Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

Murs de papier

Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /Mai /2007 12:32

Petite chronique de nos années de flammes

Une famille ouvrière

Légende : Une famille ouvrière et paysanne du Nord de la France dans les années 1906-07 un jour de fête où on a mis les beaux vêtements pour la photo... Mémé (cercle noir) a à peine 27 ans et déjà pas mal trimé dans sa vie.

      Il faut que je vous dise qu’il y a toujours eu beaucoup de femmes dans ma vie… y a toujours eu beaucoup de flammes aussi…

      Nos années de flammes… Elles ont précédé nos années de cendres qui ne sont qu’un feu couvant son œuf intrépide… Les femmes… celles qui comme moi sont nées dans les années 60 aux alentours vu que la chronologie ça nous enchante pas lerche… ces femmes-là elles savent comme leur adolescence a été bouleversée chatouillée embobinée dans ces moments du féminisme actif et joyeux des années 70-80… et de la révolte… la vraie la bonne… celle des farouches enchantements…

      Il faut que je vous dise que tout ça se passait par en dessous car pour ce qui est des femmes les choses essentielles elles ont fait leur chemin dans l’obscur… à l’envers du feu quoi… Du grand feu et des incendies rôdant sur notre black bitume d’alors… Raouf ! Et puis nous étions si jeunes vraiment… à peine adolescents… et cette époque-là qui était prodigieusement folle… démesurée créatrice bazardeuse du vieux monde ! Tellement vieux le bougre d’avare sur son or en tas en colline avec sa volumineuse baderne étalée… son crâne chauve de myope sourd-aveugle… ses humains fonctionnarisés dans chacun de leurs gestes de leurs mots de leurs regards mêmes…

      C’est un moment de mon existence ou plutôt des nôtres parce qu’alors on se disait « nous » où je n’avais pas idée qu’il fallait écrire des histoires… Qu’il fallait écrire… Ça non ! Raconter avec les mots qui nous venaient et leur houppelande neuve… les mots ils nous faisaient entrer nous encore des enfants dans l’univers de l’anarchosyndicalisme et de l’héritage tout vivant du « Front popu »… Les mots ils ont surgi des grèves ouvrières et de la solidarité de ce milieu du travail que j’allais retrouver plus tard en feuilletant des magazines comme Des femmes en mouvement Les mots rebelles qui nous grimpaient dessus c’étaient des ouistitis et ils nous haranguaient dans les cours de nos bahuts au perroquet mégaphone…

Légende : Elle était belle Mémé, belle dans sa tristesse butée et fière après avoir perdu son mari des suites de la guerre, la grande foutrerie de guerre 1914-18 comme tant d'autres femmes des milieux populaire...

 

      « Camarades !… Camarades !… » Qu’est-ce qu’on savait nous autres de l’Ukraine et de Makhno…  des républicains espagnols et de la CNT ou du POUM… ? Qu’est-ce qu’on savait ?… Ce que ce mot de camarades il trimbalait de dos aux murs et de fusils pointés pour mater les grèves et pour renvoyer les soldats insoumis à l’abattoir ?… Juste un petit bruit… une fine rafale… pouf ! pouf ! pouf ! pouf ! pouf ! et puis rien… Camarades !… tu parles… Mais déjà mon arrière-grand-mère me racontait dans sa langue du Nord la condition paysanne et ouvrière des années 1880… Eux l’anarchie vous pensez s’ils savaient ce que ça voulait dire… Ils savaient pas… c’était ce que les bons maîtres appelaient des braves gens… Mais ce mot-là Camarades ! alors ça oui !…

      Ecrire pour témoigner de nos émotions partagées encore dans ces années 60 avec les gens parce que vingt ans plus tard à peine il n’y aurait plus de partage et si peu d’émotions.

      Il faut que je vous dise qu’il y a toujours eu beaucoup de femmes dans ma vie… Comme souvent dans les milieux ouvriers les femmes elles racontent et on ne se soucie pas de savoir si c’est de l’authentique ou pas… La biographie mon pote qu’est-ce que ça nous faisait rigoler dans nos 12 berges d’alors ! Mémé on l’écoutait y avait intérêt… elle avait ses mains nues pour témoigner… ses mains cousues d’hiéroglyphes cicatrices reprisées ravaudées… et ça nous disait bien des choses sur son enfance à elle… Raouf !… C’est sans doute elle qui m’a donné l’envie des mots à répéter ronchonner recommencer du début encore et encore… elle et puis les femmes maghrébines de la cité après comme vous savez…

   Légende : Mémé à 98 piges, une vie de femme des milieux ouvriers pas mal remplie ! Tout ce qu'elle nous a refilé on en est fiers aujourd'hui car c'est notre mémoire ouvrière et solidaire !

A suivre...

