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  • : Les cahiers des diables bleus
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  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 15:48

                   Petites chroniques d'une cité de banlieue suite...
Epinay, jeudi, 1er mai 2008  Promesses de Mai

“ j’étais tout simplement ivre. et l’ivrogne a mis le cap sur son port d’attache. mais plus je marchais et plus j’avais de mal à retenir mes larmes. et bientôt ç’a été le déluge alors que la pleine lune éclairait la Nouvelle-Orléans. quand elles ont cessé, je pouvais encore les sentir qui séchaient sur mon visage, qui me tiraient la peau. une fois chez moi, sans allumer, j’ai retiré chaussures et chaussettes, et je me suis écroulé sur mon lit que ne partagerait jamais Elsie, ma sublime pute noire, m’efforçant de noyer mon chagrin dans un sommeil de plomb. au réveil, je me suis demandé quelle serait la prochaine ville et à quoi ressemblerait mon prochain job. puis, je me suis levé et, renfilant chaussettes et chaussures, je suis sorti m’acheter une bouteille de vin. les rues m’ont paru laides - un constat que je fais assez souvent. l’urbanisme a été inventé par les rats et les hommes, et le pire est qu’on est condamné à y vivre et à y mourir ! mais comme le dit un de mes amis : aucune promesse ne t’a été faite et tu n’as signé aucun contrat. et voilà comment j’ai poussé la porte du marchand de vin.

et comment ce fils de pute s’est à demi penché sur son comptoir, dans l’attente de mon fric puant. ”

C.Bukowski Journal d’un vieux dégueulasse, Ed. Grasset, 2007

 

Ça n’est jamais facile d’écrire à partir de l’espace de la cité celui que vous connaissez j’vous en cause souvent vous savez ? surtout un jour de la fête des travailleurs vu que des travailleurs dans la cité celle-là comme les autres y en a de moins en moins et surtout quand on ressent comme moi trop souvent qu’y aurait vraiment autre chose à faire qu’écrire pour qu’ici ailleurs partout dans le monde de ceux qui triment et qui se font bien leurrer lanterner trimballer les choses elles changent enfin… elles bougent elles explosent pour qu’avec tous ces morceaux on bricole quelque chose qui soit pas cette forme gluante où on est tous pris terrible depuis… depuis quand ?

Vous vous souvenez l’année dernière cette époque à peu près pile un an quoi… au mois d’avril 2007 juste avant que les liens du monde des dominants se resserrent un peu plus autour de notre cou la souricière quoi c’est bien ça l’image qui cause… qui étrangle… vous vous souvenez ce printemps-là de la cité il est pas loin un mois d’avril fabuleux qu’on avait eu le camarade soleil il nous embarquait à bord de son navire saoul complet des fleurs des parfums des géants arbres de la forêt qui remplissaient les parkings bitume de leur frénésie verte tous les verts qu’on veut y avait à la fois et la douceur de l’air et cette sorte d’enthousiasme qui ressortait de sous ses vieilles frusques râpées fripées déchirées de lassitude et de dégoût…

Ouais cette atmosphère de renouveau de la conscience populaire qu’y a des choses à faire ensemble que c’est possible que ça nourrit l’espoir qu’on a de se parler de se connaître de s’échanger… C’était un moment où on la sentait très fort la puissante la généreuse énergie vitale des gens d’la cité portée par le souffle des vents d’ailleurs cet échange ce va-et-vient qui permet d’entrer-sortir de notre territoire et de faire cause commune avec celui des autres… des autres cités des autres banlieues des autres villes des autres campagnes des autres mondes…      

Il y avait eu le premier mouvement vous vous souvenez ? la cérémonie des merguez juste en bas pas loin de l’escalier de notre block dans la rue de Marseille ils avaient fait ça bien les jeunes maghrébins l’étalage la bonne odeur de friture quelqu’un de la cité qui avait prêté le barnum parce qu’il faisait chaud déjà les arbres et leur verdure épaisse le bon refuge la nature aussi qui s’y mettait du coup…

Ils s’étaient installés à côté du cercle des palabres le banc en béton circulaire qui invite c’était le début de c’qui aurait pu devenir la vraie fête autour des thés à la menthe des verres de soda frais on le sentait ça mijotait gentil ces choses-là on n’sait jamais comment ça commence mais c’qui est sûr c’est qu’il faut que l’envie qu’on a enfin de prendre le monde dans nos mains cette force de l’émotion et du désir passion de bouger d’agir de foncer soit soutenue embarquée par le vaste mouvement de ceux qui peuvent faire le lien avec d’autres luttes donner du sens à tout ça faire monter les utopies à la surface de la marmite et que chacun y plonge à pleins bras pour que ça existe dans le réel…
A nous le mouvement spontané l’élan la force vive la joie la poésie la rencontre le feu et à eux les mots pour nommer l’élaboration solidaire du projet le recul la mise en œuvre de la conscience commune…

