Calendrier

Janvier 2012
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30 31          
<< < > >>

Saïd et Diana

Said-et-Diana-2.jpg

Présentation

  • : Les cahiers des diables bleus
  • : 19/09/2005
  • : Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie, d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.
  • Retour à la page d'accueil
  • Partager ce blog

Texte Libre

Texte Libre

Pour faire défiler les images du catalogue cliquez sur la fenêtre dans le bleu et placer le curseur de la souris sur la page à gauche...

Commentaires

Image de Dominique par Louis

Recherche

  Ecrits et dessinés à partir de nos banlieues insoumises toujours en devenir

      Les Cahiers des Diables bleus sont un espace de rêverie d'écriture et d'imaginaire qui vous est offert à toutes et à tous depuis votre demeure douce si vous avez envie de nous en ouvrir la porte.

      Bienvenue à vos p'tits messages tendre ou fous à vos quelques mots grognons du matin écrits vite fait sur le dos d'un ticket de métro à vos histoires tracées sur la vitr e buée d'un bistrot, à vos murmures endormis au creux de vos draps complices des poussières de soleil passant par la fenêtre entrouverte...

      Bienvenue à vos fleurs des chantiers coquelicots et myosotis à vos bonds joyeux d'écureuils marquant d'une légère empreinte rousse nos chemins à toutes et à tous. Bienvenue à vos poèmes à vos dessins à vos photos à vos signes familiers que vous confierez à l'aventure très artisanale et marginale des Cahiers diablotins.

      Alors écrivez-nous, écrivez-moi, écrivez-moi, suivez-nous sur le chemin des diables et vous en saurez plus...

 

                                          d.le-boucher@sfr.fr


Notre blog est en lien avec celui
de notiloufoublog 2re illustrateur préféré que vous connaissez et on vous invite à faire un détour pour zyeuter ses images vous en prendrez plein les mirettes ! Alors ne loupez pas cette occase d'être émerveillés c'est pas si courant...

Les aquarelles du blog d'Iloufou l'artiste sans art  sont à déguster à son adresse                   www.iloufou.com  

Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 23:59

      Il m'est venu soudain à l'esprit que peut-être ce long récit fragmenté des Tables de Sable que je veux dédier au peuple libyen et à Mouamar Kadhafin ainsi qu'à ceux des siens qui ont été assassinés par l'Occident avait le droit de bénéficier comme tous mes textes en général d'un préambule sous forme de texte " écrit par un autre " et cet autre en loccurence ce serait un de ces paysans sans terre du Brésil car tous les peuples du monde se rejoignent dans la quête de leur destinée auprès de Yurugu le renard pâle...


Prologue des Tables de sable J2 043 Libye Akakus Nord Ane Buvant A Un Puit-copie-1

 

      Mardi, 22 février 2011… Un homme regarde s’effondrer son royaume de sable à l’intérieur d’un énorme soleil qui s’écarlate comme un brasier de sang frais sur l’horizon… une tache de feu météore rubis qui grandit s’écartèle et dévore le temple d’ivoire blanc ruiné aux colonnes portant tout son ciel et les arches de sa jeunesse aussi ancienne que la cité romaine aux sept collines…
      Fracas d’indigo de sa mémoire… malgré l’éclatement des roquettes qui traverse les lambeaux des citadelles et des palais où il n’a jamais habité… Bédouin fantôme il appartient désormais aux temps terriblement avides de la lumière de l’astre qui lui a donné sa force et la pureté de son or lunaire éparpillé sur l’étendue de son désert… Fracas d’indigo… les tagelmout épais qui marquent la peau des hommes des tribus de rides d’un noir violet sont les ailes repliées des oiseaux dansant à chaque ziara de Tazrouk la haute citadelle du Hoggar qui réunissaient tous les fils d’As Sahara… Mémoire fantôme de Moulay Abdelleh fracas du silence c’est là qu’il retourne il le sait…
         Il a dressé sa tente sa khaïma brune et rousse au milieu des sept dunes fastes qui gardent le puits de son errance finale… Là où il ira au milieu des décombres du royaume et de l’anéantissement des jardins de fleurs et de fruits des oasis sont destin célèbre déjà ses noces avec la mort et il le sait… Là où il ira son nom n’existe plus… Ni son nom ni son corps n’auront droit à un linceul au dedans d’une feuille déroulée des grimoires au dedans de la ghalabia de coton blanc tissée par les femmes de sa tribu… Ni son nom ni son corps ne seront peints d’ocre et de sang le long des parois des cavernes de l’oued Teshuinat et de l’oued Senaddar dans la tadrart Akakus au cœur du Fezzan son désert qu’il rejoint lui et lui seul par la piste de l’Ouest celle des meneurs de chameaux celle de Yurugu le renard pâle…
          Fracas de rouge sanguine de sa soif… il est en quête du fils des bédouins l’enfant de la nostalgie des transhumances des troupeaux et des hommes les Kel Tamashek… les tribus des oasis d’As Sahara… aw… fils… aw targa… fils de targui… Des centaines d’enfants autour des caravanes qui sont plus grands au fond de son regard que la grandeur des dunes de l’Erg Titersine les mamelles laiteuses où il n’avance qu’avec ses naïls de corde mémoire des grains brûlants sous les talons… Lui et les siens sont des guetteurs d’eau qui ont pris du désert où ils sont nés le désir de la soif qui se désaltère au miroir de son propre désir… Le désir du désir d’une soif absolue qu’aucun puits ne comble qu’aucune abondance ne tarit… 
         Quand il remontera de Ghât par la passe de Takharkhuri entre les pitons rocheux du Maghidet son labyrinthe de tourelles de grès et de navires fossiles leurs proues déchirant l’azur émerauJ2 043 Libye Akakus Nord Ane Buvant A Un Puitde où se reflète l’eau des guelta qui débouche sur la citadelle blanche de Maghatghat et les sculptures vivantes de l’Agaram n’Udada la citadelle des mouflons… qui pourrait venir le chercher ? Qui peut savoir à part les femmes de sa tribu qui l’accompagnent d’une nécropole ancienne abandonnée à ses petites pyramides de pierres luisantes au pied de la Hamada al Hamra aux lacs d’Ubari qu’il ne se soucie plus de sa vie depuis que les renégats sapés comme les toubabs ont vendu la terre des siens aux marchands d’esclaves…
         Là où il ira… les têtes rondes et les diabolo gravés dans les rocs où les pinasses du Niger ont des formes de lune écarlate l’attendent mais comment peut il vivre loin du peuple à qui il a donné l’âme des arbres sacrés acacias bleus des ténéré totems dressés au dessus des sources obscures… Comment peut il vivre sans la soif ?

         Nous ne nous retirerons pas comme l'ont fait d'autres présidents… Nous voulons reprendre le pouvoir sur le terrain… La révolution est un sacrifice à vie jusqu'à la fin… C'est nous qui avons créé ce pays… Et ceux qui se sont vendus nous ne pouvons pas l'accepter…  Que dieu les maudisse !…
       Il faut que toutes les tribus s'unissent de l'ouest jusqu'à Fezzan… Nous avons défié les Etats-Unis toutes les puissances nucléaires dans le monde… Nous avons vaincu tout le monde… L'Italie a reconnu le chef des martyrs… Je suis au dessus des postes des chefs d'Etat ! Je suis un révolutionnaire !… je suis un Bédouin… Je ne peux pas laisser la terre de mes ancêtres… Je vais mourir en martyr…
      Nous allons nous battre et nous les vaincrons ! S'il le faut, nous ouvrirons tous les dépôts d'armes pour armer tout le peuple… Nous sommes le pays de la dignité et de l'intégrité… ce pays a triomphé de l'Italie… Vous devez danser chanter et vous préparer… Votre esprit est plus fort que toutes les tentatives des étrangers et des ennemis pour vous détruire !…
     Le peuple libyen est souverain c'est le peuple qui gère le pays… Nous ne ratifions aucune loi… Si le Congrès du peuple ratifie une loi celle-ci entre en vigueur… Ces jours-ci on parle beaucoup de moi  nommément… Ça nous a fait rire… Mais qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai fait une révolution en 1969 et ensuite j'ai délégué le pouvoir au peuple… Je suis une référence… un conseiller… Le peuple se réfère à moi pour que je trouve une solution aux problèmes non résolus… Le peuple libyen est un peuple libre… Kadhafi étoiles
    Les jeunes libyens nous ont dit qu'ils étaient blessés dans leur intimité… De jeunes manifestants cherchaient à nous défendre… Le peuple libyen tout entier est prêt à nous défendre car nous sommes visés par l'étranger… Je ne suis pas les chaînes satellitaires étrangères… Je lis des livres…  j’écoute les citoyens qui viennent me voir… Les chaînes de télévision étrangères cherchent à provoquer… Je ne suis pas président… Je n'ai pas d'autorité particulière… Le peuple libyen a bien compris qu'on cherche à l'insulter… Les puissances étrangères visent la Libye… ses réalisations… son histoire…

