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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Colères noires

Lundi 21 avril 2008 1 21 /04 /2008 16:52

Ce journal de Palestine nous l'avons tenu en 1993 au moment où les pourparlers de paix avaient lieu et nous comme tant d'autres on y croyait très fort... Marc photographe dans les années 70 en ensuite est parti préparer un livre témoignage en prenant des photos à Gaza et à Jérusalem juste avant la signature des accords de paix d'Oslo... Notre bouquin n'a jamais vu le jour... voici des extraits de ce qu'il aurait pu être... en vrac... Photo Marc Fourny  1993 Gaza Camp de Khan Younis
       Extrait du livre de Racha Salah L’an prochain à Tibériade publié en 1996 aux Ed. Albin Michel

      “ Nicolas, aujourd’hui Gouayr n’existe plus. Il a été rasé après le départ de notre tribu, le campement est devenu terre agricole. Non loin de là, les Israéliens ont construit une ville nouvelle, tout en dur, qu’ils ont appelée ‘ Majdal Garosar ’, m’a dit mon père. Je voudrais y aller. Voir ce lieu au moins une fois dans ma vie pour retrouver les endroits où ma famille vivait. Constater par moi-même que ce pays, imaginé, ressemble bien à l’idée que je m’en fais : un grand lac aux eaux claires, bordé par des vallons verts recouverts d’oliviers et d’orangers. ”

Extraits de Journal 93
      ( … ) Pour moi je crois que la seule chose que je pourrais dire aux Palestiniens c’est que la souffrance dans la chair d’être “ hors de soi ” qui va avec “ hors de chez soi ”… la sensation aiguë de ne pas pouvoir habiter son corps la coupure nette entre le désir la volonté qu’on en a et ce qui est impossible parce que tout autour se construit contre soi… cette souffrance je la connais… C’est tout ce que j’ai connu du monde en moi pendant 30 ans ce que certains appellent “ folie ” n’est parfois qu’une façon qu’on a de nous arracher la peau… Nous dépouiller c’est ça ?… Nous dépouiller de notre passion frénétique à être… être ensemble sans laquelle on n’est que la somme d’égoïsmes accumulés… Etre ensemble avec la chair et le jardin… Avec l’autre cet étranger dont je connais tout sans rien connaître…
      Mais je crois que c’est plus facile d’être une folle solitaire et marginalisée que d’être emprisonnés dans la démence d’un “ nous ” “ notre peuple ” “ nos martyrs ” emprisonnés par ce que ceux d’en face renvoient d’eux-mêmes en direction de ce camp de ces quelques centaines de mètres carrés où la réalité quotidienne est décidée programmée manipulée par d’autres… car depuis combien de temps les Palestiniens n’ont-ils pas été libres d’organiser sur leur terre un Etat où exister à leur convenance comme c’est le cas de la plupart des peuples ?
      Pour les jeunes Israéliens bientôt la question sera : comment répondre quand nous ne répond plus à ta place ? Quand soudain la certitude de l’infaillibilité de l’héritage est prise en défaut parce qu’elle ne débouche que sur de la mort… Quelle terrible violence faite à des corps encore enfants qui au lieu de découvrir la marque inaliénable de l’amour découvrent celle de la terreur… Ici se poursuit l’héritage et je ne te parle pas des enfants palestiniens qui ne sont eux depuis la naissance qu’une blessure… Programmés blessés… Alors qu’est-ce qu’on peut faire en face de ça mon petit frère ?… ( … ) Dom Photo Marc Fourny  Jérusalem 19993

Lettre de Marc, Juillet 1993


Salut Dom,

      Juste quelques mots ( tu vas voir, tu l’as voulu ma vieille… ), pour les dernières nouvelles. Et puis quand même faut bien dire que ta lettre m’a exaspéré ! Non, moi j’écris pas… Moi je suis abonné aux 9 heures frangine ! Moi je suis le tourneur sur un tour très perfectionné de pièces en terre pour des poêles suisses à bois censés chauffer à mort les familles congelées dans leur trou noir et leurs vieilles rancoeurs. Alors la terre comme symbole moi l’ouvrier ça me laisse plutôt froid si ça t’ennuie pas… Non, tout ça c’est pas vraiment vrai mais quand même tu pousses un peu !
      Alors donc, moi je pars comme prévu sans toi en Israël ( ou plutôt en Palestine ) si tout se passe bien fin août et j’espère y retourner pour plus longtemps fin de l’année car pour l’instant je suis raide niveau fric, malgré nos efforts d’organisation de notre projet… Tiens, ça y est je regarde que je viens d’écrire Palestine entre parenthèses et ça me fait penser à ce que je t’ai demandé un jour… Oui tu sais ma question sur pourquoi tu dis toujours Palestine alors qu’on entend partout parler de l’Etat d’Israël ?
      Ta réponse : “ Palestine c’est la terre comme celle du jardin de mon enfance aussi familière aussi douce aux lèvres et à dire ” … un truc comme ça ? Mais pour moi c’est compliqué et “ politiquement ” Palestine ça me dit rien tandis qu’Israël ça me dit autant que colons en Algérie. Ce sont toujours les mêmes qu’on écrit dans la parenthèse… Même pour un anarchiste comme moi ce sont ceux qui construisent un Etat qui donnent un nom à un pays. Toi tu dirais paysage… Photo Marc Fourny  1993  Enfants palestiniens jouant au cerf-volant à Gaza

Extrait du livre de Racha Salah L’an prochain à Tibériade

 

       “ Comme toutes les femmes du campement, ma grand-mère travaillait aux champs. Quand elle parle de sa terre, elle emploie le mot ‘ Dounia ’ : ‘ monde ’, une manière de nous préciser, à nous ses petits-enfants, que nous possédions alors un domaine immense. De combien d’hectares ? lui a un jour demandé l’une de mes cousines. Oum Salah n’a rien répondu. Les chiffres ne font pas partie de sa culture. La seule chose dont elle soit sûre, c’est que c’était une terre ‘ immense comme un monde ’, où elle cultivait de beaux fruits et légumes : aubergines, tomates, laitues, pommes et bananes. ” Photo Marc Fournt 1993 Portrait de jeune palestinienne à Jérusalem