Au printemps de l’année dernière il y avait comme à chaque fois que quelqu’un fait semblant de reprendre le flambeau de la révolte populaire des révolutionnaires de 1789 de 1848 des Communards du Front Popu des étudiants et ouvriers de Mai 68 le sentiment parmi les gens des cités que quelqu’un de l’extérieur politique intellectuel artiste quelqu’un d’engagé et de solidaire était prêt à relayer leurs luttes toujours les mêmes depuis des années pour le respect de ce qu’ils sont pour l’accès au même savoir aux mêmes rêves à la même réalité à la même humanité que ceux qui ne sont pas d’une banlieue d’une cité de la périphérie de quelque part… cet espoir que le passage serait enfin un jour possible entre le centre et la circonférence où ils sont où ils se voient relégués cantonnés agglomérés et d’où ils peuvent de moins en moins partir…
En regardant ce matin dans la douceur du printemps qui s’est installé sur notre cité au milieu des fleurs des grands marronniers les jeunes installer à nouveau le barbecue dans le cercle des palabres et préparer la première cérémonie des merguez de l’année entre eux sans tellement s’occuper des Turcs sirotant leurs petits verres de café assis à quelques pas sur des chaises posées à même l’herbe et le bitume en face du bistrot turc qui s’est ouvert y a peu une cinquantaine causant les uns les autres ni des Blacks à quelques pas de l’autre côté en train de bricoler leurs voitures sur le parking en riant et parlant fort je songeais que l’accès au même savoir et à la même vie ils allaient bientôt cesser de les revendiquer dans les cités d’ici…

 A force d’en être exclus par les autres ils allaient définitif s’en exclure eux-mêmes se tirer de tout c’qui fait qu’on peut coexister dans une même société parc’qu’avec son histoire ses origines ses fragments de cultures métisses multiples on s’invente une langue commune on participe à l’évolution dans des directions différentes d’une civilisation partagée et à celle du pays paysage où l’existence devient meilleure pour la population qui ne cesse de se métisser et de s’enrichir de ces mélanges incroyables… Ouais… ils allaient balancer tout ça comme ils avaient déjà commencé à le faire à Clichy-sous-Bois et à Villiers-le-Bel à la figure des nantis des dominants et de leurs laquais de leurs bouffons et qu’alors…

En les regardant paisibles et sans la moindre allure guerrière au pied de notre block je pensais à ce que disait P.Bourdieu aux jeunes du Val Fourré au cours d’une soirée de vive très vive discussion en 2003 dans une des salles de la cité où l’ambiance était à la colère à peine contenue au ras le bol de ces “ intellectuels ” qui viennent parler “ aux gens des cités ” comme s’ils entraient dans un zoo persuadés qu’ils sont que ces lieux sont des sortes de réserves où une vie primitive grouille incohérente violente insensée… Je songeais à ses paroles face aux jeunes éducateurs issus de l’immigration qui réclamaient avec juste véhémence une fois de plus l’égalité réelle que jamais aucun Etat ne donne à ceux qu’il désigne comme “ les habitants des ghettos ” de toutes les formes de ghettos qui lui permettent de faire en sorte que la population ne trouve jamais son unité : “ ne refusez pas le savoir c’est le manque de savoir qui a tué les mouvements ouvriers… ne vous en privez pas car sans lui vous ne pouvez rien contre ceux qui veulent vous dominer vous asservir… ”

Et je songeais aussi en ce beau mois de Mai de 2008 qui vient juste de se pointer des pattes à toutes celles à tous ceux qui dans les banlieues il y a un an à peine exception faite pour la nôtre le 9-3 et pour le 9-4 un peu aussi ont voté pour ceux qui depuis des années depuis des siècles les manipulent les exploitent les excluent comme s’ils n’avaient rien appris qu’on ne leur avait rien légué de ces combats ouvriers quand la zone était rouge et que les maires de banlieue prenaient leur part aux révoltes aux projets collectifs aux utopies de ceux parmi lesquels ils vivaient et que leur idéal était ouvert et généreux…

Il y a 40 ans en ce beau mois de Mai de 1968 en refusant le savoir des maîtres du vieux monde nous avons inventé le nôtre qui voulait résister à la misère au fond de laquelle nous sommes aujourd’hui pris au piège… En regardant les jeunes de notre cité d’Orgemont dans le rayonnement joyeux et léger de ce premier jour de chaleur printanière je me demandais ce que nous avions bien pu rater dans la transmission de notre savoir révolutionnaire et poétique ce que Bourdieu avait fait avec une telle justesse d’émotion fraternelle au Val Fourré ce soir-là et une telle colère généreuse… et s’il était encore possible de nous rejoindre et de partager à l’intérieur du cercle des palabres les cerises vermeilles de la cueillette nouvelle la révolte 40 ans après des promesses de Mai que nous avions faites et que nous portons en nous comme un talisman de jeunesse infinie…