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 02:20

Epinay-Paris-Epinay

Dimanche 22 avril Lundi 23 avril 2007

Solitairement nôtre…

 

       Dimanche après-midi à Epinay il fait trop beau… rien envie de faire de précis et surtout pas d’aller se balader à Paris comme on aime Louis et moi et comme on l’a fait hier au milieu d’une surexcitation et d’un énervement pas croyable des gens… Jamais ressenti une tension comme ça un début de week-end parisien mais faut dire que celui-là n’va pas être triste ! Dehors c’est dur coupant brutal… voitures de flics partout dans les rues de la grande ville et une circulation d’enfer… Les parisiens qui n’peuvent pas partir comme d’hab le samedi ou qui reviennent obligés avant l’heure fatidique du dimanche soir par ce temps de désert du Ténéré avec ciel bleu extra sont en pétard et ça se sent à même la peau…

Donc pas envie de bouger de notre bled d’Epinay… notre « sweet banlieue pourrie » mais quand même prendre l’air fait si bon ! … Et pour prendre l’air par ici nous autres on a à proximité un truc pas trop ringard… C’est le Lac d’Enghein vu qu’notre cité elle est juchée à la limite du 9-5 et qu’ce coin bien rupin qui est pas prévu pour eux les gamins et les autres l’ont adopté depuis toujours… Le lac il s’étale joli au bas du Casino des riches mais lui il est à tout l’monde comme la nature qui appartient pas… enfin normalement elle appartient qu’aux p’tits piafs au ciel et à la terre la nature et donc aux humains elle appartient pas ça non ! Donc sur les pelouses étroites qui sont pas faites pour ça les gens s’installent dimanche en attendant…

Louis et moi on se vautre comme les autres à l’ombre à la fraîche dans les bonnes odeurs d’un buisson fleuri et un peu plus bas que nous y a un jeune d’origine sans doute maghrébine qui nous trouve sans doute pas trop nuls et qui se met vite fait à nous raconter sa vie gentil et pas ennuyeux du tout au contraire… Il en profite pour gueuler à tout l’monde pour qui il faut pas voter… pas besoin d’préciser tout l’monde sait qui c’est dans l’coin… De toute façon à Enghein tu peux dire c’que tu veux ça n’compte pas… et à Epinay non plus mais dans l’autre sens vu que tous on est d’avis que la vie serait si belle si on pouvait tranquilles avoir un lac comme ça au milieu d’notre cité avec de l’herbe à vaches autour et des pâquerettes dedans pour faire la sieste ! On n’demande pas grand-chose en ce dimanche de printemps et ceux d’lété non plus d’ailleurs… de l’eau fraîche… du soleil qui nous coule dessus à fond… de l’herbe qui sent bon et puis voilà c’est le grand bonheur que pas un n’pourrait nous râfler !

Ce jeune comme tous ceux que j’ai le plaisir de rencontrer dans la cité depuis trois ans que j’y suis drôlement souvent n’est pas du tout agressif même si un peu paumé largué mais nous autres à 20 piges on n’l’était pas sans doute ?… Sans compter que c’était les sixties et qu’c’était autrement sympath qu’aujourd’hui pour être jeune, ça ouais alors !

 

Lundi matin dans les transports en commun qui me rapportent direction la grande ville où j’ai moyen envie de retourner aujourd’hui… 11 heures 30 à peu près…

D’abord le bus le 154 le nôtre… notre bétaillère des banlieues que vous connaissez bien maintenant, notre autobus des brousses… Il est quasi vide contrairement à d’habitude et même les gamins qui vont au collège et qui descendent d’habitude aux Béatus y sont pas… C’est pas l’heure… ils sont déjà rentrés manger pas encore sortis ou quoi ?… Bon… comme je fais toujours mais encore plus ce matin après ce que j’ai vu de la carte bleue et rose de ce paysage et qui m’affole… je regarde autour de moi et je prends l’air de ma banlieue qui est silence et visage fermé buté de ses jours de grogne et ça je sais que je n’y pourrai rien… Et comme je comprends…

Au fond du bus où j’aime bien m’asseoir y a deux jeunes garçons blacks chacun dans son coin qui n’se parlent pas et qui ont l’air ailleurs déphasés cassés comme moi mais pour eux c’est sans doute plus grave… Moi et mes 50 berges on en a vu d’autres et des pas tendres dans cette affaire de lendemain d’un grand espoir auquel malgré tout ce que tu sais ou que tu crois savoir tu as encore cru et tu te dis mais heureusement car si on n’croyait plus à rien là on serait vraiment foutus pour de vrai ! La vie la douce la bonne la copine c’est de croire à la poésie à la révolte fraternelle et aux rêves pas vrai ?