Lettre de Marc, Juillet 1993 suite

      C’est vrai que tout ça n’est pas un jeu et j’ai de petites angoisses des fois en y pensant. Ce que je vais faire là-bas ? C’est pas des questions à poser à quelqu’un qui a seulement un CAP de mécanicien et qui a déraillé pile au moment où il a vu son copain de 14 balais pareil que lui dans l’atelier se faire prendre les doigts dans la fraiseuse et ressortir en hurlant.
avec un truc sanglant à la place de sa main… Depuis comme tu sais j’ai pas arrêté de fuir toutes les fraiseuses de la terre qui ratatinent les paluches des gamins voilà le hic…
      Et justement y a un trou immense dans la marée de ceux qui refusent de se taire devant le silence des hommes au cœur sec et à la liberté éteinte… Moi je suis dans ce trou et je ne sais pas pourquoi je crie quand je crie tout seul. Mais les mots, mes mots sont impuissants… Ils faut que je continue pourtant. Alors les images… peut-être que j’y vais à cause de tout ce qu’on a vécu avant, Che, la révolution des œillets, la Fraction Armée Rouge, le Larzac et nous avec nos rêves qu’on a pris en main de ces terres sauvages et de l’insoumission…
      Moi en refusant de porter les armes pour le défendre, j’ai refusé à ce pays d’avoir des droits sur moi. “ Son héritage guerrier ” comme tu dis, j’en ai jamais voulu. Mais c’est dans les cellules de l’armée que j’ai vraiment eu la trouille. Tu as vu que j’étais pas joli à cet instant-là… Tu sais, quand un copain à moitié fou se fracasse les poings contre les murs de sa cellule juste à côté tu flippes secos… Encore des doigts écrasés ça me suit… Rien à voir avec les camps de torture du Néguev, je sais… Moi tout ce que je peux donner aux Palestiniens c’est ma trouille et ma fragilité. La force ils l’ont, mais un regard qui connaît leur angoisse de la honte, de l’abandon du combat, de la mort programmée par d’autres et que tu n’arrives plus à chasser, car tout ça je l’ai eu dans le ventre… Je ne répond peut-être pas à ta question… mais si pourtant…
      Je n’ai pas encore bien défini la direction que je vais prendre, sur la bande de Gaza ça va assez mal. En l’espace d’un mois ils ont arrêté un cameraman de Reuter (  faut dire qu’il avait un nom arabe, ça aide pas… ) et tiré sur des photographes de l’AFP, de Sigma et de Contact, plus un cameraman de France 2 arrêté. Tout ça dans les camps de Rafah et Chatti, et tu rajoutes le journaliste anglais… Bon même si je ne fais pas du tout partie de la bande des “ tirailleurs ” venant aussi faire du cliché spectaculaire qui va le savoir ? Et puis en quoi ça me rendrait sympathique à des militaires aussi tarés que tous ceux de la sorte ? Pourtant c’est que je compte bien rester un homme vivant moi !
      Au début je pensais aller de Tel Aviv à la Bande de Gaza mais je suis indécis. D’un côté je n’ai pas vraiment le projet de faire du “ New”, d’un autre côté c’est un des points clef du problème palestinien et je ne suis pas prêt pour ça. Je veux suivre au plus près ce dont on a causé mais comment ne pas voir aussi que des gens crèvent à cause de la culpabilité silencieuse ( vis-à-vis des Juifs ) que nous ont refilée nos vieux ? ( … )
Photo Marc Fourny  1993  Jeunes enfants palestiniens à Jérusalem
A suivre...
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Vendredi 2 mai 2008 5 02 /05 /2008 12:23

                              Ma frangine sanguine
                                           Paris, 21 août 1997        Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…
      C'est un soir d'été très chaud dans Paris quand tu ne pars pas en vacances avec dans le fond un gros point rouge qui dure longtemps et qui éclabousse les dents des tours qui mordent dedans un gentil soir malgré ses senteurs passantes… Pelure d'oranges canettes et mégots qui se baladent autant dire qu'en dehors des beaux quartiers ça pue un peu un peu énormément même… Avec un copain qui n'a pas plus que moi de poudre d'escampette dans son sac à cette époque où tout le monde se retire des affaires sauf quelques bandes de rats d'égout obstinés on sort d'un petit boui-boui marocain bien sympath… C'est sur les boulevards là où il y a le grand cimetière des macchabées pas ordinaires enfin juste à côté pour ceux qui connaissent un lieu tranquille par nature…
      Trois filles qui réussissent une bouffe raffinée locale et des thés à la menthe comme en Arabie pas besoin d'y aller… Comme je fais toujours quand je traîne dans les quartiers plein de gens j'ai pris le dictaphone pour le cas d'une rencontre on commence par causer comme ça et puis après au fil des aiguilles ça remplit toute la bobinette… C'est ça qui me botte moi la conversation de hasard où s'étale sans en avoir l'air la confiture des histoires que les gens qui ne partent pas ont à revendre c'est chouette c'est la vie faut rien en perdre…
      Donc on reprend le chemin du retour vers Ménilmontant à vrai dire lentement parce qu'il y a comme de l'étouffement dans l'air des vapeurs sournoises entre poubelles et essence on a beau avoir l'habitude ça porte un peu au cœur quand même… Pour vous situer très exactement on remontait la rue des Amandiers tout ce qu'il y a de plus brave comme quartier pas bourgeois ni mesquin pour deux sous des gens comme nous quoi… A cette heure-ci de l'été presque dix heures des boutiques d'épiciers arabes qui fermeront pas de si tôt des chiens qui trimballent leur maître des mômes qui massacrent des ballons de caoutchouc ratatinés et des boîtes de conserves calme paisible y a pas à se plaindre…
      Un ou deux types nous matent assis au pied des marches d'un foyer d'émigrés ou adossés au mur le clope qui fait le tour et l'air pas là du tout… Comme je les comprends… Déjà pour nous c'est dur alors… Y en a qui sont allongés sur une sorte de truc ni jaune ni vert qu'on appelle de l'herbe je crois dans les piaules c'est sûrement pas tenable il rentreront quand il fera tout à fait nuit comme nous…
      On a à peine dépassé l'épicerie arabe “ Aux nuits de Shahrazad ” et un immeuble qu'on a même pas remarqué quand on entend un bruit sec comme une porte qui claque normal… Aucune raison que ça éveille un soupçon d'inquiétude ou d'intérêt après tout de suite on devine une cavalcade de pieds dans des escaliers très distinctement une fuite avec des coups et un peu des cris peut-être… C'est la curiosité et l'esprit fouineur qui nous fait arrêter d'un coup notre digestion bien pépère… On retourne quelques mètres et on prend presque sur nous une fille qui vient de rater au moins trois marches en descendant une sorte de tire-bouchon plus sombre que le désespoir… Pas le temps de vérifier que c'est un immeuble assez vieux comme il y en a plein dans le coin avec des petites piaules à l'étage et des valises partout empilées… Elle se tire en courant sur ses escarpins qui se tordent on ne voit pas son visage mais elle a l'air d'une jeune gamine pas plus de vingt ans en vérité…
      Y a une détresse dans tout son corps pourtant drôlement agile et souple avec des bonds jolis mais c'est pas le moment de s'extasier… Elle trébuche sur rien seulement dans ses pieds comme si le diable était à ses trousses bien sûr de fait y a quelqu'un derrière qui nous tombe lourdement sur les arpions sans nous remarquer tellement il a la colère… Moi jamais tentée par les coups et les vacheries je pense qu'il faut attendre d'avoir des informations plus amples ça ne va certainement pas être long à venir…
      - Sale putain !… je vais t'apprendre !… tu es qu'une salope… ma sœur est une putain!… une putain !       Elle a une jupe pas très courte noire à peine moulante mi-cuisses et des collants en plus cette chaleur mettre des collants c'est courageux ! Un sweet noir aussi plutôt vaste avec des paillettes mauves bleues indigo vertes luciole, et ses longs cheveux qui se mélangent henné et ambre crépus pas trop… Elle est vachement belle ! Je m'y connais en femmes depuis le temps que j'arpente Paris et ailleurs aussi et que je les regarde j'en ai pas vu tant que ça avec de la classe comme elle dans cette panique… Elle trébuche parce qu'il la harcèle comme un fou mais autrement elle volerait c'est réel j'invente rien… Elle se sauve puisqu'il y a rien d'autre à faire. Il est demi-hystérique mais elle a pas peur… je suis sûre qu'elle n'a pas peur… Pas honte non plus Rien elle est de l'autre côté de tout ça…
       - Non… c'est pas vrai… on a rien fait de mal… on discutait c'est tout…
      C'est raide comme aventure pour un gentil soir d'été j'ai la bouche sèche comme du sable et de la sueur qui mouille mon tee-shirt dans le dos… S'il la touche je lui plonge dessus je vais pas la laisser seule et fragile à mort… Sûrement pas… Sur le trottoir on est deux au moins deux filles parce que les autres ça compte pas…
      En tout cas c'est ce que je me dis à l'intérieur de mon estomac qui fait la boule… Moi qui sais pas me battre ça va être intéressant d'une baffe il m'enverrait faire l'oiseau dans le caniveau… Bon on en est pas là elle tente de lui faire face brusquement arrête son mouvement vers l'échancrure des boulevards si proches… Il y a des tas de mecs sur les boulevards… Elle serre son sac à main contre elle c'est son bouclier dedans il y a tout ce qu'elle ne veut pas perdre je sais j'imagine bien ce qu'y a dedans… Des photos de sa mère de son père au bled un autre été de toute la famille et surtout les plus petits et puis peut-être y a une autre photo aussi… son livre préféré avec des cartes postales que lui ont envoyé ses copines des bâtons de bleu indigo de vert luciole pour les cils parce qu'elle les veut plus longs de mauve pour les paupières de l'enfant qu'elle ne peut plus être et de rouge pour les lèvres aussi… Ma frangine sanguine…
      Farouche sauvage elle est comme Ophélie noyée dans leurs regards leurs milliers de regards d'eau sale mais elle ne se laissera pas tirer à aucun sort… Et triste parce que ça ne sert à rien pourtant elle veut lui répondre je vois son visage dans un éclair des lampes de la rue on vient de les allumer ça pétille drôlement c'est gai comme du champagne qu'on touille dans les guinguettes pour la fête de l'été… Sur le trottoir c'est pas du tout la fête… Elle a des yeux qui craquent de larmes mais elle pleure pas… Je vois parfaitement qu'elle pleure pas elle est sacrément courageuse son geste vers lui a duré une seconde ou deux pas plus…
      Lui il ne s'arrête pas il bondit sur le trottoir… Le trottoir devient un endroit malfaisant… Vite fait d'un trou sort un rat qui trouillard rentre aussitôt Sauve qui peut ! Lui se ramasse dans un vélo rouillé qui est appuyé à un panneau de sens interdit la rue ne manque pas d'accessoires toujours disponibles… Elle bouge pas… Heureusement qu'y a ce vélo sinon il lui tombait dessus il la massacrait sans doute… Qu'est-ce que j'en sais ? En fait je sais rien de ce qu'il ressent juste là pendant qu'il déchire la rue en hurlant… Ils l'entendent tous… Y a pas de doute ils sont au parfum maintenant c'est ça qu'il veut ? Et s'il aimait se faire du mal ?