A suivre...
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Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /Mai /2008 23:13
             Petits chemins de banlieue
Petit chemin le long de la Seine à Genevilliers direction le Parc de Chantereine
Et buisson d'églantines
      On oublie souvent que la banlieue c'est aussi un endroit où on vit à côté d'une nature qui n'a pas complètement disparu loin de là et qui occupe des espaces très vastes bien qu'on l'aie peu à peu recouverte de cités et de parkings de voies express et d'entrepôts...
     Ouais la nature et ses buissons d'églantines sauvages ses ronciers bourrés de mûres violettes ses coquelicots ses rives de Seine ou de Marne avec saules pleureurs aulnes
peupliers... et toute la faune qui y grouille et s'y planque est là et bien là pour nous autres qui créchons dans la périphérie heureusement !
      Et si au lieu de ne causer que de la ville bidon on profitait de la chance qu'n'ont pas les parisiens et que nous autres on a de ses p'tits chemins creux ses rives des grands fleuves ses forêts ses parcs géants ses promenades et tous ses endroits vraiment jolis à découvrir style petits bistrots au bord de l'eau petits trains et étangs aux canards et aux cygnes qui viennent nicher... hérons gris et cormorans noirs... ça serait une façon de lui dire qu'on est heureux de vivre là... 
      Donc l'ami Louis et moi ça fait un moment qu'on a décidé des balades improvisées dans notre 9-3 pour commencer vu que tout ça on le fait avec nos pieds et les transports un peu aussi des fois et on vous a préparé des micro reportages avec photos de nos découvertes tout près de notre cité d'Orgement à Epinay d'abord et puis plus loin comme Petit Poucet avec ses cailloux blancs...
      Sûr qu'on va en faire des rencontres de recoins insolites et d'images extras alors on vous en fera profiter et à vous aussi de nous envoyer vos trouvailles si vous voulez... Comme ça d'un bout à l'autre de nos déambulation on va refaire une carte de la banlieue avec rien que des endroits qu'on aime et qui font du rêve !


Marguerites et coquelicots mêlées à des giroflées
et des herbes folles le long du Pont d'Epinay
      Donc on est partis à l'aventure sous un soleil de Mai qu'on a pas vu depuis un an au moins direction le Parc Départemental de l'ïle Saint-Denis où on va souvent quand il fait beau avec l'idée de pousser jusqu'à l'autre rive de la Seine...
      On a donc traversé au Pont d'Epinay et on est descendus par un escalier qui prend à même le Pont vers Genevilliers et on s'est retrouvés au début d'un petit chemin et d'une piste cyclable qui partent à gauche vers on n'sait où on n'y est pas allés encore et à droite qui s'en vont rejoindre le Parc de Chantereine le plus grand parc du coin y paraît...



Début du chemin vers le Parc de Chantereine au Pont d'Epinay

      Autre plaisir de cette ballade pas ordinaire un petit train qui fait tout le tour du Parc et qui va jusqu'à son terminus qui est notre point de départ à nous à côté du Pont d'Epinay...       
      Les horaires du petit train sont affichés et on apprend même qu'il y a des jours où on a droit à une vraie loco à vapeur comme les grosses !     
      On est ravis de regarder le conducteur manoeuvrer pour venir placer la petite loco devant les wagons après l'avoir entendu actionner son sifflet à chacune de nos promenades sur l'autre berge dans le Parc de l'ïle Saint-Denis... enfin on sait quelle bouille il a !



Le petit train 
  
 et son aiguillage à la gare de départ d'Epinay 
      
      On a suivi la voie du chemin de fer qui s'enfonce douce dans de buissons d'églanines roses et blanches des aubépines qui sentent trop bon avec petites berges couvertes de pâquerettes et du côté de la Seine on longe les berges avec saules et tout une végétation folle qui cache des tas de rafiots en train de vieillir tranquilles au fil de l'eau...
 
Aubépines qui embaument

la coque de la Josée un peu en rade
      Un peu plus loin en descendant par un petit escalier tout près du fleuve qui a des reflets gris-bleu et verts très doux cet après-midi on découvre l'endroit caché au milieu des roseaux et protégé de notre curiosité d'humains du nichage d'un couple de cygnes dont les petits viennent de naître... A quelques pas de nous le mâle surveille qu'on ne s'approche pas !

              





Le cygne mâle qui nous épie du coin de l'oeil



  La femelle en train de couver derrière une barrière de roseaux

     
     La ballade est douce le long du chemin frais entre les roseaux et on finit par trouver l'entrée du parc sur notre droite pendant que Louis remarque sur le plan que c'est vraiment un parc très vaste et que probable on n'aura pas le temps de faire le tour vu que le petit train ne nous a pas attendus !
      Un peu fatigués et ivres de soleil et de parfums on se retrouve dans un géant espace d'herbes et d'arbres ou tous les p'tits des cités alentour se coursent avec des bouteilles d'eau pour s'arroser tellement il fait chaud dans une ambiance de dimanche d'été avec les familles maghrébines blacks pakistanaises srilankaises and so on... qui surveillent alongées sur l'herbe pendant que des jeunes sur un banc on allumé le narguilé... Nous on se pose à l'ombre d'un arbre après avoir vérifié que c'est vraiment immense on n'a plus le courage d'aller au-delà... 




Enfin le Parc de Chantereine ! 

 Le petit train s'en va sans nous mais promis la prochaine fois je vous raconte la suite...

Alors si vous trouvez comme nous que notre banlieue elle est vraiment très class ne vous en privez pas !