Je m’assois dans mon coin à gauche et je jette un coup d’œil au jeune garçon qui a un sweet à capuche trop sympath mais le regard vide comme le mien sans doute au réveil ce matin vu que j’ai presque pas dormi et écouté les jeunes dehors en bas qui discutaient… j’aurais bien aimé être avec eux… Il n’a pas encore l’âge de voter et sans doute il rentre chez lui après le collège mais il doit en avoir plein la tête de ce qu’ont pas arrêté de raconter les « grands » hier tard dans la nuit… Ils ont été voter nombreux et par petits groupes ensemble dans la cité et dans toute la banlieue du 9-3 et aussi les autres pour sûr… Ils ont fait confiance à ceux qui ne le leur font pas depuis des années et qui les jugent et qui les regardent du haut d’un certain jugement moral… le même qu’il portaient sur nous il y a trente ans… mais eux ils ont fait confiance quand même… pas nous… je les trouve formidables et ils n’ont pas dormi de la nuit… moi non plus…

En face de moi presque l’autre garçon a le regard léger ou presque un sourire qui se forme par moment sur ses lèvres… c’est un « grand » lui et comme ceux de la cité que j’ai croisé hier dimanche matin en revenant des courses il sait que quelque chose s’est passé pour eux et que même si le résultat c’est pas ça ils ont été au bout de leur espoir dans les autres et en eux-mêmes… Ils ont dit avec les moyens dont on leur rebat ( ou rabat ? ) les oreilles depuis des mois qu’ils voulaient pas d’un monde de vieux peureux hargneux haineux envieux et pas avec des cailloux… ils l’ont dit cette fois avec des mots et là même si les cailloux c’est beau les mots maintenant ils sont à eux aussi comme ceux du rapp… du slam… ils les ont balancés à la face d’un destin crasseux les mots… leurs mots…

Son regard et le mien se croisent… se disent des choses malgré un monde qui nous sépare et que je sais bien mais dont j’ai appris à rigoler car franchement moi je m’en fous… Aujourd’hui… ce matin… malgré tout… malgré ma hantise de nos jours demain bradés à l’insensé et à la bêtise crasse par d’autres… malgré mes 50 berges je me sens sacrément proche de lui de vous de nous qui avez mis tout l’espoir et la passion de vos 20 berges dans un acte auquel vous avez comme moi… comme tant d’autres libertaires aussi tellement de mal à vous reconnaître… Son regard… le mien…

 

       Dimanche… nuit…

Je ne dors pas… couchée contre Louis qui dort car demain c’est lever à 5heures 30 et ouais… j’écoute les bruits de la nuit dans la cité en bas… les bruits de la nuit dans la cité ne me font pas peur…

Je ne dors pas… les jeunes en bas sont réunis comme toujours quand il fait beau et doux sur l’espace de la palabre en rond autour de la cabine téléphonique… cet endroit-là on l’a fait exprès pour ça ma parole !… Je les entends par moments leurs mots pas aussi joyeux et insouciants que d’habitude… Aujourd’hui pas de merguez party pour se faire quelques sous non… aujourd’hui c’était pas un jour ordinaire… et ce soir ils ont attendu avec une impatience terrible et sans fausses illusions ce qui allait sortir de ça… et voilà…

Nous aussi on a attendu Louis et moi… pareil et avec tant d’espoir quand même… Quand c’est la fête dans la cité y a des coups de klaxons formidables et des casseroles qu’on tape comme des tams-tams… là on a su tout de suite car y avait rien… Dans la soirée avant quelqu’un a crié « on va gagner ! »… Après ils sont sortis prendre l’air en donnant un coup de pied par ci par là dans une boîte de coca abandonnée…

Je ne dors pas… Il fait bon et la nuit de printemps est du bleu que j’aime dans nos banlieues… je me lève tout doux pour ne pas réveiller Louis et je regarde la nuit dehors les lumières des blocks sont toutes allumées pourtant demain on se lève tôt ici… et ouais… En bas ça cause mais je n’entends pas tout… un mot ou deux… le reste j’imagine…

- Tu crois qu’c’est râpé…

- Non !… on va gagner… on va gagner j’te dis !…

… Au fond ils savent… comme nous… au fond là dans la nuit de la cité on est ensemble… plus séparés du tout… ensemble par ce qu’on est seuls à savoir… ici au creux de cette nuit bleue de la banlieue… qu’on a retrouvé notre dignité… seuls… seuls parmi tant d’autres qui ne sont pas forcément loin et pas forcément différents… Mais qui n’ont jamais partagé une certaine forme d’humiliation… voilà… Solitairement nôtre…

 

Lundi matin dans le métro ligne 13…

Je regarde les gens qui sur cette ligne métisse ont l’habitude de se croiser et presque toujours une allure amicale même si un peu grognon… y’a si peu de métros sur cette ligne on attend on attend… et on s’entasse on s’entasse…

