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Saïd et Diana

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Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
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Texte Libre

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Image de Dominique par Louis

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  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Dimanche 3 juin 2012 7 03 /06 /Juin /2012 17:28

    Comme  décidément les éditeurs ne se décident pas à avoir la moindre envie de publier mes petits ours c'est vous qui allez en profiter... Et puis il est bien loin le temps ou je redoutais qu'on me pique mes titres ou quoi que ce soit alors !

    Donc voici une grande partie de ce gros manuscrit des Mémoires du fleuve... mémoires populaires et récits d'enfance des banlieues mêlées que vous connaissez déjà un peu... Je passerai les passages qui sont déjà sur ce blog enfin je vais essayer... Vous aurez ainsi tout le loisir de vous balader dans ces histoires quasi vraies et ça ne m'empêchera pas de continuer à vous faire partager les autres textes en vrac comme celui sur le Mali auquel je travaille en ce moment mais c'est long ! Allez en route les hoboes !  

Alphabêtes City Mémoires du fleuveBuffles Niger

 Squatt d’écriture cherche maison de papier

 Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…

 Monsieur Antonin lui il en connaissait des histoires et il aurait pu toutes les raconter s’il avait voulu ! C’est vrai qu’il en savait bien plus que nous autres et qu’on était que des bons à rien à côté de lui quand il déboulinait sur le trottoir de Macadam Black avec sa canne au pommeau de verre qui a avalé la lune et qu’il sautillait fonçait dedans son pardessus tout lavé des fraîcheurs à la rencontre des ouvriers des 3/8 qui faisaient l’échange de l’aube.

S’il en avait vécu des aventures Monsieur Antonin et la musique des entourloupes de la vie elle l’esbroufait plus du tout mais nous les traînards aux entournures les derniers arrivés livrés dans nos costumes de mômes qui nous serraient déjà on avait rien récupéré au fond du panier aux merveilles pas un rogaton de comète filante pas un calot d’émeraude pour nos lance‑pierres à boulons fauchés aux poubelles des usines !

Faut dire qu’on s’est pointés un peu après la grande débandade les abattoirs aux trousses et ce qu’on a récolté c’était seulement une grosse boule de poils poisseuse de sang bien rouge qu’avait pas eu le temps de donner sa chance aux marguerites. Alors vous pensez si on se les astiquait les esgourdes si on se les affrétait aux voilures nos cages à miel la moindre petite info qu’on chopait plein vol et Hop ! mais nos vieux ils se cantonnaient gardiens muets des terrains vagues et rien d’autre…

Sans charibote Monsieur Antonin à force de filer le train aux fées de la night il en a tant pris de l’avance sur nous qu’on ne pourra pas jamais le rattraper et qu’y aura personne à l’intérieur de Babel‑Oued quartier pour nous affranchir du grand voyage qu’ils ont fait ceux qu’ont débarqué là les ouvriers paysans du Nord et des autres Far‑Ouest. Nos vieux ils ont crapahuté des jours sur les p’tits chemins de boue et Pan ! quand ils se sont cognés dedans les boursouflures violettes de mûres des rives ils ont pas pu aller plus loin… C’était là ! Le fleuve il les attendait avec ses peines qui lui coulaient au creux il faisait bien l’affaire il les laverait d’eux et il emporterait emballerait roulerait leurs mémoires au bout de la terre ! Allez Zouh ! A la grande lessive le petit trèpe et qu’on en parle plus !

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Pour ceux qui débarquaient du Sud y avait rien à espérer. Alors ils se sont assis la tête dans leurs mains ils ont guetté un peu on n’sait pas quoi… Pour finir ils ont construit les cabanes là où ils étaient au bord du fleuve et de ses lèvres d’eau vertes. Comme ça ils ont fait la Medina des Arabes au creux de ses replis froids gluants de mousse vous comprenez ?…

 

Il nous l’avait bien dit Monsieur Antonin y avait une langue à inventer une langue rugueuse et brute la langue de nos corps enfermés dépecés entassés à l’intérieur du Bunker Blues et c’est pas autrement qu’on pourra la rejoindre la caravane nomade qui s’est pointée comme un mirage du côté des collines d’ordures avec ses rêves avec ses chants avec ses contes et personne en a voulu. Les zimmigrés ils étaient allés les chercher au bled les autres les chasseurs au fond de leurs gourbis dans les ksour de terre rouge. Les rabatteurs connaissaient leur boulot avec ces gaziers‑là ils étaient tranquilles… ils ne savaient pas lire…

Pour vivre ici ils avaient juste ce qu’il fallait de bonnes paluches bien larges et la résignation simple des paysans… Mektub ! Mais à l’intérieur des cabanes de la Medina et dedans les piaules trop étroites des Blocks les femmes qui sont venues les rejoindre elles ont laissé filer filer la parole et elles ont refilé leur goût des palabres aux mômes du Bunker Blues et voilà ! C’est comme ça qu’on s’y est mis à se l’envoyer d’un bout à l’autre du Ghetto la langue farouche qui gicle des bombes d’aéro‑solitude avec ses oiseaux‑mots… Piaou ! Piaou ! Cri ! Cri ! Zaouit ! Zaouit !… et ses couleurs d’incendies frais qui nous rebondissent aux mirettes.

Elle est au parfum des musiques et des goualantes qui mijotent au creux de nos esgourdes désormais la langue des quartiers des jeunes Babel du monde et c’est avec elle comme il nous l’a prédit Monsieur Antonin en frottant encore une fois la dernière avant de se tirer définitif le pommeau de verre de sa canne qui a avalé la lune… c’est avec elle qu’on va l’écrire notre histoire hein ?

L’histoire cruelle au goût acidulé du peuple métisse qui vit au bord du fleuve où les seigneurs crocodiles attendent la part de viande crue du sacrifice. L’histoire de la mémoire des eaux qui n’ont pas fini de remonter jusqu’à la terre d’Afrique et d’Arabie où la bouche des griots épèle le chant perdu de notre transhumance. L’histoire canaille du peuple obscur qui va qui va pieds nus dessus les chemins de braise de sa destinée.

hippo

 

Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…

 

La fiancée du temps

 Ecoute… écoute… je voudrais te raconter une histoire…

 Il est dix plombes du soir dans la Cité des Blocks mon vieux il est venu s’asseoir à côté de moi sa maïs au museau sur la marche ras du sol. Mézigue j'ai osé mettre la mini jupe en jersey rouge que je me suis achetée y a plusieurs mois avec les thunes de mon anniversaire et quand même le short en jean dessous. J'ais osé mais Rémi il a rien capté comme d'habitude.

Ma mère elle a bien d’autres soucis que nous deux elle se doute pas que mon vieux par un goût du suicide qu’il trimballe en ce moment‑ci il va ouvrir la lourde de la grande écluse aux mots qu’on ne s’est jamais dits et qu’il va laisser les eaux du fleuve à mémoire l’ensablé le drôle aux méandres se vider jusqu’à ce que l’argile rouge sang nous remonte et les cordons ombilicaux des nénuphars fichés dedans.

