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  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous, à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro, à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte.

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis, à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes, à vos dessins à vos photos, à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus... Voici mon e mail : le-boucher.d@wanadoo.fr

Jeudi 9 juillet 2009

Notes inédites de Jean Pélégri
 

Petites notes manuscrites prises au jour le jour concernant l'écriture et essentiellement l'écriture poétique à partir de 1948 et pendant le rédaction de L'embarquement du lundi.

Décadence des poèmes a forme fixe parce qu'ils anéantissent le temps

 


7-5-1948

 

Pour une poésie de l'homme

 


      Le travail du poète est de tailler avec un fer aiguisé dans la chair vive de l'homme -, et il faut qu'il coule dans la marge et entre les lignes un peu du sang de cette boucherie.

       Le travail du poète est de saisir avec ses mains rêves et nuages insaisissables -, et il faut que la page soit profonde comme l'eau de la mer au large. Chercher plus la profondeur d'une chose que celle d'une pensée.

     Chercher la profondeur qui vient, non de l'intelligence, mais du temps, de la durée. La poésie à partir de l'histoire : nécessité des longs poèmes, avec des temps faibles - d'une pulsation. La poésie comme quintessence du roman.

      De la poésie : liberté totale, subjectivité, style…

      Du roman : l'épaisseur d'une histoire, l'entrelacement des thèmes (différent de poésie à un thème), le dessin de l'ensemble, ses pulsations avec pointes et temps morts…

      Jusqu'à présent : poésie de l'idée fixe ( l'un fera un tas de petites œuvres sur l'horreur, l'autre sur le désespoir, l'autre sur la joie… )

      Il faut :

      1) que le poème soit long ( cf. Rimbaud, "Jeune Parque", Lautréamont, Michaux ? ) déjà une restauration du genre. Une "poésie ininterrompue" ( fausseté de ce titre d'Eluard pour lui ).

       2) qu'il comporte un minimum d'intrigue - même si celle-ci est toute intérieure :

      - la "Jeune Parque" a une intrigue ; "les Chants de Maldoror", non ( à vérifier ).

      Cette intrigue comme récit d'une expérience, poétique. Ex : "la Saison en Enfer". En ce sens, même "la Nausée" est poétique.

 

      L'homme moderne n'apprécie plus les bijoux - si bien ciselés soient-ils - mais l'histoire. C'est d'elle qu'il attend l'enseignement : toute histoire a par elle-même une valeur morale ; elle comporte un enseignement moral ( même si la morale y est nommément absente ) plus grand, plus obscur, plus profond que n'importe quelle maxime, quel traité de moraliste.

      La "poésie-maxime" doit tomber dans le même discrédit que la pensée-maxime ( cf. Temps Modernes ).

      La poésie moderne a découvert l'importance poétique des temps faibles ( cf. Claudel : Propositions )  et même des temps morts ( cf. certains chapitres de Moby Dick ) - ce que le roman savait depuis longtemps, sans avoir pourtant poussé jusqu'au bout de ce principe ( cf. rôle du "Camera Eye" dans Dos Passos ).

 

      En un mot, il est temps que le poète compose en durée : c'est là seulement que la poésie rencontre la musique. Sur le plan de la composition, de l'orchestration et non du langage ( comme Verlaine, par exemple ). Je crois que Valéry avait bien compris cela ( la "courbe" ; mais ce mot est encore trop spatial ). ( Dire plutôt : l'onde ).

       La poésie sera moins "dans les mots" ( Valéry ) que dans le rythme secret de l'œuvre. A l'état pur, ce serait ce rythme qui serait la source de l'émotion du lecteur - comme en musique. Les mots ne sont là que pour orienter cette émotion, lui donner couleur - comme les notes ( cf. Walt Disney ) - et signification. Ce serait l'intermédiaire aussi bien dans la création pour l'auteur que pour la compréhension du lecteur. D'où :

- une nouvelle théorie de la création ( bien que certainement souvent pratiquée )

- une nouvelle manière de lire ( épouser d'abord le rythme, le suivre dans la direction indiquée par les mots )

Cela permettrait enfin la composition contrapuntique - cette obsession des poètes et romanciers. Voler l'outil des romanciers.