Ils ont le visage fermé que je connais et contre ça rien à faire… Plusieurs lisent Le Parisien pour être sûrs sans doute… la plupart sont pas là… ailleurs loin… moi aussi…

Sur une page s’étale la carte du paysage en bleu et rouge en bleu surtout une coulée de bleu sur toute la banlieue qu’on n’y croit pas et puis soudain au milieu du bleu un p’tit point rouge minuscule comme un mégot de clope après une nuit d’usine… un p’tit point rouge comme une goutte de sang frais au printemps… un p’tit point rouge au beau milieu d’la banlieue rouge où les mains ouvrières ont monté leurs bicoques y’a un bout d’temps déjà…

Un p’tit point rouge superbe comme un gros soleil renaissant sur notre jeunesse de banlieue… Solitairement nôtre…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 1 septembre 2006 5 01 /09 /Sep /2006 01:32

Jeudi, 31 août 2006

Lettre à une amie

Aujourd’hui c’était vraiment un très beau jour d’été… Un jour avec de ces ciels bleu turquoise aux rebords indigo comme ils étaient encore purs et légers dans mon enfance… Les ciels de banlieue de mon enfance je m’en souviens avaient de ces nuances-là et ce sont eux qui m’ont donné le goût pour les couleurs après…
Aujourd’hui j’ai eu 50 berges et j’aurais aimé que ça ne m’arrive pas, que ça se passe ailleurs et que ça soit l’affaire de quelqu’un d’autre mais pas moi… L’été ça a toujours été une grande fête des couleurs et de la lumière insensées et le peintre Vincent qui les peignait tellement bien alors qu’il venait d’un monde d’obscur n’était pas un être solaire… La nuit étoilée c’est lui tout entier et c’est moi aussi en train de regarder mon ciel de banlieue d’enfance le premier et des tas d’autres ensuite… et celui d’aujourd’hui encore…
Aujourd’hui j’ai 50 berges et j’aurais aimé que ça ne m’arrive pas… pas dans cet été de feu et de cendres… pas dans cette année d’incendies et de menottes passées aux poignets des enfants… pas dans ces années aussi lourdes que des poings de plomb écrasant nos rêves… nos rêves des années 75-76 alors j’en avais 20 et ils étaient taillés dans de petites statuettes de turquoise aux facettes indigo que nous offrions aux gens contre un peu de monnaie sur les marchés du Sud… nous étions des enfants solaires nous qui venions de banlieues obscures…
Aujourd’hui j’ai 50 berges et j’aurais aimé que ça ne m’arrive pas… qu’il y ait toujours devant nos pas les traces des pinceaux de Vincent au cœur de la lumière atroce de l’été dans le Sud à midi et ses soleils qui éclatent comme nos rêves à cette époque où nous tâtonnions entre l’ombre et la lumière… qu’il y ait toujours loin devant nous des champs entiers de jaune que nous barbouillions de bleu turquoise et d’indigo pour inventer des nuits lumineuses aux jours laborieux et brûlants des femmes et des hommes de peine…
Aujourd’hui j’ai 50 berges et c’était vraiment un très beau jour d’été… avec autant de lumière bleu turquoise aux rebords indigo que dans les ciels de banlieue de mon enfance et je me suis dit que peut-être demain nous retrouverions l’insouciance de nos rêves bafoués par les maîtres du vieux monde et que d’un geste léger nous ferions basculer leurs pesantes statues par la fenêtres de nos nuits étoilées… Alors pour tous les enfants solaires des cités de banlieue ça sera vraiment un très beau jour d’été…