 Sylvette ma daronne elle ne supporte pas que je lui cause comme si c’était au cahier qu’on écrit avec Zahra ma frangine de la Cité où on est nées et qui crèche pareil dans les hauteurs du Block 3 l’Afrique le nôtre. Non ça elle aime pas du tout et encore elle magine pas ce qui grouille à l’intérieur de ma tronche la mother depuis que je me suis sortie de sa poche kangourou… que je me suis éjectée le plus rapide que j’ai pu et Hop ! le premier bond au dehors l’enchanté le vertigineux saut périlleux au milieu de la tribu des mômes ouistitis ! Là faut dire que c’était croquignole comme période pour atterrir dans le coin avec les chantiers qu’ils avaient mis en route juste avant qu’on se pointe ça donnait dans l’improvisation totale.

De l’habitat des cavernes qu’on aurait dit les Blocks béton au départ avec les trous dedans. Ah ouiche ! nous on est les cobayes ils nous testent pour voir si ça fonctionne des fois la transformation de l’espèce. Nos vieux ils avaient commencé pèquenauds dedans des baraques en tôle et ils allaient avoir à s’adapter à la Cité des Blocks la mirifique la citadelle sortie de la boue des terrains vagues les veinards ! Ce que ça donnera sur leur peau de migrateurs c’est le vrai mystère ! Du cocon de brume crème au papillon y’a qu’un pas yalla ! mais le pas de la géante Ogresse hein ?

déesse Sekhmet

 Bon… pour nous pas de problèmes on a été trimballés poche kangourou à l’intérieur du Bunker Blues on a pas eu à muter et tout momignards qu’on était on a étrenné les écoles qui sautaient comme des diables dehors de leurs boîtes de cubes. Six mois et y’en a eu partout des préfas comme on les appelait… normal que l’écriture elle nous ait capturées de suite Zahra ma frangine et Morgane moi vous comprenez ?D’abord on a eu la baraka des petits chemins buissonniers qui se tortillaient à l’intérieur de la zone encore et encore après que nos vieux ils aient connu eux les faubourgs de l’autre côté des murailles de la ville les talus de boue les buttes aux masures misères et le reste… Mais fallait pas que ça dure notre farandole de ouistitis alors les préfas ont dégringolé des remorques et Zouh !

 Hier… A l’école du savoir on a eu 7 berges Zahra et moi. C’est l’époque farfelue qui nous revient des coutumes d’avant et on ne sait rien de leur idée branquignole de séparer les filles des garçons ! Ce qui fait que nous autres Zahra ma frangine et Morgane moi on fricote juste avec des nanas de l’instite à la dame qui se farcit le lessivage des cabingouinces ça incite moyen… Dedans la tribu des ouistitis on n’a jamais regardé avant de former les troupes d’Indiens si y’a des squaws et des petits mâles on s’amuse trop on gamberge pas ! Alors sitôt que c’est le moment et que la bignole somnole après les raviolis on prend la tangente vu que l’école des garçons elle est pas loin y a juste à traverser le chemin de terre le dernier que le Black Bitume et sa sueur réglisse laisse peinard et Hop ! Hop ! on faufile du côté du préau reconstituer la tribu pas de lézard !

 Ma mother elle supporte pas qu’on les ait larguées aux vestiaires qui sentent l’odeur des cabinets nos 7 berges Zahra et moi et qu’on s’affranchisse des affaires de filles ! Par chance elle s’intéresse moyen aux écritures… Alors je relis pour la centième fois pas moins le poème d’un type qu’avait un nom pas possible d’enchantement… Arthur… Le Bateau ivre d’Arthur il divague au milieu des pages d’un bouquin que l’instit des garçons a oublié de boucler au fond de l’armoire bibliothèque. Lui Arthur c’est par force qu’il est devenu un frangin et plus depuis qu’on sait qu’il a été traîner ses pieds avec probable des semelles en pneus comme tous les gens du Sud de la pauvreté malgré sa ceinture de monnaie d’or direction le Harrar…

Ses bouquins s'il y tenait l’instit des garçons qu’était un bouffon qu’on appréciait nous autres toute la bande des Indiens au terrain vague vu qu’il nous mettait au parfum et s’il nous coinçait il avait toujours un livre entre les paluches de la culture que nos vieux ne connaissent même pas. Il s’était fouillé les poches de son pardessus des tas et toutes remplies bourrées de stylos de feuilles arrachées de carnets… il les avait plus ça l’inquiétait… Quelqu’un qui fauche la poésie d’Arthur vous y croyez ? Il était retourné vite fait après les petits pois trop desséchés de la cantine à son armoire bibliothèque. C’est vrai qu’il y tenait plus qu’à sa peau aux livres des poètes et à ceux qui racontent l’histoire des gueux un ou deux c’est rare ! Mais on ne lui a pas rendus Zahra et moi il peut rêver s’il veut…

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Arthur… l’instit il nous en causait souvent et moi je lui dois probable mon goût pas explicable pour les mots. Mes vieux comme ils ont pris l’habitude qu’on fréquente l’école du savoir juste pour ne pas devenir des saltimbanques dessus les filins dorés ou à faire la pantomime  avec la figure de lune alors ils ne pigent pas trop ce qu’on manigance Zahra et moi dedans les cahiers quadrillés écornés chiffonnés leur couverture rouge carton pas trop épais. Eux les sédentaires à mort il leur a poussé des racines et nous on est des voyageuses des déserts par avance les filles métisses de la Cité des Blocks yalla ! Des nomades qui collent les images découpées de paysages où on ira en traversant les océans émeraude à bord du bateau ivre… Les cahiers je les choisis exprès chez Ali le marchand arabe de l’épicerie journaux papier à rouler bouteilles de gaz… notre commerce tout terrain vague et savane qu’est en bas et qui me mâte de l’œil du crocodile en digérant ses colibris du déjeuner.

Ma mère c’est une Gauloise qui ne sait rien de son histoire d’avant et qui a jamais eu les bonnes fréquentations qu’il faut comme beaucoup de gens dans la Cité au départ. L’école elle l’a vue qu’en pointillés et sa culture elle ne la connaît pas autant que les djeda arabes d’ici qui se retrouvent en bas des Blocks et ça fait des tribus coloriées aux crayons de couleurs pastels et par‑dessus elles rajoutent des petits bouts de tissus qui brillent scintillent léger des paillettes d’or et d’argent… Et ça fait des féeries de soleils minuscules qui bougent dansent balancent leurs babouches aussi sont brodées de fils d’étincelles. On entend leurs rires oiseaux leurs voix qui farandolent toutes en même temps elles se disent des contes avec des djnoun et des Ogresses et aussi les affaires de la Cité dans la langue qui mélange les mots on ne peut pas les arrêter… Pia ! Pia ! Pia ! Raou ! Raou ! Raou !…

Non ma mère la culture de l’école du savoir de l’autre côté des chemins bourrés de buissons de mûres et de framboisiers du terrain vague ça ne la branche pas. C’est plutôt les calculs sur son cahier de dépenses qu’a rien de magique qui l’occupent mais comme ça au moins on sait où on en est c’est elle qui le dit… Alors si on parle à côté d’elle Zahra ma sœur de lait et moi avec les mots des poèmes tout de suite elle croit qu’on se moque et qu’on prépare des choses derrière son dos vous comprenez ?