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Lundi 3 mars 2008 1 03 /03 /Mars /2008 12:38
                        Petites chroniques d'une cité de banlieue
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Mardi, 26 février 2008  De là d’où je vous cause…

 

Bon… vous allez vous dire que je ne travaille pas à mes petites chroniques de notre cité de banlieue sérieusement et que ça fait plus d’un mois que j’n’ai pas écrit la suite de nos histoires que vous avez l’air de bien kiffer car j’ai vu que cette rubrique-là vous la cherchez souvent dans les pages de nos Cahiers des Diables bleus ou dans celles de notre blog… sûr c’est vrai qu’ça fait plus d’un mois et que des choses il s’en passe rue de Marseille et dans toutes les rues de la cité d’Orgemont d’un bout à l’autre de Macadam black… C’est clair qu’j’ai pas d’excuses et pourtant si… Faut vous dire qu’j’ai marné comme jamais sur le début des aventures de notre Ratkail le p’tit personnage qui s’est pointé juste au moment où les deux gamins se sont faits démolir à Villiers-le-Bel j’étais dedans mon récit à donf c’t’à-dire que j’l’avais réécris pas moins de dix fois à cause de la langue qui n’passait pas…

 Ouais… vous allez m’dire qu’c’est pas une excuse… mais là j’vous arrête parce que quand on écrit justement et qu’on veut l’faire sans la ramener pour les gens qu’on voit tous les jours en allant acheter le pain chez l’boulanger marocain ou ceux qu’on croise au super marché voleur et dans les transports… notre 154 notre autobus des brousses vous savez ?… on a pas l’droit d’écrire des machins qui sont bricolés littéraires et compagnie pour faire chicos et qui ne s’enroulent pas à l’intérieur de la vie des gens et de toutes les sortes de langages qu’ils bricolent inventent maginent avec la musique terrible et sorcière des quantités d’paysages d’où ils sont venus et qu’ils ont trimballés avec eux sur le bout d’la langue…

Ça non on n’peut pas… alors Ratkail lui il tombait pile poil au fond d’la marmite poisson riz épices et compagnie qu’on touille et retouille dans notre block les escaliers en sont sacrément parfumés d’cette chanson et je lui avais laissé m’raconter la nuit assise à la table près d’la fenêtre au-dessus des grands arbres j’vous en cause souvent ils me font rêver et les jeun’s en bas dans le cercle des palabres je les écoute et tout ça fait ensemble le langage qu’y a dans mes petites chroniques… Son histoire à Ratkail c’était celle d’un gamin d’la cité et elle était drôle et légère et insouciante et terrible comme ça s’fait quand t’as 15 piges et qu’tu retrouves tes poteaux sur le trottoir d’la tess’ et qu’on s’fabrique l’existence pas celle des vieux la nôtre cousin la nôtre !…
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Ouais mais ça n’s’est pas déroulé du tout com’ac alors là faut toujours que les keufs ils s’arrangent pour nous ramener une salade pas fraîche un dimanche en plus ils l’ont mijotée leur affaire et les deux p’tits frangins qui sont morts dans cette plaisanterie-là ils avaient pas demandé qu’on leur vole leur vie qu’on leur rapte la lumière le soleil les coquelicots des terrains vagues les filles avec leurs yeux absinthe et la fête… Sûr qu’dans toutes les cités d’la banlieue on avait la rage vu que des p’tits qui font la course avec des motos dans toutes les rues de toutes les tess’ y’en a plein dans la notre aussi et alors on dirait que les grands donneurs de leçon ont jamais joué à se faire peur ils ont jamais joué à rien ils ont jamais joué !… Même mômes c’était des vieillards mais pas nous autres… à l’époque on avait que des mobs un peu pourraves des bleues qu’on trafiquait formidables on les kittait pour qu’elles fassent un tintamarre de casseroles l’épouvante des bourges quoi !…

Et on roulait avec comme des oufs de mômes des banlieues qu’on était et on s’éclatait bien alors !… Pas la peine de nous la ramener sur la délinquance des p’tits aujourd’hui et qu’ils sont fils d’immigrés et qu’ils écoutent pas et qu’ils sont pire que jamais… Alors là j’vous assure que nous autres on est pas des fils d’immigrés mais des enfants d’ouvriers tout c’qu’y a d’plus gaulois et qu’à c’moment de notre géniale jeunesse on a joué comme des diables avec les mobs les vespas les bécanes que tous les gamins des cités et leurs rodéos c’est rien à côté de nos délires d’alors !… Et comme je vous l’disais y a quelques chroniques de ça j’en connais des fils de la banlieue bien rangée celle du Raincy Montfermeil Aulnay-sous-Bois Les Pavillons etc… des enfants de bons citoyens à l’aise et normaux adaptés qui ont fauché des bécanes et se sont envolés avec alors les donneurs de leçon Hop !…

