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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Journal d'une fille de banlieue

Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /Août /2008 23:31

      Journal de Palestine suite...

Enfant au camp de Khan Younis à Gaza en 1993
Photo Marc Fourny


Extraits de ce Journal de Palestine composé de lettres que nous nous sommes écrites mon ami Marc et moi en 1993

Quelque part de ce côté-ci de la Méditerranée dans des espaces encore en marge des grands ghettos nous étions en pleine correspondance avec un double projet fou en tête… Un voyage en Palestine d’où devait naître un livre mêlant photos graphismes à l’encre et textes à partir du journal de bord de cette rencontre. Et ce quelques mois avant que ne prenne figure en Palestine un rêve à préserver à tout prix… L’illusion qu’un autre monde était possible à naître.

Lettre de Marc, Juillet 1993 suite…


C’est simple de poser seulement la question : qui a tort, qui a raison ? Ça évite surtout de se demander en quoi on fait partie du “ qui ”. Mais c’est souvent difficile à définir et puis dans des conflits de longue durée on oublie souvent l’origine des choses. Par exemple : est-ce que ce sont vraiment les Juifs qui ont décidé un jour que devait à tout prix exister un Etat où regrouper tous les Juifs et rien que des Juifs ? ou bien est-ce que ça ne peut pas servir d’autres intérêts ?

Et aussi qui en prend plein la gueule et qui est le plus fort et outrepasse les limites ( lesquelles ? ) de la “ légitime défense ” ? Qu’est-ce qu’il y a de légitime dans la barbarie qui réduit l’autre à “ moins qu’un chien ” pour reprendre les termes utilisés en Algérie ? Ne pas oublier que l’oppresseur d’aujourd’hui est l’oppressé de demain ( et vice-versa comme c’est le cas d’Israël ).
C’est banal de le dire mais il faut quand même poser les choses clairement ( toujours à cause de cette fichue culpabilité qui “ nous ” rendrait plus immobiles que des cailloux… ), le comportement du gouvernement et de l’armée d’Israël est inacceptable en ce qui concerne “ la question palestinienne ” et de plus met en péril la paix future.
Le problème des colons ? ( Je veux dire celui qui se pose aujourd’hui au sujet de ceux qu’on nomme “ colons ” à Gaza et en Cisjordanie ). D’abord ce sont des hommes. Mais ils ont trop d’intérêts, qui ne tiennent pas compte de l’Homme justement dans l’histoire pour ne pas vouloir la destruction des Palestiniens sans comprendre qu’ils le paieront un jour de la leur et par eux-mêmes. ( … )
Donc, qu’est-ce que je vais foutre là-bas, je vais essayer de te répondre. Il y a des gens qui souffrent et il me semble essentiel que cela se sache… Il y a des gens que l’on réduit à l’ombre d’eux-mêmes et il est important que cela se sache pour : que peut-être les endormis d’ici se réveillent et qu’au lieu de se bercer dans leurs rêves devenus confortables de coupables qui expient, ils agissent pour qu’on ne soit pas tous ( et depuis Sabra et Chatila ont sait ce que ça veut dire tous… ) en train de revomir toutes les chèvres innocentes qu’on a laissé engloutir…

Bidons
Camp de Khan Younis
Gaza 1993
Marc Fourny















Pour que peut-être demain “ nous ” ne fassions pas la même chose sous une autre forme. Pour qu’on comprenne que l’intégrisme n’est pas seulement musulman mais aussi juif. ( et chrétien tiens ! ) Et que l’intégrisme naît de la dictature avant de la créer. Enfin, qu’un Musulman, un Juif ou un communiste qui souffre est avant tout un Homme qui souffre, et que nous nous devons de lui porter assistance.
Pour faire passer ne serait-ce que 10% de tout ça il faut du talent, de l’intuition et du cœur. En ai-je ? Je ne sais pas. Je sais que je veux être utile, sans dogmatisme et en étant conscient de ce que c’est un Homme.
Ce n’est qu’une parcelle de ce que je pense, mais j’espère que tu me comprends mieux…
Je n’ai pas confiance dans L’HOMME. Même si c’est super un être vivant… Mais j’espère en lui. ( Je sais que nous ne sommes pas d’accord… ) Je me mets dans le lot. Je vais là-bas pour porter au regard des autres l’image d’un peuple à qui on refuse la paix, et la dignité. ( … )
Pour savoir si des extraits de ce texte ( L’Indien Rouge ) qui est super iront avec mes photos et parmi tes dessins, je ne peux pas répondre. Encore une fois j’ai besoin ( plus que toi car les artistes sont dans l’expérimentation par l’intuition sans cesse… ), de concret, de partir, de toucher du doigt, de voir et de recevoir. J’essaie de noter des idées, mais je dois avouer que je suis un peu préoccupé par le côté mise en place du matériel. Ex : comment protéger mes films et ne pas me les faire piquer par Tsahal ( c’est arrivé à plus d’un photographe )… Comment entrer en contact avec les gens, ( il semble que les Israéliens aient tenté de les infiltrer souvent ), et trouver l eur confiance. Et puis si ça continue, je sais que je vais avoir un peu la trouille ! ( … )

Alors tu vois, que d’inconnu…
Mais tu peux croire en mon honnêteté. Ciao ma petite camarade. Marc






Une rue du camp de Khan Younis
Gaza 1993
Marc Fourny


A suivre...