Le Harrar c’est chez nous aussi Zahra ma frangine de lait et moi… notre zone de la banlieue d’accord ? Vrai qu’on a grandi mais ça ne change rien. Cet endroit on l’a repéré sur les cartes quand on a su pour Arthur qu’il a arrêté de maginer ses poèmes en vue de se tirer sur les traces de son bateau saoul… ivre… qui dérive… rive… On répète les mots avec Zahra ma petite frangine du lait de l’Ogresse et moi… notre poème déchaîné on le crie on le tambourine sur des tam-tams de bidons plastique largués entre les caisses démontées des parkings qui sont des gros lézards violets aux écailles de bitume craquées… Ivre… rive… dérive… encore et encore !

Le Harrar c’est dans un pays d’Afrique géant qui ressemble à notre Cité des Blocks vu qu’y a une muraille kif‑kif la nôtre les barres béton où on est encerclés faut voir ! Ici les vieux ouvriers agricoles qui sont venus avant la bande pacifique des zimmigris poussée derrière par les chefs des usines disent “ le Ghetto ” quand ils causent avec leurs poteaux qui crèchent pas très loin et en face une fois qu’on a traversé les eaux avec une petite barque ça suffit on est en Arabie ! L’Arabie c’est le pays que les djeda racontent en faisant des grands gestes de leurs mains au bout des doigts le henné rouge on dirait de l’encre… Sûr qu’elles ont trempé leurs doigts dans les encriers du soleil rouge d’Arabie…

tamanrasset16

A suivre...

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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 20:59

   Pour ceux qui aimeraient relire le texte publié ici il y a une quinzaine intitulé " Le printemps des autres sur le site du Grand Soir où il a été publié un peu pas mal modifié par mézigue vu qu'ils ont eu la cortoisie de le sortir alors voici l'adresse : http://www.legrandsoir.info/le-printemps-des-autres.html

      Comme quoi y a malgré tout des gens qui apprécient les gribouillages de Bonie la chienne anarchiste et compagnie...

Souffle court

Chien-Grece.jpg

Epinay, dimanche, 27 mai 2012

       Ouaouf ! Ouaouf !… C'était les années 70... Jessica ! Jessica ! Comment je t’ai retrouvée ma petite sœur sauvage mon étrangère d’enfance inconnue… à l’époque je ne te nommais pas… Jessica ! Toi et la chienne Bonie l’anarchiste vous êtes mes deux impostures de papier maintenant que nous avons fini de frotter nos corps brûlés à l’absence et à la terreur des abandons à venir les uns contre les autres pour nous tenir chaud car il n’y avait que des demeures de neige tout autour de nous… Ma Jessica tu le sais ce qu’y a de pire à vivre c’est probable quand on est mômes des banlieues et des ghettos qui n’ont l’air de rien par ici et pourtant… c’est la violence crue des familles et ses mots qui retirent sa dernière peau à l’enfance et lui épluche sa joie à vif… D’écriture la seule que j’ai connue qui cause de ça comme on l’a vécu nous autres au cours des années 60 et ses mares de sang du géant abattoir presque sèches c’est celle de Bukowski qui n’a jamais cédé d’une patte et sa façon de japper de hurler de hennir face à la lente avance des tueurs c’est celle que je veux… Ouaouf !

Ouaouf ! Ouaouf !… C’est qu’il ne me reste plus beaucoup de mots ma Jessica… Des chuintements… des aboiements dans les caveaux de ma gorge…  pour te dire t’épeler les lieux lessivés par les machines à silence où nous arrivions pour vivre nos enfances sauvages notre seul trésor parmi les lézardes du sel sur la scène des faubourgs populaires. On agitait encore derrière les cités au ciment frais le grand tissu rouge d’un rêve bazardé caviardé par les types qui puent la mort en avance et qui ont la vie du monde dans leur viseur. On avait de notre jeunesse plein au creux de nos paumes qui gardaient les cicatrices avides des mains nues de nos vieux très vieux… ceux qu’on a pas connus et qui nous manquent trop parce que nos vieux eux c’est sûr qu’on les aurait estourbis facile si on avait eu les armes qu’il faut pour ça… Mais on avait rien ma petite frangine des rues quand tu t’es ramenée aux rives de la cité cloaque avec tes talons aiguilles et ta mini jupe rouge moulante et la folie qui est désormais notre compagne. La folie je l’ai bien croisée mille fois au moins à bord d’un de ces wagons de chemin de fer qui me trimbalaient moi comme les hoboes de l’Ouest Américain à 14 piges en direction des terres de l’Est.  Elle avait tous les visages possibles et sans toi ma Jessica je n’aurais pas appris à aboyer afin de les faire fuir… 

On était à l’heure où ça cramait fort à l’intérieur des gourbis ces années 75 dans les cités ouvrières dont les anciens ouvriers n’étaient plus que des maraudeurs à la porte des sociétés d’Intérim dodues comme les truies en batterie et qui rameutaient à tout va à tout vent de la pauvreté copine. La misère s’étalait bien de par chez nous Jessica ma petite sœur tu le sais… et les rats des poubelles avaient meilleur logis et couvert que nous sans charibote ! Craou ! Craou ! Craou !… C’est dans ces années‑là qu’on regardait avec goinfrerie de jeunes chacals les très vieux ouvriers d’Auber et des alentours récupérer au milieu des ordures les patates et les feuilles des choux pourries qu’ils rapportaient à leurs cabanes en vue d’un frichti aussi infâme que celui des travailleurs maliens du bidonville du Halage… Nous autres on avait juste de quoi tenir jusqu’au 15 de chaque mois et après on s’arrangeait avec l’ardoise et les chiffres à la craie qu’on n’effaçait pas souvent chez Ali l’épicier arabe du coin qui faisait comme si on n’allait pas le retrahir dès qu’on aurait à nouveau de quoi Ouaouf ! La misère elle exhibait son gros cul rond d’Ogresse maudite que nos parents avaient l’air de ne pas reluquer chaque samedi matin à l’heure des commissions au super market et ses parkings mazoutés que les troupeaux automobiles rejoignaient ravis. Cette outre épaisse et puante des quartiers ils nous en ont arrosés jusqu’à ce qu’on dégueule de la confiture d’étoiles sur nos baskets à ouiche !