       Un homme est en train de perdre le royaume d’Ifriqiya et chaque homme du royaume est un voyageur perdu qui ne peut plus vivre et marcher sur sa terre aux pistes marquées par les cairns les bouts de bois d’acacia les pierres de lave rondes et lustrées et les tables de sable… Chaque homme épuisé de la Hamada al Hamra jusqu’au tassili de l’Akakus… de l’erg du Tanezzouft à l’erg Titersine cherche la trace des siens que seul le renard Yurugu le divinateur peut retrouver…                                                                            
Yurugu il y a longtemps que je le sais
        De ce côté ci de la terre moi qui connais la profondeur des sillons de terre brune la douceur ronde des racines l’élan des branches des rosiers et des lianes du jasmin le poids des fruits au creux de la paume et le parfum offert de chaque rose jamais le même dans le petit matin je n’ai pas de tribu pas de frères humains et comme toi je suis en quête des hommes qui croient à la force des habitants d’Ifriqiya à la légèreté des cavaliers cités par l’oracle d’Amon maître de l’acropole d’Aghourmi dans l’oasis de Siouah tout près du pays de Libye.
        Comme toi Yurugu j’ai marché au long des pistes de traverse où tout n’est qu’ivresse de solitude et de désenchantement en imaginant la bonté de l’eau qu’on boit à l’outre commune et de la taguella qu’on partage sauvée de son fourneau de cendres et de sable… Mais l’eau des hommes perdus ne soulage pas de la soif devenue une prison pour celui qui ne peut quitter le pays dont on l’a dépossédé et la taguella cuite aux braises du couchant ne rassasie pas celui qui cherche l’âme des hommes sans refuge sans bivouac sans repos…
        Toi Yurugu frère de tous tes frères sauvages qui ont poussé les portes de verre des déserts où se faufile la lumière prudente des nuits tu devines l’endroit où ceux qui n’ont plus de terre pour mener leurs troupeaux et leurs pas qui ont compté tous les replis et les pierres des ténéré se réunissent pour chanter les combats futurs et montent les campements aussi fugaces que la rosée dans les nécropoles ruinées d’Al Charaig et d’Al Hatyah… Parce que ta demeure est mouvante et qu’elle se plie à la trajectoire changeante des eaux souterraines et aux puits éphémères tu imagines le début des mondes dont l’oracle a prédit la fin dans le mouvement de va et vient sans cesse que tu fais d’un bout d’As Sahara à l’autre comme la navette du métier à tisser aux pieds de bois plantés chacun à une extrémité du temps…
      Toi Yurugu tu sais que je suis paysan parmi les paysans d’un peuple sans terre où aucun cavalier n’a défendu notre royaume contre les marchands d’esclaves pa Ammon Siwa rqués à l’intérieur des mégapoles où flottent des tentes de chiffons contre les marchands de mort qui ont enfermé la terre la mère du monde dans des cerceaux de barbelés… Toi Yurugu tu sais qu’au cœur de chaque campement du peuple sans terre un mandala d’eau douce donne à boire à l’âme du ciel assoiffée comme Amon maître de l’acropole d’Aghourmi veillait sur la fraîcheur des sources et la justesse des paroles dans l’oasis de Siouah tout près du pays de Libye…
        Ammoneion qui a nommé l’eau Aman pour le peuple d’Arabie et d’Afrique te reconnaît comme son fils toi Yurugu le renard pâle. A la fin de chacun de tes périples tu empruntes la piste de Sikkah el Sultan le Chemin du Prince pour venir te plonger dans les eaux chaudes d’Aïn es Shams la fontaine du soleil aux côtés de l’astre qui rejoint le dieu Horus dans sa course nocturne jusqu’au nouveau jour levant sur l’oasis…
         Comme toi Yurugu je sais que le maître du royaume perdu le serviteur d’Horus et de Thôt était de ceux qui peuvent relier entre elles les tribus par la parole et que nos frères humains éparpillés de Gao à Tazrouk et de Ghât à al¬ Joufrah se moquent pas mal de la parole et des histoires qui sont venues à nos lèvres dans le même temps que l’eau souterraine qui voyage sous des kilomètres de ténéré de hamada et de sebka.
       C’est cette eau qui a réveillé ta soif et la mienne à travers les sables du Gourma et du Tanezzouft à travers les roches du Tassili N’Ahaggar et du Tassili N’Ajjers au creux des replis du Fezzan du désert blanc et du désert noir d’Egypte… L’eau de toutes les errances et de tous les signes tracés sur les ostraka et les tessons de terre c’est elle qui jaillit bondit et rebondit aux 300 sources et torrents de l’oasis de Siouah et dans ses jeux se reflètent les mosaïques bleues des coupoles d’Arabie pendant que Nout la déesse des ténèbres verse au fond de nos yeux la chaîne mouvante des signes de vie entourée des palmiers aux touffes dressées au dessus du temple d’Amon… libye2

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 23:59

      Article publié sur le site Bellaciao : http://bellaciao.org/fr/


      Ces derniers temps il me semblait difficile de trouver des raisons d'espérer dans notre chaos actuel et curieusement comme je suis quelqu'un qui a besoin de tenir les formes du vivant dans ses mains pour ne pas sombrer j'ai repris un petit jardin bio en me disant que là au moins j'aurai les pieds sur terre...

      Et puis hier je suis tombée sur cet article publié sur le site de Bellaciao qui m'a replongée aussitôt dans l'expérience dont je vous parle souvent de ma jeunesse au milieu des villages hameaux et Sylvain-et-Palmyre-copie.jpg fermes collectifs des Cévennes... A cette époque nous étions sûrs que la révolte créatrice d'avenir partagé viendrait des campagnes et des paysans et ça n'est pas les anciens de ma famille paysanne ouvrière qui me contrediraient...

      Nous avions donc conçu et mis en route des façons de vivre de travailler de créer communes sur des terres que les paysans cévenols ne cultivaient plus et notre mouvement s'appelait " Terres en péril "... La plupart des agriculteurs du coin nous appelaient les " Néos " abréviation de néos-ruraux ou les Indiens...

      Je souris avec nostalgie en songeant aujourd'hui que nous avions pigé l'essentiel du message actuel des Paysans sans terre et que nous étions nous aussi proches de la Pacha Mama sans le savoir... Ces villages sont devenus des résidences pour touristes friqués et en quête de vacances Zen et de retour à la nature mais seulement un mois par an...

      Désormais je le sais tout viendra des paysans sans terre des citadins sans maison des artistes sans art et de tous ceux qui croient à des utopies et à des combats humains et qui veulent que le monde redevienne solidaire et vivant...


Le Mouvement des Sans Terre ( Brésil ) : un mouvement qui reconstruit la vie.
Rosa Cañadell MST.JPG
Vendredi 20 janvier 2012