      Lui le héros il a pas vingt cinq ans un môme qu'a grandi ici Jean délavé et baskets blanches avec le petit signe qu'on repère dessus un blouson d'une marque connue aussi comme les gamins branchés du côté de la Bastille ou du Châtelet… Il a mis toute sa paie dedans s'il bosse par miracle faut savoir que c'est vraiment un miracle de bosser ces temps-ci dans ces quartiers-là de cette ville très convenable et même dans tous les quartiers de toutes les villes c'est un miracle ça court pas les rues les miracles moins que les rats s'il bosse pas c'est sa vieille qui lui paie sans le dire à son vieux qui le sait et qui fait semblant…
      Je suis sûre que c'est un gamin plutôt gentil qui cherche pas les histoires il traîne sur les boulevards pour mater un peu avec ses copains et il s'occupe comme tout le monde qui n'a rien de particulier à faire… Il a pas la barbe de six mois ni les stigmates de la bêtise sur son museau pour ce que j'en distingue dans le champagne des lampes il a l'air gravement paumé sous son masque de redresseur d'erreur fatale de gardien de la virginité des sœurs des cousines des grands-mères est-ce que je sais… De qui il a endossé le costume par mégarde? Le vêtement lui va pas et il se prend les pieds dedans exprès sinon il l'aurait déjà rattrapée et frappée peut-être…
      - Putain!… vas à Vincennes… vas-y… T'étais assise sur son lit et tu faisais rien !… salope…
      Moi j'ose rien je sais pas m'en mêler j'ai peur qu'elle morfle des suites quand je serai plus sur les lieux pourtant je voudrais qu'elle sente qu'elle n'est pas seule qu'elle le sente si fort… Il balance un coup de pied vers elle et il la rate encore c'est la tragédie grecque mais y a pas le décor c'est pas grandiose pour un sou la rue avec les poubelles vertes en plastique et les collines d'oranges de l'épicerie arabe qui scintillent l'épicerie de Shahrazad et tous les vêtements du foyer mitoyen en train de sécher aux séchoirs des fenêtres…
      Ou bien c'est Venise sans les canaux et sans les soupirs y a personne qui meurt sur la scène y a pas de scène non plus simplement un trottoir qui résonne sous le claquement de ses talons qui marquent en passant le goudron tiède… Elle s'est plus retournée elle a pris la direction des Boulevards et elle s'est coulée dans la foule comme un lutin léger elle a disparu dans l'échancrure des pieds des mecs comme un oiseau…
      Derrière elle il restait nous et la rue des Amandiers qui monte en spirale vers Ménilmontant là où il y a encore des jardins avec des cerisiers l'été les amandiers ça sent rien mon copain tirait sur sa clope dans le moisi des escaliers du drame un point rouge cerise brûlant qui m'a fait penser à la lampe des théâtres… Le frangin est revenu mais on ne voyait pas ses yeux soudain il me faisait peur il a mis un grand coup de ses baskets avec le signe dessus dans la poubelle en plastique qui s'est renversée contre l'étalage des oranges de l'épicerie de Shahrazad il a mis un grand coup dans la carcasse du vélo et il a saisi le panneau à pleine mains et il l'a secoué en criant c'était de l'arabe je crois parce qu'on ne comprenait pas mais y avait pas besoin de comprendre y avait qu'a regarder les oranges se débiner dans le caniveau et l'égout et le néant en dessous de nos godasses en dessous de l'été de la rue des Amandiers où il y a un théâtre populaire parisien qui fait relâche comme tout le monde…
      On a tiré le rideau et on a emboîté le trottoir sans se consulter dans le sens où elle s'était enfuie on s'est retrouvés au milieu des pieds des mecs des odeurs et du bruit… A la terrasse du boui-boui marocain y avait juste une table vide au milieu des tajines qui sentaient trop bon pour la circonstance la boule de l'estomac a dit “ rien qu'un thé ” et on m'a obéit j'ai sorti le block notes et le plume noir de la sacoche du dictaphone en faisant tinter le plateau de cuivre avec mes ongles mon copain a grillé un paquet de cigarettes lentement…
      Les mots se débinaient comme les oranges dans le caniveau comme les rats comme les talons sur le trottoir… L'épicerie de Shahrazad venait de fermer… Un gamin épluchait une orange sanguine assis sur un bidon d'huile en fer blanc quand il a mordu dedans le jus a éclaté sur sa figure et il a passé sa langue le plus loin qu'il a pu le goût sucré de l'orange a duré aussi longtemps que la saveur amère de l'écriture… Lorsque j'ai tourné la tête ils étaient tous partis ailleurs c'était vraiment une nuit d'été muselée de silence à l'intérieur de la boutique des filles un petit point rouge brûlait comme un trou dans le cœur…
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Vendredi 20 juin 2008 5 20 /06 /2008 17:36

