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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Contes et récits de l'arbre aux histoires

Jeudi 20 novembre 2008 4 20 /11 /Nov /2008 22:35

    Le petit bout qui souffre rouge suite...

    La vieille Nur qui parlait au kanoun rajoutait par de petits gestes saccadés, des bûchettes aux braises. A peine elles s’enflammaient, libérant en un instant une âme crépitante dans un bref rougeoiement. Leur soupir comme les baisers d’écume se mêlaient aux chuchotements des peaux et de la toile par endroits soulevés au rythme des souffles du plateau. C’est ainsi que nous la voiions nous prisonniers des ruelles grasses de la cité. C’est ainsi que nous rêvions à elle au cœur des vents. Sur la colline des oliviers et cerisiers la tente de Tam-tam rouge l’Indien qui conserve la semence des histoires et des anciennes cérémonies au fond du pot.

   L’effraie blanche au dessus de nous tendait la nappe des grands soirs par son vol plus léger que nos songes. Pour le festin des souris nous étions prêts. Qu’on nous remplisse nos assiettes d’étoiles. Et rien que ça… Nous voulions seulement comprendre le monde. Aimer le monde. Partager le monde. Nous les enfants de nulle part.

    La vieille Nur qui parlait au kanoun avait traversé bien des rêves avant le nôtre. Elle savait qu’il n’en reste souvent que quelques signes au fond du pot. Quelques conteries. C’est pourquoi elle disait juste ce qu’il convient de dire du feu de la parole. Ce qu’il convient de dire de l’allumette.

    - Ainsi a continué l’allumette qui parlait au kanoun :

    - Puis le soir est venu mon fils... le soir où ça a été mon tour de mettre le feu à l’huile de la lampe... Le soir de la cérémonie des histoires où le bouffon m’a choisie parmi les autres dans la boîte de carton... Je me suis étirée dans des tapis de silence un silence à ne pas dire... Un silence parsemé de clignements de rires prêts à s'ouvrir en fleurs de bengale sur les pieds nus du conteur...

    - Allume-toi… allume-toi... murmurait le bouffon... Doucement avec ses lèvres dans mon cou il suppliait :

      - Allume-toi…, allume-toi… Moi je ne pouvais pas facilement relever la tête... Forcément puisque j'étais à bout de souffre... Le temps de l'enfuir… Le temps du voyage des hirondelles dans le bon sang inondant les petits théâtres de marionnettes de la cité blanche… Le temps d'un claquement de dents pour mâcher un visage de papier… Ce temps là ses mains qui n'étaient pas des mains d'homme l'ont effacé... Chaudement obstinément elles l'ont retiré de notre histoire... Et elles l'ont jeté loin derrière elles avec la cage vide de l'écureuil... Tu te souviens mon fils… clic-clac... La cage de nos corps prisonniers...

    - A la place du temps de mourir les mains qui n'étaient pas des mains d'hommes elles ont mangé la semoule grain à grain avec leur bouche de lune bleue de mer... Et elles l'ont filée filée... Alors le génie du grain de semoule a dit que demain la parole des fous mettrait le feu aux réserves de poudre-rie. Et on serait bien étonnés de constater combien c'était simple. Il suffisait peut-être d'un allumeur de rêves. Rêves-berbères... mon fils au pays de barbarie...

 

   - Toute la soirée les mots ont jonglé avec les mains du fou. Ils ont chatouillé les tapis de silence. Ils ont vidé les bouilloires de mauvais sang au fond des rigoles. Et ils ont prépar é le thé à la menthe fraîchement épicé de gingembre. Alors mon fils… je crois que nous avons oublié jusqu'à l'odeur du feu qui pue… L'odeur de l'exil tatoué à l'envers...

    - Peut-être aurais-je dû finir dans la poubelle à étoiles mon fils… Les clowns ne finissent-ils pas toujours ainsi ? De moi il ne serait resté que l'histoire écrite avec les doigts de semoule sur la peau du vent... N'est-ce pas notre désir le plus cher ?… Que l'histoire de nous demeure sur le fil à hirondelles ?

    - Mais le mektub mon fils… le mektub... Alors le bouffon a achevé le conte et quand ceux qui écoutaient ont posé à nouveau leurs pieds sur les tapis roulants de leur vieillesse ses mains de fou m'ont glissée entre deux pages du manuscrit malgré ma défroque pitoyable... Ma honte mon fils… me voici nue… Le petit bout de souffre-rouge était mon unique costume... Que me

restera-t-il de moi s’il me trahit ?