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Lundi 18 août 2008 1 18 /08 /Août /2008 23:53

Une enfance bohême d'écrivain ordinaire 4

        Oncle Ho c’est un greffier qu’elle a ramassé un jour qu’elle se méfiait pas comme on récolte une maladie exotique dans l’hiver d’une ville du Nord en bas des escaliers du block où les rats ont des espaces de jeu souterrains délimités à coups de dentiers et les chats en bandes guerrières les guettent pour leur niquer la queue vu qu’ils sont aussi balèzes qu’eux… Il lui a filé le train sans l’ouvrir et il a visité reniflé toute sa piaule qui avait l’air cauchemar du vestiaire d’une équipe de foot…

Ses fringues crasses par terre mélangées à ses cuissardes rouges et aux baskets et les piles de feuillets corrigés sur une chaise de paille qui pendouillaient à côté d’un ex pot de fleurs sans fleurs taillé dans une moitié de calebasse tatoué de formes géométriques blanches et noires quasi plein de mégots et qui puait le tabac refroidi la sueur pamplemousse l’eau de toilette Orange Verte les petites culottes et les fumantes sales… une horreur d’infamie qui la gênait pas mais quand même…

Pour finir le greffier avec deux quinquets au beurre noir nature qui lui donnaient le look corsaire aveugle au milieu de sa pelure de rouquin malfrat le pif taggé de piercings roses et les esgourdes médaillées de cicatrices à l’arrache avait trop la tronche d’un Viet après Dien Bien Phu et elle l’avait nommé tout de suite Oncle Ho pendant qu’il sautait à l’intérieur de la moitié de calebasse et qu’il la matait distrait aller et venir les iris en fente horizon le cul dans les mégots… Ouaouf ! Ouaouf !

La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser la protège des regards qu’elles lui balancent comme si elle avait jeté d’un coup abattu au milieu de la table un tas d’mots vulgaires et orduriers des cochonneries pas possibles et elle a l’impression que leur tarbouif s’allonge dans sa direction comme la langue des tamanoirs d’Afrique et qu’elles vont la gober la mâcher la croquer crue… Cric-crac ! et l’embarbouiller de leur bave qui pue Ha !…

Tout le temps que ça dure ces réunions… on entend même les murs qu’elles ont repeint en blanc craquer d’ennui… que vous me croyez pas je me doute c’est difficile… faut s’y coller à cette réalité-là faut la vivre… gluante en dedans… c’est pas donné Ah ouiche !…

Et pendant ce temps les caravanes se sont arrêtées au puits planqué sous un cairn couché que le sable a à moitié recouvert et le TGV de 10H18 vient de partir de la Gare Montparnasse direction l’océan et ses pierres de sel que les grenouilles bleues assiègent… et au fond du sac à dos l’odeur sucrée des petits pains sur ses lèvres… si seulement elle pouvait ouvrir le sac et leur manger les petits pains un par un sous le nez… les narguer… à l’intérieur elle en rigole…

        Leurs trois regards sur elle… bourré de mépris chacun autant qu’un pétard du 14 juillet de sa poudre… Elle savait bien à qui elle avait affaire… elle les connaissait depuis plus de dix ans qu’elle était embauchée dans leur assoc de femmes qui avait toutes les allures vue de l’extérieur d’un initiative solidaire féminine et ce que ça en mettait plein la vue comme tartuferie aux naïfs et aux innocents de sa façon alors je peux vous en raconter…

Elle en a plein sa besace des forfaitures et saloperies qu’elles lui ont faites et pas qu’à elle avec leur figure enfarinée de femelles généreuses qu’y fallait faire le tour pour voir Hop ! Hop ! bien voir ce qu’était planqué derrière comme coups bas… Vlim !Vloum ! De ces comportements de contremaîtres des usines d’autos quand vous avez les paluches prises par les pièces de tôle nue coupante qui vous écorchent vous taillent par tous les bouts elles se ramènent en caquetant volailles prêtes à vous picorer et vas-y ! Vlim ! Vloum ! Un coup de bec dans les mollets dans les cuisses dans les reins… Vlim ! Vloum !…

Leur méchanceté… on n’peut pas dire… une assoc de femmes qu’ont jamais sorti la tête de la masse des oies en batterie et qu’attendent que ça pour se faire voir des badauds venus au spectacle de la mise à mort des volailles les plus faibles faut imaginer ce que c’est comme saignage à la gorge crevage des iris roulant leurs billes folles de rage et arrachage de plumes à faire un tas géant propice aux édredons rouges… c’est un spectacle à n’pas louper pour sûr…

Elle aussi elle y avait cru… elle qui dormait lézarde sur les bancs plein soleil ses poèmes gribouillés d’oreillers… elle évitait de se mêler… sa méfiance pourtant elle aurait dû lui brancher des gyrophares d’avertissement… ce qu’elle avait été mollusque dans cette affaire… c’est Antonin qui se marrerait bien s’il la reluquait à attendre pour sûr les petits pains dans le sac…

Elles la payaient à la pige comme ça qu’on appelle dans le métier quand vous avez pas de salaire fixe et que vous trimez deux fois en somme… une fois normal et une fois vous faites le job des autres qui sont pas capables et qui récupèrent la monnaie qui tombe à la vente de la chose bouclée bichonnée que vous y avez passé vos nuits les quinquets à moitié crevés à force pareils que ceux au beurre noir nature d’Oncle Ho…

Non… elle s’était pas méfiée… pas plus pour ses trouvailles mirages… ses libellules… les mots de ses poèmes mangroves… ses idées météores noires qu’elle rêvait tout haut… ses pistes d’invention ses voix lactées… tout ça elle l’avait retrou vé ci et là dans les pages de leur revue où elle avait son nom juste comme correctrice ouais tout juste…