 

      La poésie étant dans le rythme, pas question d'intercaler des poèmes-bijoux dans le récit ( cf. Morgan : Sparkenbrooke ). Intercaler une scie populaire romprait moins ce rythme, parce que c'est un temps mort si l'on veut mais non un temps arrêté. Il a une valeur obsessionnelle dissonante.

      ( La poésie pure est une poésie arbitraire )

      Dans l’homme l’arbitraire est toujours motivé : il prend racine dans des circonstances. Ce sont ces circonstances qu’il ne faut jamais oublier dans le poème. Il s’y réfère et y trouve son sens. Sinon c’est un jeu d’énigmes. Il est quelques fois suggestif, laissant chacun libre d’y faire entrer les circonstances individuelles. C’est là l’usage savant de la méprise.

      Je le respecte : il laisse libre le lecteur, il demande l’effort. C’est en quelque sorte le lecteur qui fait le poème, l’auteur ne lui proposant pas quelques schémas ( canevas ) ( cf. tapisseries, bricole ). En un mot, le lecteur reste toujours intelligent.

       C’est autre chose que je veux. Je ne veux pas un lecteur assis sur la berge, qui regarde et juge. Mais un lecteur noyé, emporté, stupéfié. Comme l’auditeur d’une forte musique. Comme le spectateur pathétique d’un film ( Mais différent de la musique, cf. voir plus haut ).

      Ceux-là ne se préoccupent pas de penser : ils se laissent emporter par l’histoire, ils laissent faire la musique en eux.

      La poésie, c’est pourtant autre chose que la musique. D’elle je vais utiliser le mot, l’onde… Mais ce ne sera pas pour arracher l’homme à lui-même. La poésie ne relève pas de “ l’ineffable ” ; elle se fait avec des mots ; et ceux-ci doivent être toujours le signe d’une réalité humaine ( sensuelle ). Usage humain par rapport à l’objet. Et par rapport au mouvement. Rythme cardiaque qui se modifie selon les circonstances. ( Rythme épileptique…, rythme de la marée quand je contemple la mer…)

      Toujours cette source physiologique.

      La poésie n’est pas au-delà de la réalité ( pas d’objet idéal ). Elle n’est pas au niveau de la réalité, elle est au cœur de celle-ci, en son intérieur.

       Cette réalité, je vais la découvrir et la forger avec ce cœur qui bat irrégulièrement, ce sang spasmodique qui coule dans mes veines, cette respiration haletante ou dormante.

      C’est au milieu de mon corps ( réel ) que vit ( bat ) le lyrisme. Celui-ci anime tous mes membres – et je n’oublie pas la tête qui n’est que ça. Quand je connais le monde autour de moi. C’est là mon instrument ( outil ) de connaissance. C’est un instrument variable que j’accommoderai selon les circonstances. Tantôt microscope et tantôt télescope. Spectroscope pour analyser vitalement toutes les couleurs d’un visage.

Instrument pour mesurer la chaleur des choses.

      ( Savoir étudier la réalité fulgurante avec des instruments fixes. Le poète connaît la réalité immobile, commune avec un instrument variable. )




Jean Pélégri et Jean Sénac 

- Publié dans : Ecritures d'Algérie
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Mardi 7 juillet 2009

Le nain sale et les éléphants blancs fin

      Peu à peu la couverture de feuilles rouges nous réchauffait au creux de la brume qui se déposait comme un miroir de nuit entre lui et moi réunis sur le même banc et le reste du monde s’accommodant du froid de l’hiver que l’automne laissait faire.

      - Mais… de quoi parlez-vous ?… j’ai dit observant autour de nous les groupes se dispersant tandis que se refermait sur eux les portes de la nuit… je n’ai jamais su peindre et d’ailleurs…

      - Hum !… mon ami… peindre est aussi facile que de réussir cette soupe aux nouilles que nous avons partagée… et d’ailleurs vous possédez le meilleur pinceau chinois et des rouleaux de papier créole qui peuvent boire toute l’eau d’une baignoire sans danger… n’est-ce pas vrai ?