A suivre...

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Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /Nov /2008 23:08

Le marchand d'oiseaux suite...

          Je pousse la porte dont les écailles rouges me caressent afin de m’assurer que le décor de notre théâtre existe bien et qu’en frottant mon nez contre son odeur rouquine et amère je parviens encore à évoquer pour toi le marchand d’oiseaux. C’est un théâtre d’une tendresse particulière où on ne frappe jamais les trois coups. Pour y entrer il faut avoir l’odeur épicée et les yeux bleus faïence effarouchés de ceux qui ont traversé durant des nuits entières des déserts et s’endorment enroulés dans un manteau d’étoiles au petit jour.

La porte s’ouvre et me laisse le passage à moi le page d’hier qui cherche toujours bêtement à mettre du sens là où une enfance pas sage a déposé un peu de sang. Oh juste un peu… A peine quelques égratignures. Ça n’est pas grave…

C’est qu’il m’avait prévenu le marchand d’oiseaux.

- Il te faudra du temps pour y arriver… hi hi hi…

Et justement il est là assis en plein milieu des tables rouge vermillon toujours vêtu d’une chemise de flanelle jaune et d’un pantalon de velours chocolat à grosses côtes. Il est là avec ses espadrilles effilochées qui tapote tout doux un vieux mégot sec contre le dos de sa main où se craquèle tout un désert aussi. Sur son épaule gauche un perroquet mâle aux plumes peut-être bleues peut-être vertes pousse de grands hurlements ravis qui perturbent le bruit d’arme automatique que fait la boîte de soda déjà presque parvenue en bas du boulevard – ratata boum boum boum…

Si j’avais eu le temps j’aurais refermé la porte avant qu’elle ne fasse son trou entre les mots de l’histoire. La boîte. Mais ça n’est pas grave…

Donc le perroquet crie qu’il est content en fourrant sa petite tête dans l’oreille du marchand d’oiseaux évidemment.

- Pas dans l’oreille… je te dis… pas dans l’oreille voyons… répète en se secouant le marchand d’oiseaux.

- Pas grave !… pas grave !… crie encore plus fort le perroquet pour m’aider…

- Pas grave…

Grave… ce mot auquel je tente tout le temps depuis tant de tristesses chocolat de piquer l’air pour le faire déchanter à ma façon. J’étais gavée de mots sans plumes ni champs-d’ailes avant que le marchand d’oiseaux n’entre poliment dans ma vie à reculons.

A ce moment-là il est probable que je m’acharnais à recouvrir le goudron d’un trottoir qui ne menait nulle part avec le mot absence écrit en tous sens. Absence. Ab-sens. Ce qui n’a pas de sens. C’est ainsi que je l’entendais depuis tant de chocolats avalés à toute vitesse au comptoir d’un bistrot de gare dont le goût amer à la fin ne me quitte pas.

Tiens… Cette phrase-ci vient sans doute de s’échapper de la boîte dite à mémoire qui n’est qu’une vieille boîte de fer rongée rouillée et enterrée mais pas assez profond juste à côté de ta demeure couverte d’oiseaux. Quand il y en a. Il faudra que je songe lorsque j’irai chez toi à rajouter un peu de terre et des feuilles mortes aussi. S’il y en a…

M’échapper comme la boîte de soda qui n’en finit pas de rouler dans le mo nde transparent des landes où les mains des magiciens sous la bruyère secouent des gouttes d’eaux. Légères. Et dans mes oreilles.

Et justement… Le marchand d’oiseaux m’a expliqué la première fois qu’on s’est vus parmi les baraques de forains du Quai aux Fleurs que de poli à polisson il n’y a qu’à foncer pour passer sans y penser. Même quand on est un page pas très sûr de sa destinée ça peut aller…

- Tu ne penses pas ?

A cette époque désormais révolue je me disais en l’écoutant malgré le hurlement charmeur du perroquet vert pomme ou bleu turquoise qui insistait de plaisir à braver le bruit sourd des mots :

- Non… ce n’est pas la peine que j’y pense puisqu’Absence pense pour deux à rebrousse sens et que de la peine j’en ai plein mon panier de pluie… Pas la peine…

C’était grave j’en conviens.