Chère Cécile,

Merci beaucoup pour ta très belle carte que j’ai reçue hier et qui m’a touchée infiniment comme tu t’en doutes. Tu sais que j’ai beaucoup d’amitié pour toi et d’estime pour ton écriture, et je crois que nous tentons, toi comme moi, de mettre un peu de lumière, ainsi que tu le dis dans ta lettre, à ce qui trop souvent n’est qu’obscur et désarroi. Tu te doutes bien que ce qui s’est passé cet été au Liban m’a, tout comme toi, mise dans une terrible colère et un grand désir d’action toujours porté par la poésie et la création, car en dehors de cela que faire qui n’ajoute pas de la mort à la mort ?
J’ai, tu le sais horreur des mots morts avant d’exister sur le papier blanc, ces mots tracés à l’encre rouge qui tachent les doigts des enfants palestiniens et libanais d’une mémoire indélébile de violence et de haine. Pour eux, pour ce peuple une fois de plus devenu le jouet des généraux séniles et déments qui s’amusent à expérimenter leurs armes nouvelles et toujours plus compétitives pour leurs économies, sur ces gens exploités depuis toujours par un Occident colonial qui n’a pas cessé d’exister avec la fin apparente de la colonisation, j’aurais aimé inventer des mots légers comme ces cerfs-volants, des mots qui donnent aux gravats de leurs maisons détruites des ailes de papillons aux couleurs vives et fabuleuses…
J’ai écrit un poème intitulé « Camion blanc », que je t’envoie en pièce jointe, à l’instigation de l’Association des poètes français dont tu connais certainement le responsable Vital Heurtebize. Ils préparaient un recueil de poèmes pour la paix et demandaient notre participation à tous. Je suis arrivée un peu trop tard, le livre est sous presse mais il reste le poème…
Tu sais comme moi, chère Cécile, puisque tu connais bien le monde arabe et que tu te rends souvent en Tunisie où tu peux rencontrer les gens sur place et apprendre d’eux tout ce que nous ne devinons à peine ici, et que tu es familiarisée avec ce qui se joue depuis des années au Moyen-Orient, que ce pour quoi nous tentons chaque jour d’écrire et de lutter par nos moyens qui sont ceux de la création, plus de bonté et de justice humaine dans ce chaos, peut sembler bien illusoire…
Cet univers où l’on renverse pour se faire une bonne conscience les responsabilités de l’un à l’autre, et où la culpabilité rend de fiers services aux directeurs d’âme qui prétendent nous apprendre à discerner le mal du bien et à trier parmi les gens selon leur morale à eux, eux qui sont les êtres les plus immoraux et barbares qui soient, nous a laissés sans autres armes qu’un peu d’encre ou de couleurs pour répondre et pour témoigner.
Notre sensibilité créatrice qui nous a souvent rapprochées depuis que nous nous connaissons est certainement bien malmenée par ces temps où l’on voit partout et près de nous dans ce pays même, les vieilles pratiques racistes et colonialistes se remettre en route et où je me demande souvent que sont nos amis devenus qui disaient croire à la fraternité et dont aucune voix ne s’élève pour dire non !
Non ! nous n’acceptons pas d’être les habitants d’un territoire qui ne sera plus que le reflet d’une civilisation, d’une culture, d’une langue, d’un seul visage d’homme et de femme, si nous laissons faire tout cela !
Tu as vu que le réalisateur anglais Ken Loach a pris le parti des réalisateurs et acteurs de cinéma et de théâtre palestiniens qui demandaient à tous de boycotter les festivals qui auront lieu cette année en Israël en soutien à ce que leur peuple est en train de subir et à l’obscurité mortelle dans laquelle il est plongé lentement depuis les élections qui ont porté le Hamas au pouvoir, mais en réalité depuis que sa terre d’origine lui a été ravie.
Pourquoi aucune voix d’écrivain, de poète, de philosophe, d’artiste, ne s’élève-t-elle pour dire notre refus, notre révolte et notre dégoût profond d’un monde où on tue des enfants à l’aide de missiles qui contiennent de l’uranium appauvri et qui sont le résultat des progrès scientifiques en armement après Nagasaki et Hiroshima ?
Qui fera demain des châteaux de sable dans notre imaginaire si nous continuons à regarder muets l’encre rouge tâcher le bout des doigts des enfants ?

Comme j’aimerais chère Cécile n’avoir rien d’autre à faire que de raconter des histoires… mais voilà c’est la rentrée des artistes… alors…


Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 30 mars 2006 4 30 /03 /Mars /2006 16:51

      C'est mardi 28 mars, jour de grande colère des gens et de révolte joyeuse et rondement menée, que j'ai tenté de faire passer la fin provisoire du récit "Une fille qui écrit sans papiers", l'histoire de Marion et du chien Sentinelle...
      Mais impossible de faire ce petit clin d'oeil à celles et à ceux qui croient qu'on peut encore se battre contre les cinglés qui nous cernent et qui mènent notre jolie planète bleue à la dérive d'un égoût crasseux de pollutions, de consomation à outrance, et d'exploitation des êtres humains qui n'ont pas choisi eux, une mondialisation qui ne profite qu'aux déjà super-nantis !
      Impossible donc mardi et les jours suivants d'entrer mots et images sur le blog, et ce mois du printemps qui est plutôt sympathique s'achève avec bien peu de nouvelles des Diables bleus qui pourtant depuis le Salon du Maghreb des Livres se portent sacrément bien !
      Ceci est donc le dernier texte concernant l'histoire de Marion et du chien Sentinelle, vous pourrez en lire la suite si cela vous chante dans le bouquin qui paraîtra un jour ou l'autre, question de finances et autres... qui sait...
      Alors voici les derniers mots de l'histoire de Marion et de son camarade Sentinelle...

      Ça n’faisait pas très longtemps que le sable formait partout et jusqu’au bas des escaliers au cœur des nuits opaques que les réverbères éclairaient plus qu’avec des halos effarés à cause de tout ce sable tourbillonnant des dunes mouvantes qui se figeaient soudain comme vitrifiées par des incendies intenses à l’intérieur où ça bouillonnait de lave folle.
      Ça n’faisait pas très longtemps qu’il s’était mis à nous submerger tout doux tout doux le sable… à la manière d’un désert qui viendrait faire sa place par ici… le sable ocre rose…
      Imaginez… ce sable où on s’enfonçait les talons d’abord et puis les chevilles et alors on avait bien du mal à marcher pour rentrer chez nous…
      Imaginez… de grandes pelletées de sable qui saupoudraient les rues des cités les trottoirs macadam black les parkings aux lueurs violettes où les capots des voitures en étaient au matin givrés d’une croûte épaisse…
      Ça n’faisait pas très longtemps qu’on avait remarqué comme c’était difficile de se déplacer simplement et qu’il fallait faire des efforts que les vieux et les enfants n’pouvaient pas. Hop ! Hop !

      Marion elle s’était endormie enroulée à l’intérieur de la couverture orange aux losanges vert pomme au fond du sous-sol avec le chien Sentinelle pour garder et le chat totem noir dont le nez était fendu d’un croissant de lune pâle.
      Ce qui s’est passé après c’est elle qui l’a raconté à Célestin le libraire de l’Impasse des Deux Anges en s’acharnant à croire que c’était un mauvais rêve qu’on fait avant de se réveiller quand on a dormi trop longtemps.
      Ce qui s’est passé après… dans le rai de lumière bleu indigo des photophores Marion qui s’était réveillée juste un peu pour voir que sur sa scène de théâtre improvisée le chat totem se frottait énergique les oreilles pour finir par se secouer à plusieurs reprises en s’étirant à l’intérieur d’une sorte de halo qui prenait la couleur pourpre d’une savane juste avant la nuit…
      Ce qui s’est passé après… c’est que le totem de chat qui lui avait paru jusque là irréel a sauté soudain de son piédestal et qu’il s’est faufilé le long du trait bleu des photophores avant de se fondre au creux de l’obscurité le chien Sentinelle à sa suite comme ça ne pouvait arriver qu’en cas d’extrême urgence.
      - Eh ! attendez-moi… attendez-moi… elle a crié Marion en enfilant la veste de kapok militaire rembourrée et la cagoule de laine noire et aussi les baskets rouges vite fait sans attacher les lacets…
      Et elle s’est retrouvée dehors Marion sans avoir à tâtonner au creux de l’obscur ou à chercher son chemin et il y avait une lueur trouble comme celle des fins d’après-midi d’hiver dans la banlieue tandis que partout autour d’elle d’énormes tourbillons de sable ocre rose se mêlaient se confondaient s’enchevêtraient pareils à des créatures fantomales et Marion a senti aussitôt qu’au sable dont les écailles coupantes faisaient mal jusqu’au bout des doigts se mêlait de la neige.
      Déjà tout autour d’elle Marion le paysage n’existait plus et seules des dunes géantes occupaient le terrain devant des silhouettes verticales comme de grands navires qui vacillaient et aux bouffées de sable se mélangeaient des odeurs acides qui brûlaient la gorge faisaient pleurer les yeux et déchiraient la peau fragile des paupières et des narines.
      Déjà tout autour d’elle Marion le paysage était un désert au silence mat qui donnait l’impression d’être privé de tous ses sens et on n’avançait plus qu’en retirant un à un difficile ses pieds de l’épaisseur du sable qui les dévorait… Hop ! Hop !
      - Eh ! attendez-moi… attendez-moi… elle a crié encore Marion soulevant un peu les mains de devant ses yeux pour retrouver la trace du chat totem noir et blanc et du chien Sentinelle…
      Alors elle a entendu au milieu du silence mat du désert qui envahissait ses oreilles le hululement pas très loin des voitures de police qui s’approchaient en chassant devant elles d’énormes troupeaux d’éléphants blancs effrayés qui s’évanouissaient au creux de la brume ocre rose comme celle des grands fleuves d’Afrique quand il a plu… pfuitt… pfuitt…


      Oui… les voitures de police elles arrivaient en projetant devant elles des monticules qui ensevelissaient tout à la façon d’énormes termitières à l’intérieur desquelles on aurait été engloutis et digérés comme dans un linceul.
      Pour Marion l’angoisse c’était que le chien Sentinelle était plus visible radical qu’il avait comme fondu disparu happé par les tourbillons d’opaque qui mangeaient les choses et que les voitures de police envoyaient partout des giclées de phares blancs éblouissantes semblables à dix mille soleils.
      C’est en plein milieu de cette lueur blafarde et rose à la fois que Marion a distingué soudain deux silhouettes noires qui se balançaient maladroites comme ivres et semblant venir à sa rencontre…
      - Neij karbonik… neij karbonik… elle a murmuré Marion d’une voix perdue au creux de l’enfance…

      La première des silhouettes elle l’a reconnue facile vu sa taille qui dépassait toutes les autres Marion… on n’pouvait pas se tromper… et d’ailleurs plus il s’approchait guignol démantibulé sur une scène de théâtre dramatique et dérisoire plus on voyait la musette où y avait mes bombes qui s’balançait avec lui… c’était Banou…
      C’était Banou et son camarade que Marion n’connaissait pas mais ils n’se quittaient guère vu qu’ils avaient grandi à l’intérieur du même block tous les deux et le hall l’escalier le paillasson la famille tout pareil… presque des frères qu’elle songeait Marion… ils avaient drôl’ment de la chance que ça ait pas tourné mal comme elle !…
      C’était Banou et son camarade deux jeunes Blacks qui zigzaguaient pas loin d’elle silhouettes ébène de totems dansant au centre de cent mille soleils d’artifice…
      Ça a pris quelques secondes pour que les voitures de police les entourent de leur hululement aigu en poussant devant elles d’immenses quantités de sable givré de neige qui les ont cernés d’une muraille ocre rose de plus en plus haute…
      Ça a pris quelques secondes et Marion qui s’est dit qu’il fallait empêcher ça a voulu courir avec ses baskets rouges mais c’était impossible… c’était impossible…
      - Eh ! vous êtes fous !… arrêtez !… arrêtez !…
      Malgré l’épaisseur matte et amère du silence Marion n’entendait pas sa voix et pourtant les sirènes s’étaient tues. Tout ce qu’il lui a semblé lorsque la haute termitière de sable et de neige ocre rose s’est refermée sur les deux silhouettes noires et qu’elle s’est mise à hurler de toutes ses forces pendant que le hululement des sirènes reprenait dans un terrible chant de mort c’est qu’un chien aboyait quelque part…

      Gare du Nord… vous connaissez ?

      Ce qui s’est passé ensuite c’est Célestin le libraire de l’Impasse des Deux Anges qui me l’a raconté peu de temps après que Marion soit partie en direction du Sud avec le chien Sentinelle sur ses talons…

      Ecoute… écoute…

      Elle avait jamais saisi Marion si ces choses s’étaient vraiment passées ou si elle avait rêvé mais quand elle s’était réveillée enroulée à l’intérieur de la couverture orange aux losanges vert pomme avec le chien Sentinelle qui gardait tout le fourbi elle ne savait pour de vrai pas où elle était… 
       Juste que c’était une cave au milieu d’une cité de banlieue qui ressemblait sacrément à celle de ses vieux d’où elle s’était tirée clic-clac quelques mois auparavant et que dehors malgré l’épaisseur obscure de la nuit on voyait qu’y avait plus rien du sable ni des énormes troupeaux d’éléphants blancs s’enfonçant effrayés dans l’opaque poussière ocre rose…
      Dehors quand elle est sortie Marion le chien Sentinelle sur ses talons ça sentait juste un peu le feu de bois peut-être comme en font les jeunes au milieu des terrains vagues pour s’amuser et perché au sommet d’une poubelle de plastique verte y avait le chat totem au croissant de lune qui les attendait.
      Dehors quand elle est sortie Marion il faisait un froid d’acier bleu et elle a remonté la cagoule avec seulement la fente pour son regard de lin…
      C’est le chat qui les a guidés direction les rails qui étaient vraiment pas loin et comme Marion elle n’avait plus envie d’aller nulle part ils se sont perdus tous les trois au creux mou de la nuit indigo…

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /Fév /2006 01:10

 

Gare du Nord vous connaissez ?

 

 

Elle s’en était allée Marion en suivant les rails d’acier bleu le long du ballast vers le Nord… de plus en plus vers le Nord en suivant sur les entrepôts taggés de noms que maintenant elle connaissait bien un chemin qui s’enfonçait dans la banlieue où brûlait la colère de cet automne-là avec les châtaignes au-dessus des bidons remplis de braises sur un couvercle troué à l’envers.  
           La colère craquait sa bogue où elle était enfermée trop longtemps et c’était un langage dont on n’voulait pas. Nord… toujours vers le Nord… elle courait Marion… Hop ! Hop ! et le chien Sentinelle à ses côtés avec au fond de la musette les bombes de couleur que Banou lui donnait quand il arrivait derrière elle la nuit toujours sans qu’elle entende rien et le chien Sentinelle non plus… Hop ! Hop !
           Souvent c’étaient des bombes entamées qu’il voulait plus com’il disait parc’ qu’elles lui poissaient les doigts et qu’avec les neuves t’as la pression !… Mais pour celles de couleur blanche c’étaient toujours des neuves vu qu’le totem de Marion s’appelait « Neij Carbonik » et que Banou trouvait ça trop bien l’idée de se servir des extincteurs pour rendre la fureur du monde impuissante.
          Nord… toujours vers le Nord… c’est vrai qu’Marion elle les connaîssait bien les noms des taggeurs de cette banlieue-là surtout « Venin » et « Grav » et puis aussi y avait « Mor » et « Apel » dont les signatures l’emportaient à nouveau d’un coup d’aile coupant et d’un jet de comète sur ses baskets rouges vers ce monde d’où elle était partie. Elle avait pas su comme il signait Banou vu qu’il lui avait pas dit et que dans les banlieues c’est des questions qu’ n’pose pas.

