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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Colères noires

Jeudi 14 août 2008 4 14 /08 /2008 12:01

        Le silence que fait la mort d’un poète

Comme il est quasi impossible de trouver le moindre article dans les journaux nationaux concernant les funérailles du poète palestinien Mahmoud Darwich je recopie ici les extraits d’articles que j’ai pu découvrir sur les sites Palestinenetwork et de l’association Solidarité avec la Palestine. Voir aussi la réaction de Jacques Richaud à la micro-annonce de Libé : la mort de Mahmoud dans la rubrique “ Variétés ” …
www.legrandsoir.info

 Parmi les réactions atterrées des compagnons qui sont elles très nombreuses celle de Nadia Agsous sur le site Bellaciao m’a beaucoup touchée, je vous la conseille… Mahmoud Darwish : Un poète au coeur d’un pays nommé "Exils"
www.bellaciao.org

Mahmoud Darwich est allé rejoindre son ami Yasser Arafat
sur une colline au sud de Ramallah avec vue sur la ville de Jérusalem à côté du Palais de la Culture en attendant peut-être un jour… d’avoir droit au retour sur leur terre de Palestine dans le village où ils sont nés.
Après avoir lu à plusieurs reprises sur différents sites et journaux pour lesquels l’apartheid opposé depuis 60 ans aux Palestiniennes et aux Palestiniens est passé dans les faits et où on se sert des mots pour effacer les faits, que Mahmoud “ avait choisi l’exil en 1970… ” alors qu’il a été chassé de sa terre et de son pays avec une grande partie de la population palestinienne en 1948 voici le poème qu’il a écrit où tout est dit avec la force et la beauté des mots qui étaient les siens…

Ce poème qui a fait scandale on s’en doute a donné lieu à un livre intitulé
Palestine mon pays L’affaire du poème publié aux Ed. De Minuit en 1988.

“ Passant parmi les paroles passagères ”

Vous qui passez parmi les paroles passagères
portez vos noms et partez
Retirez vos heures de notre temps, partez
Extorquez ce que vous voulez
du bleu du ciel et du sable de la mémoire
Prenez les photos que vous voulez, pour savoir
que vous ne saurez pas
comment les pierres de notre terre
bâtissent le toit du ciel

Vous qui passez parmi les paroles passagères
Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang
vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair
vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres
vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie
Mais le ciel et l’air
sont les mêmes pour vous et pour nous
Alors prenez votre lot de notre sang, et partez
allez dîner, festoyer et danser, puis partez
A nous de garder les roses des martyrs
à nous de vivre comme nous le voulons.

Vous qui passez parmi les paroles passagères
comme la poussière amère, passez où vous voulez
mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants
Nous avons à faire dans notre terre
nous avons à cultiver le blé
à l’abreuver de la rosée de nos corps
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ic
pierres et perdrix
Alors, portez le passé, si vous le voulez
au marché des antiquités
et restituez le squelette à la huppe
sur un plateau de porcelaine
Nous avons ce qui ne vous agrée pas
nous avons l’avenir
et nous avons à faire dans notre pays

Vous qui passez parmi les paroles passagères
entassez vos illusions dans une fosse abandonnée, et partez
rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau d’or
ou au battement musical du revolver
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez
Nous avons ce qui n’est pas à vous :
une patrie qui saigne, un peuple qui saigne
une patrie utile à l’oubli et au souvenir

Vous qui passez parmi les paroles passagères
il est temps que vous partiez
et que vous vous fixiez où bon vous semble
mais ne vous fixez pas parmi nous
Il est temps que vous partiez
que vous mouriez où bon vous semble
mais ne mourez pas parmi nous
Nous avons à faire dans notre terre
ici, nous avons le passé
la voix inaugurale de la vie
et nous y avons le présent, le présent et l’avenir
nous y avons l’ici-bas et l’au-delà

Alors, sortez de notre terre
de notre terre ferme, de notre mer
de notre blé, de notre sel, de notre blessure
de toute chose, sortez
des souvenirs de la mémoire
ô vous qui passez parmi les paroles passagères

Funérailles de Mahmoud Darwich à Ramallah

publié le mercredi 13 août 2008
Rula Shahwan et CL

Des milliers de Palestiniens et d’Internationaux ont assisté à Ramallah aux funérailles de Mahmoud Darwich dont le corps a été rapatrié des Etats-Unis dans un avion des Emirats arabes unis, puis par hélicoptère spécial de Jordanie vers 11 heures locales (12h en France).
Au bout de plusieurs heures les autorités israéliennes ont fini par ouvrir le point de contrôle de Beituniya en Cisjordanie (près de Ramallah) afin de permettre aux Palestiniens d’Israël de se rendre à Ramallh assister aux funérailles de Mahmoud Darwish.
Membre palestinien de la Knesset, Muhammad Baraka a contacté le vice ministre de la Défense israélien Matan Vilnai et le coordinateur du cabinet israélien pour la Cisjordanie, Yousif Mishlib,demandant l’ouverture du check-point.
Des Palestiniens ont fait le voyage depuis le village natal de Darwich, al-Birweh, rasé lors de la Nakba qui a forcé à l’exode quelque 850 000 Palestiniens en 1948. Ils regrettent que Darwich ne soit pas enterré dans son village natal, comme l’a demandé le président Abbas ( quoi qu’en disent les divers porte-parole du gouvernement israélien ) “ Nous avons apporté avec nous un peu de terre de son village pour qu’il lui serve d’oreiller dans sa tombe ”, ont-ils ajouté.
Lors de ces funérailles nationales à Ramallah, Darwich a été mis en terre ( de façon “ temporaire ”, car la demande qu’il soit inhumé dans son village reste d’actualité ) à 14 heures devant le palais de la Culture de Ramallah, auquel on va donner son nom.
Une cérémonie officielle avait été organisée à la Mouqata’a ( le QG de l’Autorité palestinienne où est enterré - temporairement aussi - le président Yasser Arafat ), avant l’enterrement en présence de diplomates, dont Dominique de Villepin pour la France, et d’hommes politiques arabes.
Une garde d’honneur a présenté les armes devant le cercueil, enveloppé du drapeau palestinien et porté par huit officiers avant que Mahmoud Abbas ne lui rende un dernier hommage. Des dizaines de milliers de Palestiniens l’ont salué alors qu’il était transporté dans les rues de Ramallah.
Icone culturelle respectée internationalement, chez les Arabes et les Palestiniens, il est bien connu des Internationaux qui soutiennent la cause palestinienne.

Les Palestiniens enterrent leur poète national Mahmoud Darwish
13.08.08

Des dizaines de milliers de personnes ont salué aujourd’hui Mahmoud Darwish, au QG de l’Autorité Palestinienne, la Mou’qataa, et dans les rues de Ramallah, où on voit partout les affiches avec l’effigie du poète.
Le Président Mahmoud Abbas a fait ses adieux au poète palestinien, au milieu de l’énorme foule en deuil: A toi tous les synonymes et les contraires… Toi, le présent absent... L’absent présent… Tu nous n’as pas quitté, parce que tu es parmi nous… L’indocilité et la beauté restent dans la poésie… A toi nos bougies allumées, car tu étais le flambeau parmi nous, à toi les larmes de fidélité… Dans chaque ville, chaque village et chaque camp il y a ton nom… A toi les affiches des murs, les drapeaux, les récitations de poèmes, le décret du deuil... ”.
Nous nous affligeons de sa mort, mais reste l’instinct de l’espoir qu’il a planté en nous, l’espoir d’atteindre la liberté et l’indépendance… ”
La procession a été accompagnée par le Président et les personnalités jusqu’à la parcelle de terre, au Palais de la Culture au sud de Ramallah – qui sera nommé dès aujourd’hui Palais de la Culture «Mahmoud Darwish» –, où a eu lieu l’enterrement, selon un rituel sunnite présidé par le Grand Mufti.
L'écrivain Rasim Obeidat s’est exprimé ainsi: “ Darwish a été le poète de la nation et la révolution... Le poète de la Terre et de la vie... Le symbole de la culture palestinienne ... Un des symboles de l'identité nationale de notre peuple, mais aussi un des plus grands symboles de la culture humaine contemporaine… un des poètes qui ont contribué au développement de la poésie arabe moderne et à l'introduction du symbolisme. ” (PNN)

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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /2008 16:24