Mais les trains eux pendant ce temps ils arrêtent pas de partir de la Gare Montparnasse avec des cormorans noirs à casquette qui les conduisent et Oncle Ho la langue coincée entre les canines les fixe passionné le cul dans les mégots de la calebasse coupée en deux…

 

Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…

C’est vrai elle a dit : “ me les farcir… ” elle oublie toujours que les mots faut les prendre avec des pincettes vu qu’elles sont toutes les trois rédactrices en chef… qu’elles écrivent avec une des plumes taxée au croupion des oies sacrifiées les pattes trifouillant leur tas de fumier tout en haut au-dessus… au-dessus de l’imperturbable parfum de la merde commune…

Faire attention ! Elles ont chacune leur prétention d’écriture et de projecteur clignotant Far West sur leur décolleté de dames respectables et encore craquantes enfin si on peut dire… mais c’est pas ça du tout qu’elles montrent ah non !… ce qu’elles montrent exhibent déshabillent mettent complètement à poil c’est leur moi dans toute son humilité et toute sa vertu resplendissante… leur moi oh oui !… leur moi mouillé d’ambitions secrètement mijotées et auréolées de couronnes de marguerites qu’elles effeuillent avec simplicité… je m’aime… on m’aime… vous m’aimez… ils m’aiment…

Et elle alors avec ses odeurs de petits pains au fond du sac… ce qu’elle a mérité… son fric qu’elles lui comptent ric-rac au bout de la table leur museau renfrogné et une sorte de dégoût pour son insouciant manque d’ambition… Elles ont chacune leur œuvre unique dans la poche ventrale sauf la secrétaire qui a des yeux de bulldog mais même la secrétaire elle a pris l’habitude qu’elle ne soit pas plus qu’un volatile migrateur qui débarque du TGV de 5H23 arrivé à la Gare de Montpellier à 9H30 et qui rembarque dans celui de la night y’a intérêt vu qu’Oncle Ho fait le pied de grue de paillasson et que passé une heure du mat il s’en retourne bouffer la queue des rats… Hop ! Hop !…

 Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l’monde peut faire… mais aboyer ça non !…




A suivre...

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Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /Août /2008 23:22

Une enfance bohême d’écrivain ordinaire 3  

 Epinay, dimanche, 29 juin 2008

       Ouaouf ! Ouaouf !… écrire tout l'monde peut faire… mais aboyer ça non !…
      Y’a que les chiens les vrais qui s’y risquent et encore… les autres ils cherchent même pas à imiter… Trop vulgaire pour leur pomme… trop popu… trop ouvrier avec son cahier quadrillé sa ligne d’horizon émeraude mal taillée son porte-plume à la plume de ferraille ébréchée et ses taches d’encre violette qu’on dirait des chiures de piafs… cette mémoire de la communale qui les débecte… pas de danger je n’crains rien… Ouaouf ! Ouaouf !…
      Le rendez-vous avec le garçon du bistrot de la gare Montparnasse dans une demi-heure… le parc qu’est alimenté au goutte-à-goutte des macchabées et des macchabées de l’imaginaire en plus qu’ont des plastrons fluos en dentelle coquillages et des bandeaux de velours cerise pas loin de la fontaine aux aubépines qui planque des loustics de moineaux au milieu de ses papillotes comme les vieilles femmes trop frisées qu’ont des parfums forts des parfums tue-mouches mais pas elle… Le rendez-vous… vous vous souvenez ?…
      Le rendez-vous c’est un banc qu’est toujours vide et j’ai même pas attendu longtemps avant qu’il me rapplique d’entre les pattes d’une sorte de pin bien tordu faut voir un rouquin écureuil la flammèche arrière taillée en pointe scotchée parure d’Iroquois incendiée au gel dur et qu’il stoppe aussitôt museau fin en passe-lacet avec sa perle de quinquet noir tournée vers le Nord…
      Le genre de bestiole pas farouche prête à la friandise qui me bondit dessus Hop ! Hop ! me bondit… je serais une noisette que j’y passerais ric-rac… me renifle… presque sa tête je la sens au bout d’mes doigts… que pourtant je dois l’avoir sur moi l’odeur la mauvaise celle des humains qui font peur… les monstres qu’ils sont prédateurs ah ! ouiche… que je leur en fouterai des torgnoles énormes… des gnons alors !…
      Je bouge pas… le rouquin il s’aventure mieux flammèche arrière aux vents son drapeau sa bannière rouge de nain magnifique cramoisi des pins qu’il est… Les alizés l’ébouriffent le décoiffent… sa mise en plis gel dur qu’en prend un coup… Flaouf ! la redressent la hissent au sommet de son corps… Je mate sa petite frimousse ouistiti coup d’œil rasoir ah ! ouiche… flèche filée du carquois d’Iroquois taillée dans du palissandre sang clair et vif… son museau fier pointé au bout d’la silhouette joyeuse… frissonne… frémit… fourre encore une fois son tarbouif minuscule au creux de ma paume… risque le tout… Pas possible c’est un héros c’rouquin-là…
      Hop ! Hop !… magistral il s’empare d’un coup de zef du Sud qui le propulse quasi d’une pichenette giclée de bombe aérosol qui l’arrange tourbillon jusqu’en haut du frêne d’à côté… le décoiffe encore… lui embrouille au passage sa panoplie aux épines des arbustes mais sa crinière de galopin des juteux à résine tient bon et il gigote étincelle complice des feux de pommes de pin avant disparition finale au fond d’son trou à gourmandises… Hop ! Hop !… Vlaouf !…