Après un premier article dont j'avais pris des extrait dans le magazine des Femmes en mouvements n°7 de Juin 1978  il était question des femmes de mineurs et pour rendre hommage à nouveau à cette arrière-grand-mère dont je vous ai causé dans mon histoire des familles ouvrières paysannes : Mémé... voici un nouvel extrait de ce magazine où y a tout ce qui nous manque tant aujourd'hui concernant les conditions d'existence de nous autres les gens qui depuis toujours ont trimé marné besogné... Il s'agit des femmes des usines du textile où Mémé à bossé dès 8 piges en 1884 donc... Mais là quelques cent ans plus tard les conditions de travail ne sont pas meilleures comme vous verrez... A toutes les femmes qui ont eu leur vie pourrie par le travail je dédie cet article...
 

        On vit sans vivre
           Article extrait du magazine des femmes en mouvements
           N°6 Juin 1978  

Mémé à 40 ans en 1916 

      Rien ne va plus dans le textile, ce secteur industriel qui emploie plus de 80% de femmes.

      En trois ans, 150000 emplois de supprimés. Sans parler du chômage partiel très développé. Des salaires de 30% inférieurs à la moyenne générale. Sans parler des conditions de travail souvent très dures et même insupportables ( debout, le bruit, la poussière, la chaleur… ) et sans parler de toutes les maladies honteuses qui prolifèrent dans un secteur en crise ( sous-traitance, dépôt de bilan, travail à domicile… ).

      A Watrelos, chez Du Sartel, la direction répète toujours que c’est une des plus modernes filatures sur place. Pourtant les conditions de travail y sont particulièrement pénibles.

      Une ouvrière raconte :
Ça, pour du tape-à-l’œil, il y en a : des millions de dépensés pour installer des salles de repos et surtout une salle de réception, avec climatisation, sono, ameublement de style… Ce sont les vitrines de la boîte qu’on montre à tous les visiteurs qui viennent s’extasier devant nos installations. Mais le réfectoire ? Il date des débuts de l’usine ; aucun plat n’y est servi. On n’a aucun poste d’eau potable dans toute l’entreprise ! Conséquence : on n’a même pas pu installer de distributeurs de boisons.
      Quel bruit ! quelle odeur ! Si tu veux, on peut parler des conditions de travail : les plus pénible, c’est le gazage. Les filles sortent de là après leurs huit heures toutes noires comme si elles remontaient de la mine. Et quel bruit dans l’atelier ! Que de poussière ! ( leur travail consiste à passer la fibre au gaz pour enlever les impuretés ). Et impossible de s’en débarrasser. Eh bien ces filles-là ont le même salaire qu’aux autres postes. Avec une prime d’insalubrité : mais tu sais de combien, la prime ? Environ 50F par mois !
      On ne profite de rien. A l’emballage, c’est dur aussi. L’enfer du rendement. Les filles “ bourrent ” tant qu’elles peuvent pour arriver à gagner un peu plus que le SMIC. Ce sont surtout des jeunes, et qui ne tiennent pas le coup longtemps. Un sandwich avalé sur la machine, même pas le temps d’aller aux wc ; et le matin elles arrivent à 4h30, une demi-heure après la mise en route générale pour gagner du temps ; mais c’est dangereux car elles font démarrer les machines dans le noir.

      Faut voir les problèmes de santé dans ce secteur ; des histoires de colonne vertébrale, des maladies des bronches, et surtout une sacrée fatigue nerveuse. Une fois sorties du boulot, on ne profite de rien, on est trop crevées.
      400 bobines de 2 kilos Moi, je suis dans le secteur du bobinage. C’est très moderne, paraît-il. On vient d’installer de nouvelles machines ; mais elles sont plus hautes, donc plus d’effort pour y poser les bobines ; et les bobines sont deux fois plus lourdes.
      On travaille debout - d’ailleurs toutes les ouvrières travaillent debout dans l’entreprise. Moi je suis voyageuse de banc à broches. J’explique : je dois mettre les bobines, les retirer, les poser sur le haut de la machine. Cela fait environ 400 bobines à manipuler. Chacune pèse deux kilos. A la fin du poste, je t’assure, on est complètement éreintées. Pour ça je suis payée 11,50F de l’heure ( à déduire 10,90% pour les différentes retenues ).
      On est une dizaine de femmes dans l’atelier. Les deux chefs sont des hommes. Le contremaître en chef, lui, doit se faire dans les 6500F par mois ! D’ailleurs sur les 643 salariés de l’entreprise, il n’y a que deux femmes cadres : une secrétaire de direction et une au centre d’apprentissage de la boîte.
      Pas de promotion pour nous les femmes dans ce genre d’entreprise ! Aussi la retraite, si tu la prends à 60 ans eh bien ! tu touches 1100F ! Impossible donc de s’arrêter avant.
      On vit, sans vivre Nos horaires, c’est ceux des 3/8 : de 5 heures à 13 heures, de 13 heures à 21 heures. La nuit ce sont des travailleurs immigrés, des Algériens, qui la font, avec les mêmes salaires de misère que nous.
      Alors pour celles qui n’habitent pas Watrelos, quelle vie ! Le car de ramassage ou la mobylette. Ça en pleine nuit, en plein froid. Certaines ont opté pour une solution qui n’est pas moins pénible : elles sont hébergées au foyer de la filature et ne rentrent chez elles qu’en fin de semaine. On vit, sans vivre. D’abord le travail ; et après, s’il en reste, la vie personnelle.