      A l´heure où, comme aujourd´hui, une crise s´abat sur les classes les plus défavorisées, incapables d´offrir une réponse solide pour stopper l´agression contre les droits sociaux et du travail, parler d´un mouvement social comme le MST est comme une bouffée d´air frais, et même si les circonstances diffèrent beaucoup, son exemple d´organisation, de lutte et d´éducation peut servir de source d´inspiration pour toutes et tous ceux qui s´indignent et cherchent de nouvelles voies vers cette société rêvée, plus juste et moins plus égale.
      Le fait que depuis 1985 ( année de la naissance du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans Terres, MST ), ce mouvement n´a jamais cessé de croître et n´a jamais renoncé à ses principes, au point de devenir une référence au Brésil comme en Amérique Latine, jette une lueur d´espoir dans notre désert plein de rage et d´impuissance.
      Avec son slogan : “ Occuper, résister, produire ”, le MST organise les paysans privés de terre pour occuper des zones improductives. Pour cela peuvent se réunir de 300 à 3000 familles, en général des personnes qui vivent dans les quartiers pauvres des grandes villes après avoir été expulsées de la campagne. Sortir de la pauvreté et retourner vivre à la campagne est ce qui pousse ces familles à se regrouper au sein du MST et à commencer le processus d´occupation et de résistance. Bidonville.jpg
      Une fois que la zone, le jour et l´heure sont décidés, elles prennent possession collectivement de la terre. L´étape suivante est de la défendre. Parfois surgissent les sicaires. Parfois c´est l´armée. Les paysans n´ont pas d´armes et leur défense est la non-violence et l´abandon temporaire de la terre en cas d´expulsion, généralement violente, pour la réoccuper ensuite.
      Les familles montent les campements et initient le processus de légaliser l´occupation. La Constitution brésilienne reconnaît le droit que les terres improductives soient “ susceptibles de Réforme Agraire ”. Ainsi l´occupation est une forme de lutte et de pression pour obliger le gouvernement à mettre en pratique le mandat constitutionnel de réaliser la réforme agraire et de faire en sorte que les terres remplissent leur fonction sociale.
      Ce processus de légalisation appuyé par une équipe d´avocats du mouvement lui même, 962-sansterrecamp.jpg peut durer des mois, parfois des années. Dans 80 % des cas la démarche aboutit mais il y a des campements qui attendent depuis dix ans la fin du processus. Pendant toute cette période sont combinées actions légales, négociations, et mobilisations : marches, occupations d´édifices publics, etc.
Finalement, une fois établie la légalisation de l´occupation, la terre devient propriété de l´État qui la donne en usufruit aux familles qui l´ont occupée. Ainsi naît l´“ asentamento ”, la construction de maisons et les activités productives. Les personnes qui ont conquis la terre planifient les aspects relatifs à sa répartition, à l´organisation du travail, au lieu de construction des maisons, de l´école, etc.
C´est un processus démocratique, assembléiste, et participatif. La ligne politique du MST est d´impulser et de développer la production de manière collective, mais les décisions appartient aux personnes qui se sont établi(e)s sur les terres.
      Une fois cet objectif atteint, le MST continue à chercher de nouvelles terres pour installer de nouveaux groupes de paysan(ne)s. Une partie de la production de ceux qui sont déjà établis permet d´appuyer les nouvelles occupations et l’expérience des uns sert à l’organisation des autres, dans un vaste cercle de solidarité qui permet son expansion. Sans-terre.jpg

Depuis le début, le mouvement n’a pas cessé d’occuper des terres, d´organiser la production, de construire des écoles et de former de nouveaux militants. Actuellement quelque deux millions de personnes vivent et travaillent sur les terres occupées et/ou légalisées. On compte des centaines d’associations paysannes et de coopératives de production.
En avril 2010 on comptait près de deux mille écoles dans les campements ( “ acampamentos ”) et dans les unités de production qui en naissent ( “ asentamentos ”). Par l´École Nationale Florestán Fernandes sont passés 16.000 jeunes pour se former politiquement et techniquement. Pendant ce temps quelques 60.000 familles campent dans l´attente de légaliser les terres occupées.
Comment ont-ils obtenu tant avec si peu ? Trois clefs sont à la base du succès du mouvement : la lutte constante, l´organisation comme construction de valeurs nouvelles et la formation comme garantie de continuité.

1. La lutte comme moteur

      La lutte constante part de l´idée que la conquête de la terre par un groupe de familles est insuffisante ; la lutte continue avec la réforme agraire et avec une conception nouvelle de la production dans la campagne : sans latifundios, sans monocultures destinées à l´exportation, sans produits agrotoxiques, sans variétés transgéniques. Une agriculture qui permette aux paysans et aux paysannes de vivre dans la campagne et de la campagne, de produire sans détruire la nature, de cultiver pour la consommation interne et de garantir la souveraineté alimentaire pour toute la population. Occupation-sans-terre.JPG
      Tout cela implique un changement dans les structures de la propriété et un changement de modèle économique et politique du pays. Un grand changement structurel et de système pour atteindre une société plus juste et viable, tel est l´objectif ultime de ce mouvement. “ Nous ne voulons pas créer de petites îles fantastiques, nous voulons changer la société  ” nous disait un jeune dirigeant.
      Ainsi, la terre devient lutte et accumulation de pouvoir en trois sens : le premier, c´est la conquête de la terre et la défaite du latifundio ; impressionnant spectacle que ces kilomètres et kilomètres sans maisons, sans habitants des grandes plantations d´eucalyptus, de maïs transgénique, puis soudain, comme dans une oasis, un campement productif doté de maisons, de jardins, de potagers, de garçonnets et de fillettes, d´animaux, d´écoles, en définitive de vie.
      Le deuxième sens, c´est d´obliger l´État à légitimer l´organisation et l´occupation des terres par cette quantité énorme de personnes et ainsi d´observer ses propres lois constitutionnelles. Et le troisième sens est qu´en conquérant la terre, l´organisation des Travailleurs Sans Terre devient une référence politique et sociale capable d´influencer l´espace géographique et social autour de ses com Serres-Mst.JPG munautés organisées.
     La lutte, en outre, génère des coutumes et des aspects différents qui forgent l´identité de l´organisation. On occupe des terres, on lutte pour des crédits, on éduque les enfants, on enregistre des CDs, on proteste contre les privatisations, on mène des actions solidaires avec d´autres mouvements, on organise des rencontres, on réalise des marches, on édite des livres, et combien d´autres choses...

2. L´organisation comme base de la société future

      Par la conquête de la terre, le MST démontre en outre qu´est possible une forme alternative d´organiser la vie : en tant que propriété et communauté. La propriété collective, la production sous forme de coopératives et l´organisation assembléiste de la communauté, permettent au mouvement de se maintenir et de croître. Selon des études de la FAO sur les campements productifs, les paysans bénéficiaires des occupations de terre gagnent trois fois plus qu´avant ; l´analphabétisme disparaît, ainsi que la mortalité infantile et les jeunes qui vivent là disposent d´un débouché, sur la base d´une formation technique, professionnelle et politique.
      L´organisation dans les campements, dans les unités productives, dans les écoles et dans les autres structures du MST est une des grandes conquêtes et un levier de changement. Avec l´organisation des campements et le travail volontaire et collectif, est menée une “ réforme dans la réforme ”.
      La vie dans les campements et unités productives reconstruit, réordonne la vie sociale : chaque groupe de dix familles forme un des “ Noyaux de base ” parmi lesquels on choisit un coordinateur et une coordinatrice ( dans toutes les structures organisatrices la parité est une norme ). On nomme des responsables pour les différents secteurs : Infrastructure, Education, Santé, Finances, Sécurité, Communication et culture, Production et Front de masses. Un groupe de cinq noyaux forme une brigade ( soit 50 familles ) dans laquelle se coordonnent les représentants des Noyaux des différents secteurs. Finalement, les coordinateurs et coordinatrices de chaque Brigade, avec les responsables de chaque secteur, forment la Coordination Générale du Campement initial ( “ Acampamento ” ) ou de l´Unité productive postérieure ( “ Asentamiento ”).
      Chaque semaine, normalement les samedi, tous les Noyaux de base et tous les secteurs se réunissent. Au terme de la réunion la Coordination générale évalue toutes les propositions et les décisions émanant des différentes réunions. De même le coordinateur et la coordinatrice de chaque campement et de chaque unité productive se réunissent avec les unités les plus proches : c´est une coordination locale qui avec d´autres coordinations locales forment la coordination territoriale, puis celle de chaque état, et finalement la coordination nationale.
      Cette organisation depuis la base génère la participation et l´auto-organisation de la vie quotidienne des campements et des unités productives, favorise la vie en commun entre les diverses familles qui occupent une même terre et maintient en vie l´esprit de solidarité et de lutte. En même temps elle maintient en contact et en coordination constante les différentes structures du Mouvement lui-même, permettant de réunir les forces, d´additionner les luttes, d´échanger des expériences, d´unifier les slogans de lutte, ce qui rend le mouvement plus grand et plus fort. La démocratie, dit-on au MST, ne peut être comprise seulement comme la participation aux processus électoraux, elle doit s´enraciner dans toutes les dimensions de la vie sociale.
Tout cela permet, dès le premier jour de l´occupation, de résoudre les problèmes produits par la précarité et la vie en commun de milliers de personnes, qui ne se connaissent pas. En peu de jours se construisent des réservoirs d´eau, des baraques de bois et de plastiques, des rues et des éclairages, des toilettes et l´école. Conjointement on établit des normes de vie commune. Ainsi Bresil.JPG en peu de jours on réorganise la nouvelle forme de produire et de vivre.
      Le travail collectif, la participation démocratique créent une nouvelle culture sur la base de vertus nouvelles que l´organisation aide à développer. Des pères et des mères de familles qui jusqu´il y a peu étaient à peine nommés par leurs enfants, sont à présent appelés par les haut-parleurs pour participer aux réunions qui décideront du futur de leurs vies. Et en vérité il est étonnant de voir ces immenses rassemblements de personnes vivant ensemble sans besoin de représentation de l´État ni de forces policières.
      Les portes des maisons sont ouvertes et elles n´ont pas de murs, la délinquance est inexistante, de même que le vol ou la violence ( mon séjour dans ces campements, logée dans ces maisons sans portes, avec tous mes documents, bagages, argent à l´intérieur, n´a pas éveillé le moindre intérêt ni le plus petit problème ). Les conflits sont traités collectivement et l´esprit de lutte est présent dans tous les actes quotidiens.
Dans tous les campements et unités de production, le drapeau du MST est peint sur les murs des granges, des maisons, des écoles. Il n´y a pas une seule place d´une seule unité productive sans un drapeau rouge qui flotte et contraste avec le vert de la végétation. Les animaux domestiques se promènent parmi les enfants et devant chaque maison, quelque pauvre qu´elle soit, il y a un petit jardin et quelques fleurs d´ornement.
      Les parents nous racontent leur satisfaction d´avoir éloigné leurs enfants “ du climat de délinquance et de drogue des quartiers marginaux dans les grandes villes ” et les plus petits manifestent leur sentiment d´être “ plus libres et plus en sécurité ”. La peur et l´exclusion semblent appartenir au passé.
      L´intérêt porté à l´entretien et au nettoyage des espaces fait partie des valeurs. Le contact avec la terre et la beauté naturelle pour embellir le quotidien génèrent le sens esthétique, par l´usage des produits de la nature elle-même, éveille l´intérêt artistique : chanter, peindre, décorer, faire du théâtre, transmettre à partir de petites radios locales, tout fait partie des activités collectives.
      “ La beauté des unités productives sert à montrer que nous avançons vers la reconstruction de la vie ” dit-on avec fierté. La conscience écologique naît aussi du respect de la nature et de la volonté de reconstruire la production sans poisons ni variétés transgéniques, en respectant et en récupérant les espèces autochtones. mandala.jpg