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Ouaouf !… 1970… C’était le début du grand tri qui se manigançait au‑dedans des banlieues déjà plus du tout du rouges de nos anciens les ouvriers paysans quand les habitants des cités d’urgence ne s’étaient pas encore rangés dans une file ou dans l’autre… Ils hésitaient ils pesaient et repesaient l’affaire… D’un côté y avait ceux qui étaient coulés depuis des temps forcés à l’intérieur du moule mauvais de la non‑existence ma Jessica… les cassés à perpette qui marnaient aux chantiers et aux usines autos de l’Île Seguin et compagnie… ceux qui avaient traversé et qui gardaient la poudre violette des ciels d’Alger d’Oran de Tanger dans les mirettes… Et de l’autre y avait ceux qui se disaient qu’ils allaient y arriver suffisait de ne pas l’ouvrir et de mettre à côté et Hop !… De ce bord‑là c’était nos vieux qui s’acharnaient à entrer dedans la clique des proprios de petits pavs ou au moins d’une cage un peu plus mariole que la nôtre aux rivages d’une banlieue à pognon et à fricoter avec ceux‑là qui de toujours ont eu la haine et le mépris des prolétaires… Qu’on imagine un peu l’épouvante et le racket des neurones déjà tout dévorés qu’ils avaient alors hein ?… 

Les années 70‑75 ça a été les pires du reniement et de l’effacement de nos mémoires ouvrières toutes fraîches encore ébouriffées de la rosée des jours écarlates et je n’ai pas les mots pour dire ma Jessica la violence que nos vieux nous ont faite et s’ils l’ont voulu ça j’en sais rien… Ce qu’y avait alors entre eux et nous qui s’installait se dépouillait se tartinait c’était un énorme terrain vague où on avait commencé bien plus tôt qu’on l’a dit à se regrouper par tribus d’Indiens défaits de toute forme de territoire ! Ils avaient tout vendu bradé lâché aux promoteurs des nouvelles Babylone et là‑dedans ils étaient en train de comploter de nous faire vivre nous les fils et les filles nomades d’une terre sans limites au milieu des vieillards qui suçaient leur souffle et à qui ils tenaient tant à ressembler… Ouaouf ! 

Hé Jessica ! il faut monter monter dans l’aube démaquillée de son fond de teint de peur à l’assaut des snipers du soleil !

Yorgos-sous-sa-couverture-Athenes.JPG

Ouaouf !… On en a bavé des tas sur ces années 70 juste après le grand chambardement mais y en a pas lerche qui ont compris pourquoi notre époque celle des moutards arrivés après la fin de la tuerie majeure c’était celle où il fallait aller voir ailleurs pour faire éclater la coque de béton trop étroite des murailles qui nous encerclaient gravement. Nous les enfants d’un demi-siècle de boucherie on survenait au moment où les petits chevaux arabes piétinaient les portes lourdes des abattoirs… Boum ! Badaboum ! Badaboum ! Boum !… 

Nous bordés dans les lits d’utopie avec badge fluo vert lune programmé direct de l’autre temps rage et folie… leur galop tu entends ? Katapok ! Katapok !… Ma Jessica… Il enrayait toutes leurs sécurités ridicules qu’ils ne cessaient pas de banquer avec leur vie… et Tac ! un jour de moins… et Tac ! une semaine et re Tac ! pour la retraite ils étaient prêts ils étaient bons et bientôt nous marcherions dessus leurs ombres… Nous étions de la race des Indiens et comme eux parqués à l’intérieur de leurs réserves nous avons commencé à boire des litres de mauvaise bière et à fumer des herbes qui nous rendaient l’ivresse de ces jardins inconnus dont ils ne nous parleraient pas et les yeux mégots d'or acrobates de la night de nos chevaux  zappaient les signaux clignotants qu’ils nous envoyaient… Flip‑flop ! Flip‑flop ! Haine‑peur ! Haine‑peur !… 

  Ouaouf ! Ouaouf ! Jamais ma Jessica qu’ils accepteraient de regarder la réalité des tombereaux d’ordures devenus à force les collines géantes mamelles insatiables d’Ogresses par où le lait noir et ses fumeroles se frayait passage et nous pourrissait nous abîmait tout jusqu’à l’horizon et son azur au goût de cannelle. Et puis il y avait son glougoutement secret à la grande prêtresse Babylone Zero de l'autre côté de ses murailles nouvelles comme des vitrines de Musée… de l'autre côté pas accessible pour nous les enfants d’ouvriers c’était ça qui nous hantait Jessica… 

Jessica !… ma petite frangine ces années 70 je les ai vécues à l’écart étrangère déjà aux jeux de la tribu des Indiens qui s’en allait grouiller au‑dedans des collèges en préfa où on fabriquait à la pelle des chaudronniers des métallos des fraiseurs des caissières des dactylos… Comme les hoboes de l’Ouest Américain je suis montée seule à bord d’un de ces trains qui m’emmenait vers l’institutions Stalag Notre‑Dame des Anges très loin là‑bas en direction du froid et du trait couleur sang noir séché tiré sur l’enfance et ses épluchures de rêves pour toujours…

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A suivre...

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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 20:12

      Ecrire sur la peinture ma presque unique passion aujourd'hui c'est ce que je voudrais faire et je n'en aurai peut-être plus la force... Reprendre les crayons et les pinceaux un de ces jours sans illusions cette fois-ci rien que pour voir...

      Le Caravaggio... un des peintres qui m'a de toujours fascinée... mais il y en aurait si tellement à citer... El Greco... Michelangello... Rembrandt... Goya... Boticelli... Veermer... Vinci... L'Italie l'Espagne la Hollande... Les plus grands qui possédaient cette technique incroyable... Les glacis les sfumato les résines les huiles cuites les vernis...

      Mais le Caravaggio c'est autre chose encore à cause du clair-obscur comme Rembrandt... Je connais quasi toutes ses toiles par coeur et pourtant il y a longtemps que je ne vais plus dans les Musées... Mais mes bouquins d'art sont toute ma richesse tant qu'on ne vient pas me les prendre aussi... Et dès que j'en ouvre un alors le délire me prend... Et ça donne des choses comme ça... 

A-fresco

Caravaggio-L-amour-victorieux.jpg

“ Les lèvres (lavées de la mort) gorgées de mots

Elles donnent naissance aux fils multiples de la race sans Père.”

J.Sénac Le Mythe du Sperme Méditerrannéen

Sous un porche la vie m'attend

Dans sa chevelure de laine rouge

De tout mon corps qui s'efface

Je lui laisse la place

Sous la pluie elle se jette en sautillant

Enveloppée dans la laine rouge de sa chevelure

Mon corps mouillé la regarde danser

Et s'éloigner de porte en porte

Comme une enfant qui joue

Avec son ombre que le jour emporte

 

Sous un porche l'amour m'attend

Caravaggio-Le-belier.jpg

Avec son masque de jeune loup

Son masque de soie rouge

Mon cœur qui cherche un chemin pour traverser

Entre les gouttes de pluie lourdes

Comme des gouttes de plomb

Sans être vu par les bradeurs d'éternité

Se cache derrière le masque de jeune loup

Et s'enfonce sur la pointe des pieds

Dans les draps de soie rouge

Que ses amants solitaires offrent à la nuit

 

Sous un porche la mort m'attend

Avec sa verge de velours rouge

Dressée démesurément comme un sucre-d'orge

Et prête à me faire rendre gorge

A coups de poings A coups de pluie

De tout mon sexe tambour battant

La retraite entre les échafaudages géants

Où le petit homme noir de Florence joue Michelangelo-Ignudo.jpg

A me refiler une encablure de viande morte

Je repousse son désir de velours rouge

Qui étale son enduit d'éternité

Et s'égoutte d'un pinceau rageur

Je bouscule les Sibylles et les Géants

L'immortalité a fait son temps

 

