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Saïd et Diana

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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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P'tits poèmes diabolique

Samedi 26 novembre 2005 6 26 /11 /2005 01:30
Caravane transparente
Où est passé notre équipage
Ses éléphants géants et doux
Ses demeures glacées en attente
De feu où les lampes turquoises
Sont lancées dans la nuit et voyagent
Vers les tours hautes des palais roux
Et tombent éclaboussures lentes
Lucioles sur les nappes grivoises
 
Mais où est passé notre équipage
De jeunes voyous prêts à tout
Squattant insolents nos soupentes
Versant dans nos verres des couleurs
Plus haut ce sont les légers nuages
Si on veut ils nous tirent au bout
Des ciels où l’aurore latente
Bombe nos cafés-crèmes moqueurs
 
Où est passé notre équipage
De chats huant diamants debout
Sur le dos des éléphants qui tentent
D’imiter les camions de pompiers
Dans leurs trompe des fleuves miragent
L’Afrique au beau milieu de nous
Sortant déesse de sa tente
Noire nuit ses bijoux incendiés
 
Où est passé notre équipage
Ses petits singes aux doigts qui jouent
Avec les perles des rues absentes
Brillants aux fenêtres éteintes
Nos maisons de givre à l’abordage
Des stations service risquent tout
Pour remplir d’étoiles les tremblantes
Pupilles des buveurs d’absinthe
 
Mais où est donc passé notre équipage
De guerriers glorieux et fous
Chevauchant des cavales troublantes
Echappées des vieilles bétaillères
Demain nous connaîtrons des rivages
Emeraudes allumant partout
Des foyers où âmes errantes
Nous poserons brûlantes des pierres
Eclairant déesse la cité fière
De notre déraisonnable équipage.
 
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Vendredi 9 décembre 2005 5 09 /12 /2005 01:48
Villes de feu Cités d’argile
Vendredi, 29 juillet 2005    
                            
Sur mes pieds d’argile je vais
Je vais petits chemins exquis
Jeune géant vers les conquêtes
Sur mes pieds d’argile fragile
Et ma tête grosse je suis
Dodelinant marionnette
Mon corps fossile qui ne sait
Si c’est exil ou si c’est fête
 
Sur mes pieds d’argile je suis
Gargantuesque et frénésie
Plus grand qu’arbre de la forêt
Feuillages couronnant ma tête
Et fruits Ma tête grosse aussi
Pastèque offerte aux coups de dents
Des enfants cruels aux aguets
Me feront mille et une fêtes
 
Sur mes pieds d’argile je cours
Entre les tours grattant le ciel
J’enjambe les ponts les amours
Leurs longues robes Rêvant d’elles
Mais jeune géant j’ai en tête
Un astre rouge à engranger
Dans mon théâtre sur la cour
Enfants des villes c’est ma fête
 
Sur mes pieds d’argile je vole
Des bonbons bleus et un guignol
Un sac de blé rien ne m’arrête
Des livres pour poser ma tête
Dans le grenier des rats des champs
N’avoir d’ami qu’un éléphant
A qui je donne ma parole
Mes gants j’enfile pour la fête
 
Sur mes pieds d’argile j’arrive
Avec des mots plein mon tonneau
Je le roule au bord de la rive
Au-dedans nichent les oiseaux
Au fil des eaux mon feu dérive
Entre mes mains ma grosse tête
Marionnette petits morceaux
Ame indocile cœur en fête
 
Sur mes pieds d’argile j’achète
Des boîtes pleines d’éclaircies
Jeune géant nuage envie
Un revolver et une balle
Mourir facile Ivre la vie
Au fond d’un tonneau c’est pas mal
Rats des champs enchantent ma tête
J’ai trop grandi me faut sortir
Ne saurai jamais pour finir
Si c’est exil ou si c’est fête.
 
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Samedi 17 décembre 2005 6 17 /12 /2005 11:55
Avant de partir pour une semaine les Diables bleus vous offrent ce poème pour terminer une année de brûlures de sel et d'amitiés. Il est dédié aux deux jeunes garçons qui sont morts dans un transformateur EFD à Clichy-sous-Bois, abandonnés par une société qui ne se soucie plus de protéger les enfants et qui les tue. Pour eux les mille paillettes de la neige de verre éblouissante.
  
Neige de verre
Mardi, 29 novembre 2005
 
Un nain en trottinette avance dans nos vies
Vite on le voit passer et puis on l’oublie
Mais quand on est les rois de la périphérie
Rester petits on sait ce que ça signifie
Courir courir toujours dans la banlieue jolie
 
Casser les ampoules brises les néons
Ecraser les lampes sous nos souliers béton
Jeter aux réverbères des sors solaires
Les revendeurs pas cher de météores ont
Fiché l’heure de l’extinction des lumières
Dans les registres où nous on marche à tâtons
Nos journées sont tracées comme des bâtons
Tout une vie usagée à ne rien faire
A trébucher sur de la neige de verre
Nos vieux sont venus le sac plein d’illusions
Les allumettes ça ne coûte pas un rond
Tuer les lampadaires S’planquer la misère
L’allumer d’artifices et sans pognon
 
Un nain en trottinette avance dans nos vies
Vite on le voit passer et puis on l’oublie
Il est maître du jeu marchand de confettis
Au fond de ses poches y a nos paradis
Et quand il s’enfuit on sait ce qu’il nous a pris
 
Y a rien à faire les immigrés dérangent
D’où est-ce qu’ils viennent et où donc ils sont nés
Comment y voir la nuit pour savoir où ils sont
Y a plus rien à faire on veut pas de mélange
Dedans leur regard sombre on compte les années
Qui se sont écoulées Leurs jours à l’unisson
 
Y avait tant à faire on allait les chercher
Ce sont de faux rois mages privés d’habits d’or
Les chameaux accroupis sur des parkings sauvages
Y avait tant à faire au pied des vieux palmiers
Chaque matin leur vole un peu de leur trésor
Et le bruit des machines leur limaille l’âge
 
Y a plus rien à faire affrétez les galères
Quand ils sont arrivés on ne s’en souvient pas
On aurait dit hier le cortège joyeux
Y a plus rien à faire il faut s’en retourner
N’apportait ni présents ni cartes de là-bas
Où trouver facile les gisements précieux
 
Y avait tant à faire aux heures d’abondance
Ils arrivaient tranquilles tels de grands bateaux
Ils accostaient et puis les flancs chargés de rêves
Y avait tant à faire ici finit l’errance
Alors on passait sur leurs costumes d’oiseaux
Une armure étroite que jamais on n’enlève
 
Un nain en trottinette avance dans nos vies
Vite on le voit passer et puis on l’oublie
Dans son sillage on fille avec tous nos soucis
Au fond de la musette On les jette aujourd’hui
A la tête de ceux qui inventent l’ennui
 
Neiger du verre pour s’ouvrir les talons
Baliser de traces rubis notre enfer
Incendier dans le sang frais nos inventions
Rendre aux animaux leurs fourrures d’hiver
Et se vêtir comme eux de rouges toisons
Faire peur aux enquêteurs vendeurs de guerre
Hurler et danser comme si nous étions
Les grands totems vivants de l’Afrique d’hier
Tous ses pieds enchaînés aux fleurs de coton
Cueillant cueillant toujours nos mains s’exaspèrent
La neige de verre nous la repassons
Aux enfants comme les vieux l’ont fait naguère
Nos paumes de sang serrées à l’unisson
 
Y a plus rien à faire on veut pas de mélange
Ils abordaient légers presque rien dans leurs mains
Ils les désiraient blancs sans sexe sans histoire
Y a plus rien à faire et la monnaie d’échange
A des murs de béton qui seront là demain
Et des tôles forgées de leurs poings désespoir
 
Y avait tant à faire Ils étaient ouvriers
Les hauts-fourneaux crachaient de la neige brûlante
Qui retombait sur eux mais ils dormaient déjà
Y avait tant à faire Et ils ont tout donné
Dessous la terre et ses galeries amantes
Grisous les a cueillis ils sont enterrés là
 
Y a plus rien à faire on s’est mal débrouillés
Ils nous désiraient blancs fatal on était noirs
Comment nous repérer sur Macadam gettho
Y a plus rien à faire Où est la marche arrière
Les valises sont là bouclées pour le départ
C’est leur monde qu’on emporte sur notre dos
 
Y a rien à faire faut pas vous déranger
Vos maisons bleues vos autos d’or vos trottoirs fous
Vos voix express vos rails vos gares vos feux verts
Y a plus rien à faire on va s’en retourner
Avec ce désordre qu’on a semé chez vous
Et mille navires pour repasser la mer
On ne vous laissera que la neige de verre
 
Un nain en trottinette avance dans nos vies
Vite on le voit passer et puis on l’oublie
Mais nous on est les rois de la périphérie
Ce monde c’est nos vieux hier qui l’ont construit
S’asseoir sur les trottoirs de la banlieue jolie
Regarder passer la vie c’est chez nous ici.
Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Samedi 31 décembre 2005 6 31 /12 /2005 00:59

Peuple cailloux
Vendredi, 30 décembre 2005

Racaille nous Peuple cailloux
Neige sur nous des tas de choses
Rien de ce qui neigeait autrefois
Nous pas de rêves pas de roses
Une souffrance qui nous noie

Racaille nous Peuple cailloux
Météores canailles cosmique attirail
Demain bambous dans le vent fou
Splendide limaille sculpteurs de paille
Racaille nous Peuple cailloux
Merveilleuse muraille oranges funérailles
Aérosol époux nos trésors partout
Excessive grisaille sanguine ripaille

Racaille nous Peuple cailloux
Neige nos doigts après les grilles
Neige aucun tamis ne gardera
Nous nos histoires nos guenilles
Ces heures que le buvard fric nous boit

Racaille nous Peuple cailloux
Demeure vitrail scarabées d’émail
Déjà hiboux et nos yeux doux
Qui font leurs semailles tendres épouvantails
Racaille nous Peuple cailloux
Bleus caravansérails riches retrouvailles
Métissage se joue de nos têtes de choux
Grains d’ambre mitraillent indécente marmaille

Racaille nous Peuple cailloux

Neige nos pieds nus n’ont pas froid
Neige masque nègre nous protège
Nous pas d’ennui et pas d’effroi
Corsaires nos corps nous font cortège

Racaille nous Peuple cailloux
Sésame entrebâille géante muraille
Nos couleurs qui trouent le béton jaloux
Les rats qui bataillent sous les soupirails
Racaille nous Peuple cailloux
Caresse corail ouvre son portail
Les animaux fous seront avec nous
La peau du travail généreuse entaille
Foule enfin qui joue neige sur nous
Barbare flicaille épave déraille
Magnifique effort les mettre dehors
Racaille nous Peuple cailloux
Et vous alors marchands de mort !

Racaille nous peuple cailloux
Neige sur nous vos pesantes choses
Foule qui s’en moque et qui s’en va
Bombes aérosol des roses
Et des cailloux Neige sur nous fera
Notre souffrance se déguiser en joie.

 

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Mercredi 11 janvier 2006 3 11 /01 /2006 12:41

Il y a des enfants
Mardi, 3 janvier 2006

Il y a des enfants blancs
Largués à quinze ans
Dans les rues de nos villes
Il y a des enfants blancs
Largués à quinze ans
Dans le froid et la peur
Il y a des enfants largués à quinze ans
Et qu’est-ce que ça fait la couleur ?

Il y a des parents blancs
Qui chassent leurs enfants
Dans les rues de nos villes
Il y a des parents blancs
Qui chassent leurs enfants
Il y a des parents blancs
Qui chassent leurs enfants
Dans les gares vers ailleurs
Il y a des parents chassant leurs enfants
Et qu’est-ce que ça fait la couleur ?

Il y a des enfants blancs
Qui n’ont pas eu le temps
De jouer grandir facile
Il y a des enfants blancs
Qui n’ont pas eu le temps
Il y a des enfants blancs
Qui n’ont pas eu le temps
De rêver des trottoirs fleurs
Il y a des enfants qui n’ont pas le temps
Et qu’est-ce que ça fait la couleur ?

Il y a des parents blancs
Qui leur volent leur temps
De jouer grandir facile
Il y a des parents blancs
Qui leur volent leur temps
Il y a des parents blancs
Qui leur volent leur temps
Dans la nuit meurt leur demeure
Il y a des parents leur volant leur temps
Et qu’est-ce que ça fait la couleur ?

Et tous ces enfants blancs
N’ont que des chiens bienveillants
Qui les entraînent vers l’île
Et tous ces enfants blancs
N’ont que des chiens bienveillants
Et tous ces enfants blancs
N’ont que des chiens bienveillants
Qui écartent le malheur
Et tous ces enfants ont des chiens bienveillants
Qui les emmènent sur l’île en fleurs
Où poussent sans froid sans peur les fruits du temps
Noirs et blancs mais qu’est-ce que ça fait la couleur ?

 

Par Dominique Le Boucher - Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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