3. L´éducation comme semence du futur

      Pour le MST éduquer est fondamental. Sa préoccupation pour l´école existe depuis le début du mouvement. La lutte pour l´école est la phase suivante de la lutte pour la terre : il s´agit d´assurer l´accès à l´éducation de tous les enfants en âge scolaire, l´alphabétisation des jeunes et des adultes et la formation technique et politique de la jeunesse.
      Éduquer pour le MST signifie basiquement “ former pour transformer la société ” : il s´agit d´une éducation qui ne cache pas son engagement de développer la conscience de classe et la conscience révolutionnaire, tant parmi les participants que parmi les formateurs. L´école est conçue comme un espace où les enfants et les adolescents se forment comme êtres humains intégraux.
      L´organisation collective se conçoit comme un pilier fondamental de l´école et le travail comme la base de tout processus éducatif. L´auto-organisation des éducateurs et des participant(e)s ainsi que l´implication de toute la communauté sont aussi présentes dans l´éducation : depuis l´autoconstruction de l´école à la lutte pour la défendre et à la participation dans les conseils scolaires.
      La première chose qu´on construit dans un campement, c´est l´école. Ensuite on cherche les jeunes les plus formés pour qu´ils se chargent d´éduquer les plus petits. Le pas suivant est la lutte pour l´école publique, pour exiger de l´administration ( locale ou de l´état, selon qu´il s´agit de primaire ou de secondaire ) la construction de l´école publique et l´adjudication de maîtres et maîtresses. Ecole-du-campement-MST.jpg
      Pour le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, la formation de ses propres enseignants est une question centrale, et ce pour deux raisons : la première est d´assurer la continuité de l´école, puisque tant les campements que les unités productives sont situées dans des zones éloignées et souvent, les enseignants qui ne font pas partie du mouvement abandonnent l´école ou ne veulent pas y travailler. La deuxième est de mettre en oeuvre sa conception de l´éducation liée à l´histoire du campement, de la lutte pour la terre et du travail agricole.
      Quand on a obtenu l´installation d´une école publique dans le campement ou dans l´unité productive, le programme de formation est “ officiel ” et les maîtres ou maîtresses sont payé(e)s par la Municipalité ou par l´État. Dans la grande majorité de ces écoles on obtient que les jeunes du lieu, déjà formés, puissent occuper ces postes.
      Tout ceci implique qu´ils doivent transmettre les contenus officiels. Mais il n´en restent pas là. Ils mettent en pratique leurs propres principes éducatifs : une méthodologie “ émancipatrice ”, inspirée de Paulo Freire et d´une éducation théorico-pratique liée à la terre, avec jardins scolaires, soins des arbres et des fleurs, etc... Ainsi on élargit les contenus officiels avec des contenus propres et on élabore un matériel pédagogique alternatif. La “ mystique ” ( chants, hymnes, slogans, poésie, représentations symboliques, etc. ) est toujours présente dans les écoles, de même que l´éducation artistique et culturelle : musique, danse, théâtre, art. Ces écoles, situées dans les unités productives, sont souvent ouvertes au reste des enfants des villages voisins, de sorte qu´elles offrent aussi un service à la communauté locale.
      Par ailleurs le MST, en partenariat avec plusieurs universités, organise des cours techniques et pédagogiques pour ses jeunes. Ces cours fonctionnent toujours à temps partiel, combinant théorie et pratique : deux mois de formation dans le Centre éducatif et trois mois de travail dans l´unité productive, et ainsi de suite durant trois ans, au bout desquels on acquiert une formation et un titre universitaire qui leur permet de travailler dans les unités productives ( “ asentamentos ” ) comme professeurs des écoles publiques ou comme techniciens en agro-écologie ou en coopérativisme.
      La conception de l´école au MST embrasse un grand nombre d´aspects : la planification, l´évaluation, la formation des professeurs, les matériels didactiques, la relation professeur/élève, le travail pédagogique, etc. En d´autres termes, l´école est repensée de manière intégrale et vise de nombreux objectifs : comme outil d´émancipation sociale, elle veut éliminer l´analphabétisme et rendre la culture accessible à tout le monde. En tant que promotion intellectuelle et technique, elle veut permettre aux jeunes de rester vivre sur place et de disposer d´un emploi. Elle cherche à transmettre des valeurs : amour de la terre, travail collectif, solidarité, discipline, créativité. Elle vise à améliorer la vie des unités de Bibliotheque-du-MST.jpg production et de leur environnement local : production, coopérativisme, agro-écologie.
      Elle est aussi une manière de stimuler l´engagement : la lutte pour la terre, la récupération de l´histoire propre ( celle de l´occupation, du campement ) et collective ( les luttes sociales et paysannes, les révolutions en Amérique Latine, etc. ). Elle sert enfin à former les futurs cadres et dirigeants : la formation politique.
      L´éducation se veut donc à la fois un processus de rétroalimentation du mouvement lui-même et un outil de transformation sociale.
      Au cours de son quart de siècle d´existence, le MST a construit un vaste réseau d´écoles, dans leur majorité publiques, qui se situent dans les zones d´influence du Mouvement. Selon des données du secteur de l´éducation, en avril 2010, existaient dans les campements et dans les unités de production, près de deux mille écoles, basiquement d´éducation infantile et de primaire complète, et quelques unes d´enseignement secondaire.
      On compte 300.000 personnes étudiant dans des écoles publiques, depuis l´infantile jusqu´à l´universitaire, en passant par l´éducation de jeunes et d´adultes. Dans les écoles des campements et des unités de production travaillent 10.000 professeurs, plus 5.000 autres travailleurs de l´éducation, normalement des jeunes qui exercent cette fonction d´éducateurs sans en avoir le titre mais qui sont en formation dans les cours pédagogiques du MST.
      Tout cela a permis de mettre un terme à l´analphabétisme, de disposer d´écoles dans tous les campements et unités productives, d´avoir des maîtres et des maîtresses jeunes, motivés et impliqués dans cette éducation comme projet global au-delà de la simple instruction. Et de compter des jeunes formés, munis de titres, et d´un ensemble d´étudiants motivés, avec peu de problèmes de discipline et un grand sens des responsabilités.

      Autre résultat, jeunes et adultes possèdent un haut niveau de formation idéologique et politique, il n´y a qu´une faible désaffection des jeunes dans le Mouvement. L´enracinement renforcé dans les unités productives a permis d´augmenter la qualité de la production et de l´auto-organisation. Tout cela revient à continuer la lutte pour la terre et pour la transformation sociale tout en multipliant les opportunités de vie personnelle, professionnelle, des paysan(ne)s sans terre.