Sous un porche la vie m'attend

A pleine bouche de jeunes garçons

A pleins baisers de corps volés à de vieux mecs

Tu ne crois pas que je vais passer ma nuit à poser

Dans ton atelier où la pluie dort

A l'abri des flaques de marbre

Alors qu'ils jettent sur moi

Leur toison de laine rouge

Et m'affichent fièrement

Dans le plâtre frais des tours

Vivante je suis la bouture cerise

De leur chair matinale Caravaggio.jpg

 

Sous un porche l'amour m'attend

Comme un gamin sur un trottoir escroc

Rappeur de pluie Lapeur de lune

Peu importent les sillons d'écorce qui nous séparent

Je lui retirerai son masque de soie rouge

Et la pluie remontera sur nous

Sa couverture de doigts

A pas de jeune loup

Les souffles écarlates des peintures cuisantes

Nous ont marqués au cou

D'une même naissance

Je giclerai lueur caravaggio1.jpg

Dans le cœur de sa nuit adolescente

 

Sous un porche la mort m'attend

Avec sa main de dieu comme un sexe bâtard

Qui façonne ma course à l'intérieur des pierres

Et lui cloue sa comète sur la voûte du temps

A fresco Je veux ma vulve comme un trou

Dans un ticket de métro

Je veux ma bouche comme la lune

Dans les miroirs ouverts

A fresco Je veux mes lèvres comme un glaïeul

Sur la verge de velours rouge des jeunes garçons

Qui se taillent à même la chair

De ma grossesse obscure

Un costume d'urgence fragile et dénudée

Refusant d'être mes fils Michelangelo.jpg

Sans plus attendre.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 16:21

La nuit des nains suite...

clichy-sous-bois.jpg

‑ Ya ! Ya ! Ya !… les colibris ont remonté le fleuve…

La tess’ où ils se ramènent cette nuit de Novembre 2005 les nains c’est la plus glauque du coin à l’Ouest du Far Ouest délocalisé un vrai quartier fantôme milieu des entrepôts en ruine des plieurs de bagnoles et de frigos des encageurs de greffes des trafiquants de clébards tueurs et de camions de shit avec la Tiru a pas un kilomètre qui crame sans répit aux 4/8 les déchets d’la banlieue et renvoie par la gueule de sa cheminée la colosse d’incinératrice d’la fumée d’abondance en poussières fluos qu’on avale ravis comme la poudre brune des boîtes de coco de l’enfance sans tunes…

C’était une bande de nains une bande de nains de la pire espèce… On les imagine on entend leurs pas bancals en bas dans les rues sur les parkings les trottoirs de Macadam black… Clap ! Clop ! Clap ! Clop !… On sait qu’ils sont là pas loin qu’ils rôdent qu’ils planquent leurs p’tits blocs de chair difformes au ras des trous où les vents s’engouffrent en piaillant le long des magasins abandonnés où les enseignes de tôle ont des miaulements de greffiers fous… On le sait à l’odeur de cramé qui les suit partout et aux pétarades frénétiques à la magie rouge aux éclats de phosphore comme cent mille nez de clowns qu’éclatent à la fois des bagnoles cramées qu’explosent en ribambelles… Vroum ! Broum ! Vroum !… 

C’était une bande de nains qui sortaient de partout !… On n’pouvait pas les compter tellement tant qu’y en avait… Un deux six quarante‑trois cent mille !… Ici dans la Cité les nains ont pris le pouvoir de la rue en même temps que leurs cousins sur le trône et les jeun’s des quartiers ils les ont laissé faire… Y avait personne pour leur dire ils les ont pas gafés radiner après c’était trop tard… ils avaient semé la peur l’envie et la folie en se déplaçant à toute vitesse dessus leurs baskets de marque… On n’pouvait plus se passer d’eux de leur vacarme tohu-bohu de leurs brasiers de leurs slogans de mort dans la peau des murailles rouges de leurs lames qui brillent comme les calots des mômes affamés devant les vitrines de jeux vidéos… Ils étaient les vengeurs du peuple en rage du peuple en rut du peuple qui gueulait aux fenêtres de la nuit : “ Vive les nains ! Vive les nains ! ”

Ici dans la tess’ de la ville au bord du fleuve les bandes de nains ils ont nommé un chef un meneur à leur tribu d’anarchistes désintégrés débandés défroqués les héros à la culotte de jogging black trop grande les héritiers des bouilleurs d'idéal sans pitié et sans trêve les Marat les Vallès… Dedans leurs vaisseaux il bouillonne le sang impur de leurs darons les tirailleurs sénégalais les soldats de l’Armée d’Afrique les révoltés de Sétif et Guelma les noyés d’Octobre… Ouais tout ça c’est le bazar la nouba le toquard pataquès hein ?

…  Commune-de-Paris.jpg

Le chef des nains il est encore plus nain que les autres c’est normal c’est le meilleur ! Il a l’expérience de la traque et du camouflage avec jogging vert militaire et rangers sûr qu’on le repère pas d’ailleurs c’est normal c’est un Blackos un fils de la night un vrai un guerrier de la force obscure vous voyez ?… Le chef des nains c’est le seul qu’a un blaze sinon tous les autres dans les commandos c’est des numéros ça suffit… Lui il s’appelle Twin To… ça aussi on s’rappelle bien… le nain des nains c’est un fan des US comme tout l’monde à la tess’ mais comme probable il est un peu muslim mich‑mich alors il s’arrange pour prendre parti qu’avec les winners du moment… Il change sa veste de sweet il retourne sa capuche il se met al avec les deux il ménage les tours et les détours… Eh vas‑y c’t’un nain quoi !…

Twin To il a des p’tites cannes qu’arquent sérieux mais ça lui suffit pas vu son statut faut qu’il démarque et sa toquante en argent lourd elle est nib assez frime alors il s’est fait bidouiller une auto rien que pour cézigue une tire que Capone et ses poteaux avec leur écurie Traction‑avant ils imaginent même pas !… C’t’une petite bagnole avec la caisse plastique jaune qui scintille soleil qu’éblouit qu’en jette à des lieues qu’toute la tess’ elle peut pas résister à la biture de couleur fameuse et en prime l’auto elle sort ses boyaux avec un vacarme de tondeuse à gazon épatant !…

Twin To il en est tellement mariole de sa trottinette qu’il la fait vibrer sur les trottoirs de Macadam black dans les passages en bas des tours le long des parkings entre les bagnoles il slalome il dérape il freine des deux comme un ouf le jour la night que plus personne peut pioncer du tout… Il fait chauffer le bourrin… Vroum ! Vroum ! Vroum !… il pétarade il accélère réveille les p’tits et l’matin quand ils partent à l’école en jouant à la course il les nargue avec son tacot jaune qu’est juste à leur taille et que s’ils pouvaient comment qu’ils la lui feraient carotte !

elephantsrose-2-petit.jpg  

‑ Ya ! Ya ! Ya !… le peuple des colibris a remonté le fleuve…

 Cette nuit‑là de Novembre 2005 juste avant qu’elles se ramènent les bandes de nains bien excités et bien refaits à la bière ce que tout l’monde a pu zyeuter du côté de l’entrée ouest de la Cité c’est qu’y avait comme un début de baston entre Twin To le chef de la bande des nains et Nago un grand Black qui crèche à l’autre bout et qui trime au nettoyage à la ville… Nago on le reconnaît de loin à cause de son sweet rouge avec la figure de Mandela dans le dos qu’il enlève pas sauf quand il met la combinaison vert chiasse et le gilet jaune clignotant de la ville et qu’il commence à faire braire la tronçonneuse… Waouh ! Waouh !…

Nago il est debout à six plombes du mat pour aller taffer et il en a ras la casquette des miaulements de greffe en chasse de la tire au nain qui creuse les trottoirs de la Cité d’un sens et qui les recreuse de l’autre jusqu’à la pénurie d’carburant !… Comme c’est un gazier tranquille qu’a pas envie d’avoir des embrouilles il a attrapé la p’tite voiture jaune qu’il a perchée dessus la cabine téléphone qu’est le totem du grand baobab au centre de la place aux palabres et voilà !… Le nain Twin To même s’il est p’tit comme un nain il va pas se laisser traiter par un type qu’est rien du tout qu’a pas une bande derrière ses baskets et en plus ce soir‑là qu’est juste celui de la totale révolte des nains !… Dressé dessus ses cannes les poings aux hanches il hurle face de l’autre qui l’reluque d’un air de rigolade bon enfant…

‑ Tu vas m’descendre ma caisse de là spèce de sale Nègre de merde !… Fils de pute de ta mère !… Race de chien de Négro puant !…

Nago il a pas l’intention d’se faire enquiquiner par ce gros nase de nain qu’il appelle dedans sa tronche “ cul sur pattes ” et il a haussé les épaules… Il a enfoncé ses deux paluches dans les poches de son jean et il s’est tiré de là… Le nain Twin To il a louché en se sortant les calots d’la figure si sa bande elle se pointait pour enfoncer le rastaquouère le crever au surin l’éventrer ce vomi le finir carpette mais y avait pas un nain dans les environs… ils étaient tous aux avant‑postes… 

Le nain comment qu’il était enragé aux entournures et qu’il tapait des pieds ses baskets blacks en plastique fluo qui tambourinaient frappaient massacraient la tôle gris métal de la cabine téléphone !… Il s’écrasait ses petits poings serrés dessus le verre qui craquait crissait… Il bavait en hululant l’appel sauvage des bandes de nains des quartiers… Aouh ! Aouh ! Aouh !…

Et autour de lui comme c’était un soir d’hiver ordinaire avant que les choses elles arrivent y avait des tas de gens qui s’occupaient qu’allaient qui venaient et ils le voyaient pas vu que les nains on n’les voit jamais hein ?… Twin To il est arrivé au comble de sa fureur et de son déchaînement et il s’est arrêté d’un coup de harceler la cabine totem qui rendait rien et il a pris son mobile dans une des fouilles de son jogging black et il a appelé… appelé… appelé

nains06.jpg               

 Ya ! Ya ! Ya !… le peuple des colibris a remonté le fil de l’eau…

Les jeun’s ils étaient là installés comme d’habitude contre la laverie qui est leur camp de base à l’endroit où y a des bancs béton en rond pour la causerie. Ils étaient là en train de taper dans le ballon de foot de crier des trucs qui les faisaient se défoncer de rire et de palabrer à tue tête avec des coups de poing pour marquer la bonne amitié… Ils étaient en train de se bagarrer l’ballon en s’balançant des coups d’tatanes et en s’envoyant des injures pour l’habitude à n’pas perdre…

- Eh ! ta mère ! ta mère ! Salop de Nègre !… Tu vas voir cousin si j’te la mets ! … Ouah l’bouffon sa mère eh !…

Ils étaient là et leur présence plus celle des gens qu’entraient dans l’épicerie arabe en s’interpellant ou qu’appelaient les gosses pour le pain et les p’tits mômes qui couraient le sac à la main et le vélo à moitié il a les roues qui partent dans tous les sens ça nous refaisait l’atmosphère de la Cité des beaux jours de l’été…

C’était le soir du deuxième jour où ça cognait fort sur Macadam city blues mais y avait un grand calme dans la savane à l’aube avant que les chasseurs d’éléphants n’rapliquent avec leurs cars et leurs armures de tôles… C’est pas tout de suite que ça s’est déclenché vous comprenez ?…

 D’abord on a vu une lueur pas normale comme un grand feu qu’a éclairé la cabine téléphone par derrière… On aurait dit qu’on l’avait allumé pour une cérémonie qu’était déjà démarrée et ce qu’on a zyeuté ensuite sûr que vous le croirez pas…

La cabine téléphone elle avait plus sa taille normale elle était comme enflée gonflée énorme une montgolfière qu’aurait qu’à s’envoler à s’arracher toutes ses forces de Macadam city blues… Han ! Elle avait dans la disproportion quelque chose de terrible… de pas humain… C’était un objet de culte qui se déformait et préparait une sacrée malédiction… C’était tout c’qu’on voulait… le totem de ce monde qu’on blairait pas et qui s’acharnait à nous exhiber son ventre bourré à mort de choses…

Les choses on les voyait pas bien mais les jeun’s eux ils les ont repérées et ils grondaient autour comme si leur vie elle venait d’entrer en guerre contre le totem maléfique qui les narguait sur le territoire qu’était rien qu’à eux… Et puis on a vu nous aussi c’qu’y avait là-dedans et que ça prenait des proportions que personne pourrait arrêter… Y avait des quantités de fringues avec des marques des survêtements des anoraks des baskets des tee‑shirts des casquettes… et tout ça tournait envoûté emporté entraîné dans la danse des chants rythmés par le Tam-tam d’Afrique à une allure de plus en plus de plus en plus…

De la frénésie à l’état pur et tant et tant que la cabine montgolfière comme une vitrine immense elle remplissait tout le trottoir de son déchaînement d’habits qui tournoyaient s’envolaient se déployaient et retombaient à l’intérieur de cercles de couleurs vifs et légers trépidant pour suivre la cadence sautillant se précipitant les uns sur les autres… C’était un combat qu’on peut pas imaginer !… Un combat comme le Mbapatt dans l’endroit sacré du village entre les meilleurs lutteurs mais là y avait pas d’combattants sauf des mannequins recouverts de fringues un vrai carnaval !…

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Les jeun’s les grands frères d’abord ils sont restés debout auprès du totem de la consommation qui leur causait un langage qu’ils piffaient sacrément vu qu’on leur a appris que celui-là avec le rythme du Tam-tam d’Afrique en fond de teint qui les coursait joli et les empoignait dedans leurs tripes à fond… D’un coup y en a un qu’a saisi un morceau de bois qui traînait là et dans sa main aussitôt à la lueur du feu de la cérémonie y a eu un bâton d’acier lourd et au bout une pointe qui crachait des traînées rouge écarlate longues longues … Quand il l’a soulevé on croyait qu’il va pas y arriver mais si… Et il l’a abattu sur le flanc de la cabine totem au ventre de verre enflé qui craquait se déchirait s’étouffait… Et il a ouvert dans une des parois une entaille épaisse où tous les jeun’s se sont engouffrés derrière lui et on a entendu leurs cris et leurs rires et le Tam-tam d’Afrique qui s’affolait… s’affolait… s’affolait…

Les p’tits qu’avaient flairé que c’était la teuf et que cette fois on allait pas les retirer de là sont entrés en courant et en se tenant par le cou ou par la hanche à l’intérieur du géant totem éclaté qui bavait une source rougeâtre comme son sang qui déjà sur Macadam city blues donnait sa couleur à la nuit… De là-d’dans il nous arrivait plus que des bruits d’explosions des fracas de verre et de tissus en lambeaux des appels sourds et des crépitements comme un brasier qu’on aurait allumé et qu’on n’pourrait pas voir car en fait c’était devenu obscur au point qu’on n’distinguait même pas le ventre du totem et seulement toujours au-dessus la petite voiture jaune qui scintillait joyeuse…

De là-d’dans il nous parvenait le rythme du Tam-tam d’Afrique exaspéré qui battait… qui battait… qui battait…

 Et puis ça s’est passé très vite et tellement ça nous a pris de court qu’on a pas trop bien vu les évènements qui ont suivi vous comprenez ?… D’abord y a eu des bruits qui ressemblaient à des crissements de pneus si tellement fort partout dans la tess’ qu’on a bouché nos esgourdes avec nos mains et on a pigé subit que c’était les sirènes des véhicules d’intervention d’urgence les brigades de la BAC au même moment où la cabine totem s’est mise à bouillonner comme une marmite de sorcier.

Alors il en est sorti de partout des nains à la peau obscure comme si elle avait été calcinée hérissés de guns et de lance grenades lacrymo… Il en est sorti des centaines de l’intérieur des bagnoles banalisées et des autres les gyrophares les camionnettes et leurs petits corps difformes qui se dandinaient direction du totem géant de verre éventré ils semblaient eux aussi grotesques danser… Mais c’était la danse de la vieille femme aux yeux mâchefer figés comme des pierres de lave la danse de la mort…

Bientôt ils ont formé une chaîne de plus en plus sombre hérissée de leurs guns qui se tordait de manière grotesque et terrifiante autour du cercle de la cérémonie qu’on n’pouvait presque plus deviner… Seulement on entendait là-d’dans des rires et le Tam-tam d’Afrique qui s’affolait… qui s’affolait… s’affolait…

Le premier des jeun’s qu’est ressorti du ventre du totem il avait un géant boubou de tissu rouge la couleur de la savane au soir quand ça n’dure qu’un instant… Et les autres derrière lui tous ils avaient des vêtements aux tons éclatants et plusieurs total blancs comme la nappe dressée par la lune cette nuit-là pour le festin… Les p’tits ils se sont dégoté chacun des boubous à leur taille et leurs cheveux tressés dreadlocks luisants de perles et de cauris en faisaient des jeunes dieux païens éblouissants…

On n’sait pas qui a donné aux nains l’ordre de charger les mômes sapés de boubous multicolores ni combien ils étaient ceux qui sont retournés cette nuit-là dans le ventre du totem d’un seul mouvement pour fuir les corps difformes aux guns dressés et aux doigts prêts à se glisser sur leur peau tiède que le Tam-tam d’Afrique faisait frissonner…

chants.jpg

Le totem de verre au centre du cercle de la cérémonie s’est refermé sur eux… Han !… Il les a séparés des nains définitif et il s’est embrasé dans un jaillissement somptueux de lave aux écumes orange et mauves ardentes… Et le Tam-tam d’Afrique battait… battait… battait…

 Ya ! Ya ! Ya !… le peuple des colibris a redescendu le fleuve et il est rentré à la maison…

Debout à côté du banc de ciment gris en arc de cercle qu’est devenu depuis le vieux griot Racine Kouyaté la place aux palabres autour de la cabine téléphone le totem du grand baobab Doudou a roulé le tapis de paille tressée qu’il a fourré dessous son bras et il a repris le chemin de la tour de la Petite Lune...

Au milieu de la place aux palabres la cabine téléphone vide avait l’air d’attendre avec sur le toit une petite voiture jaune comme un soleil d’Afrique sans cesse renaissant qui brillait… qui brillait…

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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 16:40

      Maintenant que j'ai reçu y a deux jours le millième au moins refus d'une maison d'édition de province concernant un de mes ours de nouvelles de la banlieue je n'ai plus aucune hésitation à vous en livrer quelques morceaux bien choisis hein ? Comme vous savez je retravaille souvent dix fois les textes que je gribouille afin de leur donner leur place dans le fil d'ensemble de mes histoires... En voici un dont vous avez déjà lu des fragments mais là il est finalisé je crois... 

      Je l'ai écrit en pensant à Zyad et à Bouna morts électrocutés en octobre 2005 mes petits frangins de la zone qui n'ont pas eu le temps de fêter eux ce printemps de mai 2012 rouge coquelicots et cerises...

La nuit des nains

Zyed et Bouna

A Zyad et à Bouna    Aux jeunes de la cité d’Orgemont

 

          Ya ! Ya ! Ya !… le peuple des colibris s’est rassemblé au bord du fleuve…

           Assis sur le banc de ciment gris en arc de cercle qui est devenu depuis le temps du vieux griot Racine Kouyaté la place aux palabres autour de la cabine téléphonique le totem du grand baobab à l’entrée ouest de la Cité le jeune griot Doudou Kouyaté comme il a l’habitude les matins l’été le dimanche il va commencer bientôt à raconter…

La place aux palabres elle est tout près de la boucherie musulmane et Karim comme tous les dimanches quand la journée elle s’annonce de bon présage il installe son étalage avec la natte en papier blanche les merguez et les bouteilles de coca dessous le parasol et il attend le client…

‑ Salut Doudou ça va ?…

‑ Salut Karim ça va… ça va…

Doudou Kouyaté le griot de l’ethnie Wolof du Sénégal qui crèche au 18ème étage de la tour de la Petite Lune dans la Cité de la ville au bord du fleuve c’est le fils du vieux Racine… Racine y a plus de 50 piges qu’il est là… la Cité il la connaît si tellement et la ville au bord du fleuve et la banlieue autour de la ville et la pays plus grand que la ville et le monde bien plus loin que le pays et la terre qui a saupoudré les rêves sur la tête des créatures qui marchent… Doudou il a repris la parole…

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Il a posé son tapis de paille tressée sur le banc de ciment gris et il s’est assis les jambes repliées dessous son boubou orange il est prêt… le conte va bientôt commencer…

‑ Ya !Ya ! Ya !… le peuple des colibris s’est rassemblé au bord du fleuve… Ya ! Ya ! Ya !… le peuple des colibris il est parti pour remonter le fleuve…

Doudou il évoque comme son P’pa Racine lui a appris les âmes des anciens griots ses Gran p’pas qui veillent avec leur corps déposé au creux des plus gros baobabs…