- Grave… grave… Insiste le perroquet vert ou bleu.

Ah mais non… pas dans l’oreille je te dis ! …




A suivre...
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Lundi 10 novembre 2008 1 10 /11 /Nov /2008 22:31

Le petit bout qui souffre rouge suite...   

      Nur la vieille femme indienne avait saisi entre ses doigts un minuscule tesson de braise qui, presque aussitôt en chuintant, s’est éteint. Alors, elle s’est remise à parler au kanoun. Alors elle s’est remise à conter dressée tendue au centre du cercle des enfants de nulle part.

    - Ainsi a continué l’allumette:

    - ... Si je pouvais lire les mots du manuscrit dont je garde la page j'aurais le pouvoir de déchiffrer le mektub et de le faire changer d'avis. Parce que le mien est un enfer mon fils… Un étal de déchirures où la résine avive l'étirement. C'est du piment de résine tu peux me croire.  Mais... je sais bien que tu me dirais : chacun son mektub...

    - Non… en fait tu ne me dirais rien… puisque tu n'as pas la bouche qui parle et qui te donne la semence de parole. Si je pouvais lire les mots je traverserais ma mort. Et je comprendrais la futilité d'un sanglot de lumière. Je comprendrais pourquoi il jaillit de ma minuscule peine l'éclat de rire rouge du soufre-douleur. Chacun son mektub...  

   - Est-ce qu'il vaut mieux brûler dans un battement de coeur qui tue avant de retomber en poudre de pollen dans le sillage de l'oasis ? Ou se consumer lentement à petit feu des lampes sourdes ? S'user et se réduire dans l'oeil froid du lapis-lazuli ? Pourquoi la vie, mon fils,  qui n'atteint sa jouissance qu’en dévorant la chair dans le fruit ?

    - Mise à feu. Pépin d'un sexe de citron. Cramer d'accord mais pas pour rien... Comme ça mon fils… on n'a pas choisi nous ce bout qui souffre et s'entête... ce bout de nous autres qu’on ne regarde pas. Gâchis de lumière. Alors il faut que ça s'engerbe dans la paille des lavandes. Que ça bouillonne dans la gargouille de l'alambic. Et que ça explose d'une marée haute. Nous avons des bûchers d'encens dans nos boîtes de carton... nous avons… des peuples de bougies à nos pieds nus.

    - ... Qu'est-ce qui m'arrive mon fils… disait l’allumette… peut-être simplement un rêve de mains qui dansent. Tu sais bien que les mains des hommes sont notre illusion et notre incandescence... Et puis le voyage a été long dans cette grosse coque d'arbre couché à travers le fracas des eaux. L'humidité mouillait l'écorce de nos souvenirs… C'est dangereux ce goût d'hier sur nos paupières. Ce goût du pas revenir. Il neige du sel sur les doigts des vieux immigrés. Comment pourraient-ils oublier les mèches et la poudre que nous avons partagés?

    - On fuit pas mon fils… quoi qu’ils en disent on fuit pas… Les grands navires nous emmènent de force. Ils nous grillent de rouille. L'écureuil de nos têtes n'a entendu qu'un petit bruit: clic-clac... Tapis d'épines. Là-bas ici partout on cloue le vent qui nous attise. Allume-toi mon fils… allume-toi… Qu’est-ce qui leur resterait sans la petite flamme du djinn de la lampe?

    - Ici aussi on habite dans des boîtes de carton. On est comme des foetus de paille. Courant d'eau… courant d'erre. On pleut nos bonnets rouges dans des tiroirs où y a déjà bien du souci. Pour sûr qu'on nous attendait pas dans ce château de papier gris. Danger attention au feu!  C’est écrit aussi dans les yeux des hommes qu’on a cru aimer… allume-toi…

    - Nous on ne fait que passer... pfuit... On n'dérange pas. On s'installe en lucioles dans des taudis en pente avec tout à l'étoile. On s'habite-tue à la compagnie des bougies de suif et des souris grignotantes à éclipses.

        - Les souris nous accueillent à l'heure qu'on veut. Ça n'mange pas de pain… pas de blé non plus. Non... nous on ne mange que des songes. Et encore juste un petit bout. Ça nourrit bien assez nos pieds sur terre. Et on attend. On attend de comprendre le mektub... Nous on croyait à des rèverbères veillant sur les yeux des chats quand on a débarqué dans Nuit la noire hallucinée de miradors on s’est dit : pourquoi il nous a fait venir ici le mektub ? Dans ce pays où il n'y a rien à allumer ?