         Les mots interdits
            Epinay, Dimanche, 19 octobre 2008

        Ouaouf ! Ouaouf !
     Je n’ai jamais eu l’intention d’écrire sur ce qui se passe en ce moment ce gros pataquès que la plupart des gens n’regardent qu’à travers des quinquets de myopes ou de taupes comme ils font pour notre aventure d’humains en général… et ça empêchera pas leur façon de le voir le pataquès… que le temps des rêves nous soit rendu…
        Pourtant c’qui me fait gribouiller ces deux ou trois mots plein milieu d’un automne qu’a pas été si beau depuis longtemps… un automne de noix qui tombent mûres et noires leur coque séchée que les mômes aujourd’hui dans les rues des cités n’reconnaissent pas… un automne d’écureuils et de galipettes au cœur des grosses termitières de feuilles d’arbres tombées ocre rouge miel jaune paille sienne châtaigne et rousses… C’qui me fait écrire c’est la mémoire et ses p’tits cailloux voix lactée d’l’époque où on désirait si fort où on s’enchantait à croire que ce monde-là finirait par finir et qu’on osait avoir l’outrecuidance de nos jeunes années et l’audace visionnaire de croire qu’on serait les témoins de ce généreux bouleversement…
        C’est une époque dont foi d’animal je ne cause pas d’habitude celle de nos sixties mais vu qu’il s’agit d’aboyer… Ouaouf ! Ouaouf !… ouais je n’en cause pas car elle est moquée raillée bavouillée par ceux qui n’y ont vu que du peu… rien vécu pas traversé comme nous autres ce temps d’existence authentiquement brûlant de nos adolescences et jeunesses sauvages éparpillées parmi les hameaux squattés lunaires et schisteux de mousses et de lucioles des plateaux des Cévennes où le meilleur de nos a cramé comme un grand feu d’astres…
        Des qui l’ont connu et qu’en crachent même des bons nos frangins et frangines d’errance d’alors et de révoltes chaudes comme le ventres des grenades ouh là là ! ce qu’y en a c’es t ouf… on n’pourrait pas les compter si on savait sur tous nos doigts d’étoiles de mer !…
        Ce qu’ils ont été tout comme nous autres jolis voyous poètes sans papiers anars écoutant Léo et Béranger des heures sur le vieux phono en jetant une ou deux bûches dans le feu qui craque… pas trop faut pas oublier qu’ici la neige tombe d’octobre à mars blanche et froide la neige ouais… Ce qu’ils ont été moi je le sais et ça n’est pas ce qu’ils racontent ce qu’ils sont j’n’en sais rien et ça m’indiffère… Ouaouf ! Ouaouf !… On aboie plus ensemble eux ils ont la muselière…
       Ce qui me fait causer encore c’est qu’on en a rêvé si fort d’un autre monde qui était tout à inventer quand on crapahutait dessous les mélèzes roses à l’automne qu’on écartait les fougères craquantes les genêts et les ronces pour retrouver les chèvres perdues toujours à l’heure de la traite et qu’on en finissait pas de redescendre juste avant que la night nous emballe dans son papier cristal vert et gris… Les chiens aboyaient à notre rencontre… Ouaouf ! Ouaouf !… Notre joie scintillait comme la petite loupiote allumée toujours à la plus haute maison de notre hameau en ruines…
        Elle brillait pour dire qu’y avait de la vie qu’y avait des êtres au bout de cette vallée abandonnée au bout de ce chemin de terre au bout de cette histoire à laquelle on oeuvrait chaque jour pour qu’elle devienne réelle comme la terre noire comme la lune verte comme la neige blanche… La petite loupiote à l’intention du passant égaré au bout du monde au bout des hommes au bout de sa vie sans rêves…
        Nous on en était bourrés de rêves autant que la grenade de pépins et tout c’qu’on a vécu après moi et quelques autres et beaucoup d’autres d’ailleurs… c’est né là dans ces années farouches et généreuses dont je garde au cœur le souvenir incandescent comme un minuscule diamant de feu sur la neige blanche…
        Mais de tout ça et du monde tellement autre tellement éloigné de nous alors que dans notre innocence d’enfants de la zone on le croyait si proche qu’il nous éblouissait et nous planquait les heures de grisou à venir… non de tout ça et de notre utopie commune pas question de parler aux individus moulés tels petits soldats de plomb depuis trente-cinq piges par les slogans robots d’une société dont les maîtres les gavent les engraissent les abrutissent et les convient au spectacle de leur vie sans vie…

        Ouaouf ! Ouaouf !… Car surtout s’il y a un mot qu’il ne faut pas prononcer devant la populace bourgeoise ou prolétaire celle qui n’entend rien de ce que le peuple nommait quand il était grand “ un idéal ”… s’il y a un mot à virer absolu du vocabulaire c’est celui de “ partage ” et pire encore de “ commun ” comme on le sait trop quand on pense un peu aux Communards que les Versaillais et un grand nombre de ceux qui refusaient déjà le principe de mettre en commun les richesses de la terre “ la terre qui est un astre ” appelaient avec haine les Partageux…
        Tous ceux qui ont tenté d’atteindre la folle illusion de la solidarité humaine en passant outre les gouvernements les Etats les partis les financiers les magouilleurs et les mafias divers au Chili à Cuba en Espagne en France à l’époque de la Commune et partout où on a commencé à comprendre comme dans le Chiapas ou parmi les Paysans sans Terre que l’extrême richesse des uns repose sur l’extrême pauvreté des autres et que le monde tel qu’il est fondé sur les deux miroirs aveuglants de la production et de la consommation a retiré son sens à la vie… partout où les petites loupiotes au bout du chemin au bout de l’histoire s’allument pour le passant égaré notre rêve des sixties est en route… Ouaouf ! Ouaouf !…
        Partager aujourd’hui pour ceux et celles qui auraient pas encore pigé c’est le moyen le seul… faut vous fourrer ça dans le crâne… d’arrêter de foncer au fond de la démence morbide gardée par ses épouvantails d’acier et d’arrêter de détruire avec nos mains de jardieniers de créateurs d’enchanteurs c’que le plus incroyable des hasards nous a refilé… notre improbable destinée humaine sur la terre “ la terre qui est un astre ”…
        L’intelligence de la bonté qui consiste par clairvoyance à se considérer comme diffé rents mais semblables comme étranges mais familiers comme venant d’ailleurs mais si proches est tout ce que nous avons à opposer aux maîtres d’un monde déjà mort et à ceux qui les servent…
        “ Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux… ” disait Hélicon à Caligula… Et si on en finissait pour de bon avec le spectacle qui nous empêche de mettre nos rêves en commun dans le réel de nos existences épiques avec une véritable liberté humaine comme idéal partagé me semble qu’on se débrouillerait bien pour vivre heureux tels les fils et les filles du soleil sur “ la terre qui est un astre ” et pour apprendre enfin à “ bouffonner la mort ” vous n’croyez pas ?… Ouaouf ! Ouaouf !
 







