La locomotive arc-en-ciel suite...
Ecoute... écoute bien...
Chuff !... Chuff !... Chuff !...
Mais cette locomotive quand même elle est bien là. Au pied du gros pommier Richard songeait à elle sans ouvrir le cahier aux deux rails rouges interlignes. Il songeait aux quelques mots inutiles tracés en dessous dont il n'a parlé à personne. Il songeait à la sorcière qui ignore qu'il ne mange jamais de dessert.
Lorsque la bicyclette orange ne s'était pas annoncée et que la nuit repeignait les choses
de la salle de classe à sa façon y compris la cotte de mailles verte des lézards Richard ne se dépêchait pas de prendre le chemin du troisième arbre creux vu qu'il savait que là-haut la vieille
soupe aux coquillages à l'odeur de craie mouillée l'attendait.
A la lueur indigo de la veilleuse il avait maintenant une occupation qui faisait de lui un authentique chevalier. Il installait son cahier debout entrouvert à la
page où la locomotive sur ses interlignes rouges fumait et crachait. Puis il plantait le décor tout autour avec les petits éléments de carton et le passage à niveau dont la gare avait même un
jardin et des lilas mauves que des vaches vraiment noires et blanches tentaient d'importuner.
Pour le reste il poursuivait le zig-zag des rails à l'aide des bâtonnets de craie aussi
loin que possible et c'était embêtant parce qu'il manquait quand même les deux ruisseaux à cresson et le chemin aux genêts jaune d'or qui va jusqu'au bout. Au bout quand on descendait de
l'estrade alors là c'était l'océan et la locomotive s'arrêterait juste au ras des petites vagues parées de leurs colliers de goémons qui en quelques coups de langue la couvriraient de fleurs de
sel.
Chuff !... Chuff !... Chuff !...
C'était un des derniers jours de mars mais on sentait déjà que le printemps allait faire quelque chose de pas ordinaire car il s'était pointé par l'entrée des
artistes avec pâquerettes et boutons d'or sous la pointe de ses pieds bien avant la date décidée dans les grimoires.
No No venait d'entrer dans l'entrepôt des locos. comme un tourbillon d'odeur de menthe poivrée et il
agitait sous le nez de Balthazar qui essuyait ses mains tartinées de cambouis une liasse de feuillets où on imaginait des tampons et des gribouillis mal fagotés par des types au museau
pointu.
- Voilà !... Ça y est... J'lai ai reçues c'matin les autorisations... On
va pouvoir le faire notre voyage... enfin !... Tu entends Balthazar ?... Ça y est !... enfin ça y est !...
- Je vois pas bien de quel voyage tu causes mon camarade... Non... j'vois pas...
Balthazar avait noté ces temps derniers chez No No le bossu une tendance à agiter nerveusement les
mains comme pour attraper des papillons et à parler tout seul avec véhémence mais ça n'était pas les bizarreries des humains qui l'auraient fait sortir de ses gonds. Balthazar qui pour cause
d'entrailles de locomotives était huilé de la tête aux pieds ne grinçait jamais même en cas de colère extrême. Il laissait juste filer entre ses dents un sifflement aussi paresseux que celui d'un
lézard vert au printemps. Et dès qu'il quittait les stars sapées de suie il se fringuait joli.
Comme c'était midi trépassé Balthazar avait entamé un sandwich aux sardines d'où pendaient deux feuilles de
salade fatiguées. Il s'abreuvait à grandes goulées au litre de rou
ge mais par égard pour No No il est allé chercher deux verres bien propres et un torchon blanc qu'il a posé à même le banc avec la bouteille vermeille par-dessus.
Entre deux gorgées No No a expliqué l'affaire qu'il avait mis des mois à réaliser et à
laquelle Balthazar était convié comme invité juste le temps d'un petit voyage au bord de l'océan. Mais ça n'était pas la peine de s'inquiéter tout était réglé et Balthazar ne s'apercevrait même
pas de son départ que déjà le retour se serait impeccable organisé et la vie aurait repris son cours.
Balthazar en avait l'habitude depuis le temps... Avec No No on était toujours plus tard qu'à l'instant
présent.
A suivre...
r à l'entrepôt des locos. où Balthazar continuait de démantibuler leurs
carcasses de gardiennes du passé.
des naufrageurs que l'océan
remplissait.
u chemin de fer de carton qui lui semble soudain plus effrayant que l'apparition de toute la tribu des Gitans. Ils doivent camper quelque part non loin du village
c'est certain.
Commentaires