    - Ils nous avaient bien promis le travail mon fils mais ils ne nous avaient pas dit qu’on en mourrait. Ils ne nous avaient pas parlé de la fabrique de poudre ni des tranchées. Qui donc a vendu la mèche ?

    - Heureusement, on n'a pas attendu très longtemps notre changement de mektub… disait l’allumette… Un soir il est venu le bouffon celui qui conte. Il est venu dans ses pieds qui ne font pas de bruit. Les pieds de la neige. Quand il vient on sait que c'est lui à cause de l'odeur du clou de girofle et des lavandes enflammées. Et moi en le voyant j'ai pigé tout de suite que j'allais faire long feu.

    - Ses doigts se sont saisis de moi comme d'un grain d'ambre. Et il m'a posée dans le creux de sa paume. Froissure des fils d'hirondelles. Ce n'étaient pas des mains d'hommes mon fils… Pas des mains de Guerre et de cables d'acier mordant le cou des filles. Pas des mains qui creusent les tranchées-dynamites. Des mains de sang raclées d'écailles. Des mains de confiance trahie. Des mains de porte à double tour. Ce n'étaient pas des mains d'homme com me cela mon fils…

    - Dans le creux de ces mains là il y avait une lune bleue de mer quand elle commence. Et l'étoile des grenades qui dort avant de faire son fruit. Il y avait le puits et son khalkhal d'eau qui se déroule. Il y avait toi mon fils… Toi, le kanoun le seigneur des histoires. Et tes noces de feu. C'étaient des mains de mémoire. C'étaient des mains qui ramassent les paroles du tas de semoule et qui les rendent aux enfants sans racines. Des mains de naissance.

    - ... Crac... ma chevelure qui se tord pose un accent grave au coin de sa bouche. La mèche se sépare de la lampe. Son souffle me lèche sous ma chemise de suie. Il m'étreint d'une goutte de salive… m'éteind à perdre haleine. Pfuit... Le djinn de la lampe à pétrole est un convive masqué de verre.
A suivre...

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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 23:17

Le marchand d’oiseaux

 

          Les deux mains appuyées très fort contre mes oreilles j’attendais que le bruit insensé qui venait de me réveiller en sursaut cesse enfin.

Et quoi de plus vide de sens qu’une boîte de soda roulant sans fin  pleine de tous les petits cris poussés par un corps qui ne pourra jamais rejoindre le ventre chaud et doux d’où il vient ?

Ab-sens. Absence.

- Hi hi hi… tu es têtue… ricane le marchand d’oiseaux assis juste à côté de moi.

Froid. Gris. Mouillé. Cauchemar. Ma tête vide. Mes pas sur un pavé poisseux et poli. Poli dans les deux sens du mot. Celui sur lequel on glisse comme un Pierrot sans chandelle pour allumer sa plume. Poli mais pas du tout polisson. Non. Pas un peu de poussière de lune pour poivrer cette absence de sens justement… Et cette boîte de soda dans laquelle je butte… Hi hi hi…

Ab-sens. Absence.

Voilà les mots tels que je les aurais écrits si je n’avais pas rencontré le marchand d’oiseaux. Voilà les mots qui dénudaient mes nuits…

Et justement j’aurais aimé te raconter l’histoire du marchand d’oiseaux avant les premiers froids de leur départ. Aux oiseaux. J’aurais aimé esquisser pour toi sa silhouette de vieil enchanteur. J’aurais aimé jouer avec toi aux mots qui se font des glissades du haut de la dune d’or paillée jusqu’en bas et puis s’envolent sur des harpes légères.
              Jouer avec les mots c’est ce que je fais d’habitude dès mon réveil. Mais là rien.
              - Hi hi hi… comment ça rien ? Sourit le marchand d’oiseaux.
             Non rien… Ça ne marelle pas dans ma tête ni dans mon ventre coquelicot. Ce qui est encore plus grave… Comme si je soupçonnais que peut-être un jour partis avec les parfums ils pourraient ne pas revenir. Les oiseaux.
            - Ça alors !… Ne pas revenir… Quelle idée !