A suivre...     

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Mardi 4 novembre 2008 2 04 /11 /2008 23:07

La misère du monde
Mardi, 4 novembre 2008 

           C’est un samedi du mois d’octobre et l’ami Louis et moi on a pris la ligne 8 de métro celle qui emmène direction Créteil une ligne pas très empruntée le week-end sauf par les accros de l’informatique qui connaissent tous la rue Mongallet la rue des Chinois… C’est comme ça qu’on l’appelle la rue… y a que des magasins tout du long qui vendent échangent bricolent du bazar pour les ordis… un truc de malheur qui a envahi complet débordé pareil que lait bouilli l’existence des gens comme moi qui s’en passeraient mais… Mais voilà qu’un jour on n’sait pas trop lequel la révolte contre les machines… les machinations du monde moderne il paraît elle s’épuise elle tarit… Ce qui fait que maintenant quand on arpente le trottoir face à ces boutiques où des tas d’objets absurdes me font des grimaces je me tire dans les déserts indigo de mes rêveries… et voilà Ouaouf ! Ouaouf !

            Depuis Bastille où on a fait le changement on a pas eu l’occasion de trop s’occuper de ce qui nous entoure vu qu’on est en train de discuter de rajouter de la mémoire… pfuitt… tu parles comme c’est facile pour une machine et moi qui en ai plus de mémoire on n’peut pas des fois ?… Donc y s’agit d’acheter de la mémoire pour l’ordi qui patine traînaille fait le gai luron depuis un moment… A peine le métro s’arrête à la station Reuilly-Diderot qu’on n’peut pas louper la femme qui monte dans le compartiment et s’assoit sur un strapontin juste à côté vu que c’est quasi vide le quai et notre voiture pareillement… 

            Non… la louper on n’peut pas vraiment… Pourtant elle a rien d’extraordinaire si on la regarde vite fait comme on a l’habitude dans les transports qui n’ont plus rien de commun que l’indifférence commune justement et l’autisme des gugusses qui se frôlent s’entassent se reniflent comme de gros clébards ahuris là-dedans… Elle doit avoir cinquante piges environ et un sac en plastique ordinaire avec la marque d’un magasin ordinaire dessus bourré de choses mais on n’reluque pas normal… Des cheveux mi long gris avec une coiffure simple une petite barrette qui lui donne l’air enfantin et des vêtements d’une personne de la campagne en somme qui serait de passage… Je veux dire pas des affaires branchées comme on en porte nous autres des jeans des baskets des sweets à capuche enfin vous comprenez ?

            Mais y’a pas de raison… faut pas croire que tout l’monde se sape semblable dans les grandes cités de notre Babylone d’ici sur Seine c’est archi faux évident… Elle a des fringues qu’on n’remarque pas une petite robe avec des fleurs plutôt grisouilles et un manteau par‑dessus un manteau noir boutonné un peu qui descend aux genoux… des p’tites godasses noires aussi mais c’est pas ça… Non… c’est pas ça qui nous attire les quinquets malgré nous à l’ami Louis et à moi alors qu’on s’est arrêté de causer comme ça spontané on ne sait pas pourquoi… 

          D’abord c’est un geste qu’elle fait répétitif on dirait qu’elle n’peut pas s’empêcher une sorte de mouvement d’obsession que ses yeux qu’on n’voit pas suivent appliqués… Elle a monté un peu ses deux mains devant sa figure qui n’a aucune sorte d’expression et elle frotte le de ssus d’une de ses mains avec l’index de l’autre… Un geste lent obstiné le doigt la paluche le doigt la paluche… le doigt toujours sur la paluche toujours… Et subit elle change de doigt et de paluche c’est le pouce de la gauche qui frotte les doigts un par un de la droite… Frtt… frtt… frtt… Elle insiste elle regarde avec ses prunelles vides qu’on n’peut jamais voir elle lutte avec ses mains…

La seule chose qui vient percuter nos deux regards fixés sur elle c’est la même je sais je sens… c’est que ses mains sont couvertes de traînes noires comme des voiles sombres et légers qu’on croit d’abord que ce sont des gants de soir déchirés effilochés usés à la corde… Nos deux regards ils vont avec le réflexe de l’humain qui n’prend conscience qu’après de ce qu’il ressent c’est long… nos deux regards ils vont de ses mains à ses jambes nues sous le manteau un peu échancré ouvert dessous des genoux… Et même comme ça avec le va‑et‑vient ils se bloquent tac… tac… tac… que tu n’peux pas intervenir alors y’a cent millions de milliards de p’tites sensations qui brûlent dedans le crâne et la peau à la fois c’est une centrale électrique l’être humains ces moments-là…