‑ Ya ! Ya ! Ya !… le peuple des colibris il est parti…

  Etrange voyage

C’était une bande de nains une bande de nains de la pire espèce !… Des nains tordus bossus des nains avec des grosses têtes et les bras tellement courts qu’on y croit pas… des nains épouvantable quoi !… C’était une bande de nains que personne a jamais vu pire… D’ailleurs les nains personne les voit jamais hein ?… 

Des nains renois des nains rebeus noichis… c’est forcé même si leur tronche elle est planquée bien sûr pas qu’on les repère hein ? Alors quand ils sortent de leurs caves de leurs gourbis souterrains de leurs tunnels qui débordent de cannettes de bière vides de bouteilles de coca vides de paquets de clopes vides… de leurs local à ordures de leurs terriers de loups profonds où ils grouillent s’épouillent se pouillent en meutes de mâles cruels là‑d’dans y s’passe tout c’qu’on sait… les orgies les beuveries les tournantes les messes noires les partouzes de came… les noces de sang…

Hum… quand ils sortent les nains c’est la night toujours évident !… Leur monde c’est dans l’obscurité qu’il s’étale qu’il gargouille qu’il crache de l’ombre qu’il rampe au charbon qu’il dégueule ses troupeaux de chauve‑souris vampires… Les nains quand ils envahissent les rues du Bunker Blues sont masqués de cagoules de passe‑montagnes de casquettes amerloques de capuches de foulards de bas résilles de torchons à vaisselle de keffiehs palestiniens… Mais ça fait rien… On les flaire à l’allure la dégaine le jogging black dessous ils ont les cuirs de marque moulants taillés ajustés à leur corps pudding trop cuit… C’est des rusés les lascars mais ils ont beau s’escamoter se déguiser se tartiner la tronche du baume du bon Blanc ils peuvent pas lutter contre leur naturel… leur âme de diables qui glisse douce dans les replis de la ville sa vilénie !…

Ils ont leur faciès réglisse leurs tiffes frisées leurs châsses bridés c’est entendu même de dos quand ils cavalent ras du bitume en bandes en tribus en meutes on sait de quel territoire ils déboulent comme des animaux sauvages… Les malfaisants les haineux les puants les chacals… On les connaît leurs refuges où ils ont magaziné des jerricans pleins de white‑spirit et de nitroglycérine des feux d’artifices des casseroles des kalachnikovs des bombes aérosols des surins à virole et des millions de boîtes d’allumettes au fond des abris des bunker des égouts des catacombes creusés en réseau dessous les tours les blocks les barres des cités les plus pourries… Les Termitières au Bois Merveil… La Ferme aux Rats à La Cloche‑sous‑les Ponts… les 100.000 Turnes à Crassouillis… les Raccourcis à Mort les Gueux… 

Celles‑là on a retenu leurs blazes c’est fastoche ils en causent tous les soirs à la téloche… Elles sont cernées de rats et de cafards de diables de Tasmanie et de vipères à cornes sans oublier les chauve‑souris vampires et les bandes de nains les gnomes méchants ils en ont fait des ghettos où même l’herbe des terrains vagues elle repousse pas… des zones guerrières retirées des enceintes fortifiées où ils ont organisé leurs trafics à fric leur contrebande leurs montreurs d’ours leurs raquetteurs qui vont d’escalier en escalier lever l’impôt sur le sel des rêves et de la soumission avec le Famas au poing…

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Les nains ils décident de bouger de leur quartier général retranché une fois que la night elle est bien tombée que tout l’monde flippe d’un bout l’autre de la zone même les corbacs et les hiboux. Y a personne qui met ses grôles sur l’trottoir quand la bête elle quitte sa tanière… Alors les nains passent à l’attaque… Kataboum ! Kataboum !… Ils vont arranger les affaires des bandes de nains moins féroces et moins débrouillards leurs poteaux dedans les tess’ voisines foi d’animal rien de plus normal !… Faut agrandir le territoire de chasse pour favoriser l’commerce !… Les nains ils hésitent pas… ils préparent leur armement et Zouh !… Sitôt que la tribu des chouettes effraies dans la forêt du Mont Vermeil qu’est un ancien coupe‑gorge de grands chemins elle a poussé trois fois son jappement de mort… Aouh ! Aouh ! Aouh !… ils se ruent à l’assaut des trottoirs déserts de la banlieue des gueux…

Leur chant de ralliement vous l’connaissez… “ En avant les bâtards à l’abattoir Affurons nos panards dans la panade !… ” Ce chant quand il rapplique dans les banlieues sang on sait que c’est l’assaut des nains !

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 Les nains ils ont pas de carrosses vous vous doutez… mais ça fait rien… la crapahute ils sont rôdés pour… c’est tous des moutards d’Indigènes des pays arriérés où y a que des montagnes de caillasses et de guets tapants et des déserts sans flotte avec des kilomètres de mirages en haut des dunes… C’est tous des fils de Fellaghas d’Algérie des mômes d’esclaves rebelles d’Haïti des loustics des bagnards de Cayenne et des larbins aux plantations d’Afrique du Sud alors ils foncent ils cavalent ils se ruent bondissent sautent roulent et pour les arrêter pouvez toujours courir !… Sont si p’tits qu’ils passent à travers toutes les mailles de tous les filets !… C’est l’abomination même la terreur la mort aux trousses… Pouvez me croire j’ai pas d’raisons de vous raconter des histoires…

 

‑ Ya ! Ya ! Ya !… c’est le peuple des colibris qu’a remonté le fleuve…

Quand ils passent à l’offensive les nains ils sont organisés à donf ils ont leur plan de campagne militaire leurs GPS leurs éclaireurs de brousse leurs informateurs sur place dans les cités satellites leurs guetteurs aux entrées aux sorties leurs guérilléros urbains implacables leurs préparateurs d’cocktails leurs porteurs de lance‑flammes de bidons d’essence de gilets pare‑balles leurs joueurs de Tam‑tam grand messager d’la savane rouge et ils communiquent entre eux avec leurs mobiles dans des langages codés que même les services secrets n’captent pas… Ils ont leur langue des banlieues barbares un touillage de parlers primates anciens et d’mots à l’envers que quiconque entrave que dalle !…

Les cités autour elles savent que les nains sont en route quand les employés aux ordures des sociétés HLM ils commencent à virer les poubelles plastique vertes leur planque favorite où ils reniflent les odeurs de tout s’qui s’décompose et où ils font un festin d’épluchures de vieux couscous desséché d’os de poulets hallal et de mangues fermentées… Les nains ils puent ils se lavent jamais et dessous leurs joggings à capuches c’est toute la saleté du monde qu’ils trimballent déballent remballent !…

Le-nain.jpg  

Sitôt qu’ils sont sur l’terrain d’l’affrontement les nains furax qu’on leur ait taxé leurs provisions pètent la vitrine de l’Arabe du coin et virent les paquets d’bonbons et ils s’empiffrent dessus les parkings du Bunker Blues en poussant des gloussements de satisfaction avant de passer aux choses sérieuses…

A suivre...

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