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Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /2008 23:31

Siné sème sa zone  

Paris, lundi, 4 août 2008

      Ces derniers temps on était un peu en vacances l’ami Louis et moi comme vous vous en doutez et notre semaine modeste à Saint-Malo surtout début juillet où il a fait que faire pas beau a été trop trop courte scrogneugneu ! Même quand c’est la tempête et le temps mistigri le long de la plage du Sillon que les connaisseurs de la Bretagne ne peuvent pas oublier tellement c’est un coin d’extase pour les amants d’océan on est bien à mourir et c’était le cas cette année… On a eu droit à une marée de haute-mer le 8 juillet je crois je vous filerai les photos en fin de semaine quand j’aurai un peu rangé le bazar d’images qu’on a rapportées comme d’hab… Et les vagues s’éclatant contre la muraille de granit de la chaussée pour éclabousser à plusieurs mètres de hauteur c’est un spectacle qui ne lassera jamais les apprentis malouins qu’on se le die…

      De plus en plus qu’on adopte Saint-Malo la ville et ses habitants nous le rendent bien avec la façon d’accueil des Bretons qui pour avoir bourlingué dans le monde sont tout sauf fermés aux autres quoi qu’on en dise ! On s’est fait des poteaux dans les p’tits bistrots les p’tits restaus enfin partout où c’est bon et même les sternes aussi plongent exprès pour nous rapporter des poissons scintillant on est les enfants du pays nous autres les p’tits d’la banlieue ! Empêche pas qu’il a fallu retourner à Epinay pieds dans l’eau un peu vite pour n’pas claquer tous nos sous et pour travailler aussi à notre prochain Cahier des diables bleus qui va sortir en octobre 2008 et qui causera de La banlieue des travailleurs Sans parler de notre blog des Cahiers qui vogue la galère sans capitaine à bord depuis un mois c’est trop ! Ouala ! y fallait revenir et je suis revenue aujourd’hui et me voilà…
      Sauf que pendant ces journées dans notre cité de banlieue où on a pas chômé vu qu’on s’est fait une visite au Musée des arts premiers mater l’expo sur les créations des artistes des îles de la Polynésie au XVIIIème XIXème siècle allez-y c’est magique de génie de créativité et de force d’expression comme tout ce qu’on découvre dans ce Musée qui est un vrai bonheur !… oui sauf que j’n’ai quand même pas assez déconnecté de notre crasseuse réalité qui nous poisse les plumes depuis plus d’un an maintenant pour ne pas avoir le vent en poupe qui me siffle sur les oreilles au sujet de l’affaire d’écriture du moment… le virage de Siné du journal Charlie-Hebdo et ses suites m’a laissée ahurie mais depuis un an que l’ahurissement nous rend quasi niais et autistes pas à s’étonner…
      Pas de bol pour moi en tout cas vu que quand ça m’arrivait encore par obstination à ne pas me résigner à la faillite de toute expression libre et libertaire dans ce fichu pays d’acheter Charlie à la gare du Nord en prenant le dur pour Epinay le mercredi la première chose que je faisais c’était de fouiner à la fin pour trouver la chronique de Siné Siné sème sa zone qui me faisait invariablement étouffer de rigolade et c’était bon parc’que l’air renfrogné et vide des voyageurs après leur journée de boulot ça fait mal ! Siné c’était quasi le seul que je lisais dans ce journal devenu insipide et sans la moindre créativité d’écriture et sans la moindre passion à relever le museau face aux bouffons sinistres et gluants de la bavouille littéraire et journaleuse…
      Ouais… ça n’vous étonnera pas celles et ceux qui me connaissent un brin que je m’y retrouve dans ses bafouilles drôlatiques et mordantes vu que l’anar que je suis n’est pas prêt de lâcher le morceau quant à l’esprit critique et la caricature de la bêtise humaine et à l’heure qu’il est on en manque pas ! Donc Siné me refilait de l’énergie pour gribouiller mes petites chroniques et mes trucs de mon côté en me disant que pas nombreux on est à écrire ce qu’on pense en toute liberté et à être prêts à se faire fiche dehors de toutes publications qui nous demanderaient de dire le contraire… moi c’est déjà fait merci… plutôt que de lécher les trottoirs derrières les autos laveuses comme c’est le cas de la majorité des gens qui nous fatiguent avec leurs mots bouillis rebouillis javel détergent amoniaque niac niac y’a pu rien !…

      Et tant qu’à faire que de causer autant citer mes sources vu que moi je lis les paplars dont il est question dans mes articles et que quand j’étais responsable de rédaction d’une revue je lisais l’intégralité des textes qu’on publiait et y avait parfois 450 pages ! Alors un rédac chef tel que P.Val qui lit trois lignes d’un texte et ensuite dit que de toute façon il ne lit jamais plus car ça lui pète la tronche c’est un bouffon un blaireau un gros nul !
      Bref nous y voici Siné est depuis des lustres un gars qui ne supporte pas le colonialisme ni l’injustice abjecte et absurde hiérarchique qui fait que le monde est divisé en dominants dominés… en « gagnants » et en « perdants » en forts et en faibles en puissants et en fragiles en héros et en … quoi j’en sais rien tellement c’est branque mais c’est comme ça que ça fonctionne dans le crâne de pas mal de gogos…
      Inutile de revenir sur son implication active et ses prises de positions au moment de la guerre d’Algérie en faveur des Algériennes et des Algériens… de l’Indépendance et de l’insoumission à cette guerre pourrie… il a fait le choix juste et n’a pas changé par la suite dans son soutien au peuple palestinien face à l’occupation israélienne et au régime d’apartheid qu’il subit chaque jour depuis 1948. Et si y a bien une chose à quoi je tiens de mon côté c’est à mon engagement dans cette réalité-là depuis des années ! J’ai fait pour ma part partie de l’association France-Palestine et aujourd’hui je revendique toujours ma position inchangée également à travers les mots des poèmes et des articles que j’écris… Or rien qui fasse plus bêler les apôtres de la privation de la liberté de s’exprimer que de défendre la cause du peuple palestinien !
      Comme si le « terrorisme » qu’on met évidemment à toutes les sauces était uniquement le fait des individus et jamais celui des Etats alors que c’est tout le contraire et qu’il suffit d’avoir un peu lu et réfléchi sur ce sujet pour trouver le bout du fil qui permet de détisser ce mic-mac dans lequel nous sommes ligotés depuis que le premier homme a entrepris de faire un parcours en solitaire à l’écart des groupes des clans des tribus des familles des états et du reste… et qu’il l’a payé de sa peau… Donc Siné comme d’autres créateurs marginaux Léo Ferré Béranger Mahmoud Darwich Henri Bukowski Céline Jean Sénac Ousmane Sembène et tant de frangins rebelles n’entre pas du tout dans la propreté langagière de notre petite époque minable où faut se courber devant les princes qui ont d’ailleurs tous besoin d’un tabouret…
      Donc ce qui me fait aimer la liberté d’écrire de gueuler de penser de rêver de se contredire de s’insurger de se tirer aussi quand ça pue de trop autour rencontre parfois une forme de passion copine … entre solitaires on se sent on se reconnaît et on s’en va… Voici quelques mots de Siné piqués dans sa défunte chronique Siné sème sa zone du Charlie-Hebdo n°785 du 4 juillet 2007 y’a un an…