      J’ai beau me hisser sur le banc debout que j’escalade quasi que c’est un escabeau aux planches écaillées vertes grinçantes dessous tout contre le frêne son château de la ripaille je le vois plus… Même si je me transforme acrobate subit que je tirebouchonne mon corps pas habile qu’aimerait mieux rester caillou tranquille vautré poussière creux d’l’allée avec les piafs qui dandinent du ventre au fond de la soupe des gravillons je le perds comme le soleil quand il va se pieuter sa truffe rousse dans le ciel qu’est pareil à un verre d’absinthe… Et le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il radine alors qu’il me voit dans l’arbre ce qu’il va comprendre…
      Ouaouf ! Ouaouf !… pointe des pieds sur les planches écaillées vertes moulues du banc j’insiste acharne en grognant mes ongles s’agrippent griffent féroce l’écorce qui couine et l’odeur sucre doux de l’aubépine qui me lèche la trogne… faut voir… c’est de la grande frénésie… C’est un combat que je mène de ma naissance à maintenant dès que je peux qu’y a moyen… Ouaouf ! Ouaouf !… Un combat de fuite éperdue parmi les terriers les galeries les trous les profondeurs qui en terminent pas s’entortillent se labyrinthent…
      Et Hop ! les planques au sommet des arbres géants cathédrales baobabs… les repères à des hauteurs qu’ont pas cours au niveau des humains bipèdes catastrophes… des lieux pas maginables du tout… Et Hop ! hors d’atteinte de leur haine remontée comme un réveil à la place du palpitant et pas un poil de chair tendre sur leur carcasse totem forcené des pires malédictions…Les humains ils m’ont toujours fait une peur plus terrible que la mousse des extincteurs des musées et les statues des monuments aux morts fusil pointé…
      Mais le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” s’il se pointe ce que ça va lui faire de me voir pendue là-haut genre ouistiti je me rends bien compte… et puis flûte c’est lui qui m’a inspirée pour l’endroit ses vertiges et ses enchantements… l’idée du parc… la fontaine aux aubépines avec l’odeur qui tourneboule l’imagination… les moineaux et le banc où y a jamais une âme qui traîne… il a rien vu le garçon du bistrot et le rouquin galopeur alors !… C’est lui… c’est lui qui m’a enfarinée la réalité que je vais pas rester au sol moi… probable… j’ai des rêves à aller ramasser dans les hauteurs des destins qui flottent nagent dans la marre des nuages…
      Ouaouf ! Ouaouf ! ces efforts que je fais d’enserrer l’arbre où qu’est empaquetée la maison du p’tit rouquin… attraper la première branche à ma portée et Hop ! Hop ! disparaître et paumer ma trace celle du duffle-coat bleu-marine que j’avais à 3 piges quand j’ai commencé à escalader raide les marronniers de l’école maternelle des bonne-sœurs d’Auber …
      A l’époque je pouvais même pas voir où il se taillait le tronc des p’tits rouquins… sous les édredons de feuilles des couchages ouistitis y’avait un refuge pour ma trouille pour mes aboiements pour mon envie de rien réussir de rien comprendre de n’pas avoir de récompenses… médailles… rosettes… toute leur confiture sucrée des petites filles modèles qui te barbouille à l’intérieur et te colle la nausée de ta vie à fond… Mais voilà aujourd’hui j’en ai pas fini… il me le faut ce territoire parmi les feuilles pour lécher les plaies de ma solitude de ma lâcheté de mon impuissance…
      Je mate la première branche envoie un bras c’est possible presque j’ai sous mes doigts les feuilles qui rassurent de fraîcheur ma peau les branches qui craquent si j’arrive ça fera un bon camouflage… J’ai toujours grimpé facile la souplesse d’une guenon et mes paumes qui s’enfoncent dans l’épaisseur de l’écorce humide et chaude qui tâtent la chair vive de l’arbre en dessous… ça palpite ça gémit ça ne me fera pas de mal aucun danger c’est pas humain…
      Tout c’qu’est pas humain est pas à craindre je sais… j’ai encore le duffle-coat bleu‑marine chez moi au fond d’un placard qui témoigne de cet apprentissage-là…
      