      L´École Nationale Florestán Fernandes (ENFF) : la connaissance libératrice de consciences
Ecole-Florestan.jpg
      Avec l´éducation, la formation politique a toujours été un des piliers du MST, et c´est pourquoi a été créée l´Escuela Nacional Florestán Fernandez, en 2005. L´idée de cette école nationale est née à la fin des années 90 quand a surgi le besoin de disposer d´un espace de formation de la militance et d´échanger des expériences ou de mener des débats sur la transformation sociale en Amérique Latine.
      Cette école est située à Guararema ( à 90 KM. de Sao Paulo ) et a pour objectif d´être un espace de formation supérieure plurielle dans les divers domaines de la connaissance, non seulement pour les militants du MST, mais aussi pour ceux d´autres mouvements sociaux, ruraux et urbains, du Brésil et d´autres pays d´Amérique Latine.
      L´école a été construite à partir du travail volontaire de brigades venues des campements et d´autres mouvements sociaux. Plus de mille personnes ont collaboré à l´auto construction de l´École, qui, en outre, se caractérise par une grande beauté et simplicité architecturale, ainsi que par un environnement bien entretenu. Elle compte des dortoirs pour 250 personnes, avec un grand réfectoire, une salle de projections, une salle pour les réunions et les assemblées, une bibliothèque, 15 classes, un grand jardin, une garderie d´enfants et de vastes espaces externes avec jardins et petites unités de production agricole.
      Depuis 2005 sont passés par cette école plus de 16.000 jeunes, près de 500 professeurs volontaires de diverses universités du Brésil, d´Amérique et d´autres continents, et 2.000 visiteurs du monde entier. Les espaces de l´école servent aussi à l´organisation de diverses rencontres : de jeunes, de professeurs, d´autres mouvements sociaux comme la Via Campesina, le Mouvement Noir, le Mouvement des Sans Toit, etc., ainsi qu´à la réalisation de séminaires et d´autres évènements. Les principaux intellectuels de gauche sont passés par l´école au moins une fois, beaucoup y reviennent.
      Les élèves ne paient rien et le professorat ne perçoit pas de salaire. La conservation du centre se fait à partir du travail des jeunes qui étudient et qui assument les tâches de nettoyage, de cuisine, de travail productif dans les potagers et de soins des animaux qui seront une partie fondamentale de leur propres repas. Ainsi l´École se soutient par ses propres forces et le travail collectif revêt une dimension pédagogique et éducative fondamentale pour les étudiants.
      La formation des militants, ou formation politique, combine des questions de théorie et de connaissance avec une formation éthique et morale, mettant l´accent sur la coopération, la solidarité, la fierté de classe, l´importance de l´étude, du travail et de la beauté. L´école se valorise par sa capacité à impulser la formation de militants, la formation à de nouvelles formes de travail dans la campagne et à des valeurs humanistes et socialistes.

Conclusion MST-2.jpg

      En ces temps de néo-libéralisme radical et de pensée unique, le Mouvement des Sans Terre du Brésil montre qu´il est possible d´établir un nouveau type de propriété de la terre et de produire sans préjudices pour la nature, d´avancer et de perfectionner la démocratie et la solidarité, de participer dans toutes les luttes contre l´oppression et de mettre en pratique de nouvelles valeurs avec de nouveaux contenus.
      De son organisation, de sa lutte, de sa ténacité pour une éducation émancipatrice, nous pouvons apprendre en tant qu´éducateurs et activistes de mouvements sociaux. L´Histoire n´est pas écrite mais il y a des voies tracées et cela vaut la peine de les explorer.
      “ Dans la nuit, quand on les attend le moins, des légions de familles surgissent, juchées sur des camions prendre la route pour occuper des grandes plantations abandonnées, pour retrouver la possibilité de renaître comme êtres humains et politiques. En peu de temps le rouge des drapeaux brille comme un brasier et annonce que là-bas, des esclaves cherchent la liberté et invitent les autres à forger ensemble leur propre destin ”. ( Ademar Bogo :“ Le MST et la culture ”, Sao Pâulo 2009 )

LUTTER EST LA MEILLEURE MANIÈRE D´ESPÉRER

Rosa Cañadell est professeur, porte-parole de l´USTEC•STE. Membre du Comité de Sans-terres.jpg soutien au MST, Barcelone (Catalogne). Membre de Socialisme 21.
Source : El Topo Viejo, http://www.elviejotopo.com/

Traduction française : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve
Pour soutenir le MST, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br 
Pour une information continue en français sur les activités du MST, http://mouvementsansterre.wordpress.com/

Publié dans : Colères noires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 23:53

      Il y a des années j'aurais tout fait pour être peintre et j'ai peint durant vingt piges et je n'ai pas montré ça à grand monde... Ils y a des années que je voulais être écrivain et j'ai beaucoup écrit et j'ai un peu montré ça à pas grand monde... Aujourd'hui je ne sais pas bien ni ce que je veux ni ce que je suis et je n'ai plus envie de montrer ça à personne...

      Pourtant c'était un temps où l'espoir portait chacun de nous vers un grand idéal partagé... et déjà j'étais une voyageuse solitaire... Je ne crois pas que ce poème ait jamais été publié alors voilà...

      A Antonin et à Vincent... deux fous qui me font supporter ma folie...


“ Chacune des floraisons glacières de mon âme intérieure bave sur moi ”… 

A.Artaud  Oeuvres complètes I artaud9.jpg

 

“ Floraisons glacières ”

 

Trottoir cinglant théâtre à vif

Jupe entrouverte avant les trois coups

Voiture gyrophare bleu exploser le décor

Odeur de pneus chaude à vomir pas possible de ralentir

Freins miaulant écrasés le sable a grimpé sur les planches

Un type à quatre pattes cherche au pied d'un rosier                

Son trousseau de clefs

Epine de glace dans le corps du rosier

 

Ville qui crépite et se déhanche

Maisons bidons juste pour rire

Murs fulgurants coups de poings écarlates

Achète ! c'est combien ?

Toute la cité est à vendre

C'est un théâtre gigantesque où les rats tiennent les chandelles

Et entretiennent les grimoires

De la lubricité géométrique

Moisissures sanglantes d'orchidées béton

Deux vieux regardent l'escalier en lambeaux Vincent_van_Gogh_1872.jpg

Qu'un balancier fracasse lentement 

Poèmes implosés comme “ le cri de la vie ”

Dans une assiette d'encre 

 

“ Vous me détestez parce que je ne vous ressemble pas ”

Un type fatigué a laissé son costume de lézard au vestiaire 

Le garde-barrière habite une petite maison jaune

Dans les coulisses

Toit de chaume hérissé d'iris

           

Trottoir cinglant théâtre à vif

Masque de vieux clown                                  

Exonérer sa tronche des rides du hibou

Se voir est proprement dégueulasse 

Bas frontières entre ventre et parking

Arlequin à losanges noirs sur sexe blanc

Passer par ici repasser par là

Trou du souffleur à la fourrure louve

La douleur se marre comme un blouson noir

Camisole de glace au couteau flagrant

Bouquets de roses-haine dans des yeux enfants

 

Enfants barbares comptent leur fric dans les parkings

Le vieux clown joue sa vie sur le trottoir fragile

Les rats notent dans les grimoires

Que le trottoir est un théâtre

Trottoir frontière entre jupes rouges et bas noirs

Histrions purs comme l'épine de glace 

Qui défend le garde-barrière des trains voraces

 

La porte de la maison est fendue sur des champs

De tulipes rougeoyantes                                  

Des signaux d'alarme

Et des femmes courbées aux hanches larges

Le corps grand ouvert un type écarte les jambes

Au milieu de la ville en hurlant

Comme un soleil avorté

 

Trottoir cinglant théâtre à vif

Tournoiement des anges projecteurs soleils castrés

Dans la lueur de son visage     

Pourriture des mots au fond des flaques d'eau vertes   

Mangue-solitude dévorée par des yeux de jeunes loups

Qu'un sax incendie de silences             Ossip-Zadkine.jpg

Trottoirs creusés par des galops de doigts

Bleus gyrophares allument

Leurs jambes comme des aiguillages

Les loges sont remplies de blousons-noirs

Qui protègent les artistes affamés des courants d'ère

 

Trottoir cinglant un ange a entrouvert ma peau  

Avec une épine de glace et m'a faite rosier

Vous entendez bien rosier non pas rose

Et c'est pour cela que vous me détestez

J'ai griffé mes fleurs de glace

A la rampe de l'escalier

Chaque main posée sur elle

Sentira son cœur qui bat dans les décombres

 

La maison au toit d'iris mauves

Brille au fond des souterrains de ma mémoire

Je sais qu'il faut sautiller dans un champ de mines

Pour y parvenir

Un chien aux tendances suicidaires est assis

Au sommet d'un monticule d'escarbilles 

Les rails coupent les champs de tulipes rougeoyantes

De scarifications qui fuient

                       