      - Oui… c’est mon ami africain qui me les a offerts juste avant de faire marche arrière vers l’entrée d’une galerie de mine où la nuit n’a plus de fin… enfin c’était ainsi qu’il parlait de… Mais je ne vois vraiment pas pourquoi le peintre Zao Wou-Ki qui a déjà réalisé des cartons aux nuances aussi subtiles que celles d’un bambou enfant pour la Manufacture des Gobelins aurait besoin…

      - Hum !… Eh bien justement… comme tous les vrais artistes Maïtre Zao aimerait retrouver en lui la présence des émotions qu’il ignore et qui l’ont un jour baigné telle l’eau des frêles lagons africains le lourds corps des éléphants blancs… Il m’a chargé de vous passer commande à vous et à aucun autre… l’automne et l’hiver… vous avez juste le temps…

      - Mais… c’est impossible je vous assure… je n’ai jamais su…

      Le petit homme a hoché la tête et j’ai vu sa barbiche frémir comme le faisait le maître Zao à chaque fois que j’essayais en vain de le ranger à l’intérieur de la longue boîte en carton tapissée de signes chinois d’écriture que mon ami africain m’avait offerte en même temps que le compagnon avec lequel il entretenait ce commerce d’eau et de poudres depuis des années.

      - Hum !… tout juste six mois n’oubliez pas… lorsque les feuilles auront poussé leur museau vert au bout des branches qui sont aujourd’hui déshabillées je serai sur ce trottoir à vous attendre… exactement sur ce trottoir… n’oubliez pas…

      C’est à ce moment précisément qu’une voiture de police son gyrophare bleu semblable à la veilleuse des hôpitaux qui me réveillait dans mon sommeil est passée à toute vitesse sur le Boulevard son klaxon coincé au creux de mes oreilles médusées. Je me retournais afin de la suivre du regard et quand je me suis détourné d’elle et de la rue obsédante d’une orchestration qui ne cesse jamais le petit homme avait disparu à mes yeux.

 

      Les songes nous délivrent de la peur d’être ivres de n’importe quoi. Je n’aime pas le vin quand il dévore en moi mes anges de détresse noirs et leurs becs argentés d’oiseaux de proie et que je les vois se transformer bien avant minuit sonné en bouteilles d’encre. Ces bouteilles d’encre dont le goulot pervers laissait s’écraser sur mes doigts une goutte après l’autre de cette encre noire ou bien violette lorsque c’était à moi que revenait la tâche effrayante et démesurée pour mon corps trop petit de remplir les encriers profonds comme d’immenses ciboires aux formes voluptueuses.

      Et que le maître sérieux tel un chasseur d’ivoire attendant dissimulé dans la savane aux herbes hautes et rouges le défilé des éléphants blancs auprès des baignoires de faïence planquées sous la boue ocre et rose des mares affirmait de sa voix qui me frappait de plein fouet :

       - Eh bien mon ami ! te voilà aussi sale qu’un fabriquant d’encre… 

 

      Je n’aime pas le vin quand il dévore en moi mes anges d’insouciance jaune tombés de la lune à l’époque des prunes quittant leurs pruniers peu de jours avant les premières heures de préaux et de cours d’écoles en salles de colles où j’allais encore mourir de n’être pas à la hauteur. Pas à la hauteur des craies de couleur écrasées contre le rectangle noir de jais toujours jaillissant hors de ma portée comme un ciel dont les poussières inaccessibles me retomberaient infiniment dans les yeux et sur les cheveux.

      Je n’aime pas le vin quand il me vole mes fins chevaux lucides et mes papiers créoles où je n’ai cessé de peindre pour eux des étendues liquides inachevées. Toute forme pouvait enfin s’y effacer sans honte de n’être qu’une course inutile… qu’un galop froissé… qu’un envol vers le nulle part des soirs que le maître Zao laissait se dissoudre dans la cavalcade des matins blancs d’oubli avec défense de quitter les draps doux des rizières triangles de mon lit pour rejoindre l’école aux hauts pupitres carnassiers tuant les flamands roses d’un claquement sec. Et imprévu.

 

      Non je n’aime pas le vin quand il écarte de moi le corps lisse et froid de maître Zao mon serviteur et que le songe si clair des éléphants blancs dans une savane rouge s’en va se noyer au fond de la baignoire de faïence. Et que les papiers créoles devenus inaccessibles à mon corps trop étroit se déposent en résidus de laine à peine cardée entre les doigts mouillés des bambous enfants semblables à l’écume mousseuse sur les berges d’un lagon d’Afrique.

      Non je n’aime pas le vin quand il me rapproche dangereusement de mon désir de devenir aussi grand qu’un éléphant blanc.

- Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
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Samedi 4 juillet 2009

      Nous avons appris ce soir que la librairie Résistance ( voir le lien ) animée par Olivia Zemor a été saccagée hier vendredi par des personnes se réclamant de la ligue de défense juive... Les livres ont été couverts d'huile et les ordis cassés mais personne n'a été blessé... heureusement c'est l'essentiel...
      Nous sommes bien entendu solidaires de nos amis qui ont fait et font chaque jour de ce lieu un espace d'expression libre et passionnée en mettant leurs locaux à la disposition de celles et de ceux qui défendent la liberté d'expression et de création et le droit des Palestinien à vivre sur leur terre et à connaître ainsi que le désirent tous les peuples du monde la paix le bonheur et la dignité.
      Il est fort regrettable de constater les nombreuses dérives violentes qui se généralisent insidieusement dans ce pays et qui s'en prennent de plus en plus souvent à la liberté individuelle et commune de dire, d'écrire, de penser et d'exprimer ce que bon nous semble comme s'il fallait désormais demander l'autorisation à qui de droit de n'être pas d'accord...
     Or il se trouve justement que nous sommes en total désaccord avec bien des choses qui se font ici désormais et que nous continuerons à manifester par les paroles et les images notre droit à la résistance, notre refus de moutoner avec le plus grand nombre et notre désir d'un monde ouvert et généreux...
      Tout notre soutien à nos amis de la librairie Résistances et notre espoir que les enfants de Palestine aient enfin une terre où vivre en paix...

Des enfants de Gaza envoient un message au monde...

Mardi 30 juin 2009

 

Récit et photos : Ayman Quader


Ce texte peut être lu sur le site www.info-palestine.net

Depuis l’établissement des camps de réfugié palestiniens en 1949 au lendemain du conflit palestino-israélien, les réfugiés palestiniens ont profondément souffert et cette souffrance est d’une longueur extrême.

Le droit le plus élémentaire à la vie elle-même leur est refusé. Il faut rappeler que les camps de réfugiés ont été établis comme solution provisoire après que ces personnes se soient sauvées ou aient été expulsées de leurs maisons. Les conditions de vie du réfugié palestinien sont très misérables et il manque des éléments quotidiens et de base qui lui sont nécessaires pour un développement dans des conditions saines.

Les conditions de vie des Palestiniens réfugiés sont terriblement difficiles car ils vivent sous l’indice de pauvreté et luttent pour leur survie alors que leur nombre a considérablement augmenté. Les maisons des réfugiés sont si proches les unes des autres qu’il n’y a que des passages étroits pour circuler.

 

La famille d’Al Aqra’ est une famille orpheline de père et qui vit dans le camp de réfugiés de Dair Al Balah au centre de la bande de Gaza. La longue souffrance de cette famille parmi d’autres est représentative de toute la vie qui règne dans ces camps misérables. La situation de cette famille a empiré il y a quelques années au cours d’un siège de Gaza car ils ont perdu leur unique soutien de famille et n’ont depuis disposé d’aucun appui.

Ali Aqran, âgé 9 ans, parle de ses conditions vie comme d’un enterrement pour lui et sa famille. “ Nous avons vécu dans des conditions très difficiles. Et moi, un enfant de 9 ans, qu’ai-je fait de mal pour être traité aussi cruellement ? ” Le famille d’Ali se compose de 5 personnes, la mère comprise, qui luttent pour maintenir une vie décente pour ses enfants. Ils vivent dans une structure dont on ne peut dire qu’il s’agit d’une maison. La “ maison ” a été construite avec différents matériaux mais sans ciment.

La seule pièce couverte [en dur] a été totalement détruite lors de la récente guerre contre Gaza, lorsque cette pièce a été frappée par un missile au moment d’une des attaques. Cette pièce est devenue un endroit pour les chatons des enfants, inutilisable pour les humains. Le reste de la “ maison ” est fait de bois renforcé avec des feuilles d’amiante. Il fait insupportable chaud durant les mois d’été. La salle de séjour est peu aménagée avec quelques meubles de mauvaise qualité.

 

La plupart des familles qui ont perdu leur principal soutien ont aussi perdu tout support affectif. La responsabilité de soutenir la famille et les besoins de plus en plus importants, dans ces cas-là, reposent sur les épaules de la mère. Tout dépend principalement des associations caritatives et de l’aide de quelques autres.