Ce qu’y a de terrible quand la réalité humaine nous rentre dedans comme ça alors qu’on a plus de sens de ce que c’est juste de survivre dignement dans un monde de fous pareil à celui qu’on a laissé s’installer camper dans nos vies depuis cinquante piges que ça dure… ce qu’y a c’est qu’on se trouve pris en plein au centre du tourbillon de la violence qui est faite aux êtres et de celle qu’ils se font mutuellement et qu’on n’arrive pas à donner du sens à ce qui survient soudain et nous secoue semblables à des vieux bonhommes de paille chahutés par le vent…

Ouaouf ! Ouaouf ! Sans doute que le chien pendant tout le temps d’une station de métro deux minutes à peu près qu’on a regardé la femme et qu’elle ne nous voyait pas… ne voulait pas nous voir… le chien lui il ne se s’rait pas posé des questions et il aurait été renifler ses mains et il l’aurait léchée sans doute en signe de bonne compagnie et le contact aurait pu se faire n’importe comment… toucher quelqu’un c’est si important…

Nous on n’savait pas on n’savait plus… on était perdu et elle aussi probable au fond du silence des gens dans les transports en commun dans les rues sur les trottoirs dans les gares… le silence des gens partout le long des murailles géantes des Babylone modernes il devient impossible à rompre…

J’ai jeté un coup d’œil vite fait à l’intérieur de son gros sac plastique… y avait des fruits des paquets de gâteaux entamés un sandwich dans son papier ouvert et une bouteille d’eau… y avait aussi des journaux des papiers des bouquins peut-être… Ses vêtements n’étaient ni sales ni abîmés y avait aucune odeur qui venait d’elle comme en ont souvent les gens qui dorment dehors dans le froid et les mauvaises heures passées accroupis dans le recoin des p ortes d’immeubles puant la pisse et les ordures pour se protéger du monde…

Seulement ses mains et ses jambes ce qu’on en distinguait couvertes de traînées sombres de poussière et de saleté infâme qu’on y croyait pas tant elle avait une sorte de dignité triste et hautaine et tellement elle était à l’écart de ce que nous ont vivait… au-delà très loin déjà du côté des êtres qui se sont séparés de la foule des mutants prêts à embarquer pour n’importe où du moment que c’est sans avoir à regarder ceux qui restent en dehors de leur Arche de Noé bourrée à craquer à exploser de ceux à qui on a refilé un ticket pour monter… Hop ! Hop !…

Très loin au-delà elle a laissé le métro continuer son chemin et l’emporter direction nulle part… Nous deux on est descendu à notre station sans dire un mot de ce qu’on ressentait et qui nous dévorait l’intérieur pareil à un petit animal secret et qui créchait en nous depuis longtemps depuis toujours… On a regardé le métro s’éloigner et on s’est serrés un peu plus l’un contre l’autre et on a pris la direction de la sortie et chacun de nous deux savait que cette petite silhouette grise c’était un bout de notre vie qui venait de se tirer et de nous planter là face au monde qu’on avait laissé étendre son géant filet de mailles d’acier sur nos rêves et sur nos désirs et que le geste pour le retirer était de plus en plus dur à faire… Ouaouf ! Ouaouf !        

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Jeudi 13 novembre 2008 4 13 /11 /2008 22:58

Camus l’anarchiste…
Jeudi, 13 novembre 2008

           Dans une précédente chronique que j’ai intitulée “ Les mots interdits ” j’ai fait allusion à Camus et à Caligula pour vous causer de ces mots qu’on n’peut plus prononcer aujourd’hui sans que la bonne conscience de ceux qui aiment pas qu’on ait des goûts de “ Partageux ” au moins dans ce pays-ci la ramène et nous assomme… Camus j’y songe souvent et son Caligula a été avec L’homme révoltécomme je vous disais une de mes lectures de mon adolescence… c’était tôt pour lire ça et pour y piger ce qu’il avait voulu faire là mais j’ai des lectures d’avances et d’autres de retard… c’est comme ça… 
          De Camus et de ses ressentis qui n’sont pas des idées dans l’abstrait mais des expérimentations d’intuitions je n’aime pas à causer d’ordinaire vu le nombre pas croyable de propriétaires de pensées qui l’ont fait aux pattes depuis qu’il a été mourir de bonne heure et moi j’n’ai jamais eu la même vision qu’eux à la sortie de mes lectures vu que Camus ce qui me fait réagir dans ses bouquins c’est la révolte… Evident que c’est pas ce que les liseurs habituels et patentés diplômes et compétences avec médailles vont mettre en avant dans leurs commentaires de lectures leurs conférences leurs colloques leurs… patata patati… et tout le reste… Et pourtant et plus que jamais aujourd’hui où le bon ton veut qu’on n’bouge plus une oreille quand on est scribouillard et qu’on incite pas à la révolte surtout pas alors !… non ! pas question d’inciter… si t’incites t’es mort t’es dangereux t’es un gaucho anarcho une honte quoi… ouais plus que jamais je me disais que Camus quand même aujourd’hui… y’a certains textes qui que… enfin qui sont pas si bonne conscience que ça…
          Me promettais à chaque nouvel énervement de ces réactions qu’on a quand la bêtise populacière déborde au-dessus d’la marmite de relire et d’annoter pour notre blog et ses Petites Chroniques cet Homme révolté qu’est toujours à la première place dans mes rayons d’ma bibliothèque toute en bazar c’est ouf… et puis pas le temps pas l’élan enfin vous comprenez… Et voilà que comme toujours quand on est dans la nécessité d’écriture et qu’on y va pas je tombe cette semaine sur un bouquin qui vient de sortir et qui me remet dedans en plein si vous voulez voir vous pigerez aussitôt mon enthousiasme… Ce bouquin c’est Albert Camus et les libertaires ( 1948‑1960 ), écrits rassemblés par lou marin aux Ed. Egrégores. Une mine de mots pour moi qu’ai toujours prétendu que le Camus bien pensant et récupéré comme y faut c’était une vaste foutaise ! Ouaouf ! ouaouf !
          Vous ferai pas un résumé de ce livre vous inquiétez pas pour la raison qu’il convient de le lire en entier si  on veut avoir de Camus une autre idée que m’avait déjà bien esquissée mon ami Jean Pélégri quand il m’en parlait lui qui le connaissait et qui en était pas ébloui du tout mais plutôt qui avait une vision drôlement critique de celui dont on a fini par faire un mythe sans la plupart du temps avoir lu la part la plus étrange et engagée de son œuvre…

          Mais ce qui m’a fait un énorme plaisir vous vous doutez alors que c’est la mode quand on est une vieille anar comme moi de se faire traiter… de n’importe quoi par la populace ( populace et pas peuple attention ! ) réunie pour crier haro sur la bestiole c’est que je n’m’étais pas trompée dans mes impressions d’ado et que si Camus écrivait certains de ses articles dans les canards anars d’aujourd’hui comme il l’a fait à c’t’époque il aurait la bonne conscience la bonne pensée la bonne littérature et les reste qui lui tailleraient une culotte en peau de baudet d’Afrique c’est réglé… Car jugez donc que le Camus des années 35‑50 il ne les écrivait pas n’importe où ses chroniques… vous trouverez ça en détail dans la longue préface à ce bouquin écrite par lou marin: “ Car Albert Camus s’est non seulement engagé dans des journaux anarchistes comme rédacteur et collaborateur permanent, pour Témoins par exemple, mais il a aussi agi : il a, en tant que témoin, défendu des libertaires devant les tribunaux ( … ) ”
          Avec Témoins c’est déjà pas mal, mais il collabore également à Défense de l’Homme, Liberté, Le Libertaire, Le Monde libertaire, La Révolution prolétarienne et d’autres qui ne sont pas cités dans ce livre… Cela évidemment je l’ignorais ainsi que le contenu de ses articles qui m’ont dans l’ensemble confortée dans ce que je croyais connaître des idées de Camus et qui est fort dérangeant pour la bonne pensée ordinaire… Alors Camus l’anarchiste ?… Loin de moi l’envie de simplifier car pour de vrai tout être est complexe et lui sans doute encore plus vu qu’il gambergeait pas mal… et c’est de cette complexité qu’on tire le plus intéressant chez les créateurs… Mais voici malgré tout un p’tit extrait d’un des articles qui me touche car il cause de la guerre d’Espagne… sujet qui a pas fini de nous faire du mal à nous autres les anars…

“ Calendrier de la liberté ” Albert Camus in Témoins, n° 5, printemps 1954
“ 19 juillet 1936
Le 19 juillet 1936 a commencé en Espagne la Deuxième Guerre mondiale. Nous commémorons aujourd’hui cet événement. Cette guerre est terminée partout aujourd’hui sauf précisément en Espagne. Le prétexte pour ne pas la terminer est l’obligation de se préparer à la troisième guerre mondiale. Ceci résume la tragédie de l’Espagne républicaine qui s’est vu imposer la guerre civile et étrangère par des chefs militaires rebelles et qui se voit aujourd’hui imposer les mêmes chefs au nom de la guerre étrangère. Pendant quinze années l’une des causes les plus justes qu’on puisse rencontrer dans une vie d’homme s’est trouvée constamment déformée et, à l’occasion, trahie pour les intérêts plus vastes d’un monde livré aux luttes de la puissance. La cause de la République s’est trouvée et se trouve toujours identifiée à celle de la paix et c’est là sans doute sa justification. Par malheur, le monde n’a pas cessé d’être en guerre depuis le 19 juillet 1936 et la République espagnoles en conséquence n’a pas cessé d’être trahie ou cyniquement utilisée.
C’est pourquoi il est peut-être vain de s’adresser comme nous l’avons fait si souvent à l’esprit de justice et de liberté, à la conscience des gouvernements. Un gouvernement, par définition, n’a pas de conscience. Il a, parfois, une politique, et c’est tout. Et peut-être la plus sûre manière de plaider pour la République espagnole n’est-elle plus de dire qu’il est indigne pour une démocratie de tuer une seconde fois ceux qui se sont battus et qui sont morts pour notre liberté à tous. Ce langage est celui de la vérité, il retentit donc dans le désert. La bonne manière sera de dire plutôt que si le maintien de Franco ne se justifie que par la nécessité d’assurer la défense de l’Occident, il n’est justifié par rien. Cette défense de l’Occident, il faut qu’on le sache, perdra ses justifications et ses combattants les meilleurs si elle autorise le maintien d’un régime d’usurpation et de tyrannie. ”

     

      Qu’on m’excuse ce long extrait de l’article qui en réalité dans le bouquin tient pas moins de 14 pages... c’est dire si ce sujet de la guerre civile espagnole il lui  tenait à cœur à Camus et si c'était  douloureux de s’adresser ainsi à tant d’Espagnols qui subissaient encore et subiront longtemps le joug de la dictature et ses “ assassinats démocratiques… ” Si j’ai fait cette longue citation c’est qu’y a rien qui me déplaît plus que les gens qui extraient d’un texte quelques mots pour leur faire dire ce qu’ils ont jamais dit et aller ainsi dans le sens de leur pensée à eux. J’ai assez lu et relu Camus justement pour connaître ses multiples interrogations qui m’ont souvent paru se poser là où l’action s’imposait pour ne pas avoir envie de lui prêter des opinions qu’il aurait pas eues… pas question de ça… il a été assez récupéré comme ça le bougre…
          J’aurais pu juste sortir de ce long article la petite phrase “ Un gouvernement, par définition, n’a pas de conscience. ” ça m’aurait bien suffit pour ma petite chronique de ce jour à moi tant c’est fort de lire ça sous la paluche de Camus… Soit… on est d’accord il s’agit d’un article qui date de 1954 donc peu de temps après la publication de L’Homme révolté en 1951 et avant l’attribution du Prix Nobel en 1957… Mais quand on voit et qu’on lit par ces temps de cours de morale donnés par des imbéciles malfaisants et bornés qui nous ont menés à croupir sous la baguette de ce gouvernement sans conscience… un de plus… et qui se complaisent dans l’autisme le plus féroce vis-à-vis de ce qui les entoure… quand on lit ces paroles de Camus pour qui toute révolte se justifie par la solidarité humaine et qu’elle en est à la fois l’outil et l’accomplissement on se dit qu’aucune parole de philosophe n’est plus moderne et présente au cœur de notre réalité.
          Ouais… sauf que Camus qui est mort comme on sait quelques années après avoir écrit ces lignes a eu la chance extra de n’pas connaître nos années actuelles qui sont celles où l’absence de pensée est la plus étincelante qui soit depuis des siècles c’est probable… Pas bouger… pas moufter… pas inciter… pas la ramener sinon hop ! c’est l’interdit qui te tombe dessus et te claquemure pour des temps que t’imagines même pas… Y a probable que les jeunes slameurs rappeurs des banlieues qui n’se laissent pas aller au silence sur tous les fronts et qui osent… encore… ouais encore un peu… Voir le procès qui poursuit les rappeurs du groupe La Rumeur… c’te blague… Et c’est ça le plus insupportable pour des gens comme moi qu’un pays qui a donné naissance à tant de constructions d’utopies différentes et d’élaborations de pensées aussi complexes que contradictoires en soit réduit à de la bouillie télévisuelle et à se corrompre dans de l’insensé…
          Vrai que Camus ne se doutait pas qu’on en arriverait là quand il écrivait dans la suite de cet article : “ Les gouvernements du XXe siècle ont une tendance regrettable à croire que l’opinion et les consciences peuvent se gouverner comme les forces du monde physique. Et il est vrai que par les techniques de la propagande ou de la terreur, ils sont arrivés à donner aux opinions et aux consciences une consternante élasticité. Il y a cependant une limite à toutes choses, et particulièrement à la souplesse de l’opinion. ( … ) On a pu faire patienter ces pe uples, leur faire admettre des compromis de plus en plus graves. Mais une limite est désormais atteinte qu’il faut annoncer clairement, et passée laquelle il ne sera plus possible d’utiliser des consciences libres : il faudra au contraire les combattre elles aussi. ”
          Et bien je crois que là Camus il se gourait et qu’il n’y a justement pas de limite à ce que l’humain est en train d’engloutir comme balivernes goulûment et avec une inconscience totale de l’instinct de destruction qu’il met en route chaque jour pour s’anéantir lui les autres et la seule planète où y ait encore un peu de bleu à partager… C’est peut-être même la seule pensée qui reste d'aller ensemble jusqu’au bout de cet anéantissement que même Caligula n’a pas su élaborer et qu’aucun anar voire le plus nihiliste qui ait pu exister n’a mise au point. Alors la révolte aujourd’hui quelle figure elle va prendre si on se décide un soir à ne plus se laisser faire et à marcher la tête fièrement dressée face à notre destinée humaine hein ?… La tête fièrement dressée face à notre soleil vous comprenez… Ouaouf ! ouaouf !

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Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /2009 23:24

Arrêtez de tuer les enfants de Gaza !