      “ En philosophie, comme en politique, c’est une impossibilité logique que de dire que l’on consent librement à un amoindrissement de la liberté. On ne peut consentir librement qu’à une consolidation ou une progression de la liberté. ’ C’est Philippe Val qui écrit cela, dans son dernier édito, à propos des élections palestiniennes qui ont donné une victoire incontestable au Hamas. Bien qu’il la reconnaisse légitime, il ne la juge pas ‘ démocratique ’ car il l’estime due à une ‘ aliénation antidémocratique ’ Cela vous étonnera peut-être mais je suis on ne peut plus d’accord avec lui.
      Où il ne le sera probablement pas avec moi, en revanche, c’est que je dresse absolument le même constat quant au résultat des élections israélienn es désignant le criminel de guerre Ariel Sharon à la tête du gouvernement pas plus que celle, récente, française, nommant Nicolas Sarkozy à nos commandes ! A mon avis, les Israéliens et les Français, pourtant considérés comme des démocrates conséquents, sont au moins aussi aliénés que les malheureux Palestiniens ! ”

Jeunes palestiniens à Gaza en 1993
Photo de Marc Fourny



      Voilà pour ce qui est des “ exagérations ” de Siné qui semble savoir de quoi il cause vu que ses engagements politiques n’ont pas été que des mots par le passé comme c’est le cas pour pas mal de bien pensants et de redresseurs de torts mais après… toujours après… Bien sûr ce dont il s’agit c’est de défendre le droit de s’exprimer dans ce pays où comme l’ont écrit pas mal d’autres personnes qui se sont manifestées sur le sujet on a l’impression désormais d’avoir un énorme couvercle sur la tête et de ne plus pouvoir moufter alors que justement il faut continuer à gueuler et à se bouger pour que ce monde ne soit pas qu’une marmite remplie à dégueuler de ragoût de moutons…
      Et je dois dire que de voir parmi les personnes qui ont apporté leur s outien à cette cabale figurer le nom d’Hélène Cixous que je pensais connaître bien m’a encore un peu plus fait songer qu’y a urgence à dégoupiller cette saleté de mic-mac qui fait déraper les êtres les plus fins les plus sensibles et les plus intelligents en direction d’une simplification des notions de bien et de mal de licite et d’illicite alors même qu’ils ont toujours défendu par le passé le droit de tout dire ( la revue Autodafé à laquelle participe Hélène Cixous a été créée pour prendre la défense de Salman Rushdie ) et celui qui n’est pas contradictoire de refuser qu’on sépare et qu’on oppose les gens en fonction de leur race de leur religion de leur origine de leur culture etc…
      Ce retour parisien est un peu hard mais rien d’étonnant… il faut toujours se battre pour ce qu’on a conquis y a pas si longtemps : le droit à la liberté sous toutes ses formes et celui de défendre la liberté des autres quand elle nous semble en péril… Ouaouf ! Ouaouf !…
      

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Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /2008 17:40

                             Mahmoud Darwich est mort

Le plus grand poète palestinien nous a laissés avec notre solitude sans lui samedi 9 août... 
Ahurie de détresse et de peine j'ai écrit sur le coup ces quelques lignes pour essayer de dire ce que cet homme a représenté dans ma vie... on excusera les approximations... les répétitions... 
La perte d'un poète c'est immense... on ne le sait pas... il faudrait le dire...

Toutes les pages du blog cette semaine seront consacrées à la Palestine à Mahmoud à ses poèmes...

Néanmoins je suis très loin d'être une spécialiste donc vous trouverez à la fin de cet article les liens avec les sites qui vous permettront de lire ses textes et ceux des poètes palestiniens. 

Sur notre blog les deux articles " Journal de Palestine " se trouvent aux dates suivantes :
Palestine... Journal 1 dans Petites notes de lecture le 02 04 2008
Journal de Palestine 2 dans Colères noires 21 04 2008

Oilvia Zemor et toute son équipe de la librairie Résistances dont vous avez le lien sur notre blog travaille avec des assocs palestiniennes. C'est un contact précieux.

A toi Mahmoud...
  

Epinay, dimanche, 10 août 2008

                Les Palestiniens sont des enfants abandonnés et nous aussi…

" Au dernier jour sur cette terre... "
     

        Dimanche matin ce 10 août comme d’habitude après avoir pris un petit déjeuner que l’ami Louis prépare avec sa gentillesse coutumière je jette un coup d’œil distrait sur les news des journaux en ligne… Libé et Le Monde encore deux feuilles de choux pas complètement bouffées aux limaces baveuses à souhait de la journilastiquerie…
        La guerre… les JO… les faits d’hiver devenus d’été pour nous déshabiller la pensée avec le reste qui suit avant… Rien… ou la furie tranquille du temps…
        Mon œil balade le long des colonnes gauche droite… droite gauche… et Crack !… “ Mahmoud Darwich dans un état critique à l’hôpital de… ” je zappe le nom… le flash obscur total dans mon crâne mes yeux tout… le vide… “ de… quelque part aux US… ” Un tir de mitrailleuses lourdes au silence épouvante… Mahmoud… état critique… hôpital… cœur ouvert… Un quart de seconde avant après je sais… sens… on sent ça à des milliers de kilomètres… il est mort…
       Mes yeux brouillés… ma peau hérissée… mon cœur mon cerveau qui refusent d’accepter… je relis tout l’article lentement… date d’hier vu que c’est dimanche… Je n’ai pas la téloche… tout le monde doit savoir déjà… personne ne m’a prévenue… ni mail ni SMS… mais vacances… et qui sait ce que ça signifie pour moi…
        Mahmoud… le temps immense interminable un fragment de seconde encore pour comprendre ce que ça veut dire… et ça y est la machine est en marche celle que t’arrêtes jamais au milieu de la folie infâme de la mort des amis des frères des poètes…
        Flaouf ! quinze années de ma vie qui se plantent… bobine arrêtée… 1993… la rencontre avec L’Indien Rouge ”… La Revue d’études palestiniennes Mahmoud Darwich… le plus grand poète arabe… la Palestine… un engagement une vie entière… Si tard dans ma vie à moi si tôt… 
        Mahmoud… C’est toute mon existence qui bascule s’envole se pose… en écriture en combat en naissance à un temps d’engagement et de création partagés… avec les écrivains du monde arabe et puis les créateurs d’Algérie…
        “ Mahmoud Darwich le poète palestinien est mort à l’hôpital de… il était né en 1941… ” FIP à 10H50 les infos ordinaires le couperet l’absence… “ Trois jours de deuil en Palestine… ” 67 ans c’est pas possible… sa maladie je n’savais pas… je lis pas les trucs sur la vie intime des gens… ses poèmes dans la bibliothèque qui me regardent… vivants et gardiens de lumière…
        Des pensées explosées dans ma tronche… aucun sens… à cœur ouvert… c’est comme ça que tu as vécu Mahmoud… ton cœur plus grand que le monde… Le foot… la Géorgie… les incendies… une nouvelle parmi d’autres… Deux bulletins d’infos plus tard il n’y aura plus traces de toi… un poète palestinien qui meurt… c’est qui ?…
        Je saute de ma chaise… le tel portable il est où… mes amis poètes… faut que j’écrive à quelqu’un tout de suite… l’ami Louis sort de la salle de bains encore mouillé de la rosée de la douche… comprend pas… c’est quoi ces larmes de désespoir d’un coup… mate l’écran me prend dans ses bras… Louis mon petit compagnon tu ne peux rien pour moi… ta tendresse ta douceur ton amour ta présence… qui pourrait d’ailleurs…
        Tout est balayé par le trou le rien et la colère et le désarroi infini total… la salope que je hais depuis des années depuis toujours que je traque dans l’agonie de mon père… quinze jours pour crever… la mort de Sadek écrivain poète d’Algérie mon petit frère… Et puis Jean mon ami… Jean Pélégri y a quasi 5 ans… Jean septembre 2003… à cœur ouvert… ça qu’ils ont dit… les poètes on crève tous à cœur et à main ouverte… les mots du poèmes de Jean Sénac… “ Cet homme avait la main ouverte… ” quelques mois avant qu’on l’assassine…
        Là c’est peut-être pire encore… Mahmoud… le plus lumineux des poètes arabes… notre combat au travers des mots… la Palestine notre rêve de fraternité… aujourd’hui les Palestiniens sont des enfants abandonnés et nous aussi… un terrible désarroi…