Hop ! Hop ! encore un peu que j’accroche que je me hisse c’est possible tout est possible… Je sens la sève qui se mêle à mon sang les entailles à la hauteur de mes poignets c’est ça… la greffe… la greffe qui a pris depuis mon enfance chez les bonnes sœurs à la maternelle d’Auber…
      J’ai ma moitié d’arbre qui me protège qui me sauve des femelles des ogresses humaines et de leur traque à mort… leur désir scotché sous leurs aisselles leurs moignons rognés y’a longtemps… elles ont jamais su voler… leur désir de me tirer mes pouvoirs de me relier aux rêves des pierres des forêts à l’âme des choses… libellules frissons verts des marres d’infini… mes étincelles plein les poches…
      Ce pacte de l’enchantement que j’ai passé… ma moitié d’arbre qui plonge sa main en plein ciel pour aller chercher la lune et la refiler à Caligula si je veux… La lune sur le dos des tortues marines elle se balade ouais ! Entre Caligula et moi y a plein de serments qui traînent mais celui fait à la lune alors… Déjà j’ai plus la même forme que les ogresses le même regard la même peau… Ouaouf ! Ouaouf !
      Le gardien du parc va bien se ramener il est leur complice elles le paient mais je ne les crains pas sous ma pelure d’arbre ils peuvent rien contre moi… J’ai toutes les métamorphoses à portée de mes paluches celle du rouquin aussi si je veux c’est possible… Hop ! Hop !
      Ouais le gardien du parc il peut se pointer je l’attends… tous ceux qui ont un petit pouvoir… un trousseau de clefs… une porte à claquemurer… des grilles pour enfermer l’eau des fontaines pour enfermer la lune et ses traîneaux de chiens aux yeux bleus pour enfermer les oiseaux libres sous les boucliers du vent… pour enfermer la neige dans des édredons de coquelicots…
      Tous ceux qui tiennent la minuscule et glandouilleuse certitude d’avoir leur part de figurants dans l’affaire sont à l’affût… je dois faire attention… ne jamais laisser entrevoir le duffle-coat bleu-marine et le page pas sage qui m’accompagne partout depuis l’époque où j’étais pas encore habitée par ma moitié d’arbre…
      Mais le garçon du bistrot “ A l’Ouest ” ce qu’il fait depuis que je l’attends sur le banc aux planches vertes moulues avec l’odeur des aubépines sucrées et la ronde des moineaux qui squattent la fontaine… y’a personne dans le parc à cette heure on va m’enfermer là-dedans c’est couru… j’aurai l’air de quoi je n’peux pas dormir ici moi… y a des êtres qui font le paillasson à m’attendre du côté d’la banlieue il le sait pas comment il saurait… deux ou trois pages pas plus qu’il avait dit… deux ou trois pages vous vous souvenez ?…
      Elle a sauté du TGV Paris-Montpellier Hop ! Hop !… Ouaouf ! Ouaouf !… elle a rien écouté du tout ce début de leur réunion elle le connaît par cœur indigeste irrespirable l’étouffoir… un sac de ciment éclaté… la tête enfoncée dedans… tous les mois c’est une répétition qui n’finit pas elle y a droit… le sommeil sous la couette rouge achetée à Emmaüs comme les vieux gros édredons… le sommeil qu’elles lui braquent des tas d’heures qui feraient des dunes vivantes depuis les années qu’elle trime à leur revue fossile…
      Elles les ogresses grasses et leurs moignons méchants qui lui refilent juste assez de tunes pas qu’elle arrête de taper leurs chiures de mouches aux relents vanille ménopause ces odeurs vous croiriez pas… leurs mots gadgets plastifiés en tas énormes au soleil sur leurs plages de papier privées… à l’ombre des grands palmiers… leurs mots bronzing et crème écran total vous pouvez vous pommader avec pas de risque… ressentirez rien… rien du tout…

      C’est ça rien… leurs mots rien elle se tape depuis… depuis quand… depuis quoi… Na na na… elle chantonne à l’intérieur de ses joues… rester en l’air… se donner du courage libellule… Le petit pain chaud parfumé croustillant il est loin… elle l’a englouti tout à l’heure pas eu le temps d’aller s’envoyer un grand bol de café crème au bistrot “ Chez Clément ” ils ont l’habitude qu’elle déboule… Pouvez pas croire sa gourmandise à se faire plaisir… les oublier…
      Hop ! Hop !… le premier TGV… 5H23 Gare de Lyon endormie elle se cogne aux tables… elle rêve d’un grand café-crème et de petits pains… heureusement y’a les quatre là au fond du sac… elle farfouille discret… ils sont où ?
      Autour elles s’agitent les sorcières à leur Saba se sont pas levées éjectées zébulon du lit et ses voyages enchantés à 4 plombes du mat même pas le temps d’une douche les gouttes sur sa peau comme la rosée sur les roses sinon le dur elle le rate et alors ça en ferait un pataquès si elle arrivait à la bourre à leur réunion d’état-major femelle…
      Que toute la terre doit s’arrêter pas moufter ce jour-là et leur offrir les médailles des combats gagnés d’avance emballés la veille dans des cartons à bananes leur gloire rancie vieillie pourrie énorme… qu’elle rate le dur et elle aura droit à la guillotine de leur regard triomphant un coup sec Vlim ! Vlam !… sur le bout de ses doigts… un cauchemar… elle le fait souvent… cette image qui la poursuit… qu’on lui coupe les doigts !… Elles sont trois… elles lui coupent les doigts et elles les mangent… Ouaouf ! Ouaouf !
      Ce qu’elles sont en train de comploter… qu’elle écoute un peu… qu’elle sache ce qui l’attend… l’odeur de lait sucré qui monte du papier dans le sac où les petits pains attendent… encore une image flash d’Oncle Ho sur le paillasson sa langue rose entre ses canines de chat sauvage et ses deux billes fluos qui crèvent la night du palier quand la minuterie le zappe brutal…
      Ouaouf ! Ouaouf ! D’un bond elle sort de sous l’édredon rouge celui de chez Emmaüs vous vous souvenez ?
      - Ça non alors !… je n’taperai pas vos histoires de pères !… Rien de rien… Non et non !… Vos histoires de pères j’veux pas me les farcir…
      La fumée de la clope qu’elle vient d’écraser dans le cendrier qui mégotte à mort la protège du regard guillotine des sorcières et de la haine une lame luisante qu’elles lui jettent derrière leurs binocles qui se débinent elles en ont toutes et des gros yeux de mouches accusatrices vrombissantes… Vroum ! Broum ! Vroum !… Tout le temps que ça dure leurs paroles complaisantes leur confortable humilité leur cruauté molle de maquerelles redoutables… ces réunions deux trois heures c’est dingue !…
      Tout le temps Hop ! Hop ! elle visionne Oncle Ho rappliquant avec un flingue qu’il lui propose gentil… sa baveuse entre ses canines très satisfait… elle refuse encore une fois elle ne les déteste pas assez… en fait elle s’en fout ou au moins elle essaie… Ouaouf ! Ouaouf !
A suivre...