A l'heure où j'écris ces mots l'armée israélienne est entrée dans Gaza et ça va être un véritable massacre de femmes d'hommes et d'enfants une boucherie absolue comme celle de Sabra et de Chatila...

Si vous vous en moquez imaginez deux secondes vos mômes terrifiés par des centaines des milliers d'obus ou de missiles explosant partout autour d'eux... Ne pas laisser faire ces dingues qui nous entourent et qui détruiront le monde parce qu'ils portent la mort en eux...
Cette guerre n'est pas un hasard et les Palestiniens servent à faire vendre des armes car ça rapporte gros aux pays en crise ! Penser à ça et ne pas laisser ces gamins écrasés sous les bombes ! Refusons ensemble ce carnage cette guerre comme il aurait fallu refuser d'abandonner l'Espagne républicaine aux faschistes de Franco !
Ce poème qui est la seule chose que je puisse faire ne sert à rien et je le sais... Nous autres les écrivains sommes terriblement inutiles dans ces situations-là... Mais au moins écrire témoigner crier dire non ! ça je peux alors voilà...

Aucune image pour accompagner ce texte qui m'a fait sortir de mes quelques jours de répit à Saint-Malo avec une terrible colète et un très grand désespoir... 
A Ibrahim qui avait dix ans tué par un F16... 


Les mots volés

Epinay, Samedi, 3 janvier 2009

A Ibrahim

Aux enfants palestiniens assassinés

 

C’était quelques jours après Noël

Une page de journal dans les chiottes

D’un monde qui sent comme Gomorrhe

Les ordures la bonne nourriture

Un article écrit par un homme

Aux mains recouvertes de cendres

Nous lançait à la face l’imposture

Quand les bonnes consciences racontent

Que la paix allume ses loupiotes

A cette époque où on suspend aux branches

Des vergers des paroles de bonté

Un homme seul comme Camus l’était

Quand l’Espagne de Franco fêtait

La bonne naissance des peuples rois

Un type qui voit les chardons en pleurs

Fleurir dans les yeux déjà flous

Des enfants d’un peuple très ancien

Dépose sur leurs paupières des mots

Légers un homme qui ne peut rien

Faire d’autre qu’écrire la honte

Des laquais bavards aux pattes blanches

" Et demain je lirai dans vos journaux… "

C’était quelques jours après Noël

Les peuples rois gavés fêtaient

Chaque année dans les bonnes maisons

Autour de toute la terre celles

Où les coupes d’or sont remplies

A ras bord des yeux des mômes morts

Qui nous regardent comme Genet

Dans les pupilles de Chatila

Pétillant de milliers de feux follets

Qui montent flammèches nous montrent

Du doigt et errent autour de leur terre

Natale et les yeux de nacre de l’homme

Seul aussi l’homme qui écrit

Des mots inutiles comme ceux

De Garcia Lorca des bulles de vent

Qui montent des lèvres de paille sèche

Des enfants des peuples nègres

Des peuples nus comme les ailes

Des oiseaux de l’hiver couvertes

De cristaux de givre couleur de sang

Les ailes coupées des oiseaux montent

Montent avec le cri criblé de plomb

Dans la gorge des enfants remplie

A ras bord de peur et d’amandes

Au lait doux ruisseau de la douleur

Que nous portons dans nos outres amères

C’était quelques jours après Noël

Une page de journal éclaire

Un monde qui pue comme les chiottes

De Gomorrhe Les peuples rois

Echangent à Rafah les bonnes clefs

Du trésor de guerre alors qu’au milieu

Des ordures des flaques où s’allument

Les bougies du camp de Khan Younis

On ne cuit plus le pain ni le mouton

Alors qu’on entend l’horizon mugir

Ibrahim attend de grandir il dort

Ibrahim va devenir le poète

D’un peuple très ancien qui n’a plus rien

Que la sépulture de plumes blanches

Du premier Indien pour couvrir ses morts

Avec les ailes des oiseaux coupés

Qui montent leurs bûchers jusqu’aux ciels

Enfumant en vain leurs jumeaux d’acier

Ibrahim sur tes paupières retombent

En cendres nos poèmes calcinés

Comme les vergers d’amandiers

C’était quelques jours après Noël

Une page de journal arrachée

S’envole comme un arbre qu’on dépiaute

Du souvenir de ses fleurs de ses fruits

Avec les paroles d’un homme perdues

Hurlant au milieu du bruit de la fête

Que font les bonnes gens des peuples rois

Pour couvrir le vacarme qui monte

Du camp et oublier le carnage

Éblouissant tressant sa couronne

Autour de la tête des enfants

Endormis parmi des parchemins

Et leurs bonnes résolutions écrites

Par des types qui n’ont pas honte

De vivre dans un monde dont les chiottes

Débordent de mots comme Noël

Paix Bonté des mots que nous ne pourrons

Plus tracer qu’avec les cailloux

Du chemin qui mène à la colline

Où repose ton enfance Ibrahim

Volée aux vergers de Palestine

Et leurs mille parfums éparpillés.

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