Et justement c’est parce que ça ne marelle pas dans ma tête que je pousse la porte peinte en rouge on ne sait plus quand  aux écailles qui font tendresse sous mes doigts. La porte du café “ Au chien qui fume ” où tu me donnes rendez-vous à tes retours d’usine le dimanche vers sept heures du matin alors qu’il fait frais.

Légers nos petits matins entre réglisse et roudoudous roses cendre et framboise tandis que tes yeux de fatigue pétillent ces douze heures croquées par le dentier en or massif du temps sans âme. Légers tes cils qui chatouillent mes paumes en attendant deux grands chocolats dans des petits pots de faïence blanche à la cannelle. Tes soupirs coulent sur mes poignets jusqu’au sommeil alors comme si tu étais mon enfant. Et nous nous berçons de coups de langues au fond des tasses jusqu’à ce que tu reprennes la route goudronneuse vers ta demeure couverte d’oiseaux. D’oiseaux quand il y en a…

 

Grave ce palet dans lequel je tapais lorsque j’avais dix ans tout juste comme dans une boîte de soda pleine de petits cris. Au lieu de se coucher chiennement entre les pattes du mot ciel il s’enfonce en faisant un bruit d’arme automatique qu’on décharge - ratata boum boum boum - s’enfonce tout le long du boulevard à l’intérieur de mes oreilles. C’est certainement déjà une brouillard symphonie où les passages me sont tous inconnus quand tu n’es pas là. Car tu joues pour moi seule de l’orgue de brouillard au cœur d’une cathédrale de chaleur complice.





A suivre...

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Jeudi 6 novembre 2008 4 06 /11 /Nov /2008 22:40

La Closerie des Lilas suite et fin

          - Inconnu ? avais-je répondu à l'infirmière des urgences qui m'avouait son soulagement de pouvoir enfin inscrire un nom sur la fiche de ce jeune garçon qui n'avait pas repris conscience et qui aurait pu être son fils.
          Et voyant que dans mes yeux deux larmes s'allumaient auxquelles je résistais d'une grimace de clown débutant ne voulant pas dilapider nos provisions de rire elle avait serré ma main qui avait froid dans la sienne en disant :
          - Allons… tout va aller bien maintenant…
          Non. Mon ami le joueur de guitare et moi nous ne nous étions jamais assis ensemble dans ces bars parisiens où jadis les artistes blacks avaient fait flamber le blues qui vient des ghettos ressemblant au nôtre comme un frère alors que le génie de la petite musique enflammait ses mains et les entraînait dans la danse des nuits entières à la lueur fauve et garance des squatts éventés de la rue de l'Ouest. Sans doute arrivions-nous trop tard à pas de loups sur nos semelles macadam.
          Dehors. D'habitude je la regarde de dehors. Assise sur un banc. Mais à cause de l'encre grise du lavis qu'Hokusai avait fait à vos yeux j'avais laissé devant la porte qui tourniquait mes semelles macadam en souhaitant avec folie que Rimbaud passant par là me les ravisse. Car sans ravissement comment aurai-je pu poursuivre le chemin d'errance et de petite solitude où mes amis m'avaient a bandonnée ?
          Oui. L'amitié cet amour sans violence et sans déconvenue était l'unique absinthe s'écoulant d'or et de vert dans son alambic à laquelle je me saoulais sous les lampes à gaz des vieux bistrots ramenant leurs marins à table après la traversée des stupeurs océanes. Alors il ne me restait plus qu'à écouter et à retranscrire des mots. Des mots qui sans la plaque de cuivre qui allait les maquiller d'encre seraient demeurés comme nous tous des inconnus.
         Lorsque nous nous sommes quittées sur le bord du trottoir à côté du banc resté vide à cette heure de la soirée qui craquait de froidure vous avez dit en m'embrassant comme si je n'étais pas cette étrangère rencontrée n'importe où dans ces coulisses où l'on parle de littérature et de poudrerie :
          - Il faudra que vous veniez à la maison…
          En enfonçant profondément mes poings dans mes poches j'ai songé que la prochaine fois peut-être je pourrais essayer de vous raconter une histoire qui commençait par ces mots :
          Dehors… D'habitude je la regarde de dehors…
          Assise sur un banc…
          Oui. La prochaine fois. Je suis sûre que je pourrai… me disais-je en touchant avec délice le bout de mon nez.

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