Ali et ses deux autres frères dorment habituellement à l’extérieur, sous le ciel, pendant que le seul abri disponible est réservé à la mère et à la soeur. Il n’y a pas assez d’espace pour que tous dorment à l’intérieur et l’espace disponible leur est réservé à toutes deux.

J’ai interrogé Ali au sujet de ses expériences personnelles d’enfant pendant la récente guerre contre Gaza. “ Nous avons connu des conditions très critiques pendant la période de la guerre car nous n’avons plus eu aucun endroit sûr. ” Il a poursuivi : “ Regarde ! Regarde ! Regarde ! Il n’y a pas de toit qui pourrait nous protéger contre les tirs israéliens et comme nous vivons près de la mer nous avons été visés au hasard par les vaisseaux de guerre israéliens. ”

Ali a ensuite ajouté : “ Nous n’avons pas évacué notre maison pendant la durée de la guerre car les écoles de l’UNRWA qui servaient d’abris étaient loin d’ici, ainsi nous sommes restés les uns près des autres. Un jour le matin, des dizaines d’éclats d’obus ont directement frappé notre maison aussi bien que celles de nos voisins et ont gravement blessé mon ami Mohamed. ”

 

Quand j’ai demandé à Ali comment il passe habituellement son temps, il a pris une respiration profonde et répondu : “ J’ai du temps disponible pour jouer, mais je n’ai pas d’espace pour jouer. Comme nous sommes des enfants sans leur papa, j’essaye toujours d’aider ma mère à s’occuper des enfants plus petits et de notre maison. Je vais régulièrement à la mer qui est à côté et j’y passe du temps avec mes amis à jouer sur la plage et à marcher. Parfois, quand nous entendons un vaisseau de guerre israélien tirer sur les filets des pêcheurs, nous courons de nouveau à nos maisons ” raconte encore Ali.

“ Je voudrais que nous ayons du temps pour nous comme tous les autres enfants du même âge dans le monde. Je veux, comme enfant palestinien, avoir le droit de jouer et de m’amuser comme les enfants du reste du monde. J’espère que le conflit, la guerre, et la violence finiront et que les gens vivront dans une société paisible. La nature des gens c’est la liberté, la sécurité, et non pas les massacres, la haine, les attaques et la destruction. ”

 

D’autres photos peuvent être consultées à :

http://picasaweb.google.com

 

* Ayman T. Quader vit dans la bande de Gaza. Il peut être joint à ayman.quader@gmail.com

Adresse de son blog : http://peaceforgaza.blogspot.com

 

Du même auteur :

 

Après le petit garçon Feras, Yasser doit-il lui aussi attendre de mourir ? - 1° juin 2009

Le soldat israélien modèle est un tueur... mais aussi un voleur - 22 avril 2009

Attendant que le monde réponde ... - 31 mars 2009

Lorsque tout fait défaut - 22 mars 2009

Pluie noire sur Gaza - 14 mars 2009

 

25 juin 2009 - Communiqué par l’auteur

Traduction : Claude Zurbach

 

- Publié dans : Colères noires
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Vendredi 3 juillet 2009

      Parce que c'est l'été nos pistes d'écriture vont se faire plus légères plus voyageuses et on va prendre nous aussi un rythme plus tranquille avec des balades ailleurs dans d'autres jardins et on vous fera profiter de leurs parfums et de leurs fruits...
      Et justement puisqu'il est question de jardin un p'tit poème qui a été publié je ne sais trop pourquoi par la revue Voix d'encre animée pae Alain Blanc qui se trouve à Montélimar dans un coin qu'on aime bien juste à côté de la Drôme provençale avec ses vergers d'oliviers et ses champs de lavandes et le bleu turquoise lavé sur l'orange des soirs qui virent brutal au violet l'été...

Le jardinier aveugle


Mon enfance solstice
Ils ont vendu le jardin et le jardinier
Que faisais-tu en ce temps-là ?
j'habitais dans le ventre vert-moulu du puits
Et j'attendais
Que les doigts de mousse des pierres
Me délient de ma maison d'eau

Mon enfance équinoxe
En ce temps-là
Les pommiers ne portaient pas d'autre nom
Que celui de la paume offerte
Et d'un pauvre qui ne savait pas
Que la table était mise depuis l'hiver

Mon enfance sauvée
Pour être sûre de ne pas grandir
Je me suis gavée de groseilles vertes
Et de pommes jamais mûres
Mais les roses étaient déjà grandes ouvertes
Et la pomme coupée en deux
Dans les mains d'un jardinier
C'est vrai que j'avais pris du retard
Mais comment imaginer
Qu'on puisse vendre un jardin et son jardinier ?

Mon enfance promise
Comme si j'avais tué le temps
Sur mes pieds de rosée j'ai musardé
Jusqu'à la porte bleue
Des mains d'oiseaux sans honte plein ma chemise
Des rires de parfums légers plein mes cheveux
Et quand je suis arrivée pour prendre part au festin
Comme ils me l'avaient dit
J'ai trouvé la porte fermée à clef
La nappe pendue à la branche d'un vieux pommier
Qui s'appelait bois mort
Ils ne m'avaient pas attendue
Pendant que je prenais le temps comme il vient
Ils ont vendu le jardinier et le jardin

Mon enfance perdue
En ce temps-là
Une assiette restait sur la table desservie
Pour celui qui passera un jour
Pourquoi n'ai-je pas serré assez fort
Le rêve du jardin
Et la main du jardinier
Dans le secret de mon corps affamé
Enfoui notre joie que rien ne remplace

Que faisais-tu en ce temps-là ?
Je me prenais pour le printemps
A qui pourrais-je donner maintenant
Mon été nu dont le pauvre n'a pas voulu ? 
- Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Jeudi 2 juillet 2009

      Il y a presque six ans maintenant que Jean Pélégri nous a laissés à notre sort solitaire et que j'ai dû participer malgré ma tristesse avec sa femme Juliette qui vient de nous quitter au classement de tous ses papiers... ses multiples documents... ses manuscrits originaux et ses textes inédits... enfin à tout un rangement nécessaire quand on se trouve face à l'oeuvre entière d'un écrivain qui n'est plus là... Et qu'il faut soudain brutalement songer à ce que ces papiers couverts d'écritures si précieux ne se perdent pas dans un monde de fous qui ne rend hommage aux créateurs... et encore... que vingt ans après leur mort...
      C'est ce qui s'est passé avec Jean Sénac le poète d'Algérie qu'encore aujourd'hui si peu de gens connaissant et lisent alors pour ce qui est de Jean on peut attendre...
      Donc nous nous sommes mises aussitôt Juliette et moi à préparer des dizaines de boîtes d'archives pour constituer le fond Jean Pélégri à la Bibliothèque Nationale Richelieu là où Jean désirait que ses écrits soient déposés... il me l'avait répété souvent vu que c'est à moi que revenait la tâche difficile de m'occuper de ça... Il savait qu'il y serait en compagnie de deux êtres rares qu'il aimait : Camus et Mohammed Dib... on peut pas rêver mieux !
      Et les voici donc bientôt réunis tous les trois dans ce lieu qui est la magie même et je vous raconterai un de ces jours probable notre première entrevue avec Mauricette Bern qui nous avait reçus très gentiment quand Jean et moi on était allés lui rendre visite au sujet du fond Jean Pélégri justement... C'est tout une histoire...
      De ces documents inédits j'ai pu en scaner pas mal car je savais que nos Cahiers des Diables bleus seraient les premiers et pour longtemps les seuls à publier des textes des poèmes des lettres d'un homme et de ses si nombreux amis algériens : Jules Roy Emmanuel Roblès Albert Camus Jean de Maisonseul Jean Sénac Gabriel Audisio et tant et tant d'autres qui sont vraiment eux aussi des êtres rares... Je savais que tout cela que Jean m'avait confié appartenait à notre culture populaire et que peu importe ce qu'en pensent les grands manitous de la culture officielle qui ne nous intéresse guère...
      Voici donc une lettre inédite que Jean avait écrite après la parution de son livre Les oliviers de la justice qui en dit long sur ce que c'est pour lui que l'écriture... Je crois qu'il y a dans ces mots une force réelle celle d'un écrivain engagé auprès des hommes... celle d'un homme simplement...

 


Lettre de Jean Pélégri à Claude Roy

Dimanche 22 Novembre 59
 

      J’ai lu, cher Monsieur, dans Libération, votre chronique sur mon livre les Oliviers de la Justice. C’était la première critique sérieuse qui lui était consacrée – et je vous en remercie. Elle m’a beaucoup touché.