L'homme au corps grand ouvert rayonne un soleil sanglant

A l'extrémité du sexe

Gouttes de sang dans les grimoires

C'est de nous tout ce qui restera

Moins qu'un costume de lézard

           

Trottoir cinglant Théâtre à vif

Pestilence des rues suant l'urine et les lilas                               

Des centaines de nez rouges se pointent

Dans l'herbe d'un terrain vague

“ Ça sent le rat crevé ”                        

Murmure la petite dame Vincent_Willem_van_Gogh_102.jpg

Dans le trou du souffleur

“ Parlez pour vous ”

Ricane le vieux clown

A quatre pattes il caresse les feuilles

Avec ses mains illusionnistes

“ Nous sommes en pays de barbarie ” 

Souffle la dame obstinément                           

Aux pieds ailés des anges incendiaires

Qui prennent leur envol                                   

En froissant leurs ailes de tôle

Dans les poussières de mercure

Leurs dents s'enfoncent dans la viande crue des étoiles

Mastiquent les mots avalent les lettres

Déchiquètent les points-virgules et les lilas

Sur la scène du parking désert les rats achèvent

De réduire à néant les grimoires

           

Une épine de glace a percé le cœur du rosier

Son cœur de chair seulement

Car son cœur de rose a explosé

En mille cathédrales d'odeurs inhabitées

 

Le garde-barrière de la petite maison

Au toit d'iris a conservé

Secrètement quelques grimoires

Sûr qu'ils se souviennent

Que le dernier train est passé juste à l'heure

Où un type se faisait dans sa baignoire

Un mauvais sang d'encre

 

Deux vieux assis au cinquante quatrième étage

Dans l'escalier de la Tour Azur

Qui résonne de coups de canne et de hululements

Regardent quelques centaines de mètres plus bas

Un homme au corps grand ouvert leur faire signe

Que la répétition va commencer

 

Trottoir cinglant théâtre à vif

Des filles hiboux chassent en rase-bitume                                

L'asphalte rend gorge des mecs au sexe fric 1857.jpg

Petite lampe du géomètre lubrique                              

Guide client pas regardant

Achète ! c'est combien ?

Toute femme est à vendre

C'est un bordel gigantesque     

De triangles éphémères 

Où les écureuils font les fous               

Pas de murs qui résistent

A leurs griffes rouillées

 

Ils entrent un à un                                           

Dans les bocaux de verre des épiciers

Et rapportent aux filles et aux poètes

Des poignées de berlingots acidulés 

Et d'étoiles d'araignées

Incandescente indécence

Des trottoirs lucioles aux trésors dévoilés

Où j'ai traqué pour leur déplaire

Le corps de la rose et le cœur du rosier

 

La petite maison au toit d'iris

Est retournée se blottir

Dans son rectangle flamboyant

Il n'y a plus de refuge pour les enfants barbares

Sauf les grimoires ensorcelés

Où les anges noirs et blancs

Se glissent dans les coulisses

Enjambant la ligne rouge qui sépare

Les trottoirs-saltimbanques

Du ventre mou des honnêtes gens A-Artaud.jpg

           

Au  milieu de la ville

Un type au corps grand ouvert comme un livre d'images

Tourne les pages vierges de l'été

Où tombent une à une les épines de glace

Des étoiles d'araignées.

Publié dans : P'tits poèmes diabolique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 01:11

Clair‑obscur caravage2.small.jpg

 

En bas… La nuit… L’ombre bitume… Le métro… Les couloirs poisseux gras chauds… Des trous violets… Des ténèbres qui bouillent d’odeur de puits… Des stridences par endroits… Plein plein… C’est pas si noir que ça au fond… Des stridences… Des traînées… Comme de l’argent… 

Des comètes… Des loupiotes qu’on balance… Remonter… Les voûtes aux carreaux blancs comme de la glace… Remonter encore… Beaucoup… Sortir… Dehors… En haut… La rue… La lumière… Crapahuter des marches des marches et des marches… Ça y est… Toute la clarté d’un coup… Y en aura pour tout le monde… C’est ça qu’est bien alors !

A l’entrée du trou suffisait de s’asseoir… c’était pas compliqué… La bouche du métro… Sa goule qu’avale les gaziers les clebs les baluchons et le jour pareil et le soleil et la lune… Se poser là bien tranquille bien visible… Là où les passants balancent leurs mégots et les prospectus en confettis d’étoiles mortes qui scintillent encore un peu des belles galéjades qu’on leur a faites… Avec ses deux paluches il a balayé dégagé deux emplacements emmanchés l’un contre l’autre noirs et luisants comme du velours… Là‑dessus il a déposé déplié les bouts d’un carton qu’avait contenu de quoi s’en mettre plein le lampion et y restait les miettes… le boulanger les fourrait en tas devant la lourde de sa cagna à fuel… Et par‑dessus il a déroulé un plaid en lainage rouge un peu passé avec même des trous dedans mais ça pouvait aller… 

Il s’est redressé pour zyeuter l’installation… s’assurer que personne allait piétiner la crèche plantée qu’elle était juste là on y voyait pas lerche et le jour c’était tout comme la nuit ça tournait court… En fait il était plutôt veinard là en haut à cette saison d’hiver et ses grelots d’absence qu’on évite pas qu’il se mette pas à neiger ni à faire grand froid en plus… que ça ne le poisse pas d’un coup par-dessous ses frusques qui avaient des tournures qu’on imagine être celles d’un jardinier du printemps avant le printemps… Mais il était remonté et sa veste et son futale en velours avaient la couleur des brisures de marrons glacés qui attendaient les bourgeoises gourmandes le morlingue pas facile devant la vitrine de la boulange avec les grandes pièces solides aux coudes et aux genoux comme le brun brûlé des châtaignes sur les tôles percées des carrioles à braseros… Ses pieds nus glissaient à l’intérieur des godasses en toile dont il avait viré les lacets et ça faisait entrer des plaques de poussière brillantes et grises que la bas du pantalon déchiré La-chandelle.jpgn’arrivait pas à camoufler…

L’endroit lui a paru bien convenable et situé gentiment au bout de la place de la Nation un quartier populaire et même tout à fait ouvrier qui s’était embourgeoisé avec une mémoire de pauvreté exactement suffisante pour émoustiller les bonnes consciences prêtes à tout afin de ne pas y retourner jamais… laisser les autres y plonger à leur place dans le ragoût de la trouille et leur semer comme ça avec la monnaie un coup d’œil indifférent… et s’en aller loin vite fait… le plus vite qu’on peut aussi loin que le monde là‑bas endormi au creux de la clarté noire de l’aube…

C’était une place aussi bonne que toutes les autres entourée de boutiques pimpantes qui donnaient le change à faire croire que les affaires allaient leur bonhomme en chemin … des petits commerces qui faisaient sauter l’ardoise des prix sous le tarbouif des grands‑mères radinant tout juste du bureau de poste à côté la pension du trimestre fourrée au fond du keusse… des vitrines bourrées de colifichets brimborions factices qui clignotaient leurs guirlandes aux leds têtes d’aiguilles bleus et argent pour la fête qu’on préparait partout là en haut… C’était une place aussi honnête que possible et personne pas un caïd du secteur pas un manchot qui ait essayé de la lui faucher… Un strapontin à l’orchestre en face du canardier dans sa guérite de phare en carton barbouillée vert d’armée où la troupe des besogneux du jour dételle et se retourne les fouilles pour acheter les nouvelles de la vie et lui fait rouler les picaillons dans sa gamelle…

C’est vrai que c’était vraiment une bonne place et on pouvait descendre se nicher aux premières gouttes de lansquine sans crier gare comme les autres loustics qui s’enfonçaient maraudaient au‑dedans des couloirs en grognant et quand ça leur prenait ils ressortaient bondissaient au dehors en bandes sitôt éparpillées ce qui en jetait plein la musique à Baraka la chienne boxer la pelure en panache moitié café moitié chocolat qui couchait en joue le mouvement sur son morceau de carton et son territoire de couvrante rouge passé…

Ça n’avait jamais été dans ses cartons de s’encombrer d’un clébard vu que ça lui interdisait l’entrée des refuges à compter de sept plombes quand la nuit estourbit la moitié de la figure des passants de la ville qui refilent aux filendèches comme lui un pageot en fer avec dessus un matelas en mousse à la housse crasse et une berlanche de laine rêche et du même gris quasi noir que les boulets de poussier des poêles de son enfance comme y en a dans les pensionnats et les prisons et une douche à l’eau tiédasse plus une savonnette dans un carton où il est écrit en lettres majuscules : SS Services Sociaux et une serviette bleue de taille rikiki qu’on changeait à chaque fois…un-dortoir-chez-kye-4431374juqve.jpg

Non… c’était pas son affaire du tout et pourtant il avait récupéré Baraka tout juste à la belle d’un de ses passages au dortoir du refuge le plus proche de la place où il galvaudait à l’époque… C’était comme il roupillait en chien de fusil sur son sac et ses godasses pour ne pas se les faire faucher qu’il avait été sorti du pageot dans l’obscurité de la veilleuse violette au‑dessus de la porte au milieu des ronflements et des grognements humains par les aboiements rageurs emmêlés aux petits jappements étranglés et tenaces d’un clébard tout jeunot qu’il ne pouvait pas repérer et qui arrivaient de la rangée de puceux juste à côté de la sienne…

Après qu’il ait renfilé ses pompes et fourré le sac sous sa veste en velours il était allé à tâtons se rencarder du pataquès qui ne dérangeait pas un quidam dans la cagna et il est tombé sur l’ivrogne familier du refuge qui se frottait à la castagne avec tout le monde ce qui ne l’empêchait pas de rentrer en loucedé un litron de jaja qu’il partageait avec les potes… Tomate comme c’était son blaze que même le directeur du refuge le toubib et les cerbères lui refilaient était en train de bourrer de coups de pieds un jeune boxer qui avait pas six marques et qui se défendait accrochait donnait dedans reculait des quatre pattes la gueule au vent et refonçait dans le tas avec le courage de l’aventure de la vie… Ses quinquets noirs luisants dans la clarté verte changeante de la lune et le violet de la veilleuse l’ont maté sans caler quand il s’est ramené dans la bigorne…

‑ Eh dis Tomate ! ça va pas de tabasser un clebs qui t’arrive aux genoux hein… Allez arrête ça et va cuver ! Tu réveilles tout l’monde bâtard de Tomate !

La combure qui tombait d’en haut par de grandes lucarnes vu que le toit du refuge n’était pas séparé du dortoir faisait un damier de carreaux crème et les pieux aux couvrantes grises étaient les carreaux d’ombre… Y avait là un côté dramatique que l’éclairage qui ne laissait voir et apparaître avant de se faire dévorer par les ténèbres que la part la plus brute des êtres et des choses mettait à nu comme un réverbère à la bougie vacillante servant de projecteur à ce monde en folie et décadent… 

Tomate à moitié pris dans l’enchaînement des rebondissements de l’histoire qui lui échappaient depuis longtemps avait continué à envoyer de méchants coups de tatanes en direction de la chienne dont le museau ocre rose piqueté de tatouages gris étoilés bullait autant qu’une assiette d’eau savonneuse et qui s’était trouvée d’un coup réconfortée par l’intervention louche d’un inconnu humain mais c’était pas le moment de faire des manières et elle a commencé à gronder en remontant à l’assaut avec de petites chandelles de bave qui lui faisaient des stalactites rigolotes au  coin des babines…

‑ Saleté de clébard !… Je vas te crever moi !… Attends tu vas voir ma salope !…

Alors vu que c’était pas la peine et qu’y en avait assez il l’avait attrapé par le derrière de son futale de toile bleue qu’était toujours trop large et il l’avait fait basculer dessus le puceux où le Tomate noyé dans son jaja deux minutes plus tard ronflait déjà… Quant à la chienne qu’il avait probable fait passer en contrebande avec un ou deux litrons balancés aux cerbères du foyer elle attendait assise sur son cul des bulles scotchées au djamaa.jpg bout du museau qu’elle léchait d’un mouvement d’automate placide comme si tout avait été une bonne rigolade… Ses deux quinquets braqués sur lui n’avaient pas de reconnaissance mais une fraternité animale qui est la seule chose sur laquelle on peut compter dans ce monde.

A suivre...

Publié dans : Contes et récits de l'arbre aux histoires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 20:16

      Cet article qui a été publié sur le site : www.info-palestine.net m'a passionnée à sa première lecture parce qu'il est à la fois tellement bien écrit avec le coeur et toute la poésie que j'aime et parce qu'enfin une personne de culture judéo-arabe ou orientale comme on veut le revendique avec fierté et intelligence... avec l'intuition de ces êtres qui ont tout perdu d'eux-mêmes en devant " choisir " d'appartenir à un seul peuple alors que leur réalité comme celle de la plupart des êtres humains est multiple...

     Ce témoignage permet également de s'inscrire en faux contre la théorie mille fois utilisée qui consiste à dire que les populations juives des pays arabes ont été chassées de leur pays d'origine bien avant la création de l'état d'Israël... Il y a encore par exemple une importante communauté juive en Iran aujourd'hui qui tient à continuer à vivre sur le lieu de ses origines et que personne ne persécute... pour l'instant car si une guerre est fomentée par les pays occidentaux...

     

Réflexions d’une juive arabe Boycott Israel-copie-1

Lundi, 2 janvier 2012

 

Ella Habiba Shohat

BintJbeil

 

Dépouillés de notre histoire, nous avons été forcés par notre situation de huis clos de refréner notre nostalgie collective, au moins au sein de la sphère publique. La notion omniprésente d’“ un peuple unique ” réuni dans sa patrie antique n’autorise aucune mémoire attendrissante de la vie avant Israël.

 

Ella Habiba Shohat est professeur en Études culturelles et en Études des femmes à Cuny. Écrivaine, oratrice et militante, elle a écrit Israeli Cinema : East/West and the Politics of Representation (université du Texas - Press, 1989) et elle est co-auteur (avec Robert Stam) de Unthinking Eurocentrism : Multiculturalism and the Media (Routledge 1994). Shohat a également co-édité Dangerous Liaisons : Gender, Nation and Postcolonial Reflections (Université de Minnesota - Press 1997) et est la rédactrice de Talking Visions : Multicultural Feminism in a Transnational Age (MIT Press - The New Museum, 2000). Elle écrit souvent pour des journaux comme Social Text et le Journal for Palestine Studies. Son adresse : ella.shohat@nyu.edu

 

Quand les questions de discours racial et colonialiste sont débattues aux États-Unis, les personnes originaires du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord en sont souvent exclues. Cet article est écrit avec l’intention d’ouvrir un débat multiculturel, dépassant la catégorisation simpliste du recensement U.S. des peuples du Moyen-Orient en tant que “ Blancs ”.

Il est aussi écrit avec l’intention d’aborder les multicultures des notions américaines de la judaïté. Mon récit personnel remet en question l’opposition eurocentrique des Arabes et des juifs, particulièrement le déni des voix des Arabes juifs ( Séfarades ) tant dans le contexte moyen-oriental qu’américain. Ella-Habiba-Shohat.jpg

 

Je suis une juive arabe. Ou, pour être plus précise, une femme israélo-iraquienne vivant, écrivant et enseignant aux États-Unis. La plupart des membres de ma famille sont nés et ont grandi à Bagdad, et maintenant vivent en Iraq, en Israël, aux États-Unis, en Angleterre et en Hollande. Quand ma grand-mère a d’abord rencontré la société israélienne dans les années cinquante, elle a été convaincue que les gens qui regardaient, parlaient et mangeaient si différemment - les juifs européens - étaient en fait des chrétiens européens. La judaïté pour sa génération était inextricablement associée au Moyen-Orient.

Ma grand-mère, qui vit toujours en Israël et communique toujours largement en arabe, a dû apprendre à parler de “ nous ”, en tant que juifs, et d’“ eux ” en tant qu’Arabes. Pour les Moyen-Orientaux, la distinction s’est toujours opérée sur “ musulmans ”, “ juifs ” et “ chrétiens ”, pas sur Arabes par rapport à juifs. Il était supposé que l’“ arabité ” se référait à une culture et à une langue partagées en commun, quoique avec des différences religieuses.

Les Américains sont souvent étonnés de découvrir les possibilités existentiellement nauséabondes ou délicieusement exotiques d’une telle identité syncrétique. Je me souviens d’un collègue bien établi qui, malgré mes leçons élaborées sur l’histoire des juifs arabes, avait toujours du mal à comprendre que je n’étais pas une anomalie tragique - par exemple, la fille d’un Arabe ( palestinien ) et d’une Israélienne ( juive européenne ).

Vivre en Amérique du Nord fait qu’il est plus difficile encore de communiquer que nous sommes juifs et que nous avons toujours droit à notre différence moyen-orientale. Et que nous sommes arabes avec toujours le droit à notre différence religieuse, comme les chrétiens arabes et les musulmans arabes.

Ce fut précisément la police des frontières culturelles en Israël qui a conduit certains d’entre nous à nous échapper dans des métropoles d’identités syncrétiques. Pourtant, dans un contexte américain, nous sommes confrontés à nouveau à une hégémonie qui nous permet de raconter une mémoire juive unique, c’est-à-dire, une mémoire européenne. Pour tous ceux d’entre nous qui ne cachent pas leur moyen-orientalité sous un “ nous ” juif, il devient de plus en plus difficile d’exister dans un contexte américain hostile à la notion même d’orientalité.

En tant que juive arabe, je suis souvent obligée d’expliquer les “ mystères ” de cette entité oxymore. Que nous parlions arabe, pas yiddish ; que pendant des millénaires, notre créativité culturelle, laïque et religieuse, a été largement articulée en arabe ( les Maimonides étant de ces quelques intellectuels à “ la faire ” dans la conscience de l’Occident ) ; et que même les plus religieuses de nos communautés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ne se sont jamais exprimées dans des prières hébraïques à fort accent yiddish, ni qu’elles n’aient mis en pratique les normes gestuelles de la liturgie et les codes vestimentaires favorisant les couleurs sombres de la Pologne d’il y a des siècles.

Les femmes du Moyen-Orient n’ont pareillement jamais porté de perruques ; pour se couvrir les cheveux, si elles les couvraient, cela dépendait des vêtements régionaux ( dans le sillage de l’impérialisme britannique et français, beaucoup portaient des vêtements de style occidental ). Si vous allez dans nos synagogues, même à New York, Montréal, Paris ou Londres, vous serez étonnés d’entendre les quarts de ton modulés de notre musique que les non-initiés pourraient penser venir d’une mosquée.

Maintenant que les trois topographies culturelles qui composent mon histoire éclatée et disloquée - Iraq, Israël et États-Unis - ont été impliquées dans une guerre, il est crucial de dire que nous existons. Certains d’entre nous refusent de se dissoudre comme pour encourager des divisions nationales et ethniques “ nettes ”. Mon anxiété et ma peine durant les attaques de Scud sur Israël, où vivent certains membres de ma famille, n’ont pas étouffé ma peur et mon angoisse pour les victimes des bombardements sur l’Iraq, où j’ai aussi des parents.

La guerre, cependant, est l’amie des binarités, laissant peu de place aux identités complexes. La Guerre du Golfe, par exemple, a intensifié une pression déjà familière sur la diaspora arabe-juive dans le prolongement du conflit israélo-arabe : une pression pour choisir entre, être juif ou être arabe. Pour nos familles qui vivaient en Mésopotamie au moins depuis l’exil babylonien, qui ont été arabisées pendant des millénaires, et qui ont été brutalement dégagées en Israël il y a 45 ans, d’être soudain contraintes d’assumer une identité juive européenne homogène, basée sur des vécus en Russie, en Pologne et en Allemagne, fut un exercice d’auto-dévastation.

Etre juif et européen ou américain n’a guère été perçu comme une contradiction, mais être juif arabe a été vu comme une sorte de paradoxe logique, même une subversion ontologique. Cette binarité a entraîné de nombreux juifs orientaux ( notre nom en Israël, en se référant à nos pays asiatiques et africains communs d’origine, est mizrahi ou mizrachi ) vers une schizophrénie profonde et viscérale, puisque pour la première fois dans notre histoire, arabité et judaïté étaient imposés comme des antonymes. 1_IRAQ_461.jpg

 

Le discours intellectuel en Occident met en lumière une tradition judéo-chrétienne, mais reconnaît rarement la culture judéo-musulmane du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord, ou de l’Espagne antérieure à l’expulsion (1492) comme des parties européennes de l’Empire ottoman. Le vécu juif dans le monde musulman a souvent été dépeint comme un cauchemar sans fin d’oppressions et d’humiliations.

Même si je ne veux en aucune manière idéaliser ce vécu - il y avait des tensions, des discriminations occasionnellement, voire de la violence -, dans l’ensemble, nous vivions très facilement avec les sociétés musulmanes.

Notre histoire ne peut pas simplement être débattue en terminologie juive européenne. En tant que juifs iraquiens, tout en conservant une identité commune, nous étions généralement bien intégrés et considérés comme des autochtones dans le pays, formant un élément indissociable de sa vie sociale et culturelle. Bien qu’arabisés, nous utilisions l’arabe même dans les hymnes et nos cérémonies religieuses. Les tendances libérales et laïques du 20e siècle ont engendré une association encore plus solide des juifs iraquiens et de la culture arabe, qui a mené les juifs dans une arène extrêmement active dans la vie publique et culturelle. D’éminents écrivains, poètes et universitaires juifs ont joué un rôle vital dans la culture arabe, se distinguant dans le théâtre, la musique de langue arabe, comme chanteurs, compositeurs et joueurs d’instruments traditionnels.

En Égypte, au Maroc, en Syrie, au Liban, en Iraq et Tunisie, des juifs sont devenus membres des assemblées législatives, de conseils municipaux, de l’institution judiciaire, et même ont occupé des postes importants dans l’économie. ( Le ministre des Finances d’Iraq dans les années quarante était Ishak Sasson, et en Égypte, Jamas Sanua - des postes plus élevés, comble d’ironie, que ceux que notre communauté obtenait généralement au sein de l’État juif jusque dans les années quatre-vingt-dix ! ).

Le même processus historique qui a dépossédé les Palestiniens de leurs biens, terres et droits politiques nationaux, est lié à la dépossession des juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord de leurs biens, terres, et racines dans les pays musulmans. En tant que réfugiés, ou immigrants de masse ( selon le point de vue politique auquel on se place ), nous avons été forcés de tout quitter et d’abandonner nos passeports iraquiens. Le même processus a aussi touché notre déracinement ou notre positionnement ambigu en Israël même, où nous avons été systématiquement discriminés par les institutions qui déployaient toute leur énergie et leur matériel pour que les avantages aillent constamment aux juifs européens et les désavantages aux juifs orientaux.

Même notre physionomie nous trahissait, allant jusqu’à une perception colonialiste ou physique internalisée. Les femmes séfarades orientales teignaient souvent leurs cheveux noirs en blond, tandis que les hommes ont été plus d’une fois arrêtés ou frappés alors qu’on les prenait pour des Palestiniens. Si pour les immigrants ashkénazes venant de Russie et de Pologne c’était une aliya sociale ( littéralement, une “ montée ” ), pour les juifs sépharades d’Orient, c’était une yerida ( une “ descente ” ). I_am_Iraq.jpg

Dépouillés de notre histoire, nous avons été forcés par notre situation de huis clos de refréner notre nostalgie collective, au moins au sein de la sphère publique. La notion omniprésente d’“ un peuple unique ” réuni dans sa patrie antique n’autorise aucune mémoire attendrissante de la vie avant Israël. Nous n’avons jamais été autorisés à pleurer un traumatisme que les images de destructions en Iraq n’ont fait qu’amplifier et cristalliser pour certains d’entre nous. Notre créativité culturelle en arabe, hébreu et araméen n’est guère étudiée dans les écoles israéliennes, et il devient difficile de convaincre nos enfants que nous avons vraiment existé là-bas, et que certains d’entre nous sont toujours en Iraq, au Maroc, au Yémen et en Iran.

Les médias occidentaux préfèrent de beaucoup le spectacle de la marche triomphale de la technologie occidentale à celui de la survie des peuples et cultures du Moyen-Orient. Le cas des juifs arabes n’est qu’une de ces nombreuses élisions. De l’extérieur, il y a peu de peu de perception de notre communauté, et encore moins de la diversité de nos opinions politiques. Les mouvements pacifiques séfarades orientaux, des Panthères Noires des années soixante-dix à la nouvelle Keshet ( une coalition “ Arc-en-Ciel ” [ “ Rainbow ” ] de groupes mizrahim en Israël ), non seulement appellent à une paix juste pour les Israéliens et les Palestiniens, mais aussi à une intégration culturelle, politique et économique d’Israël/Palestine au Moyen-Orient. Et ainsi, à mettre fin aux binarités de guerre, et à une cartographie simpliste des identités moyen-orientales.

 

Du même auteur :

-  Juifs séfarades en Israël - avec Michel Warschawski - Le Monde diplomatique arton2017-2.jpg

14 décembre 2011 - BintJbeil - Irvi Nasawi - Cultures séfarades et moyen-orientales - Traduction : Info-Palestine.net JPP

 

Qui sommes-nous ?

Solidaires de la Palestine

Publié dans : Colères noires
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés