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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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P'tits poèmes diabolique

Mardi 14 juin 2011 2 14 /06 /Juin /2011 20:14

Peuple qu’attends‑tu ?Le-maire-au-lance-pierres.jpg

Epinay, jeudi, 2 juin 2011

 

Peuple insoumis comment vis‑tu ?

Peuple insoumis que deviens‑tu ?

Hommes et femmes de l’été

Beaux moissonneurs de rêves arrêtés

 

Ployées sous le poids nos épaules nues

Des choses pauvre trésor devenu

Des paysans au Larzac les mains fières

Avec les nôtres enchantaient les pierres

Là où nous plantons nos pas dans la terre

Nos outils au poing recule la guerre

Semences du fond de nos joies venues

Récoltes premières des peuples méconnus

 

Peuple insoumis où t’en vas‑tu ?

Peuple insoumis qu’acceptes‑tu ?

Hommes et femmes fatigués

Vos révoltes d’or vous avez larguées

 

Voyageurs nos mirages éperdus

Au yellow cake la pluie ont vendue

Nomades chevauchant du Ténéré

Les chants nous voici frères égarés

Vieilles mines du Nord jeune Niger

Se dissout notre lutte messagère

A l’eau de vos puits nos lèvres pendues

Boivent les clameurs crues peuple les entends‑tu ?

 

Peuple insoumis à quoi joues‑tu ?

Peuple insoumis mais qu’attends‑tu ?

Hommes et femmes tant pressés

Promesses de neige et de temps passé

 

Paysans guaranis au long des rues

Livrés hagards sans terres sans charrues

Les grands fermiers décapsulent des bières

De sang mousseux tueurs se désaltèrent

Pâturent la chair que les financières

Hordes aux états et leurs tenancières

De claques enténébrés prostituent

Au spectacle ils se ruent peuple qu’applaudis‑tu ?

 

Peuple insoumis pourquoi fuis‑tu ?Zone.jpg

Peuple insoumis qui trahis‑tu ?

Hommes et femmes acharnés

Qu’est‑ce que ce monde vous a donné ?

 

Paysans sur leurs terres revenus

Face aux fusils qui les a soutenus ?

Ton nom femme noire hante les frontières

Des chambres ton courage de guerrière

Les voiles d’ombre crève exaspérés

Nos corps d’esclaves se croient libérés

Et la rumeur qui te tond qui te tue

Nous enchaîne encore peuple où te caches‑tu ?

 

Peuple insoumis quand naîtras‑tu ?

Peuple insoumis existes‑tu ?

Hommes et femmes aveuglés

Par l’amère stupeur du temps réglé

 

Aux promesses vous avez bu

Jusqu’à l’ivresse et mère Ubu

Infâme son mari derrière

Elle les deux sur vos arrières

Trament la riposte d’hier

Honteux héritiers du gros Thiers

Obscènes encaissent banquiers repus

Aux peuples d’Afrique ont pris tout ce qu’ils ont pu

 

Peuple insoumis te lèves‑tu ?

Peuple insoumis te souviens‑tu ?

Hommes et femmes qui marchez

Au devant des troupes sans vous cacher

 

Requiems planant au‑dessus

Cormorans noirs tranchées conçues

A vos pointures d’ouvriers

Des drapeaux pour panser vos pieds

Sans chaussures pour leur lancer

A la figure on va passer

Outre les ordres du destin reçus

D’en finir avec nos horizons aperçus

Etonnement de soi

 

Peuple insoumis quand iras‑tu ?

Peuple insoumis prendre la rue

Hommes et femmes oubliés

Pas de pays voilà le monde entier

 

Enfants d’Afrique aube à l’affût

Des savanes au bon raffut

Vos mortiers fertiles mêlés

A nos vieux moulins envolés

Pilent nos désirs dédaignés

Haute confiance à regagner

La route rêche éclate à nos pieds nus

Grenades seuls les fruits saignent sans retenue

Fervent désordre tu es bienvenu

Peuples Peaux‑Rouges les temps je crois sont venus

 

Peuple insoumis comment vis‑tu ?

Peuple insoumis que deviens‑tu ?

Hommes et femmes de l’été

Beaux moissonneurs de rêves arrêtés. 

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Mardi 7 juin 2011 2 07 /06 /Juin /2011 17:27

Nid de coucousLa-petite-Ch-telaine-1893.-d-tail.jpg

Epinay, dimanche, 5 juin 2011

 

A une petite fille écrasée par une camionnette de la gendarmerie nationale

 

Toi on ne sait pas ton prénom

Ils ne l’ont même pas dit aux informations

Non toi petite fée d’hiver

Tu n’auras pas la lumière

Du mois de juin jaloux pour caresser ton cou

La bonne fortune des fois rate son coup

Toi qui ne rentreras pas ce soir ni demain

A la cité où les tiens ne savent pas bien

Ce qu’ils vont faire avec ce grand paquet d’absence

Que le destin a déposé sans complaisance

Sur le paillasson de l’escalier où tu joues

D’habitude c’est un monde sans gardes fous

Ça conduit sans freiner dans leurs nids de coucous

Et d’autres sont allés au bistrot boire un coup

Pour oublier vite fait cette sale histoire

Qui dérape dans leur banale trajectoire

Toi qui regardes passionnément le chat roux

Jerry s’acharner comme un fou

A traquer le vent par la fenêtre fermée

Et les papillons de tilleul que vous aimez

Surpris Jerry aujourd’hui a guetté longtemps

Ton retour couché sur tes cahiers il attend

Il sent qu’il y a quelque chose

De mauvais sang malgré les roses

 

Pour toi petite fée d’hiver pas de printemps Decouvertes-a-deux-petit.jpg

Qui court le long de tes jambes te chatouillant

Tu n’existes pas tu n’es rien

Qui sait d’où sont venus les tiens

Mourir là petites vagues de l’océan

Qui se souciera de leur peine maintenant

Eux ils sont la force ils sont tout

Leur justice dira pourquoi chercher des poux

Avec l’indifférence des vieux mercenaires

Ils noteront ton nom dessus leurs formulaires

Jerry a attendu des jours entiers en vain

Il ne joue plus avec le vent déjà demain

Il va vieillir et un trou noir dans sa mémoire

Ne cesse pas de grandir quand revient le soir

Toi tu ne grandiras pas et aucun amant

Ne t’offrira le doux parfum jasmin du temps

 

Toi petite fée d’hiver qui n’aura jamais

D’oiseaux chahutant dans tes cheveux tu rêvais

Peut‑être à des étés turbulents casse‑cous

A quitter la cité sur les grands bateaux saouls

Des poèmes de Rimbaud et à des Indiens

Vous emportant le chat Jerry et toi très loin

De l’ennui gris des patelins

Sans fleurs sans rosiers sans jardins

Toi qui n’accompagneras pas les caravanes

Dans les déserts de brousse ni dans les savanes

Toi qui n’auras plus aucun ami sur la terre

Tu sens sur ton corps le poids de tout l’univers

Au silence des astres le chat Jerry veille

Encore et ses yeux verts suivent la lune abeille

Brune qui tourne au‑dessus du nid de coucous

Depuis toujours elle sait bien qu’on est au bout

De la route passant par ce rond‑point maudit

Où s’était arrêtée juste un instant ta vie

Pour musarder le nez au vent

Mais les coucous en ont décidé autrement

 

Non pour toi petite fée d’hiver pas d’automne Escapade-lunaire.jpg

Pas de bruyères d’écureuils croqueurs de pommes

Toi qui ne vieilliras pas au coin des bons feux

Rêvant comme les chats somnolents bienheureux

Contant aux gosses des bergers à la veillée

L’histoire d’un temps où les carrosses rouillés

Des gardes du royaume écrasaient les enfants

Mais ça ne risque plus d’arriver maintenant

Un jour le chat Jerry s’en ira à son tour

Avec ton dernier rire jusqu’au carrefour

Dans son souvenir tu n’as pas changé du tout

Tranquille il poursuivra son chemin jusqu’au bout

De la violence des mondes sans gardes fous

Bousculant les nids et dévorant les coucous

Emportant avec lui petite fée d’hiver

Le temps humain qui tue l’enfance de la terre.

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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 22:10

Le petit clown sans ses chaussures

Goutte à goutte tu vis clichy-sous-bois.jpg

Goutte à goutte tu meurs

Mais qu’ont-ils fait de ton cœur

Que tu leur as offert joli ?

 

C’est midi douceur café

Et un petit clown affolé

Sous un gros édredon planqué

C’est midi au bar de la gare

Un train qui vient un train qui part

C’est midi en train de se réveiller

Dans la chambre d’hôtel des fleurs papier

Rient

Dis qu’as-tu fait de ta vie ?

Sur les marches de bois pourri

Ont sauté bien des chaussures d’artistes

Qui ne tenaient ni haut ni pavé

C’est sous la rue que poussent les améthystes

Que tu n’as jamais cueillies

Ni à minuit ni à midi

 

C’est sur la rue de plumes paré

Qu’à midi tu t’aventures

Autour de ton cou dansent tes chaussures

Fils du coq blanc petit clown bien aimé

Des oreillers et des dunes sabliers

Y’a un rayon de soleil

Qui joue entre tes orteils

La piste a perdu tous ses pouvoirs

Fils du coq rouge ta sanguine parure

Te fait roi des fous faut pas lui en vouloir

Neigent à midi gouttes vermeilles

Dans ton ivresse café noir

Neigent à minuit gouttes de temps

Dans le cri de verre de ton regard

Gratteront la poussière coq rouge coq blanc

Pour délivrer les cailloux voie lactée

Qui remplissaient tes chaussures vérité train-petit.jpg

 

Pas de scrupules pas de soucis

Sitôt passée la consigne maligne

Au joueur d’orgue de barbarie

De perforer d’avance les tickets gris

Des instants tristes de la vie

Petit clown sur le trottoir avance nu

Parmi les herbes et la rosée

Et dans le ventre aux appels retenus

Tissé de laine bleue et de baisers

D’une femme se laisse emporter

Caniveau là caniveau ci

Mais non c’est un ruisseau pardi

Et des fougères plein leur lit

Miel et cardamome à midi

Juste la douceur café de l’été

 

Goutte à goutte tu vis

Petit clown grand voyageur

Pour pas déranger les spectateurs

Tes chaussures sur ton cœur

Que tu leur as offert joli

Du côté de l’escalier de service Baskets-rouges-chaussures-noires-2.jpg

Mijotent les feux d’artifice

Des pâquerettes et des narcisses

Que ceux qui se lèvent à midi

Font pousser dans les coulisses

Du cirque ambulant de la vie.

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Mardi 17 mai 2011 2 17 /05 /Mai /2011 23:06

Un monde sans euxcouplefilles-x10.jpg

Mardi, 16 mai 2011

A Ophélia petite sœur violée du Bronx

 

Ophélia petit soleil qui sort du fleuve

Ophélia petite sœur ton cri c’est le mien

Nous défions ensemble leur sjambok dressé

Notre sang mêlé ce matin ta peau est neuve

Ophélia petite âme comme le tam‑tam

Des griots nos pères mon cœur bat et danse

La ville se réveille et toi tu n’as pas peur

La ville c’est un bloc de soucis et d’odeurs

Ton destin s’écrit là de sueur et de peine

Sa douleur est mûre comme une mangue douce

Le chant des cotonniers halète et se déchaîne

Notre jus va gicler dans la gorge du jour

Astre nouveau armé d’une lance qui pousse

Ton jeune corps dehors non tu n’es plus leur proie

 

Ophélia petite sœur tes pleurs sont les miens

Sur la coupe pleine se serrent nos mains

Ophélia petite ombre tu es le brandon

Arbre de feu chalumeau de notre colère

Ophélia petite guerrière de l’asphalte

Et du Bronx seule étonnée tu ne t’enfuis pas

Tu fais face à leurs couteaux de cérémonie

Ta tristesse se trempe à cette chair d’ébène

Qu’ils fouillent plaies gaspillées tes flancs percés

Pour les mettre au monde renient la puanteur

De leurs paroles poissons crevés dans la nasse

De la ville où veillent violeurs macs tondeurs

Et les familles précieuses des grands chasseurs

Dans les quartiers pauvres le gibier est gratuit

 

Ophélia petite sœur ton nom c’est le mien

Fiché comme un flambeau devant la porte noire

Ophélia petite enfant sacrée du fleuve

Tu remontes sur la rive nue insolente

Tes poings ne sont liés à aucun sermentdeuxfilles-petit.jpg

De nourrir leur fringale de viande et de sel

Ophélia ma sœur fragile mon errante

Haute et fermée la porte des palais pour nous

Où ils marchandent le sang du sacrifice 

De notre force enfouie sur les autels barbares

Ma sœur des rues notre bienveillance demeure

Pour la terre souillée par leurs soldats en rut

Qui s’abreuvent aux mamelles des louves folles

De guerres de fric de fureur et de ruines

 

Ophélia petite sœur des blancs oasis

Ophélia petite île où accostent au bout

De tant de matins las nos pirogues chargées

De butins de hontes et d’offenses cachées

Petite sœur perdue au large des rumeurs

Je viens me reposer de nos combats muets

Je viens poser ma tête sur tes seins en fleurs

Et écrire le chant des griots impatients

De lenteur qui berce ta détresse et la mienne 

Ophélia petite sœur autour de toi le fleuve

Continue d’emporter leurs cadavres offerts

Aux dents des crocodiles bleus tes serviteurs

Ophélia petite sœur merci pour le rêve

De la puissante douceur d’un monde sans eux.

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Dimanche 1 mai 2011 7 01 /05 /Mai /2011 22:33

A celles et ceux qui veulent connaître le début de l'histoire rendez-vous à la date du 1er avril sur notre blog avec le poème " Les chats aussi "... J'espère ne pas avoir à écrire la suite le 1er juin...

Sur la route enfant-du-liban-noir-2-copie-petit.jpg

Epinay, dimanche, 1er mai 2011

Aux enfants libyens assassinés par les tueurs d'occident

Aux enfants d'Afrique et du monde


Trois petits enfants sur la route de Tripoli

 C'est le printemps il fait beau ils sont partis

Cueillir des branches de tamaris qui ont des fleurs roses ah oui !

Au printemps les arbres ça fleurit dans ce pays ?

Malgré la connerie des gens partout ravis

Qui crient veangeance qui crient vas-y !

C'est l'heure de se remplir la panse c'est midi

Leurs mains ne serreront rien dans leurs doigts raidis

Trois petits enfants ce sont les fils de qui ?

Ah bon ! tant mieux ressers-nous un whisky

 

Trois petits enfants sur la route de Lockerbie

C'est l'hiver il fait froid la neige joue bleue dans leurs yeux

Les mélèzes ont perdu leurs épines roses ça vaut mieux

Avec les plumes des oiseaux morts un lit moelleux

Est prêt et un drap suaire très joli taillé pour eux

Des types ont décidé que la fête aura lieu

Un peu avant la date où les sapins font feu

De toutes leurs branches en hiver les arbres se sapent joyeux

De flammèches blanches allez allume ! tant pis pour eux

Hein ! quelle foutaise que tous leurs bons dieux pointutu-petit.jpg

 

Trois petits enfants sur la route de Benghazi

C'est le printemps et les tamaris sont en fleurs ici déjà ?

Les hautes tours blanches se penchent la cité moderne dans le lac se noie

Les palmiers aux grands bras nus sont les seigneurs de la medina

Mais les gamins ont la peau noire c'est en Afrique ce pays-là ?

Pourvu qu'ils y restent le reste on ne sait pas

Leurs parents sont venus du Tchad du Mali du Niger pourquoi ?

Ce sont des fils d'esclaves alors basta !

Leurs mains ramassent des éclats de miroir où ils voient

Pour la dernière fois leur frimousse qui mousse d'effroi

 

Trois petits enfants sur la route de Gaza

C'est l'hiver dans les oliviers s'ébroue le jour gris

A l'intérieur de la baraque en parpaings il n'y a rien tant pis

Deux trois branches ça fera un tapis aux nuances jolies

Sur le feu de débris la galette de semoule cuit

Le ciel enchante les bougies de la nuit noel bethlhem noel

De l'autre côté de leurs écrans les monstres rient

Bientôt ce sera un gigantesque incendie

Trois petits enfants ce sont les fils de qui ?

D'un pays sans peuple ressers-nous un whisky !

 

Trois petits enfants sur la route d'Ubari

C'est le printemps il y a longtemps qu'ils sont partis

De l'oasis entre les troupeaux de dunes la lune les suit

Les longues oreilles blanches des fennecs frôlent sans bruit

Leurs chevilles légères que la rosée rafraîchit

Pas de danger que les maudits les poursuivent ici

Au désert les cairns ont remplacé les fusils

Moula-moula qui sautille à côté d'eux a dit

Pas de souci ils arriveront bien avant midi le-chien-indigene-petit.jpg

Oum el Ma a préparé pour eux une maison d'oubli

Au pied de chaque palmier du lac vert est enfoui

Un petit éclat d'enfance ébloui.

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