      Je vous remercie en particulier d’en avoir fait une critique littéraire – et non pas seulement politique. En effet, j’ai, aussi, voulu faire “ un beau livre ” - un livre musical. La musique m’a toujours fasciné, et c’est elle qui m’a inspiré la composition de ces Oliviers. Ce sont, plus précisément, les concertos de Beethoven qui m’ont aidé dans le choix des thèmes et leur orchestration.

      Mes conceptions littéraires, d’ailleurs, en sont là. Il faut que les mélodies soient toujours très simples, très accessibles, très chantantes – mais qu’en contre partie, et d’une manière invisible, leur orchestration soit savante, raffinée. Et “ significative ” aussi. ( La mélodie ne peut l’être que d’une manière fausse et grossière ).

      Je ne vois, pour l’instant, pas d’autre moyen de résoudre cette contradiction : vouloir écrire pour tous les hommes, mais sans tomber dans la complaisance et la facilité.

      Mon rêve – croyez-moi, c’est un aveu sincère (un aveu que j’aimerais faire publiquement – dans les Lettres Françaises, par exemple ) – mon rêve est d’être un écrivain… comment dire ? … un écrivain “ socialiste ” - c’est quelqu’un qui écrit, qui “ exploite ” les richesses littéraires, non pour son plaisir personnel ( ou le plaisir de quelques-uns, de quelque chapelle ), non pour son seul “ profit ” - mais pour le bonheur des autres hommes. Sans pour cela se résoudre à ce qu’Aragon appelle “ un art de pure et simple déclaration… un art diminué ”.

      Hors cela, je ne vois pas la nécessité d’écrire.

 

      … Cette longue épreuve de la guerre nous a profondément marqués, nous Algériens. De ce fait, mon livre – qui n’est qu’une longue méditation sur cette épreuve – m’a beaucoup appris. Il m’a conduit à un certain nombre de notions, autour desquelles je suis en train de me construire.

      Sans doute certaines d’entre elles ne sont pas tout à fait définitives – et me faudra-t-il y apporter corrections, rectifications – dans la mesure où “ l’homme n’a pas de nature mais une histoire ”.

       Il en est une, en particulier, qui m’obsède depuis que j’ai terminé mon livre. Je regrette de ne pas l’avoir approfondie davantage. Cette phrase m’était venue sous la plume, par la seule nécessité de la méditation ( c’est ainsi que je tiens à écrire : je n’aime pas que ma raison précède, de trop, ma sensibilité ), et je peux vous dire, naïvement, que j’en avais été moi-même étonné :

      “ Ce que nous ne savions pas, c’est qu’on ne peut jamais fonder le bonheur sur un simple rêve, une simple foi ” ( p.244 )

       … Sur quoi, alors ?… Oh, je le sais, la réponse est simple. Mais j’ai encore un certain nombre d’obstacles intérieurs à vaincre, avant de reconnaître qu’il ne peut se fonder que sur un combat – avant de le reconnaître publiquement, c’est-à-dire en lui donnant une expression littéraire.

      Ce que je ne vois pas encore très clairement, ce que je ne sens pas, ce sont les modalités, pour un écrivain, de ce combat – et en particuliers les rapports entre politique et littérature. Certes, celle-ci doit être informée par celle-là, et il est sans doute nécessaire que l’écrivain ait des vues politiques aussi justes que possible. Mais il me semble, comme disait Pascal, que la littérature est d’un tout autre ordre.

      La politique s’appuie sur des forces le plus souvent élémentaires, simplistes ; ou elle s’efforce de les faire naître. Elle se nourrit de vérités éphémères et pleines de “ tournants ” - de slogans.

      Or, nous Algériens, nous avons appris, tragiquement, la “ conséquence des mots ”.

      Aussi en suis-je à penser que toute politique a besoin de trouver, chez les écrivains, des résistances.   Même la meilleure : autant d’appui que de résistances.

      J’en suis là.

      … Et je m’arrêterai là ! Ma lettre est déjà bien longue. Je vous prie de m’en excuser. Ne voyez, dans cette longueur, que l’effet produit en moi par votre chronique.

      J’avais besoin de vous dire tout cela – pour vous remercier, mais surtout pour vous témoigner ma respectueuse estime.

 

Jean Pélégri

- Publié dans : Ecritures d'Algérie
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