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Vendredi 27 juin 2008 5 27 /06 /Juin /2008 23:40

Une enfance bohême d'écrivain ordinaire suite...

       Elle se rappelle de ce moment-là où elle voulait trop fort entrer dans le campement s’asseoir au milieu d’eux faire partie de la grande tribu venue d’ailleurs…
        Les seuls qui se tenaient debout c’était les hommes qui portaient le même béret noir que Sergio et qu’Antonin elle ne voyait que leur silhouette trapue et sombre car ils tournaient le dos au reste de la gare grouillant et agité comme s’ils montaient la garde sur quelque chose perdu là-bas au bout des rails qu’elle ne pouvait pas deviner…
        Cet endroit vague à l’autre bout très loin qui faisait partie de leur passé et qu’ils semblaient vouloir retenir à tout prix jusqu’à ce que soudain une autre voix qui surgissait de ce côté-ci le leur à l’extérieur du cercle une voix avec les accents rauques et graves comme celle de Sergio quand il parlait avec ses frangins espagnols un peu plus que trois mots alors… une voix les alpaguait les faisait sursauter se retourner d’un bloc leurs longues vestes de laine brune bondir direction de ceux qui arrivaient…
        C’était des gens de chez eux sûr vu comme ils se serraient dans les bras se tenaient fort au cœur du tohu-bohu de l’immense entrepôt et tout autour le campement frémissait bruissait s’ébrouait… il avait l’air de reprendre de la vie pareil à un voyageur enfin arrivé et qui va pouvoir retirer ses chaussures et boire le café très fort de l’accueil et de la bienvenue…
        - La bienvenue !… la bienvenue !… c’était ça qu’ils criaient avec des grands gestes des moulinets des manches qui dépassaient de leurs costumes de travailleurs d’ici les autres… ceux-là qui arrivaient déboulaient fonçaient de l’intérieur de la foule qui s’en fichait bien ils avaient gardé le béret c’était un signe qu’on ne pouvait pas leur enlever…
        A chaque fois qu’ils venaient dans ce coin de la gare avec Antonin et qu’elle retrouvait au même emplacement le campement qui attendait elle posait la même question et il lui répondait en serrant sa main pour l’emmener :
        - Pourquoi ils sont là ?… ils ont pas de maison ?…
       - Ce sont des gens du Sud chez eux c’est la misère alors ils viennent pour chercher du travail… donner une vie meilleure à leur famille…
        - Ils vont aller où pour trouver une maison ?
        - Dans les cabanes de la banlieue… les Portugais c’est à Champigny qu’ils crèchent… par là… c’est de l’autre côté…
        Il faisait une sorte de geste et elle regardait elle essayait d’imaginer où c’était … par là… elle y arrivait pas c’était trop loin sans doute… mais juste à côté de là où elle habitait y en avait plein des cabanes dans les terrains où les chiens aboyaient quand on passait contre le grillage et les bouts de tôle qui faisaient des sortes de barrières… elle aimait bien… un bidonville ça s’appelait… 

        Elle a sauté Hop ! Hop ! la motrice du TGV elle somnolait quand elle l’a dépassée la gare les escaliers roulants où les pigeons radinent les râfleurs de casse-croûte en haut vite fait elle traverse retrouve la rue avec les palmiers qui font les vigiles elle les connaît bien les maîtres du désert… Elle les a retrouvés partout où elle est allée paumer un peu d’la peau de ses pieds sur les trottoirs bitumes des villes maquillés de sable rose du Sud oh ! pas très loin… mais ils lui ont toujours donné leur force quand elle craquait de partout…
        Quand elle ramait dans les parages de Cordoue qu’elle avait percuté les centaines de piliers rouges blancs de la mosquée et ses mirages que ça lui faisait là-dedans… des caravanes de chameaux qui piétinaient le sable rose sous le chargement des plaques de marbre qu’il avait fallu pour construire ça… des milliers de chameaux au poil ocre roux et café crème épais rebroussé par les bourrasques de sel et sur leurs babines aussi et les grands touaregs enroulés capuchonnés leur cheich indigo et leur burnous à l’intérieur de la mosquée vous croyez pas ?…
        Que je vous largue avec tous ces détours c’est ce que vous vous dites probable mais non… C’est qu’à chacune de ses sorties forcées direction Montpellier et sa bande de palmiers elle se voit au dessous du porche phénomène la hauteur d’un éléphant d’Afrique pas moins de la mosquée de Cordoue et elle bondit dehors de la gare et c’est pareil que la fois d’avant… La rue qui monte de la gare tout le monde la repère celle qui va d’une foulée débouche sur la Place de la Comédie et ses bistrots luxe pour les gens qui pompent la bohême des gamins au bord des caniveaux avec leurs chiens mais c’est rien que de la mauvaise imitation…
        La rue elle la voit du parvis même elle lui grimpe au fond des mirettes et ce qu’elle croit sûr c’est que quand elle n’la verra plus avec ses délires mirlitons ça sera total bouclé la bonne aventure… La rue alors que je vous la décrive… C’est une avenue plus large que si on mettait plusieurs dizaines d’éléphants de front avec leur équipages et le sol il époustoufle alentour de ses dalles marbre ivoire frottées que ça reluit comme des draps qui sont des nappes de soleil… un damier rutilant qu’éblouit de ses blocs d’ambre qu’ont l’air obscurs appuyés aux blancs des coupoles et des palais… C’t’une rue pour des princes des palais orientaux que les maîtres palmiers gardent de chaque bord normal mais non !…
         Y’a pas de palmiers du tout vous rêvez vous autres !… C’qu’y a ce sont des colonnes des rouges et des blancs emmêlés comme des chandelles de pierre figées coulées là des chevalières immobiles qui ont rejoint la toiture des bleus marins tellement indécents que les ciels d’ici vous dénudent au premier regard venu pour le plaisir c’est tout… Les colonnes elles sont là j’vous jure que je n’vous emberlificote pas d’histoires… Elles font qu’un avec le streaptise des bleus de la voûte ses dessous de soie qu’elle lui balance c’est dingue !… C’est à c’moment-là qu’elle se réveille pour de bon et qu’elle se me décide avec le sac à dos où y a son matériel d’écriture son bouquin de Bukowski qui n’la quitte pas et ses fringues bouchonnées à remonter en plein milieu malgré les véhicules à moteur qui se sont gourés d’époque sur ses sandales de brousse la rue dallée de marbre que le sable rose barbouille…

        La chaleur du Sud aussitôt elle lui colle mais c’est bon et ça lui donne encore plus le goût des mirages sur la langue le sel qui se glisse et elle lèche ses lèvres desséchées en faisant frotter les semelles des sandales sur le sol qui crisse… la sueur à l’intérieur de la chemise dans le dos lui dit qu’elle est arrivée et malgré tout le reste elle sent la joie de Cordoue qui la mord et lui refile sa folie…     
        Au troisième coup de langue sur ses lèvres salées comme d’océan la salive s’évapore plus vite l’air chaud épais lui plaque son cheich sur la bouche et elle visionne dans un éclair la petite figure du greffier Oncle Ho qui attend qu’elle radine le soir en haut de l’escalier le bout de sa baveuse coincé entre ses deux canines de félin dans sa posture de Sphinx des banlieues comique et vorace…
        Elle a sauté Hop ! Hop !… bondi en avant sans s’arrêter pas une petite pause sinon elle savait c’qui l’attendait du côté des jeunes assis au pied de la fontaine qui les postillonnait de rosée avec leurs chiens rigolos qui cherchaient tous à s’arracher les muselières et elle s’est dit que c’est pas aux chiens qu’il faudrait les mettre… Elle a traversé la place dans l’angle à gauche pour attraper une ruelle tordue parmi les plus moches mais où ça commence à sentir bon dès le début les odeurs moites de la boulange qui mènent un combat de catch jusqu’au bout avec des relents de pisse et des frissons de menthe qui pousse sur les fenêtres…
        Elle a acheté cinq petits pains au lait dans la même boutique depuis des années son parcours familier du centre ville pour tenir toute la séance de grignotage de ses p’tits sémaphores dans sa tête qui lui servent pour son écriture… ce qui l’attend ces réunions à en plus finir que les filles de la revue où elle est correctrice lui font ingurgiter une fois par mois c’est pire… tous ces bouts de son temps à suivre les caravanes de chameaux et d’éléphants qu’on va lui voler parole de lézard !…
        En engloutissant le premier petit pain elle a encore la vision flash d’Oncle Ho vautré sur le paillasson guetteur placide des heures qui passent au moins une bonne raison pour qu’elle revienne… avec les trains c’est toujours la question… mais Oncle Ho et la mosquée de Cordoue cette aventure verticale comme la lumière violette qui tombe sur eux de la coupole percée d’alvéoles de nacre… je vous raconterai… Ouais y a pas… faut vraiment qu’elle revienne… Hop ! Hop !…
A suivre...                    
           

Publié dans : Journal d'une fille de banlieue
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Jeudi 19 juin 2008 4 19 /06 /Juin /2008 18:07

      Une enfance bohême d’écrivain ordinaire... suite...

 Epinay, dimanche, 8 juin 2008

      C’est un banc qu’est toujours vide… y a des oiseaux aussi juste à droite pas loin de la fontaine ça sent très bon des aubépines je crois… vous aimeriez…
      Si vous voulez je vous lis une ou deux pages juste pour l’impression hein ?
      D’accord… mais juste une ou deux pages hein…
      Parole de lézard ce TGV Paris-Montpellier c’est devenu par force son territoire elle passe là-dedans aussi long temps que des nomades du désert transporteurs de sel sauf qu’elle son temps il est enfermé sous la carapace du gros reptile qui la trimballe comme dans les contes de fées d’un morceau d’sa vie à l’autre… Sûr qu’sa vie c’est moitié iguane des gares quand elle débarque dans la night elle voit des dunes et ça lui va bien…
      En sautant Hop ! Hop ! du TGV de 5H23 qui coince les buttoirs à 9H30 et se cale en Gare de Montpellier elle croise le conducteur qui vient de larguer la motrice au museau de fennec orange et ils ont échangé un sourire connivence… Se sont jamais rencontrés évident mais avec tous les conducteurs les chauffeurs des p’tits durs ou des grands dans toutes les gares elle a des signes de reconnaissance ils sont pas famille mais z’ont la solitude des z’animaux sans horde qui dodelinent de la tête cherchent des points de repères quand ils arrivent… la tendresse farouche des voyageurs les pieds brûlés des marcheurs de sable…
      Elle a sauté Hop ! Hop ! et pas plus réveillée que ça malgré la quantité de p’tits noirs qu’elle s’est avalée depuis que le miaulement de greffier en chasse du portable l’a sortie d’un bon de sous la couette rouge style les vieux gros édredons c’est dans un Emmaüs d’la zone vraiment pas chère qu’elle l’a choppée dessous un tas de chiffons coussins crados oreillers moitié crevés ripous… elle avait encore transpiré le corps tout mouillé de la sueur pamplemousse de l’aube l’heure de son sommeil profond quand elle s’arrache à ses mirages miroboles ses dunes cuivrées ocre ses tapis trop volant au-dessus des Babylones aux coupoles mosaïques de ces bleus comme les anges en auront jamais où elle arrête pas de marcher à peine elle s’endort…
      Elle a sauté Hop ! Hop ! du TGV de 5H23 calé en gare de Montpellier à 9H30 la gare elle la connaît aussi depuis qu’elle vient des années elle a tracé dedans ses chemins familiers pareils ceux qui traversent les gares de la grande Babel toutes les villes où elle ira jamais flâner paumer sa race de crapauds qui croâ croâ ! autour de la même marre… ces villes ces horaires ces voix ces quais ces gens qui déboulent leurs valises bourrées des choses de leur vie les choses des cris et des poussières de leur vie…
      Ceux qui arrivent et ceux qui repartent aussi déjà y’a des années elle les regardait qu’on les poussait vers la sortie vite vite ! Ils avaient l’ai de ces gens que la zermi emballe au départ de leur naissance et zouh ! C’était une autre gare dans son existence de gamine des banlieues après la Gare du Nord une autre où grand-père Antonin allait voir son poteau Sergio un Espagnol qu’ils s’entendaient d’enfer ensemble vu qu’ils avaient deux choses en commun que personne n’a pu leur chouraver malgré les départs en trombe et les arrivées n’importe où…
      Deux choses ouais… d’abord le béret en laine noire enfoncé bas sur le front qui leur descendait aux oreilles et leur donnait l’allure de vieux guérilléros et puis le silence léger papillon de nuit qui avait squatté leur bouche définitif… Elle n’les a jamais entendu tchatcher plus de quatre mots et ça lui allait bien… on avait l’habitude dans le grognement des motrices le silence buté des ouvriers du rail les ch eminots comme on disait… C’était les chevaliers modernes d’un Grall qui se tirait devant carapatait et qu’il atteindraient pas… la prochaine gare… la prochaine gare…

      Bon alors faut suivre ! La Gare d’Austerlitz je pourrais vous en faire visiter d’autres moi… toutes que je les connais sur la terre presque pas que j’exagère à cause d’Antonin qui m’a mis ça dedans et voilà… La Gare d’Austerlitz où Sergio l’Espagnol qui avait fui la dictature avec ses frangins anars de la Republica et de ses années de sang qui lui ont coupé le cou et qui s’étaient envoyés les chemins des Pyrénées sur leurs espadrilles et leurs pieds nus pour atterrir dans les campements on en causait pas… Sergio il conduisait les motrices de ce côté-ci des Pyrénées et c’est tout… il allait jamais plus loin c’était entendu…
      La Gare d’Austerlitz sa main dans celle d’Antonin ses pas qui essaient de suivre les siens ils traversaient le hall comme des oiseaux une volière fabuleuse pour rejoindre les salles de repos des chauffeurs de locos à une extrémité de cet espace maginaire décor de conte et terriblement pas terminable… arrivaient à la hauteur des voix où les durs qui remontaient du Sud roupillaient après avoir déchargé leur cargaison population installée pareille une tribu indienne parquée à l’intérieur de son campement provisoire pour sa première halte après dix plombes de voyage d’errance et Zouh ! direct l’exil… Un autre exil que celui de Sergio et pourtant c’était le même…
      A chaque fois qu’ils franchissaient l’ombre qui protégeait ce recoin de la gare y avait une sorte d’envoûtement qui la prenait elle serrait la main d’Antonin qui l’entraînait qu’il ralentisse obligé ! qu’il obéisse au rituel même s’il mettait toute sa mauvaise volonté elle le retenait arrêtait son élan pour finir elle se figeait devant le campement qui lui paraissait la chose la plus grave et la plus pas ordinaire du monde qui hantait sa mémoire d’enfant…
      C’était une masse d’êtres comme pris dans la cire qu’aurait refroidi d’un moment dramatique et ça en faisait des créatures pas réelles parmi les ge ns qui bougeaient couraient s’appelaient braillaient et qui n’les reluquaient pas… Pour les voir d’ailleurs fallait être aussi seul que sont les mômes et à la même hauteur que ces gens assis le dos rond les épaules un peu voûtées la tête des femmes on la devinait à cause des foulards blacks les jeunes aussi qui dépassait presque pas des amoncellements grotesques de paquets des collines rigolotes et tristes on aurait dit que tout ça était à vendre un jour de marché…
      Le visage rond et brun des marmots effarés qui fixaient de leurs deux trous de quinquets noirs et vides ce qu’y avait entre eux et elle qui existait pas et qui était aussi peu franchissable qu’un vitre gelée où leurs doigts tentaient de gratter la neige…
      Ce qui lui retirait son insouciance c’est qu’elle savait que même si elle arrivait à s’approcher assez pour voir leurs mains qui serraient des manteaux beaucoup plus moches et plus vieux que son duffle-coat bleu-marine et quelques ours en tissus qui pendouillaient crasseux et miteux entre leurs jambes la distance entre eux et elle resterait la même et aucun signal de reconnaissance ne casserait la limite pourtant pas visible du campement…
 
A suivre...

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