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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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Ecritures d'Algérie

Mercredi 19 janvier 2011 3 19 /01 /Jan /2011 14:55

      Par les temps de folie qui nous courent après en ce moment je sais que vous apprécierez forcément un nouvel extrait de notre Cahier Jean Pélégri le poète Les mots de l'amitié et promis ces mots de l'amitié je vous les fais découvrir par un échange de correspondance entre Jean et ses frères d'Algérie dès le prochain article...

Cahier Jean p.60

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Cahier Jean p.62

 

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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 00:21

      Portrait-Senac.jpg    Et après Jean Pélégri hier j'ai pensé que ça en passionnerait plus d'un de retrouver sur notre blog quelques unes des lettres originales désormais déposées par mes soins et ceux de Juliette Pélégri à la Bibliothèque Nationale de Paris rue de Richelieu, que Jean Sénac un des plus grands poètes algériens avait écrites à son ami Jean Pélégri...

      Les lettres de Sénac sont comme il était puissantes solaires bouillonnantes de poésie brute et amoureuse... et je vous assure que lorsque Jean Pélégri qui était mon ami me les a confiées et que je les ai lues une à une mon émotion était immense de songer à cet homme seul dans sa cave vigie de la rue Elysée Reclus à qui on avait tout pris et qui écrivait encore et encore en signant avec son soleil !

      Il en a écrit des centaines de lettres Sénac à ses amis qui étaient nombreux et j'espère bien pouvoir vous en faire découvrir d'autres au fil des pages... Ce seront nos merveilleuses surprises d'un temps pas encore si lointain où les poètes s'aimaient et s'écrivaient longuement pour partager leurs rêves...

      Cet échange de lettres a été publié dans un bouquin que mézigue a bricolé il y a quelques années Les deux Jean Jean Sénac l'homme soleil Jean Pélégri l'homme caillou Ed barzakh 2002 26-Nov-62.jpg

 

26 Novembre 62

 

Fête de l'Indépendance EL DJEZAÏR à Alger

Scène patriotique sur la Mosquée Djemaa Djedid

 

 

 

 

 

 

 

 

Ici, la réalité est encore plus grande, plus belle que nos rêves. Malgré les terribles difficultés. Projets nombreux dans le domaine culturel. Possibilité pour toi de venir. T'en parlerai à Paris dans 8 jours.

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Soleil affectueux, donc, et à bientôt. Amitiés chez toi.

Jean

 

 

 

 

 

 

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Nov 62

 

Exergue de la main de Jean Pélégri :

“  Allusion à l'intervention accordée à Cannes à la télévision après projection le 22 mai 1962 des Oliviers de la Justice à la semaine de la critique.  ”

 

Cher Jean -

 

Perdu dans une ferme de la montagne (chez mon Fils), vu hier à la télé des images de ton film. Et surtout écouté ces voix - les vôtres - qui ne cessent d'appeler l'espérance. J'avais les larmes aux yeux. Merci.

Appeler… et pourtant vois-tu, l'espérance est LÁ. A nous de lui aménager son lieu. Malgré l'horreur momentanée.

Mardi, à Grenoble, où j'ai parlé à l'Assoc. Générale des Etudiants du “ Poète Algérien et la Révolution ”. Bouleversant, surtout cette chaleur, cette amitié, de nos frères militants - étudiants mais aussi des gars des champs, des ouvriers - certains arrivés il y a quelques jours de chez vous et qui vont repartir.

Et après ce procès Salan, que penser… Je redoute les jours qui viennent et ne puis qu'y consentir. Le G.P.R.A. va être obligé de passer à l'action. Ça ne va pas être joli. Mais il y a notre peuple à sauver, européens et musulmans, et la Révolution. Il va falloir que notre cœur se bronze sans se briser. Et attendre le vrai soleil. Mais ne pas désespérer. Je pense que dans 2 mois, bien des routes pourront s'ouvrir. Avant, puisque les autorités françaises ne se contentent que d'enregistrer les saccages, il faut bien que notre peuple se décide à nettoyer la maison.

Je te dis cela parce que nous ne sommes pas encore (nous ne devons pas encore) rentrés. Et qu'il va falloir dans la vigilance, conserver notre force d'AMOUR.

Voilà. Je serai dans quelques jours à Paris. Te ferai signe. Je t'embrasse, ô Jean‑de‑la‑lumière !

Jean Sénac

Nov 62 1

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Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 20:24

      couverture-final-copie.jpg

      Comme promis pour ceux qui lisent nos Cahiers avec beaucoup d'assiduité depuis qu'ils existent et ça fait pas loin de 5 piges je crois... on va reprendre tout doux nos balades dans les soutes les caves et les greniers de nos petites écritures algériennes...

      Et vu que nos vrais Cahiers de papier et de plumes eux ils sont devenus des collectors alors voici pour commencer quelques pages de notre Cahier Jean Pélégri le poète Les mots de l'amitié comme si vous y étiez !

      Et tant pis pour celles et ceux qu'ont eu l'idée géniale de les acheter en chair et en poils... vous inquiétez pas des textes non publiés j'en ai plein et je vous les prépare entre deux séries de ce Cahier extra pour la suite...

      Si vous aimez Jean ce qui est évident vous allez jubiler ! Des comme ça vous en verrez nulle part ailleurs...

 

 

 

 

 

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Cahier Jean page 1

Cahier Jean page 4

 

 

 

Cahier Jean page 3

Cahier Jean page 6

Cahier Jean page 7

Cahier Jean page 8

 

Cahier Jean page 5

A suivre...

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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 23:55

 

Camus

Caligula Albert Camus, 1958

( Publié dans Algérie Littérature/Action N°29-30 Mars-avril 1999 )

 

  “ Scipion, dans un cri.

Oh ! je t’en prie, Cherrea, personne, personne, plus personne pour moi n’aura jamais raison !

Un temps, ils se regardent. Cherrea avec émotion s’avançant vers Scipion.

Sais-tu que je le hais plus encore pour ce qu’il a fait de toi ?

Scipion

Oui, il m’a appris à tout exiger.

Cherrea

Non, Scipion, il t’a désespéré. Et désespérer une jeune âme est un crime qui passe tous ceux qu’il a commis jusqu’ici. Je te jure que cela suffirait pour que je le tue avec emportement. 

Acte IV, scène 1

 

Caligula. L’image la plus lucide la plus brûlante et la plus exhibitionniste de l’Algérie aujourd’hui. Telle que nous nous ses ex-maîtres et prestidigitateurs l’avons voulue. Telle que nous l’avons faite et défaite. L’Algérie telle que je l’ai rencontrée sous le visage d’un des siens Azraël ? un autre de ses démons adorables et déments ayant squatté un ascenseur comme ça arrive parfois il y a quelques années…

Une image telle que je ne suis pas près de l’oublier et qui vaut bien celle d’une petite fille regardant “ la place où avant elle avait ses jambes ”. C’est elle presque six ans qui a fait perdre à un grand écrivain tous ses points et ses virgules. Un grand écrivain comme Camus mais plus désorienté. A ce moment-là, je vous jure qu’il se foutait pas mal de ‘maîtriser la langue classique ”.

Caligula Azraël, c’est nous… Nous tous… idéalistes fous d’un rêve d’homme frappé d’innocence et lavé d’une pureté d’étoiles. Nous… guerriers d’un désir illusoire d’éternité fragile. Nous… avides d’immortalité, et ne pouvant combler ce mythe sur place dans les rues glaciales et nauséabondes de la Cité. Nous… masqués d’indifférence pour ne pas dévoiler combien le renard qui hurle en nous et se plaint s’est nourri du sang vif et des dattes trop sucrées d’une terre dont le soleil nous a bourré le ventre de coups de poings. L’Algérie… enfin un territoire à la mesure de notre démesure.

Nous… enfants dépossédés du fruit où planter nos dents de loups la grenade que le peintre Mohamed Issiakhem s’est fait péter entre les pattes a multiplié les pépins sanglants de notre impuissance dans le miroir où Caligula a projeté son image. Criblée de petits trous de mémoire, au travers desquels je vois je reconstitue la bouille effarée des mômes algériens. Pourquoi ?

 

Je suis encore vivant !… hurle Caligula après que ses ministres minables et mités l’aient perforé comme un vulgaire ticket de métro poinçonné et repoinçonné à la station Charonneen l’an 1961. Et comment ! Y’a que l’embarras du choix… Nous avons réussi. Nous sommes les maîtres du monde ! Nous avons incrusté sous la peau des mômes de nos ex‑esclaves, une immense quantité de sel rouge et corrompu dont les experts en graphologie de l’an 3000 déchiffreront les signes cabalistiques et toujours bien… vivants parmi les habitants des fourmilières. D.E.S.E.S.P.O.I.R.

Est-ce que Camus savait ce qu’il écrivait là ? L’avait-il rencontré lui l’Ange du mal possédé par sa grandeur déchue à la table d’un hôtel européen pourri de Biskra échangeant quelques douros contre un stock inépuisable de petites filles aux nattes noires et crépues ? Caligula. Plus beau que l’ange Heurtebise essayant en vain de cicatriser la peau du miroir d’enfances. Caligula. Dansant et se dénudant peu à peu sous le rayonnement fauve de la goule nocturne dont l’épiderme sans poils luit comme le goudron chaud face aux centaines aux milliers de mômes algériens aux mains bourrées de grenades prêtes à exploser.

Rituel… Boum… boum… cent mille fois boum… dans leur tête chauffée à blanc. Et comment ! La langoureuse petite place de chair orangée entre l’attache du cou et de l’épaule surtout. Et le basculement de ses hanches dans un rythme de plus en plus… de plus en plus… Frénésie de ses gestes sauvages et libératoires qui va les chercher eux fils de chiens fils d’hommes-troncs fils d’un homme-couleur qui a basculé un jour du haut de son trône de sable et de grenades roses frappé par la pierre d’Anu la pierre du Dieu-Ciel au royaume de Sumer. Et qui a été foudroyé… boum !… définitivement.

Et qui a roulé sans fin sans fin… jusSur le fil 2009qu’à l’usine Renault-Billancourt où le poinçonneur a poinçonné directement ses mains leurs mains ça va plus vite. Alors Caligula ici là-bas n’importe où multiplié par dix par cent à la puissance X autant que vous pouvez en faire tenir dans votre miroir maquillé de petits pépins de rouge à lèvres. Par où je peux encore voir les mômes algériens faire cramer la mémoire des baleines ensablées.

 

Caligula. L’androgyne falsifié à la voix douce qui transforme la parole de désir refusée en cri de haine accueilli avec ivresse. Le colonisateur délicieux, entré entre les cuisses des petites filles aux nattes noires pour leur foutre la honte et fournir aux mômes adolescents la panoplie des anges émasculés. Maître du mal et de la déchirure. Grand seigneur de la séparation. Caligula. Ton corps nu d’homme-enfant, la beauté du mal et la pureté de la mort luisante sur ton épiderme sans poils frotté à la pierre de tes palais noirs tes châteaux de foudre par la grasse masseuse du hammam… je l’ai léché jusqu’à ne plus avoir dans ma bouche dans ma gorge dans mon ventre ouvert qu’une abominable envie de dégueuler. Alors j’ai su d’où tu venais et combien tu étais sans le savoir le serviteur de la charogne.

Dans un ascenseur il y a quelques mois j’ai croisé je crois l’Ange de la mort qui en s’éloignant ne cessait pas d’un geste d’automate de regarder derrière lui. Il me semblait pourtant l’avoir semé en travaillant sagement dans l’usine à dégoupiller les grenades. Pour me rassurer je l’ai suivi un peu au long des ruelles Albert-Camus-pose-pour-le-Libertaire.jpg où il s’enfonçait. Et quand il a eu rejoint le mur du Père Lachaise, le mur… vous savez bien… j’ai vu… vu distinctement ce qu’il surveillait dans son sillage. A sa suite tout un troupeau de petits mômes déjà plus qu’à moitié transformés en rats. 

Alors tout doucement pour ne pas le faire fuir je l’ai appelé par son nom. Car son nom je le connaissais par cœur vous pensez… Un instant rien qu’un pépin de grenade qui s’est séparé des autres il a détourné les yeux car la voix des femmes détient le chant de tous les désirs. Et le miroir de lune a délivré sous son rire les petites filles et leur corps de rat.

Elles se sont mises à faire une ronde endiablée en chantant face aux deux trous rouges qui se taillaient dans la nuit en sautillant : “ Caligula… Caligula… tu n’auras pas la lune… non jamais tu ne l’auras… tradéri déra… ”

Mais le plus inquiétant voyez-vous c’est que je ne crois pas non… je ne crois pas que Camus savait qu’il avait écrit tout ça…

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Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 19:49

Il y a longtemps j’avais un ami qui s’appelait Jean Pélégri et peu avant de nous quitter il m’a confié quelques cahiers où il avait gribouillé des notes pendant qu’il était encore en Algérie avant la guerre d’Indépendance… Il y avait aussi des fragments d’écritures réunis au hasard et provenant de sa période Corse ou de ses errances parisiennes… 

En attendant de pouvoir faire un livre avec ces petites notes qui me fascinent tant elles montrent des pratiques d’écriture poétique toujours originales et un savoir faire d’artisan des mots j’en parsème quelques extraits sur notre blog en ces temps de pseudo rentrée littéraire ça fait du bien ! Tous ces brillants écriveurs auraient bien à apprendre de cet apprentissage…

 

Les parties de texte entre parenthèses sont reprises du brouillon écrit à la main qui accompagne le texte dactylographié, et qui n’y figurent plus ou y figurent modifiées à la fin.

 Portrait-Jean-final.jpg

3-6-1949

4-6-1949

 

Agreg

 

Je me suis noyé ( comme un suicidé ) dans la dure blancheur des copies – la blancheur d’après le suicide. ( Cela m’était comme une nage amère sous un ciel en rideau. ) Cela commença comme une nage amère sous un ciel sans rideau. Fallait-il donc peupler de mots cet espace trop lucide ?

La question était mal posée. J’apercevais au quatre coins une foule de problèmes inutiles et du sang saignait dans la marge. Assez pour de l’un faire peut-être un poème, pas assez pour aux autres répondre. ( Les pensées qui circulent entre les lignes et les fleurs qui fleurissent sur les plages ne servent de rien pour l’homme affamé, il appelle la soif semblable à la mer et des douceurs aux bras d’aube. ) Les pensées qui circulent entre les lignes m’ont rappelé les fleurs fleurissant sur les plages : la trop grande soif de la mer qui les appelle les brûle. J’aurais voulu me faire songe ou nénuphar-algue, plutôt, flottant un jour de fête dans les couleurs mobiles de l’eau.

J’ai pensé : plages et maisons, plages et saisons, sans cœur à tout prendre – mais combien belles – ( voici ce que j’ai fait. ) c’est vous qu’il fallait retrouver. Se coucher sur la feuille, en toucher le ( grain ) sable et se dire qu’il y a là une muette façon de périr. Ouvrir les yeux sur les lignes et penser aux naseaux de la vague –  (là où il n’y a rien ) là où il y a tout à comprendre et rien à dire, rien…

( Alors j’ai senti que je faisais un bond en moi-même, que l’ancre était relevée et que je commençais à fendre la mer comme l’épée d’un navire. Douceur des jeux inutiles qui me revenait, nouement et dénouement des vagues, étonnement ébloui des membres… J’ai voulu sucer le sel ? ) Alors j’ai senti que je faisais un bond en moi-même, avec je ne sais quel cœur pour tremplin. L’ancre était relevée et bientôt je commençais à fendre la mer comme l’épée d’un navire – suçant le sel des vagues, noué et dénoué, délié, noyé… absent, enfin :

Le blanc tombeau des pages s’était refermé sur moi ; je résonnais comme le creux d’une grotte marine…

Toutes sortes de joies indigènes me cognèrent le cœur.

( Alors j’ai fermé le blanc tombeau des pages. Je suis sorti… J’ai marché le long de la Seine morte le long des quais moisis. Sans âme pour comprendre. Où sont les jeux inutiles, les vagues nouées et déliées, les virgules perdues dans l’espace et le bonheur oublié ? J’ai vainement cherché le soleil à l’ombre des ponts et dépouillé les escaliers comme les livres… Il n’y avait rien à faire ! Là encore il fallait dire. Se souvenir des mots anciens et parler comme une cathédrale.

N’être jamais absent de soi-même…

Ah ! quand reviendra le temps de l’été ?

Et cette amoureuse exaltation que la mer me donnait. )

 

J’ai posé des pas imprévus sur la sueur des pavés. Mes semelles n’étaient plus les miennes. Je caressais des songes à peine entrevus, des herbes nues et des paupières. Et les jambes soyeuses des femmes englouties par la nuit me paraissaient comme les colonnes mobiles de la ville. Et le temps s’entassait entre les feux du port, les navires dérivaient sans escorte entre les bras de la lune, les oiseaux blancs dormaient sur le long sommeil de la mer. Et je savais que tous les poissons avaient fermé leurs paupières parmi le lent silence des bulles.Jean-1an-Alger.jpg

C’est ce soir-là que j’ai commencé : mes semelles n’étaient plus les miennes. Je jetais l’ancre en moi et j’entendais la chaîne cogner contre les tôles. Je me suis dit : Un silence quelquefois suffit… Pour que le ciel se révulse ainsi que l’œil des morts… Mais, moi vivant, je les regarde. Alors, ce n’est plus pareil :… Un corps tout raide qu’on jette à la nuit dans l’eau froide, pour moi ce n’est pas un mort. Il faudrait savoir ce qu’on voit avec l’orbite ouverte sur l’eau noire, sentir les poissons tourner autour de cet te vitre. Je ne vois que des cheveux qui flottent, des mains qui s’éparpillent et plus tard un trou bleu qui se ferme.

Et puis je pense à autre chose.

 

Alors, ce n’est pas la peine de jouer l’exil. Les mains n’ont pas besoin d’être consolées. Il suffit qu’elles s’ouvrent le matin et l’odeur au creux de la nuit, s’évanouira ; les fleurs sont là, à encercler le matin – on l’oublie toujours. Doigts et pétales s’ouvrent et se croisent comme deux mains jointes ; doigts et pétales noués en bouquets.

Jusqu’au jour où il faudra tourner le dos à l’apparence.  

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