          Gare du Nord vous connaissez ?

          Elle était à peine arrivée avec le chien Sentinelle sur ses talons au bord de cette cité qu’elle ne fréquentait pas et qui ressemblait à un de ces espaces de la périféerie où c’est encore possible de semer des graines de rêves qui poussent parfois de drôles de fleurs turquoise parmi les coquelicots qui sont la colère fragile des terrains vagues…
          Elle était à peine arrivée quand l’aube sur la savane ocre rouge fait craquer les herbes sous leur carapace d’étincelles froides aux rives du terrain vague qui entourait la cité que des tourbillons de sable portés par les vents géants de l’hiver qui s’étaient remis soudain à souffler comme s’ils jaillissaient hors des grandes orgues de glace avaient distribué partout des poignées de silice et de quartz qui taillaient les lèvres et la peau du visage de petites gerçures aux fines traces de sang.
          Aussitôt elle a remonté sa cagoule de laine noire que lui avait refilé Banou jusqu’à la ligne bleu de lin de ses yeux et elle a enfoncé ses poings profonds dans les poches de la veste rembourrée de kapok qui ne protégeait pas assez en se disant qu’elle aurait pas dû venir pendant que le chien Sentinelle secouait frénétique sa tête et ses oreilles pour en faire sortir les éphémères de sable.
          Même elle a pensé sur le coup repartir direction la Gare du Nord malgré le jour qui allait rappliquer avec le danger des vigiles des gares bleu-noir et de leurs chiens noir-noir d’ennui… Oui… elle a pensé repartir mais elle l’a pas fait sans doute à cause de la fatigue qu’elle avait déjà qui lui faisait les pieds comme des pierres trop lourdes et aussi y avait cette chose au creux du ventre qui lui disait qu’ici c’était un peu chez elle… C’était au moins autant chez elle alors qu’ces mots-là y z’avaient pas de sens… que chez les rats au museau rose fendu assis sur leur queue au milieu des sacs poubelle de plastique bleu éventrés.

          Comment elle était arrivée jusque là Marion avec le chien Sentinelle dans ses talons elle ne savait pas… en fait c’était pas si important… Hop ! Hop ! Ils avaient sauté tous les deux la glissière bleue transparente des rails où ça givrait dur déjà… trouvé un endroit du grillage qu’on avait sectionné à la pince et qu’y avait qu’à soulever avec les doigts gelés qui font mal pour sortir et se retrouver entre deux palissades taggées à fond de couleurs terribles sur les rebords de la cité.
          Hop ! Hop ! Encore un bond au creux de l’herbe aux étincelles verglacées qui craquent vu qu’ici le terrain vague et le bitume des parkings se mélangent facile et ça y est… Ils se retrouvent le chien Sentinelle et elle au pied des tours où Banou lui a dit une nuit en passant comme un diable à travers le bleu outremer de la banlieue pfuitt… pfuitt… et qu’il faisait déjà trop froid qu’il créchait chez ses vieux et qu’elle pourrait trouver dans les caves un endroit pour dormir enroulée à l’intérieur de la couverture orange aux losanges vert pomme et personne le saurait.
          C’est à ce moment-là qu’elle a senti sur les petits espaces fragiles de sa peau au bout des doigts et sur les paupières les insectes du sable qui la frôlaient dansant virevoltant et en pagaille se posant et qu’elle a vu le chien Sentinelle qui secouait ses oreilles pareilles aux ailes d’un moulin que le vent engouffre.
          Imaginez une grande quantité de sable se déversant entre les hautes tours où s’entassent les populations de fourmis qui dorment encore pas pour longtemps… Imaginez…
          Imaginez ce sable tout autour de grands troupeaux d’éléphants blancs qui venaient prendre des bains gigantesques à l’aube dans les petits lagons où ils s’arrosaient de boue ocre rose…
          Imaginez ce sable d’un rouge très doux et ses reflets turquoise où elle s’enfonçait Marion… les talons d’abord à peine et c’était frais comme la neige et puis un peu plus haut que les chevilles alors elle avait bien du mal à marcher et il était coupant comme des écailles de verre…

                         Gare du Nord… vous connaissez ?


Par Dominique Le Boucher - Publié dans : Murs de papier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés