téléphone pour dire à la secrétaire d’État Hillary Clinton d’appuyer publiquement le plan de l’Union Africaine.

De fait, les dirigeants Occidentaux ont toujours eu la volonté de bien faire comprendre que la destinée de l’Afrique, comme à l’époque de la conférence de Berlin et du partage de l’Afrique en 1885, se décidait encore de nos jours dans les capitales occidentales.

Dès les années 1960, le visionnaire Kwame Nkrumah avait déclaré que l’indépendance du Ghana et de chaque pays africain pris à part était sans signification tant que l’Afrique ne s’unissait pas pour créer une armée et un commandement continentaux. Il disait qu’autrement, les pays africains seraient incapables de protéger leurs indépendances et leurs ressources.

L’avertissement de Nkrumah n’avait pas été entendu ; ironie de l’histoire, Kadhafi était encore plus détesté par la Grande Bretagne et la France à cause de ses actions de ces dernières années en faveur de l’unité africaine.

La Libye isolée, a résisté pendant 6 mois aux attaques massives de l’OTAN. L’OTAN n’aurait jamais attaqué une Afrique unie avec une armée unique ainsi que l’envisageait Nkrumah.

Les pays africains devraient méditer les leçons de la Libye.

La Libye et une grande leçon pour tout le continent. Restez divisés à vos risques et périls.

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 21 août 2011 - Article repris de ce site :

http://mounadil.wordpress.com/2011/... 

 

Publié dans : Colères noires
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