" Arbre mon frère. Ils t’ont fait souffrir tout comme moi. Ne demande pas miséricorde pour le bûcheron de ma mère et de la tienne. "
Le Discours de l'Indien Rouge

        


      Je saute sur le tel portable appeler quelqu’un qui sait… besoin ultime de causer tout de suite à quelqu’un pour qui c’est… insupportable… non pas parler… peux pas… écrire oui c’est ça écrire… fais défiler les noms je sais qui… pas vraiment une amie pourtant mais la mort des êtres de feu ça te remet les compteurs à zéro… presque… la vie en face des trous… la grandeur sans quoi on est rien… Mahmoud la grandeur un homme un poète debout face à la Knesset le parlement israélien où on a lu son poème… “ Palestine mon pays ”…
        Mes yeux brouillés je tape le nom… Djalila… peu importent nos différents vague querelle… Mais Djalila sait… Mahmoud elle l’a connu appris l’arabe pour lire ses poèmes le lit à la moindre occasion…
        Flaouf ! deux ans en arrière le Salon du Livre à Luxembourg… Djalila lit un poème de Mahmoud en arabe et traduit en français… les gens écoutent… les flash des quinze années en arrière ou plutôt des treize à c’moment-là m’embarque… je suis toute seule au milieu du hall d’exposition immense…
        Juillet 1993… la petite maison dans la Creuse… la mort encore elle la salope l’ogresse au ventre velu plein à craquer… ce 14 juillet c’est Léo le plus grand des poètes pour notre génération des sixties qui se taille en rigolant emportant la révolution sur son dos… Léo l’anar au cœur généreux qui nous laisse nous les enfants de la lune dans ce monde de plomb…
        Et la vie tourbillonne… la mort de Léo c’est vingt piges de la mienne de vie qui croulent au néant mon adolescence Baudelaire Rimbe Lélian… C’est extra jolie môme la solitude… Je n’avis pas m’en remettre… Je sombre…
        Et la vie tourbillonne… au creux de la nuit je peins écoute France-Culture pense à mon ami Marc qui part en Palestine dans un mois avec son appareil photo pour Gaza… De la Palestine je n’connais rien ou presque… Genet… “ Quatre heures à Chatila ”… à cœur ouvert avec les Palestiniens depuis toujours…
        Et la vie tourbillonne… au creux de la nuit une voix lit un poème en français mais la musique des mots est arabe… le rythme est arabe… Clouée sur la chaise des pinceaux dans la bouche mon habitude de concentration extrême la chair de poule… c’est “ Le Discours de l’Indien Rouge ” du poète palestinien Mahmoud Darwich qui vient d’entrer dans ma vie et qui va être à l’origine de tout ce que j’ai écrit depuis…
        Mon écriture mes poèmes mes critiques littéraires mes récits mes contes tout vient de là… tout est né là cette nuit de Juillet 1993 avec la rencontre qui arrivait juste quand il le fallait… la rencontre de Mahmoud…
        Mahmoud… j’écris à Djalila… je viens d’apprendre pour Mahmoud… de tout cœur avec toi… une grande tristesse… un infini désarroi… les larmes coulent et m’empêchent de voir… j’expédie… je fais défiler les noms… Cécile Oumhani… elle aussi elle sait poète et tunisienne au cœur… un peu comme moi l’Algérie… des soirées lecture ensemble des Salons du Livre… Cécile m’a fait publier des poèmes les seuls dans la revue Voix d’encre elle a aimé Blues Bunker écrit un article on a fait des entretiens sur ses bouquins… on a une histoire quoi… J’écris à Cécile… les Palestiniens sont des enfants abandonnés nous aussi…
        Flaouf ! Sur ce texte de Mahmoud “ Le Discours de l’Indien Rouge ” qui a tout chaviré j’ai fait une cinquantaine de dessins à l’encre… A mon retour à Paris en 1995 je cherche au hasard une revue pour en publier un ou deux… connais personne… fonce comme je fais toujours à l’intuition si peu à perdre… j’ai la baraka je rencontre Keneth Brown le responsable de la revue Méditerranéennes et dans sa turne y a ce jour-là un ami de Mahmoud Fawaz T. et la photographe algérienne Joss Dray… 

 " Nos noms sont des arbres modelés dans la parole du dieu et oiseaux qui planent plus haut que les fusils. Ne coupez pas les arbres du nom, vous qui venez guerre de la mer. "
          Le Discours de l'Indien Rouge
       


         Keneth Brown dit qu’il faut demander à Mahmoud son accord pour publier mes images… Fawaz T. propose de l’appeler au tel il est à Paris où il vient des fois… Innocente… j’ai cru ce jour-là que la vie c’était un truc formidable… Fawaz fait un numéro et parle à quelqu’un en arabe il raccroche et il me dit que Mahmoud est d’accord pour voir mes dessins… on ira ensemble vu que je n’cause pas l’arabe et pas bien l’englische… il me donne son numéro de tel et me file rendez-vous dans deux jours…
        Et la vie tourbillonne… on se sépare moi je rentre en RER dans la caravane qu’on me prête à 50 kms de Paris en dansant… J’ai pas une tune pas de job aucune relation mais j’ai la tête pleine de projets l’aventure me fait pas peur… Je sais juste où pieuter mais je vais rencontrer un grand poète palestinien et lui montrer mes dessins que son poèmes de “ L’Indien Rouge ” a fait naître… Mahmoud pour moi c’est un peu Rimbe alors…
        Et la vie tourbillonne… Naïve et dans mon rêve deux jours plus tard je prends d’assaut la cabine tel toutes les demi-heures tout l’après-midi la soirée j’arrête à la nuit… Il n’y aura jamais personne au bout du fil… je rentre à la caravane je regarde mes dessins je les range dans les boîtes d’archives précautionneusement… tout ce que j’ai à cette époque de ma vie…
        Je ne rencontrerai pas Mahmoud Darwich ni maintenant ni après… je n’entendrai plus parler de son ami Fawaz T. ni de Joss Dray même si ses photos sont partout où je traîne alors… l’IMA… CCA… ailleurs… ni de Keneth Brown et aucun de mes dessins ne sera publié… Pas grave en fait ils avaient juste la fraîcheur de l’enfance encore un peu…
        Ils sont toujours dans les boîtes d’archives chez moi quinze piges après… j’ai voulu souvent les fiche à la poubelle l’ai pas fait… maintenant je sais pourquoi… font partie de ma mémoire et de mon histoire…
        Djalila me répond… on se sent orphelins… oui c’est ça… Ousmane Sembène… Aimé Césaire… et Mahmoud Darwich… trois géants poètes et combattants de l’Afrique et du monde qui se sont tirés en 2007 et 2008 l’un après l’autre… il nous reste qui à nous pour continuer à gribouiller nos mots de rien du tout dans ce monde qui n’est plus qu’un trou où grouillent les rats ?…
        Mahmoud… il avait 67 ans… quand je tournais la tête ses livres dans la bibliothèque me rassuraient… Tant que Mahmoud est vivant la Palestine existe personne ne pourra l’effacer la retirer de nos cœurs ouverts… la retirer du monde et de l’histoire… Son charisme sa poésie magistrale le faisaient respecter de tous… Djalila me disait fascinée : “ Mahmoud il remplit les stades quand il lit ses poèmes… les stades… tu imagines !… ”
        Cécile me répond… c’est une perte immense… elle sait de quoi elle parle… ce combat pour que les Palestiniens puissent exister librement sur leur terre il nous fait telle ment souffrir qu’on évite d’en parler entre nous… Mahmoud c’est différent… comme les vrais poètes engagés Sénac Césaire Ferré il a fait des mots des armes météores de fulgurance…
        Mahmoud… dans cette nuit la mienne de juillet 1993 il a donné non pas du sens à ma vie mais un sens… son sens… celui de l’écriture partagée avec nos frangins créateurs écrivains poètes du Sud… ceux qui m’ont accueillie quand je suis revenue à Paris et que j’ai été à leur rencontre presque tous… c’est avec eux parmi eux que mes mots ont commencé un nouveau chemin et que j’ai compris de qui de quoi nous étions les témoins et les éveilleurs…
        10 août 2008… Mahmoud Darwich vient de nous planter là… pour moi il est debout au milieu de cette plaine immense de cailloux… en Galilée… la terre de Palestine… “ Passant parmi des silhouettes passagères… ” silhouette moitié d’arbre et moitié d’homme solitaire tel l’Indien Rouge aux rebords de notre royaume de mots… et nous aussi passants déjà passés au bout de ce monde qui n’est plus le nôtre et où pourtant nous vivons…

DISCOURS DE L’HOMME ROUGE
Mahmoud Darwich


Extraits

" Ainsi, nous sommes qui nous sommes dans le Mississippi. Et les reliques d’hier nous échoient. Mais la couleur du ciel a changé et la mer à l’Est a changé. O maître des Blancs, seigneur des chevaux, que requiers-tu de ceux qui partent aux arbres de la nuit ? Elevée est notre âme et sacrés sont les pâturages. Et les étoiles sont mots qui illuminent … Scrute-les, et tu liras notre histoire entière : ici nous naquîmes entre feu et eau, et sous peu nous renaîtrons dans les nuages au bord du littoral azuré. Ne meurtris pas davantage l’herbe, elle possède une âme qui défend en nous l’âme de la terre. O seigneur des chevaux, dresse ta monture qu’elle dise à l’âme de la nature son regret de ce que tu fis à nos arbres. Arbre mon frère. Ils t’ont fait souffrir tout comme moi. Ne demande pas miséricorde pour le bûcheron de ma mère et de la tienne. ( … )

Nos noms sont des arbres modelés dans la parole du dieu et oiseaux qui planent plus haut que les fusils. Ne coupez pas les arbres du nom, vous qui venez guerre de la mer. Et ne lancez pas vos chevaux flammes sur les plaines. Vous avez votre dieu, et nous, le nôtre. Vos croyances, et nous, les nôtres. N’ensevelissez pas Dieu dans des livres qui vous ont fait promesse d’une terre qui recouvre la nôtre. Ne faîtes pas de Lui un huissier à la porte du roi.
Prenez les roses de nos rêves pour voir ce que nous voyons de joie ! Et sommeillez au-dessus de l’ombre de nos saules, pour vous envoler mouettes et mouettes, ainsi que s’élancèrent nos pères bienveillants avant de revenir paix et paix. Il vous manquera, ô Blancs, le souvenir de l’adieu à la Méditerranée et vous manquera la solitude de l’éternité dans une forêt qui ne débouche point sur un abîme, et la sagesse des brisures. Et il vous manque une défaite dans les guerres. Et un rocher récalcitrant au déferlement du fleuve du temps véloce.
Et il vous manquera une heure pour une quelconque contemplation, pour que grandisse en vous un ciel nécessaire à la tourbe, une heure pour hésiter devant deux chemins. Euripide un jour vous manquera, et les poèmes de Canaan et des Babyloniens, et les chansons de Salomon à Shulamit. Et vous manquera le lys sauvage pour la nostalgie, et vous manquera, ô Blancs, un souvenir qui apprivoise les chevaux de la démence et un cœur qui racle les rochers afin qu’ils taillent dans l’appel des violons.
Et il vous manque et manque l’hésitation des armes. Et s’il faut nous tuer, ne tuez point les êtres qui avec nous d’amitié se lièrent et ne tuez pas notre passé. Et il vous manquera une trêve avec nos fantômes dans les nuits stériles, un soleil moins enflammé, une lune moins pleine, pour que le crime apparaisse moins fêté sur vos écrans. Alors prenez tout votre temps pour la mise à mort de Dieu. ( … )

Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Et il y a des morts qui éclairent la nuit des papillons, qui arrivent à l’aube pour prendre le thé avec vous, calmes tels que vos fusils les abandonnèrent. Laissez donc, ô invités du lieu, quelques sièges libres pour les hôtes, qu’ils vous donnent lecture des conditions de la paix avec les défunts. "
1992

                          Vous trouverez tous les renseignements concernant Mahmoud Darwich sur le site de François Xavier :
www.mahmoud-darwich.chez-alice.fr 

           Ainsi que ce qui concerne sa bibliographie complète, de nombreux extraits d'articles et de ses poèmes. 
Il existe également un livre écrit par la même personne qui semble faire référence :  Mahmoud Darwich ou la nouvelle Andalousie, François Xavier Ed. IDLIVRE, 2002

          Un autre site excellent sur les poètes palestiniens avec de nombreux extraits de textes cités et des biobiblios :
www.oasisfle.com

Le dernier livre de poèmes écrit et publié par Mahmoud :

Comme des fleurs d'amandiers ou plus loin Traduit de l'arabe par Elias Senbar Ed. Acte-Sud, 2007

Notre blog des Cahiers est ouvert à toutes celles et à tous ceux qui voudraient publier un témoignage texte article ou simplement quelques lignes pour partager notre émotion... ensemble on sera moins seuls... A bientôt.

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