Pour vous dire que tous mes poteaux et moi aussi on s’était fait coursiers dans c’temps-là les boîtes de course à course ça fleurissait pareil que les boîtes d’intérim et on gagnait cent fois ce qu’un p’tit va se faire dans un Macdo crasse et on était libres comme le vent du printemps et on fonçait zig-zag entre les caisses d’un bout l’autre de la banlieue c’était d’enfer bon !… La période dont j’vous cause c’est celle où le circuit Carol il n’existait pas tu parles… C’était à Rungis que les poteaux qui avaient une bécane allaient défouler leur rage de n’pas pouvoir s’tirer direction les espaces qu’on avait tous matés dans des films comme Easy Rider et j’peux vous dire que nous aussi on allait jusqu’au bout d’la mort…

J’me souviens du copain avec qui on a grandi dans notre escalier qui s’est morflé sur cette piste à pavés trop lisses et à bidules béton n’import’naouac… J’peux vous dire son prénom j’lai pas oublié… il s’appelait Mario… Mario il est jamais revenu de Rungis et il a emporté un bout d’notre enfance avec lui… Tout ça pour vous expliquer que c’qui se trame maintenant à l’intérieur des cités d’banlieue c’est la même qu’alors et que l’ennui et l’manque d’idéal se sont pas améliorés pour trois sous et que les gamins ont le même désir de vivre formidable qu’on avait… La mort ça fait partie du jeu quoi et pour traverser ça faut qu’les autres nous on leur en donne envie me semblerait…
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Ratkail du coup il s’est fait embarquer dans la riposte des keumés et des jeunes de Villiers-le-Bel et son histoire elle était un peu moins ouistiti dans les grands arbres d’la cité… son histoire j’l’écrivais aussi pour les deux p’tits et pour Mario mais je n’voulais pas qu’elle soit triste vu que dans nos banlieues si on n’garde pas la vitale présence et la rigolade on n’s’en tire pas… Mais quand même parmi les frangins qu’ont trinqué ric-rac aux tribunal des flags… y en a eu un qui m’a trop fait râler pas possible… vous savez je vous en ai déjà parlé le p’tit qui a ramassé des paquets d’bonbons tirés dans une boutique et qu’a pris comme ça 3 mois pour le plaisir… Joyeux Noël !…

Alors là ça y’était c’était lui le héros d’mon histoire parc’que de faire trois mois de zonzon pour avoir tiré des bonbons c’est un truc que tu n’peux pas imaginer quand tu as un peu plus de 50 balais et que t’as connu des temps où on était emmenés aux flags pour avoir réussi un casse sévère mais des bonbons !… On avait bien raison dans nos seventies de se battre pour l’insoumission totale et civile aussi contre le service militaire… Y’a pas que l’armée qui aligne des déserteurs de 18 piges et qui les descend pan pan pan pan pan !… Bon mais là j’vous perds avec mes détours et ce qui m’a fait prendre mon stylo cette nuit pour vous causer c’est que le début de l’histoire de Ratkail heureusement que j’l’ai bouclé sinon j’aurais encore tout à refaire !…

La suite de c’qui s’est passé à Villiers-le-Bel vous la connaissez comme moi et c’est là que dans nos cités de banlieue y faut qu’on s’laisse pas aller à des trucs qui nous démolissent et qui sont pas regardables… Proposer du fric à des gens des cités à des gens… pour qu’ils balancent les autres y’a pas besoin de regarder au-delà c’est la pire des choses qui peut nous tomber dessus à nous qui vivons ensemble nombreux et dans notre territoire qui est pas exactement c’que les keufs et les bouffons qui n’connaissent pas en pensent et en voient… Le mot territoire à moi il m’a toujours bien causé avant que j’le trouve dans les mots du philosophe rebelle Deleuze vu que quand on est né dans une cité d’banlieue on sait très bien c’que ça veut dire « notre territoire »…

Quand ils ont entassé nos darons et nos anciens là-dedans par centaines en s’disant vite fait que c’était pas important le lieu où tous ces gens allaient vivre s’aimer avoir des enfants et vieillir ils ont rien réfléchi et ils ont pas écouté ni entendu personne… Ils croyaient rien ils s’en moquaient bien de la vie qu’ils auraient nos vieux… et si le mot de territoire c’t’un mot qui va bien avec les animaux c’est aussi un mot qu’est proche des artistes et des créateurs pour vous dire qu’c’est un mot très beau qui nous parfume la peau et nous donne de sa dignité et ouais !…
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         La tess’ d’Orgemont c’est notre territoire d’enchantements de révoltes de colères d’utopies et de vie quotidienne douce et brutale c’est tout ça comme celle de La Cerisaie c’est celle des gens de Villiers-le-Bel qui y crèchent vu que ce sont des espaces où on des des centaines et plus à devoir apprendre à vivre ensemble sur très très peu d’place je vous l’dis… essayez donc pour voir vous autres et vous comprendrez ce que c’est qu’un territoire et comment c’est précieux et pas simple de l’partager…

Bon… je vous développerai l’affaire dans le prochaine petite chronique avec des exemples de notre existence au quotidien mais là c’que voulais nous dire à tous c’est que dans nos territoires même si on rentre et on sort comme on veut vu qu’on est reliés au monde malgré tout c’qu’on raconte dehors à ce sujet on doit continuer de préserver nos rapports de voisins de frangins de bonne entente et tout ça qui n’concerne que nous vu que ceux qui refilent des idées vraiment dégeulasses de délation ne seront jamais parmi nous et qu’il n’ont pas la moindre intuition de c’que c’est notre réalité sur le territoire de la tess’… Non… faut pas que la haine et la rage on la retourne contre nous comme on sait faire nous autres vu que balancer c’est juste ça pas plus !… Y’a rien aucun prétexte aucune idéologie aucune morale à deux balles qui peut justifier ce genre de truc et c’est par là qu’on deviendra étrangers à nous-mêmes et à notre respect de la dignité que nos vieux ont défendu avec leur peau à l’époque où la banlieue était de la trop chouette couleur rouge des cerises de Mai… pigé frangins ?… 
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A suivre...    

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Lundi 4 février 2008 1 04 /02 /Fév /2008 23:12
                                                                        Lui c'est Ratkail...

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             Lui c’est Ratkail…

Il a eu 14 piges au trou avec ses potes les chauve-souris aux ailes noires qu’il mate le soir par l’rectangle grillagé direction le ciel quand ça démarre l’gros cafard que t’exhibes surtout pas sauf avec les rats aussi là tu peux… juste avant qu’il apportent leur bouffe infâme dans les gamelles septiques comme leurs gogues et comme leurs yeux pareil… Les chauve‑souris elles l’ont pas lâché et les comètes parfois oui parfois non ça dépend d’la brume… tout c’qu’il a eu là-d’dans c’était elles… 14 piges au début de c’t’année 2008 qu’a trop mal démarré avec les trois mois fermes qu’il s’est morflés…

Il a dégringolé à donf dans la section pour mineurs d’la zonzon les paluches poisseuses de caramels et juste des p’tits deals de rouquines fumantes à l’entrée du RER… Marlborough… Marlborough…

Trois fois rien pour s’faire un peu d’blé… d’la bonne graine qui pétille au fond d’tes poches et qu’tu refiles aux magasins d’fringues avec un grand frangin pour la débrouille…

Ouais… il a fêté ses 14 piges en bas vautré sur la planche métal qui t’caille jusqu’aux bouts des arpions roulé à l’intérieur d’la couverture bleu sahara pareil qu’l’uniforme des matons…

La couverture elle a pris l’odeur de pisse d’la cellule malgré l’rectangle d’air où y’a ses frangines les chauve-souris aux ailes noires qui dansent en s’arrosant d’étoiles plein feu au creux d’leurs mirettes c’est chouette !

Ses poteaux les guerriers féroces les killers aux guns aussi sûres qu’les flingues aux flammes courtes des maîtres de l’ombre ils l’ont laissé béton pourtant dans les tribus de la tess’ on est pareils qu’les renards d’la même nichée… Les trois mois au gnouf ils ont cramé l’souvenir des jours où ils traînaient ensemble à dealer du rêve et à tagger leur animal totem sur la peinture gris pourri des halls…

Lui c’t’un rat d’Papouasie qu’il a repéré à la téloche dans l’gourbi d’ses vieux avant la tôle… un géant d’rat total black sauf la tronche tatouée de feu le poil luisant hérissé vas-y faut voir la classe qu’il a c’rat !…

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Lui c’est Ratkail…

Il a 14 piges… mais avec la zonzon il a vécu bien plus vous comprenez ?… D’abord Ratkail c’est pas son blaze… Le nom qu’son daron a raturé en tirant la langue comme il faut sur les pages du registre qu’est maquillé des empreintes des doigts d’ouvriers où y’a des tas d’blaireux à binocles qui fouinent il sonne encore pire qu’Mohammed ou qu’Ismaël…

Son nom alors le vrai celui qu’son daron lui a refilé au milieu des blazes prestiges des keumés d’la tess’ c’est Jean-Noël !… Jean-Noël !… c’est trop la honte !…

Faut dire qu’son vieux il aimerait mieux n’pas l’connaître… ouais faut l’dire… Y’a pas un daron pire que l’sien dans toute la cité alors là il peut en causer… Le sien il fait l’vigile dans un super marché où y’a des produits que pas un rat s’nourrit avec même pas ceux des gogues d’la zonzon qu’ont l’poil doux et frais comme l’eau des ruisseaux !…

Du coup dans la tôle avec les chauve-souris aux ailes noires qui sifflaient des vraies folles d’l’autre côté des barreaux pendant qu’ils lui apportaient la gamelle où il avait dû neiger dedans vu qu’c’était toujours froid et l’goût y’en avait pas lerche son daron il s’est jamais pointé… C’était sa vieille qui lui ramenait un peu des choses comme elle pouvait alors chez lui maintenant qu’il est dehors il y va qu’pour dormir tout juste…

 

Lui c’est Ratkail… il a 14 piges et son blaze il l’a eu en zonzon d’la part d’un mec black aussi p’tit qu’un tabouret qu’était là depuis dix berges et qui connaissait l’histoire du rat géant d’Papouasie…une bestiole sacrée là-bas chez lui et qu’a jamais eu peur des hommes… Il doit pas en fréquenter souvent des hommes qu’il se dit Ratkail en filant un coup d’tatanes dans la barre métal de la rampe d’escalier ça fait du bien… Ouais et ben lui son nom maintenant il le garde c’est clair !…

Dans l’fond il entend les ailes noires froissées des chauve-souris à l’intérieur d’l’ascenseur en rade et comme il se tourne pour essayer d’les mater y a la porte du hall qui lui gicle de l’air verglacé sur les chevilles… Y’a quelqu’un qui s’pointe… ça fait un drôle de couinement… ric… ric… ric… il s’retrourne rapide en zonzon il a appris la méfiance terrible et les frôlements même pas des bruits il les entend tous…

Face de lui qui s’tient immobile pareille qu’une vieille idole rafistolée d’une tribu indienne y’a une grand-mère qui l’reluque en rigolant sur son dentier pourri et un gros chariot à roulettes avec sa caisse en osier tressé par-dessus… ça déborde de bazar pelures cochonneries les uns dans les autres… Elle a les tiffes qui lui pendent rouges comme celles des vieilles arabes et au bout des mèches elle a mis des grosses perles en terre vertes jaunes rouges avec le foulard palestinien autour du cou sur une veste et un pantalon en peau à franges… y lui manque plus qu’les plumes qu’il se marre Ratkail pour de bon…
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- Salut cousin !… elle dit en zézayant un peu sur le “ S ”… tu tombes bien…

- Ah non hein !… il crie Ratkail sans s’lever du milieu de la marche 4 en matant la vieille qui fixe sur lui ses yeux aussi rusés qu’ceux d’un renard… vous allez pas m’demander d’vous aider à monter votre saloperie d’chariot et tout c’fouttoir !… L’en n’est pas question allez zouh !…

- Eh cousin c’est toi qu’est sorti y’a une semaine de la zonzon c’est bien ça ?… Elle continue à l’reluquer les deux poings sur les hanches un vrai cinéma mais Ratkail faut pas lui causer com’ac !… C’t’un chef de tribu et il fait trisser un paquet d’clopes vide direction d’la tête de la grand-mère en criant :

- Dégagez d’là vous entendez !… Allez dégagez !… dégagez !…

La vieille esquive d’un geste habile le paquet d’clopes et elle hausse les épaules en faisant le tour d’sa carriole il distingue son visage dans la lueur blanche qui vient d’la porte… elle a pas d’rides elle est peut-être pas vieille au fond… c’t’un carnaval ou quoi ?…

- Tiens file-moi une clope ça m’arrangera j’ai pas fumé depuis c’matin que j’suis partie d’Sarcelles et j’ai pas déjeuné non plus…

- J’vous file rien du tout et vous m’touchez pas sinon j’vous remballe vous et votre chariot pourri d’l’autre côté d’la cité vite fait !… Ratkail en disant ça il hésite un peu quand même il pense à sa darone…

Au lieu d’s’en aller la vieille s’approche encore et devant les yeux ahuris de Ratkail elle s’assoit sur la marche 4 à côté d’lui en l’poussant même pour se faire d’la place… Allez vas-y passe moi une clope sinon Calamity Jane va s’servir frangin !… Tu sais ça m’fait pas peur j’en ai vu d’autres des costauds dans ton genre depuis que j’traîne ma carcasse dans les cités d’banlieue !… Même les keufs qui m’laissent tranquille alors tu vois…
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                               A suivre...

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Vendredi 25 janvier 2008 5 25 /01 /Jan /2008 01:16
                                   Lui c’est Ratcaille…

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Lui c’est Ratcaille…

Avant tout c’qui s’est passé il créchait dans une cité d’Villiers-le-Bel ça vous dit quelque chose ?…

L’est assis sur la marche 4 de l’escalier du block des lézards celui qu’ils ont barbouillé de peinture verte d’océan sur l’fond gris ferraille du ciel… Sur c’fond-là lui semble qu’il voit des chauve-souris qui battent des ailes tout l’temps en criant… et des étoiles qui tombent du ciel quand il devient black…

L’est assis et autour ça grouille et ça s’dégringole de bestioles qu’il connaît pas depuis l’renfoncement où y a l’ascenseur qui leur sert de cabines d’essayage pour leur peau luisante et lisse comme des prospectus… C’est bourré d’odeurs là-d’dans entre l’renard et l’réglisse… c’est noir et c’est pas des rats…

Les rats il les repère bien il a vécu avec dans sa cellule c’était des potes rigolos qui sentaient les ruisseaux frais… Vous savez cette odeur qu’on oublie pas quand on l’a reniflée… Ils sortaient l’soir du trou des gogues avec leur p’tit costume de laine impec et ils pieutaient contre lui…

Non… c’est pas des rats et ça prend des formes étranges quand ça s’approche et ça disparaît… Ici on est tous des animaux il se dit en frottant son nez d’ses deux poings fermés…

L’est assis rez-de-chaussée plein milieu chef de tribu largué par les siens. Faut l’contourner pour passer ça énerve les bouffons qui n’fricotent pas avec les animaux de l’ombre mais ils le laissent à cause d’la bande des p’tits qui ont la ruse des chats zébrés rouquins jaune pâle les griffes toujours dehors et pas guimauve…

Les p’tits ils pourraient leur faire carotte leurs lacets pendant qu’ils sont à tenir la queue des caisses du super marché… Ils leur passent entre les pieds s’insinuent faufilent et fauchent à l’intérieur d’leurs paniers plastique rapides le chocolat et les brownies avant d’se tirer sur les planches de skate par les tapis volants qui zigzaguent bout à l’autre du magasin direction les sous-sols parkings… ils connaissent comme le fond d’leur cagoule et Hop !…

Lui ses poteaux sont des guerriers aux armes pourraves et aux iris rimmel brumés de fumée café noir… Ses poteaux ils connaissent les trucs de la rue mieux qu’personne et les barbares avec leurs guns ils les reniflent au radar pareil les chauve-souris aux ailes noires…

Ça grouille ça s’dégringole ça vient d’là-bas elles crèchent planquées au fond d’l’ascenseur il est sûr que c’est elles et depuis qu’il est sorti d’la cellule de la zon-zon elles le suivent partout… l’ascenseur d’ce block où il s’assoit vu qu’la porte du hall elle est ouverte il est en rade… y’a pas longtemps qu’il se la joue plus montgolfière c’est dommage… Le ciel il aimait bien et sa mangrove d’étoiles…

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Lui c’est Racaille… faut suivre si vous voulez pas nous perdre… elle est un peu tordue son histoire mais il l’a pas voulu… alors maintenant il reste assis ailleurs que dans sa cité c’est mieux…

Cette fois il avait trop exagéré… même les chauve-souris elles ne s’fourent pas dans des situations qu’elles ne peuvent plus s’en tirer après du sac en peau de lune… même pas et pourtant elles sont aveugles…

Ouais… cette fois il avait joué les mômes et sorcières elles ont mordu à pleines dents la gorge de la nuit avec des cris d’un qui a pas fini de mourir et cézigues il avait continué…

Ses poteaux ils l’ont largué planté pas réclamé et ses vieux non plus après qu’il se soit fait pécho en train de ramasser les paquets étincelles papier argent et couleurs d’enfer bourrés d’bonbons un magot à s’remplir les fouilles habitées d’courants d’air et qu’il soit passé devant les méchants guignols des flags…

- Vol avec recel… trois mois fermes !… il a jappé le juge sapé femelle l’estomac qui lui remontait les bretelles…

Sûr qu’pour les sucreries il jeûnait pas le lascar… il devait s’en envoyer plein le cornet d’ses goûters parties avec ses frangins…

 

Lui c’est Ratcaille…

L’est assis sur la marche 4 de l’escalier du block des lézards son bonnet enfoncé par-dessus ses yeux deux billes de menthe sombre vissées profond plein milieu d’une tronche de raton laveur dessous d’la capuche du sweet renoi tellement trop grand qu’il a la dégaine des burnous de laine louche des vieux rebeus…
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          Avec ses genoux remontés le baggy blue lui soude les Converses qu’il a rêvées blanches aux carreaux pétés du sol y’a que le bout qui dépasse pour dire que c’est ses arpions et que lui c’est un keumé… un chef de tribu un vrai… C’est plein d’bouts d’mégots cramés par terre qui le prouvent…

Et la tribu des cousins tous des killers d’étoiles au sang froid des fracasseurs des crameurs de mondes barbares où la lave jamais elle s’arrête de bouillonner elle n’est pas loin…Pour ça qu’il n’reste pas dans l’secteur d’sa cité il préfère… Vous comprenez ?…

La différence entre lui et le tronc d’arbre post Hiroshima où repoussent vertes des p’tites feuilles après les cendres ou un sac poubelle que des mésanges blacks ont crevé pour s’pieuter léger y en a pas…

C’est les autres qu’ont fracassé la vitrine et les paquets d’bonbons brillaient éparpillés sur le parking…

- Trois mois fermes !… Ça vous apprendra qu’un paquet de bonbons volé on ne le ramasse pas !… Il a sifflé ce plouc avec sa chetron picorée de paillettes vérole comme la lune il l’oubliera pas…

C’est comme ça qu’ils font les vieux il se dit en refilant un bon coup de poing aux tiges d’acier d’la rampe ils causent à ta place et après ils t’abîment à cause que tu n’leur réponds pas… Lui il s’en tape depuis la zon-zon le silence c’est bon pour lui…

C’qu’il veut maintenant s’tirer d’ici… Quitter la tess’ c’est possible… toutes les tess’ du quartier il a pas peur… il a appris au milieu des ailes des chauve-souris noires…

- Trois mois fermes !… il a sifflé ce plouc en matant ses pieds… il arrêtait pas d’reluquer ses baskets écailles de serpent argentées… Jamais qu’il en avait vu des cam’ac l’bouffon !…

C’est la première chose qui l’a fait hurler en tôle il a dû laisser ses baskets écailles argentées sur le p’tits tas des fringues son Jean et son sweet à capuche… Alors là t’es plus personne quand tu t’sapes avec leurs fringues ripou tu deviens caméléon et tu t’fais une carapace couleur muraille et tu glisses pfuitt… pfuitt… entre les parpaings…

Non… t’es plus personne pour personne…
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A suivre...

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